Dette et agriculture industrielle : une union sacrée

1er septembre 2014 par Giulia Simula , Anouk Renaud

La dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
et l’agriculture industrielle sont fortement liées. Pour comprendre cette interconnexion, il est nécessaire de revenir sur le cercle vicieux de la dette. En analysant d’abord comment la conditionnalité des prêts des institutions financières internationales (IFI) a favorisé une agriculture extractive et a renforcé la dépendance des pays du Sud. Puis, en mettant en avant la corrélation entre l’émergence d’une agriculture industrielle et l’endettement privé des paysans du Sud comme du Nord.

Comment la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
influence les politiques agricoles ?

Du système colonial…

Le système colonial a restructuré les agricultures des pays du Sud dans le but de fournir à ses métropoles les produits dont elles avaient besoin |1|. Durant cette période, l’Europe importait de ses colonies des matières premières (des épices, du sucre, du café, du coton, du caoutchouc, etc.) ainsi que des céréales afin de nourrir sa population urbaine croissante et ainsi encourager le processus d’industrialisation. Les pays du Sud ont été ainsi forcés d’établir un système agricole tourné vers les exportations |2|.
Après la décolonisation, les Etats nouvellement indépendants ont essayé d’intervenir dans l’économie et particulièrement dans l’agriculture pour mettre fin à la dépendance envers les importations étrangères. Mais très vite, l’Etat interventionniste fut taxé d’inefficacité et les anciennes structures coloniales remplacées par le mécanisme de la dette, qui fut (et est encore) fondamental pour maintenir cette relation de dépendance.

… à celui de la dette

Pendant les années 1960, les banques occidentales regorgeaient d’eurodollars Eurodollars Le marché des eurodollars trouve son origine anecdotique dans le souci des autorités soviétiques, dans le contexte de guerre froide des années cinquante, de faire fructifier leurs réserves en dollars sans avoir à les placer sur le marché financier américain. C’est toutefois l’ampleur des sorties de capitaux américains qui constitue la cause structurelle de l’essor spectaculaire de ce marché dans la seconde partie des années soixante. Le déficit croissant de la balance des capitaux américaine pendant cette période résulte de la conjugaison de trois éléments : les investissements massifs des firmes américaines à l’étranger, en Europe notamment ; le plafonnement des taux d’intérêt par la réglementation Q, qui encourage les emprunts étrangers sur le marché américain et décourage les dépôts aux États-Unis ; le financement de la guerre du Vietnam. Pour freiner ces sorties de capitaux, les autorités américaines ont introduit en 1963 une taxe sur les emprunts des non-résidents. Celle-ci a eu pour effet de déplacer la demande de financements en dollars du marché américain vers les euromarchés, où les filiales des banques américaines pouvaient opérer en toute liberté. L’offre de dollars sur ces marchés émane, d’une part, des institutions et des firmes américaines découragées par le niveau très faible des taux d’intérêt aux États-Unis, d’autre part, des banques centrales du reste du monde qui y placent leurs réserves de change en dollars.
Échappant à tout contrôle étatique, non contraintes de constituer des réserves obligatoires, les eurobanques - autrement dit les banques travaillant en dollars sur le sol européen et, par extension, les xénobanques, banques travaillant en toutes monnaies en dehors de leurs territoires d’émission - peuvent offrir des rémunérations élevées à leurs déposants et des taux compétitifs à leurs clients sans pour autant réduire leurs marges bénéficiaires (Adda, 1996, t. 1, p. 94 et suiv.).
(provenant principalement du Plan Marshall Plan Marshall Programme de reconstruction économique proposé en 1947 par George C. Marshall, secrétaire d’État des États-Unis. Doté d’un budget de 12,5 milliards de dollars de l’époque (environ 80 milliards de dollars de 2002) sous forme de dons et de prêts à long terme, le plan Marshall permit à 16 pays (notamment la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et les pays scandinaves) de profiter de fonds pour leur reconstruction après la seconde guerre mondiale. après la Seconde Guerre Mondiale), prêts à être investis. A partir de 1973, le choc pétrolier a entraîné une augmentation des prix du brut de 70% assurant ainsi d’importants revenus aux pays exportateurs de pétrole. L’argent issu de la vente du pétrole a été déposé dans les banques occidentales qui ont accumulé encore plus de capital grâce à ce que l’on appelle alors les pétrodollars Pétrodollars Les pétrodollars sont les dollars issus du pétrole. . En raison du nombre élevé de liquidités Liquidité
Liquidités
Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.
disponibles, les taux d’intérêts ont considérablement baissé et les banques occidentales ont encouragé les pays du Sud à emprunter. Ceci constitue la part dite privée de la dette extérieure des pays du Sud |3|.
De plus, la crise du pétrole a également déclenché une récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres. économique en Europe, laissant les produits du Nord invendus. A ce stade, les pays du Nord ont commencé à prêter de l’argent au Sud dans l’optique de créer un marché où leurs produits pourraient être écoulés, en prétextant toutefois favoriser le développement de ces pays. Pour l’essentiel, l’argent prêté fut dépensé dans les économies des pays créanciers : « Je te prête 10 millions à bas taux, à condition que tu achètes chez moi des marchandises pour 10 millions... » |4|. Ces crédits constitueront la partie bilatérale de la dette des pays en développement.
De 4-5 % dans les années 1970, les taux d’intérêts sont passés à 16-18% à la fin de la décennie, principalement en raison de la décision unilatérale des Etats-Unis d’augmenter leurs taux d’intérêts directeurs. Comme les prêts étaient à taux variables, les pays du Sud ont dû soudainement rembourser trois fois le montant des intérêts initiaux.
Dans le même temps, les pays en développement ont dû faire face à un autre événement déterminant : la baisse des prix des matières premières et des produits agricoles qu’ils exportaient. En effet, leur spécialisation dans les produits exportables a conduit à une abondance de ces derniers sur le marché mondial et en a fait ainsi chuter les prix. De plus, en raison d’une faible demande, les exportations vers le Nord ont diminué. Les pays du Sud ayant besoin de liquidités pour rembourser leurs dettes ont compensé ce manque d’exportations avec l’augmentation de la production, ce qui a fait chuter les prix davantage |5|.
Tout au long des années 1980, le Sud s’est retrouvé dans le cercle vicieux de l’endettement et s’est avéré incapable de rembourser sa dette : la crise de la dette a commencé.

