Partie 4 de l’entretien « Généalogie des Politiques de l’anti-dette et du CADTM »

Des espoirs déçus au succès en Équateur

Les exemples de l’Afrique du Sud, du Brésil, du Paraguay et de l’Équateur

15 août par Eric Toussaint , Benjamin Lemoine

Visuel par le collectif sudafricain Gugulective - Extrait de l’exposition Titled Ityala aliboli/Debt don’t rot, qui explore l’héritage du colonialisme et de l’apartheid.

Entretien avec Éric Toussaint, porte-parole et un des fondateurs du réseau international du Comité pour l’Abolition des Dettes illégiTiMes (CADTM). Propos recueillis par Benjamin Lemoine |1|

Cet entretien fait la généalogie de la lutte anti-dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, des plaidoyers pour son annulation, comme de la création empirique, au service des combats politiques, des concepts d’« illégitimité », « d’illégalité », ou du caractère « odieux » des dettes publiques. Ou comment il apparaît nécessaire au Comité pour l’Abolition des Dettes Illégitimes (CADTM) -connu autrefois comme Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde - de s’allier avec les forces de l’opposition et les mouvements sociaux, dont les idées et les hommes, une fois parvenu(e)s au gouvernement, pourront contester et renverser la dette et son « système ». Néanmoins pour le CADTM, la priorité absolue va au renforcement de l’action de ceux d’en bas plutôt qu’au lobbying.

Nous publions cet entretien en 6 parties :

- 1. La généalogie du CADTM et de l’anti-dette illégitime : les origines

- 2. Les premiers terrains d’expérimentation de la méthode CADTM pour combattre les dettes illégitimes : les exemples du Rwanda et de la République démocratique du Congo.

- 3. L’Argentine : la poursuite de l’action contre la dette illégitime.

- 4. Des espoirs déçus au succès en Équateur. Les exemples de l’Afrique du Sud, du Brésil, du Paraguay et de l’Équateur.

- 5. Grèce : L’ambivalence des dirigeants vis-à-vis de l’ordre financier et de la dette malgré des débuts prometteurs

- 6. Grèce : La Commission pour la vérité sur la dette grecque, la capitulation du gouvernement de Tsipras et les perspectives internationales pour la lutte contre les dettes illégitimes

L’histoire des audits serait-elle l’histoire des espoirs déçus et des renversements avortés ?

Pour revenir aux années 1990, à cette époque, nous travaillions beaucoup avec la gauche sud-africaine. La transition post-apartheid commence véritablement en 1994. Une grande partie du mouvement anti-apartheid international et à l’intérieur de l’Afrique du Sud portait la revendication de l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
de l’apartheid, c’était présent d’ailleurs à la Bastille en 1989, avec Johnny Clegg qui était un chanteur sud-africain anti-apartheid. Là aussi, il en est sorti une déception car Nelson Mandela, au lieu de mettre en pratique ce qu’il revendiquait lorsqu’il était emprisonné, à savoir l’annulation de la dette de l’apartheid, a reconnu la dette contractée par le régime qu’il avait combattu. Cela a produit une grande frustration dans la gauche sud-africaine, au sein de l’ANC, du parti communiste sud-africain, de la Cosatu, le grand syndicat qui s’était constitué dans la lutte contre l’apartheid. Le fossé a grandi entre le secteur qui n’acceptait pas ce renoncement à exiger l’annulation de la dette de l’apartheid et le secteur qui appliquait la real politik et renonçait à ses principes en disant « si nous voulons attirer les investisseurs étrangers, il ne faut pas rentrer en conflit avec les créanciers ».

Bref, l’histoire des audits qui ont avorté est en effet plus longue que l’histoire des audits menés à bien : le Rwanda, la RDC, le Brésil, les Philippines |2|, le Paraguay, le Zimbabwe |3|, sans oublier l’audit grec dont nous parlerons plus loin.


Quels sont les facteurs qui expliquent selon vous ces échecs ?

