Derrière le G20, c’est toujours le G8 qui est à la parade !

6 avril 2009 par Gustave Massiah

Le G20 G20 G20 : Le Groupe des vingt (G20) est un groupe composé de dix-neuf pays et de l’Union européenne dont les ministres, les chefs de banques centrales et les chefs d’État se réunissent régulièrement. Il a été créé en 1999, après la succession de crises financières dans les années 1990. Il vise à favoriser la concertation internationale, en intégrant le principe d’un dialogue élargi compte tenu du poids économique croissant pris par un certain nombre de pays. Sont membres : Allemagne, Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie, l’Union européenne (représentée par le Président du conseil et celui de la Banque centrale européenne). va se réunir le 2 avril à Londres pour discuter de notre sort et de celui du monde. Pourra-t-il sauver la planète des effets de la crise ? Ce n’est pas vraiment à son ordre du jour. On se serait attendu à ce qu’il s’occupe, par exemple, de la redistribution des richesses, des taxes sur les transactions financières et des écotaxes sur le CO2, des normes sociales. Il va surtout discuter de la crise financière, un peu de la crise économique et probablement de la crise monétaire. Il va renvoyer les questions commerciales à l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site : http://www.wto.org/indexfr.htm
et les questions environnementales à la rencontre de Copenhague.

Dans la préparation de Londres, les pays du G20 se partagent en trois groupes. Les uns, plutôt anglo-saxons, derrière la Grande Bretagne, pensent qu’il ne faut discuter que des programmes de relance et que la refondation du système international n’est pas prioritaire. Il est donc urgent d’attendre et de ne pas heurter plus que nécessaire, les grands intérêts. Le néolibéralisme est suspendu, mais il reste la référence. La position des Etats-Unis va plutôt dans ce sens, bien que la nouvelle administration, qui n’est pas encore complète, peut réserver des surprises. Les conseillers d’Obama font dire que ce G20 arrive trop tôt.

Les autres, plutôt des européens du continent, tiennent, au moins en paroles, pour la régulation et la réforme du système international. Ils proposent une liste noire renforcée des paradis fiscaux Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
et judiciaires. Mais la France qui se veut là dessus en pointe, du moins dans ses déclarations, s’est bien gardée de conditionner son aide aux banques à l’arrêt de ces pratiques. Contrairement à l‘administration états-unienne qui s’est attaquée au secret bancaire suisse. La recapitalisation du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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qui coûtera quelques centaines de milliards ne se traduira même pas par une réforme consistante de cette institution. Même la double majorité, complétant les votes en capital par une prise en compte du nombre de pays, est passée aux oubliettes.

Les troisièmes, les pays émergents Pays émergents Les pays émergents désignent la vingtaine de pays en développement ayant accès aux marchés financiers. , nouveaux invités à la table, indiquent, à juste titre, qu’ils ne sont pas responsables de la crise et que les pays du G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. n’ont qu’à assumer les mesures nécessaires. Ils sont soucieux que ces mesures ne viennent pas assécher leurs économies.

Ce G20 est certes plus présentable que le G8 puisque les 20 pays représentent les deux-tiers de la population mondiale. Pour autant, en tant que directoire autoproclamé, il reste illégitime. Et son évolution depuis sa création en 1999 n’est pas convaincante. Elle rappelle qu’en 1977, le précurseur du G8 avait créé la crise de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
en appelant les pays pétroliers à recycler les pétrodollars Pétrodollars Les pétrodollars sont les dollars issus du pétrole. et les banques à leur prêter sans trop regarder. Il avait ainsi cassé le front des pays du Sud construit à Bandoeng, en ralliant les pétroliers contre les plus pauvres. Il tente aujourd’hui le même coup avec les pays émergents. Et leur suivisme dans les propositions mises au point par les occidentaux laisse craindre le pire. Le G20 est pour l’instant un camouflage du G8, qui reste toujours aussi illégitime.

En fait, c’est toujours le G8 qui est à la parade. Plutôt le G7 G7 Groupe réunissant les pays les plus puissants de la planète : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon. Leurs chefs d’État se réunissent chaque année généralement fin juin, début juillet. Le G7 s’est réuni la première fois en 1975 à l’initiative du président français, Valéry Giscard d’Estaing. d’ailleurs, la Russie ne faisant toujours pas pleinement partie de la famille. Pour les autres, prompts à mettre en avant leurs valeurs communes, ils ont beau se présenter comme le club des démocraties industrielles ; c’est l’étiquette des plus riches qui leur colle toujours à la peau. C’est leur position dominante, appuyée sur la suprématie militaire qui les unit dans la prétention à décider pour le monde. Ce qu’ils ont en commun, c’est leur passé, non vraiment dépassé, de puissances coloniales. Les pays pauvres et les pauvres des pays riches ne font pas partie de leurs préoccupations.

Il reste donc les Nations Unies ! Certes contestables, et malgré tous leurs défauts, les Nations Unies, même sans attendre une indispensable réforme radicale, restent supérieures à tous les directoires.

http://www.cetri.be/spip.php?article1122