En réponse à la crise de la dette des pays du Sud, les Institutions Financières Internationales (IFI), en particulier le Fond Monétaire International (FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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), leur ont accordé de nouveaux prêts conditionnés, plus connus sous le nom de Programmes d’Ajustements Structurels (PAS). Grandement à la mode à cette époque, ces derniers ont renforcé la mise en place d’une agriculture tournée vers l’export et ont accentué cette relation de dépendance commencée durant la période coloniale. Les élites corrompues des pays du Sud ont également joué un rôle fondamental dans le maintien des politiques néocoloniales. Les dirigeants opposés à ce système de dépendance ont été renversés par des coups d’États et des guerres, alimentés en armes par le Nord.

Les mesures mises en œuvre à travers les PAS étaient marquées du sceau néolibéral : libéralisation, privatisation et recul du rôle de l’Etat. Sous chantage du FMI, les pays du Sud ont donc été forcés d’ouvrir leurs frontières ne pouvant alors plus faire face à la concurrence des denrées du Nord subventionnées et produites à grande échelle. De plus, les pays en développement ont été contraints par les PAS de mettre en place une agriculture exportatrice et intensive et de consacrer les revenus ainsi dégagés au paiement de la dette. Les PAS ont donc non seulement exacerbé la crise de la dette mais également entraîné la perte de cultures locales, d’une partie de la biodiversité ainsi que de la possibilité d’autosuffisance alimentaire pour les pays du Sud.
Étant donné que les changements économiques sont la condition pour recevoir des prêts des IFI les politiques exigées étaient principalement conçues pour faciliter la croissance du Nord et son contrôle sur le Sud.
« Tandis que présentée comme une situation gagnant-gagnant, la réalité est que la dette est déployée en tant que technologie de contrôle, puisqu’elle enfonce l’agriculture dans des rapports marchands qui réduisent et/ou éliminent l’auto-suffisance alimentaire et la sécurité alimentaire locale. » |6|

Comment les politiques agricoles favorisent l’endettement des paysans au Sud comme au Nord ?