Prenons le cas du Brésil. Avant d’accéder au pouvoir en 2003, le Parti des Travailleurs dirigé par Lula était favorable à la réalisation d’un audit. En septembre 2000, il avait d’ailleurs soutenu la réalisation d’un référendum populaire afin de mettre la pression sur le gouvernement de l’époque. Sur les 6 millions de participants à ce référendum, plus de 90% demandaient la réalisation de l’audit de la dette qui était d’ailleurs prévu dans la Constitution brésilienne depuis 1988. Plus de 90% se prononçaient également pour la suspension du paiement de la dette pendant la durée de l’audit.

Personnellement, j’entretenais des contacts étroits avec Lula et de nombreux membres du PT depuis 1990. Je suis allé une dizaine de fois au Brésil au cours des années 1990. Le CADTM a invité Lula en Belgique en 1991. En 1996, le CADTM a invité au contre-sommet du G7 G7 Groupe réunissant les pays les plus puissants de la planète : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon. Leurs chefs d’État se réunissent chaque année généralement fin juin, début juillet. Le G7 s’est réuni la première fois en 1975 à l’initiative du président français, Valéry Giscard d’Estaing. , à Lyon, José Dirceu, un des principaux dirigeants du PT à l’époque, ex-guerrillero qui a très mal tourné à partir de 2003. Une fois arrivé au pouvoir grâce aux élections de fin 2002, le PT et le président Lula ont bloqué toute possibilité de réaliser l’audit et ont reconduit les accords avec le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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tout en le remboursant de façon anticipée. La dernière fois que j’ai rencontré Lula, c’était à Genève en juin 2003 lors du G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. tenu à Evian. Lula, qui était président du Brésil depuis le 1er janvier 2003, m’a invité à le rencontrer en compagnie de deux autres personnes, un dirigeant d’ATTAC France et une représentante du Forum social italien. Nous n’avons pu que constater nos divergences sur la question de la dette qu’il refusait dorénavant de remettre en cause, de même que vis-à-vis de la réforme néolibérale des retraites qu’il venait d’entreprendre (c’était à la même époque que la réforme Fillon des retraites en France). L’organisation brésilienne qui est membre du CADTM s’appelle « Audit citoyen de la dette » ; elle est très active depuis 2000-2001 et a obtenu en 2009 la mise en place d’une commission parlementaire d’audit de la dette. Mais, en son sein les parlementaires du PT se sont alliés à d’autres parlementaires conservateurs afin d’empêcher que les travaux n’aboutissent à une remise en cause de la légitimité de la dette brésilienne. Vu la dégradation grave de la situation économique du Brésil depuis 2 ans, la question de la dette externe et interne reviendra tôt au tard sur le devant de la scène.

Prenons maintenant le cas du Paraguay, pays enclavé entre le Brésil, l’Argentine et la Bolivie. En décembre 2008, le président progressiste Fernando Lugo, en place depuis 6 mois, m’a invité à l’aider à créer une commission d’audit de la dette paraguayenne. Je me suis rendu à Asunción pour une entrevue en tête à tête avec le président suivi d’une réunion avec le gouvernement paraguayen |4|.

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Éric Toussaint et Fernando Lugo

