Des eurodéputés de la Gauche et des Verts soutiennent la Commission pour la vérité sur la dette grecque

Un nouveau début pour la Commission, avec sa transformation en association et l’élaboration d’un rapport sur le système bancaire grec

11 mars par Moisis Litsis

La signature du texte a eu lieu à l’occasion d’une séance publique organisée par la Gauche Unitaire Européenne (GUE-NLG) au Parlement européen le mardi 1er mars 2016. A cette occasion, la Commission a pu présenter les résultats de ses travaux devant plus de 120 personnes. Comme le remarquait de façon caractéristique le coordinateur de la Commission pour la vérité, Éric Toussaint, qui a pris la parole dans l’un des deux panels du meeting, « on a rarement vu cette salle aussi remplie ».

Le texte de soutien au Comité de Vérité sur la Dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
Publique Grecque a été signé par les euro-députés grecs, Sofia Sakorafa (qui siège depuis septembre 2015 comme indépendante suite à son désaccord avec la politique de capitulation menée par Syriza), Nikos Chountis (Unité Populaire), Konstantina Kouneva (Syriza), mais aussi par les députés européens Jean-Luc Mélenchon du Front de Gauche en France, Eva Joly du parti des Verts, Barbara Spinelli et Eleonora Forenza de la Liste Tsipras en Italie, Fabio De Masi de Die Linke (Allemagne), Marina Albiol de la gauche unitaire espagnole Izquierda Unida, Miguel Urban et Lola Sanchez de Podemos (Espagne), Malin Bjork du parti de gauche Vänsterpartiet (Suède) et Marie-Christine Vergiat du Front de Gauche français.

Dans le texte de soutien, il est précisé qu’ « en reconnaissant sa contribution précieuse et en confirmant que l’audit de la dette publique est au service du droit fondamental de la souveraineté des peuples qui doit être respecté par tous les Gouvernements et toutes les Institutions, nous soutenons la continuation des travaux de la Commission pour la vérité sur la dette grecque ».


La Commission est toujours là…

Mardi 1er mars après-midi, lors d’une Conférence de Presse tenue au Parlement européen à Bruxelles, la Commission pour la vérité a annoncé la continuation de ses travaux, en dépit du « sabotage » infligé par le président actuel du Parlement grec, Nikos Voutsis, et des dirigeants de Syriza. La commission a aussi annoncé sa transformation en association, qui procédera bientôt à sa première assemblée générale. Outre les personnes qui ont soutenu la Commission durant la période où il était sous l’auspice de la présidente du Parlement grec sortante, cette assemblée sera ouverte à la participation de tous ceux qui s’intéressent à la continuation des travaux d’audit de la dette publique grecque.

Lors de la conférence de presse donnée par l’euro-députée Sofia Sakorafa, la présidente du Parlement sortante, Zoé Konstantopoulou et le coordinateur scientifique des travaux de la Commission, Eric Toussaint, il fut souligné que « les membres du Comité, dans leur engagement envers le peuple grec ont décidé de poursuivre leurs travaux et de ne pas céder aux pressions du président actuel du Parlement, ni aux instances gouvernementales qui voudraient effacer toute trace des ces travaux ».

Ainsi, la décision de transformer la Commission en association a été actée et les statuts de l’association ont été signés, désignant comme membres de son conseil administratif Zoé Konstantopoulou, Eric Toussaint, Giorgos Kassimatis, Léonidas Vatikiotis, Christina Laskaridis, Stavros Tombazos, Despina Spanou, Thanos Kontargiris et Ilias Bantekas.

Sofia Sakorafa prendra en charge, comme elle l’a fait jusqu’à présent, la liaison de la Commission avec le Parlement européen et les Parlements nationaux des autres pays européens. Nikos Chountis assurera la communication de la Commission avec la Commission européenne et les autres institutions européennes.


