Communiqué de presse

Des mouvements sociaux et des personnalités importantes d’Amérique latine et du monde se prononcent pour la création d’une Banque du Sud

8 décembre 2007


Ce week-end à Buenos-Aires, plus de 400 organisations et personnalités ont transmis une lettre ouverte [1] aux présidents des pays fondateurs de la Banque du Sud en exprimant leur appui critique à la création de cette nouvelle entité financière.

La déclaration met en avant les attentes positives quant à la mise en route d’une entité Sud-Sud. Celle-ci vise à reléguer à l’histoire d’une part, les organismes multilatéraux comme la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, la Banque interaméricaine de développement (BID) et la Corporation andine de développement (CAF) -largement discrédités par leurs comportements anti-démocratiques, leur manque de transparence et les politiques régressives qu’ils mettent en oeuvre- et d’autre part les expériences négatives de l’ouverture économique qui ont eu pour conséquence toujours plus d’endettement et de sorties de capitaux, la dérégulation et la privatisation du patrimoine public ainsi que des services sociaux fondamentaux dans la région.

Cette lettre ouverte remise aux premiers mandataires de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, de l’Equateur, du Paraguay, de l’Uruguay et du Venezuela met en avant la nécessité que la Banque du Sud fasse partie d’une nouvelle architecture financière régionale à laquelle viendraient s’ajouter dans le futur une monnaie commune et un Fonds du Sud dont la fonction serait d’être une Banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. à l’échelle continentale.

Signée par des organisations comme l’Alliance Sociale Continentale, la Coordination Andine des Organisations Indigènes, le Comité pour l’Annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du Tiers Monde (CADTM), Jubilé Sud-Américas, Latindadd, Remte, OID, SEPLA, le Programme Dette Externe Illégitime de la Fédération Luthérienne Mondiale, le Service Paix et Justice – Amérique Latine, le Prix Nobel de la Paix Adolfo Pérez Esquivel et les Mères de Place de Mai -Ligne Fondatrice, Nora Cortiñas y Mirta Baravalle, la déclaration met l’accent sur l’importance du caractère public de la Banque du Sud dirigée par les pays participants sur une base égalitaire. Son financement devra s’effectuer proportionnellement à la capacité économique de chacun des pays et son fonctionnement sur une base à la fois sobre et transparente. Son objectif doit être l’intégration sur une base coopérative visant le plein-emploi, la garantie pour tous/tes dans les faits du droit à l’alimentation, à la santé, au logement et à une éducation universelle publique et gratuite, à la redistribution de la richesse, à la préservation de l’environnement et à la fin des inégalités y compris de genre et d’ethnie.

La lettre intitulée « Pour une Banque du Sud souveraine, solidaire, soutenable et pour l’intégration du développement continental » met en avant la nécessité d’ « un outil fondamental pour canaliser l’épargne régionale et mettre fin ainsi à des cycles récurrents de saccage de l’effort national et régional à travers des manœuvres du système d’endettement et de titres publics, la subvention de groupes économiques et sociaux privés privilégiés et/ou corrompus tant au niveau local qu’international et l’aval permanent à des mouvements spéculatifs d’entrées et de sorties de capitaux ».



Contacts :
Damien Millet, porte-parole du CADTM France, france chez cadtm.org

Eric Toussaint, président du CADTM Belgique, international chez cadtm.org

Juan Tortosa, porte-parole du CADTM Suisse, suisse chez cadtm.org

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