Il était évident que l’essentiel de la dette paraguayenne pouvait être qualifiée d’odieuse car elle était le résultat (c’est d’ailleurs toujours le cas) d’un contrat léonin passé au début des années 1970 entre deux dictatures militaires : la junte militaire brésilienne et la dictature paraguayenne du général Stroessner |5|. Le traité incriminé portait sur la construction et le fonctionnement du plus grand barrage mondial de l’époque, le barrage d’Itaipu. J’avais bien étudié la question sur la base d’une excellente documentation élaborée par des experts paraguayens. De plus, un ancien permanent de l’équipe CADTM en Belgique, le juriste paraguayen Hugo Ruiz Diaz Balbuena, était devenu conseiller du président Lugo, ce qui facilitait les contacts |6|. L’initiative d’audit international avec participation citoyenne a avorté sous la pression du gouvernement brésilien pendant la présidence de Lula. Il faut préciser que des grandes entreprises brésiliennes sont les principales créancières du Paraguay qu’elles exploitent. Alors qu’il devait signer le décret présidentiel de création de la commission d’audit, Fernando Lugo a finalement cédé devant la pression de Lula et de son gouvernement qui protégeaient les entreprises brésiliennes créancières. Lula, pour convaincre le gouvernement paraguayen de renoncer à réaliser l’audit international et de remettre en cause la dette réclamée par les entreprises brésiliennes, a fait quelques concessions marginales et a augmenté la somme payée annuellement au Paraguay par le Brésil pour l’électricité fournie par le barrage d’Itaipu |7|. Ceci dit, malgré les pressions du Brésil, un audit a quand même été réalisé par la Cour des comptes en 2010 et 2011 |8| et je suis retourné à cette époque au Paraguay à l’invitation du président Fernando Lugo. En juin 2012, il a finalement été renversé par un « coup d’État parlementaire », selon une formule qui avait été utilisée en 2009 au Honduras et qui a été appliquée récemment au Brésil pour renverser Dilma Rousseff, la présidente brésilienne qui a succédé à Lula à partir de 2010 |9|.
Le fait que la droite ait pu utiliser cette forme de coup d’État institutionnel tant au Brésil qu’au Paraguay tient en partie à l’incapacité de ces deux gouvernements de gauche d’affronter avec force les créanciers et de réaliser des réformes structurelles. Le soutien populaire dont ils ont bénéficié fortement au début de leur mandat a fini par s’émousser très profondément à cause des déceptions qu’entraînait la politique conciliatrice à l’égard du grand capital local et international. Quand la droite a décidé de passer à l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
, le peuple de gauche était trop désenchanté et désorienté pour se mobiliser et défendre les gouvernants en place.

Il y a un cas où les tentatives de sabotage de l’audit de la part des pouvoirs nationaux, du FMI, etc. n’ont pas marché, c’est l’Équateur (voir plus loin). Oui, véritablement, c’est le seul car, sur la base des résultats de l’audit, le gouvernement a suspendu le paiement et obtenu un important succès contre les créanciers |10|.


Rapports aux contre-pouvoirs et pouvoirs : le succès équatorien

Si on s’attarde sur ce cas de l’Équateur, comment les contacts ont-ils été pris avec les opposants, qui sont devenus les futurs dirigeants ?
La règle générale que le CADTM applique, ce n’est pas la collaboration avec des autorités, mais plutôt le travail avec des mouvements d’opposition. Essentiellement des mouvements sociaux ou des forces politiques radicales ancrées dans les couches populaires. Au cours de l’évolution de la situation politique d’un pays donné, des gens qui étaient dans l’opposition peuvent arriver au gouvernement. C’est typiquement le cas de l’Équateur. Le CADTM y avait des contacts depuis 1999. En Équateur, une campagne en faveur de l’annulation de la dette s’était mise en place à partir de 1997-1998, lorsqu’au niveau international a été lancée la campagne Jubilé 2000. L’année 2000 devait être une année jubilaire pour le monde chrétien, et toute une série d’organisations chrétiennes – ce qui n’est pas le cas du CADTM – qui ont des relations avec les pays du Tiers Monde se sont engagées sur le thème : « L’année 2000 doit être une année du pardon des dettes. » L’Équateur est un pays chrétien et des chrétiens de gauche se sont lancés dans cette campagne. J’avais été invité en Équateur, en 1999 et en 2000, par ce mouvement chrétien pour l’annulation de la dette et surtout par le Centre de défense des droits économiques et sociaux (CDES), qui lui n’est pas dans la famille chrétienne. À l’initiative du CDES et en contact étroit avec des organisations chrétiennes de Norvège, nous avons soutenu une campagne précise pour dénoncer les créances Créances Créances : Somme d’argent qu’une personne (le créancier) a le droit d’exiger d’une autre personne (le débiteur). réclamées par la Norvège à l’Équateur et à quatre autres pays en développement (Sierra Leone, Pérou, Jamaïque, Égypte). La Norvège avait endetté ces pays à partir des années 1980 pour leur vendre des bateaux de pêche et sauver des chantiers navals norvégiens. Cette campagne très bien argumentée a amené le gouvernement norvégien à annuler en 2006 les dettes qu’il réclamait. C’était une victoire concrète d’une campagne d’audit des dettes illégitimes |11|.