Les membres fondateurs

Parmi les membres fondateurs de l’association sont inclus la plupart des membres de la Commission, autant grecs qu’internationaux. À titre indicatif, voici une liste des participants au meeting qui ont signé le statut de la nouvelle corporation, en tant que membres fondateurs : Zoé Konstantopoulou, Sofia Sakorafa, Eric Toussaint, Giorgos Kassimatis (Professeur et membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque), Cephas Lumina (Professeur et ex-expert indépendant des Nations unies pour la dette), Diego Borja (ancien ministre de l’Économie et directeur de la banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. d’Équateur), Maria Lucia Fattorelli (anciennement auditrice au ministère des Finances du Brésil et actuellement à la tête de l’Initiative pour l’audit citoyen de la dette au Brésil), Patrick Saurin (Employé de banque, syndicaliste, membre du Collectif pour l’audit citoyen en France), Michel Husson (Économiste, statisticien, membre de l’Institut de recherche économique et sociale, France), Stavros TomBazos (Professeur de politique économique internationale à l’université de Chypre), Ilias Bantekas (Professeur de droit international, Brunnel University à Londres), Christina Laskaridis (Professeure candidate), Despina Spanou (dirigeante syndicale de Adedy), Thanos Kontargiris (ATTAC Grèce), Giannis Papadopoulos, Spiros Marketos (Université Aristote de Thessalonique), Léonidas Vatikiotis (journaliste), Renaud Vivien (Co-secrétaire général du CADTM Belgique), Olivier Bonfond (économiste au syndicat belge FGTB, membre de l’Audit citoyen de la dette –ACiDe Belgique), Moϊsis Litsis (journaliste), Daniel Albarracin (économiste, assistant parlementaire au Parlement européen), Daniel Munevar (économiste, ex-conseiller de Yannis Varoufakis), Petros Miliarakis, ainsi que des membres nouveaux qui ont assisté à la séance plénière au Parlement européen.

Des membres de la Commission qui n’avaient pas pu se rendre au meeting, ont déclaré leur partenariat et leur soutien, notamment, le Professeur Olivier de Schutter, membre du Conseil Économique et Social de l’ONU, la professeure Margot Salomon, qui a récemment accueilli au London School of Economics une conférence de la Commission avec Zoé Konstantopoulou comme oratrice principale, ainsi que le professeur Aris Kazakos, la professeure Ozlem Onaran, Giorgos et Sonia Mitralias (CADTM en Grèce) et Sergi Cutillas entre autres.


Les banques, cible de la Commission

Le fonctionnement des banques grecques mais aussi celui de la BCE BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
seront au coeur des travaux prochains de la Commission pour la vérité, alors que sa prochaine réunion à Athènes a été programmée pour le début de l’été.

La Commission pour la vérité se chargera de mener une enquête de fond sur l’évolution du secteur bancaire grec depuis les années 1990 en préparation de son intégration à l’Union économique et monétaire (UEM), ainsi que sur la façon dont les banques ont conduit les ménages grecs au surendettement en créant une bulle financière. Il évaluera également l’influence que l’effondrement de Lehman Brothers en 2008 a eu sur la crise bancaire grecque et son intensification. Cette enquête portera aussi sur la dernière recapitalisation des banques qui a eu lieu en décembre 2015, qui a favorisé scandaleusement l’achat d’actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
bancaires par des investisseurs privés, à l’heure où le public grec en était exclu.

Les conclusions de la Commission pour la vérité sur la dette en ce qui concerne le système bancaire grec sont attendues pour juin 2016 et seront publiées à l’occasion de l’anniversaire de la publication des conclusions préliminaires sur la dette publique grecque en juin 2015.

Les orateurs principaux de la première partie de cette séance plénière organisée par la Gauche unitaire européenne (GUE/NLG) étaient Zoé Konstantopoulou, Eric Toussaint, Giorgos Kassimatis, et le sociologue Benjamin Lemoine. Dans la deuxième partie, les membres de la Commission, Cephas Lumina, Maria Lucia Fatorelli et Diego Borja étaient les intervenants principaux. Les eurodéputés Nikos Chountis et Sofia Sakorafa ont assuré la coordination, alors que de nombreux euro-députés de la Gauche et des Verts ont assisté au meeting.

Suite à cette réunion de la Commission qui a porté sur deux jours, Zoé Konstantopoulou et Eric Toussaint se sont rendus à Liège, où ils ont été reçus par le bourgmestre de la ville. Ils ont ensuite participé à un débat tenu à l’Université dans une salle pleine à craquer d’étudiants et d’habitants de Liège, de membres de la communauté grecque, ainsi que de membres du CADTM qui avaient organisé le débat (voir la vidéo de la conférence : http://cadtm.org/Video-Conference-Une-autre-verite).

Si vous souhaitez regarder la vidéo de la séance pléniére tenue au Parlement Européen de Bruxelles (durée 3h30). Y apparaissent N. Chountis, Z. Konstantopoulou, E. Toussaint, S. Sakorafa, M.-L. Fatorelli, D. Borja, C. Lumina, G. Kassimatis et B. Lemoine. Voir : http://www.guengl.eu/news/article/e...

Traduction du grec : Daphné Kioussis.


Auteur.e

Moisis Litsis

est journaliste en Grèce, ancien syndicaliste et membre du Comité grec contre la dette. (http://www.contra-xreos.gr/)

Il a travaillé pendant de nombreuses années pour le quotidien Eleftherotypia, où il était membre du comité des travailleurs, et travaille désormais pour le quotidien financier Naftemporiki. Il a également participé à la Commission pour la vérité sur la dette grecque du Parlement grec.