Rafaël Correa, l’actuel président du pays, est issu de la petite bourgeoisie, du mouvement chrétien et du mouvement scout, influencé aussi par la théologie de la libération. En 2007, quand Correa a commencé son mandat, il a pris comme ministre des Finances Ricardo Patino |12|, le dirigeant du mouvement contre la dette avec qui je travaillais depuis des années. En avril 2007, j’ai été invité par Ricardo Patino à une réunion du « mouvement dette » pour contribuer à la rédaction de décret présidentiel qu’allait adopter, en juillet, Rafael Correa et visant à instituer une commission d’audit de la dette. J’ai également conseillé fin avril – début mai 2007 le président équatorien et son ministre des Finances en ce qui concerne la création d’une Banque du sud entre l’Argentine, le Brésil, la Bolivie, l’Équateur, le Venezuela, le Paraguay et l’Uruguay |13|. Parallèlement aux conseils présentés aux autorités équatoriennes, le CADTM a participé à la rédaction de plusieurs lettres ouvertes des mouvements sociaux latino-américains aux présidents des 7 pays concernés afin qu’ils mettent en place une Banque du sud réellement alternative à des institutions comme la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
et le FMI afin de soutenir une intégration des peuples et non celle du Capital |14|. Enfin à partir de juillet, en représentation du CADTM, j’ai participé très activement à la commission d’audit créée par le président Rafael Correa afin d’identifier les dettes illégitimes contractées pendant la période 1976-2006. Nos travaux remis au gouvernement en septembre 2008 et rendus publics en novembre 2008 |15| ont abouti à la suspension du paiement d’une importante partie de la dette réclamée à l’Équateur sous forme de titres souverains détenus principalement par des banques des États-Unis. Cette suspension unilatérale de paiement a abouti à une grande victoire. L’Équateur a imposé aux créanciers une réduction de 70% des dettes concernées. Cela a permis une forte augmentation des dépenses sociales à partir de 2009-2010.

Nous ne nous disons pas nécessairement que les mouvements avec lesquels nous travaillons vont arriver au pouvoir. Mais de fait, à certains moments, des gens avec qui on travaillait depuis un certain temps y arrivent… Par exemple, quand j’ai rencontré en 2007 Diego Borja, le ministre de l’Économie équatorien de 2008, devenu président de la Banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. du pays en 2010, il m’a dit : « Tu ne te souviens pas de moi, mais je suis venu aux réunions du CADTM en 1992 en Belgique. Je faisais mes études d’économie à l’université catholique de Louvain et je suis venu à des séances du CADTM. ». C’est bien sûr aussi le cas avec la Grèce, j’y reviendrai...


Notes

|1| Benjamin Lemoine est chercheur en sociologie au CNRS spécialisé sur la question de la dette publique et des liens entre les États et l’ordre financier. Une version abrégée de cet entretien est parue dans le numéro spécial « Capital et dettes publiques », de la revue Savoir / Agir n°35, mars 2016.

|2| En 2004, le Parlement philippin a voté en faveur de la réalisation d’un audit mais la tentative a avorté.

|3| En 2009, le ministre des Finances du gouvernement zimbabwéen, qui provenait de l’opposition de gauche au régime de Mugabe, a fait appel au CADTM pour lancer un audit de la dette. Le FMI a bloqué la concrétisation de ce projet.

|4| Pour les échos de cette rencontre entre le président Lugo, son gouvernement et Eric Toussaint, des traductions en français d’articles parus dans la presse paraguayenne d’opposition en décembre 2008, voir : http://www.cadtm.org/Paraguay-Un-po... ; http://www.cadtm.org/Le-Belge-qui-s... ; http://www.cadtm.org/Paraguay-Le-pa.... Voir aussi http://www.cadtm.org/Le-Paraguay-de...

|5| Au moment de la signature du traité d’Itaipu en 1973, le Paraguay subissait la dictature du général Stroessner au pouvoir de 1954 à 1989, tandis que le Brésil était alors dirigé par la dictature de Garrastazú Medici (1969-1974).

|6| Hugo Ruiz Diaz Balbuena et Eric Toussaint, « L’audit de la dette : un instrument dont les mouvements sociaux devraient se saisir », publié le 9 juillet 2004, http://cadtmtravaux.free.fr/?L-audi... Hugo Ruiz Diaz Balbuena est docteur en droit et a été responsable du département Droit du CADTM jusque 2005. A partir de 2008 et jusqu’au coup institutionnel qui a renversé le président Fernando Lugo en juin 2012, il a été un de ses proches conseillers. Voir aussi : Hugo Ruiz Diaz Balbuena, « La décision souveraine de déclarer la nullité de la dette » http://cadtmtravaux.free.fr/?La-dec... publié le 8 septembre 2008

|7| Voir un commentaire sur l’accord signé entre le Paraguay et le Brésil en juillet 2009 : http://www.cadtm.org/Un-accord-hist...

|8| Voir http://www.cadtm.org/La-Cour-des-Co... et http://www.cadtm.org/La-Cour-des-Co...

|9| Voir Eric Toussaint, « Paraguay (juin 2012) - Honduras (juin 2009) : d’un coup d’État à l’autre », http://www.cadtm.org/Paraguay-juin-...

|10| Voir http://cadtm.org/Video-L-audit-de-l... ; http://cadtm.org/En-2007-2008-l-Equ...

|11| Voir CADTM, « Le CADTM salue l’initiative de la Norvège sur la dette et demande à tous les créanciers d’aller encore plus loin », http://www.cadtm.org/Le-CADTM-salue...

|12| Pour une biographie détaillée, voir en esp. : https://es.wikipedia.org/wiki/Ricar... et en anglais : https://en.wikipedia.org/wiki/Ricar... Cette biographie est fiable.

|13| Eric Toussaint, Banque du Sud et nouvelle crise internationale, Liège-Paris, CADTM-Syllepse, 2008, Téléchargeable gratuitement : http://www.cadtm.org/Banque-du-Sud-...

|14| 1re Lettre ouverte aux Présidents de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, de l’Équateur, du Paraguay, du Venezuela, http://www.cadtm.org/Lettre-ouverte... , publiée le 26 juin 2007 et 2e lettre ouverte aux Présidents d’Argentine, de Bolivie, du Brésil, d’Équateur, du Paraguay, de l’Uruguay et du Venezuela, http://www.cadtm.org/2e-lettre-ou... , publiée le 11 janvier 2008

|15| Voir le rapport final en anglais : CAIC, Final Report of the Integral Auditing of the Ecuadorian Debt - Executive Summary, 2008, http://www.cadtm.org/Final-Report-o...
et en espagnol : http://www.cadtm.org/Informe-final-...
Voir aussi : Éric Toussaint, Hugo Arias Palacios, Aris Chatzistefanou - Vidéo : « L’audit de la dette en Équateur résumé en 7 minutes », http://www.cadtm.org/Video-L-audit-...

Auteur.e

Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, est porte-parole du CADTM international et est membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014, Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet du livre AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège Dernier livre : Bancocratie ADEN, Brussels, 2014. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 créée par la la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission a poursuivi ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.


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Auteur.e

Benjamin Lemoine

est chercheur en sociologie au CNRS spécialisé sur la question de la dette publique et des liens entre les États et l’ordre financier. Il est l’auteur de L’ordre de la dette, Enquête sur les infortunes de l’État et la prospérité du marché (La Découverte, 2016)