Outre l’obligation Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
de cultiver en priorité des denrées exportables et de s’en remettre au libre-échange agricole, les IFI ont exigé, dans le cadre des PAS, le démantèlement des diverses aides publiques aux agriculteurs. Les banques publiques proposant des taux bonifiés aux paysans ont alors été privatisées, obligeant ces derniers à recourir au secteur privé ou aux institutions de micro- finance |7|. D’autant que l’agriculture industrielle qui s’est imposée et consolidée au fil des PAS s’avère très gourmande en investissements, car elle implique l’utilisation de nombreux intrants Intrants Éléments entrant dans la production d’un bien. En agriculture, les engrais, pesticides, herbicides sont des intrants destinés à améliorer la production. Pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette, les meilleurs intrants sont réservés aux cultures d’exportation, au détriment des cultures vivrières essentielles pour les populations. (semences, pesticides, machines…) alimentant par conséquent la dette privée des paysans.

De Chhattisgarh…

Les chiffres sont affolants : on compte aujourd’hui 284 000 suicides de paysans Indiens, tombés dans le mirage de la « révolution verte » derrière lequel s’est profilé la spirale de l’endettement |8|. Pour certains il s’agissait de se procurer le coton génétiquement modifié Bt. Mais la culture de ces semences supposées augmenter la production a entraîné de nombreux coûts supplémentaires. Non seulement, celles-ci requéraient deux fois plus d’eau, mais de plus elles n’ont pas résisté aux maladies locales nécessitant de surcroît l’utilisation de pesticides. Enfin à l’instar de beaucoup de semences OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
du géant Monsanto, le coton Bt s’avère stérile obligeant les paysans à racheter d’une année à l’autre des semences et donc à emprunter |9|. La micro-finance fait aussi partie de ces fausses bonnes solutions auxquelles ont eu recours les paysans pour moderniser leur agriculture, puisque les taux usuriers des créanciers les ont encore un peu plus enfoncés.
Cela étant dit, les paysans Indiens et a fortiori des pays du Sud n’ont pas l’apanage de l’endettement, loin de là.

… à Plouigneau

Depuis l’après-guerre, les politiques agricoles européennes, au premier rang desquelles la PAC, ont considérablement transformé l’agriculture en favorisant l’agrandissement, la concentration et l’industrialisation des exploitations. A tel point qu’aujourd’hui en France, le nombre d’exploitations agricoles a été divisé par quatre ces 50 dernières années alors que leur taille moyenne, elle, a quadruplée sur cette même période. C’est 78 000 ha |10| de terres agricoles qui disparaissent chaque année et 10% des exploitants qui dorénavant possèdent 50% des terres |11|. Ces phénomènes de disparition et d’agrandissement ont pour corollaire l’augmentation du prix du foncier, si bien que l’accès à la terre se révèle être l’obstacle majeur à l’heure actuelle pour la petite paysannerie française, contrainte à s’endetter. A ce problème foncier se conjugue l’alourdissement des équipements agricoles. En effet, pour faire face à un impératif de production croissant, les paysans s’endettent pour industrialiser leurs exploitations (et compenser entre autre la perte de la main d’œuvre agricole). Or, la pression du remboursement de la dette conjuguée à la concurrence internationale et surtout à la mainmise du marché sur la production et les cours agricoles, amène les agriculteurs à produire encore plus, prenant ainsi le chemin d’une agriculture de plus en plus productiviste et étouffant la possibilité de changement du mode de production |12|. Changement d’autant plus difficile, quand on sait qu’une agriculture biologique permet difficilement de faire face à la concurrence d’une agriculture intensive du moins en termes de profits. En effet, l’agriculture industrielle repose sur une large utilisation de pesticides, quelques fois d’OGM, et aussi une surexploitation de la terre en cultivant un seul type de produit. Au contraire, la production biologique, dans le respect de la terre, des travailleurs et de l’environnement, permet un rendement plus faible et peut s’avérer au final plus chère. Aussi, si les agriculteurs « bio » ne peuvent compter sur aucune aide publique leur permettant a minima de rentrer dans leurs frais (le prix du marché s’avérant souvent plus bas que le coût de production), ils ne peuvent pas économiquement continuer dans l’agriculture soutenable.

En 2011, l’endettement moyen d’une exploitation française s’élève en moyenne à 163 700 euros contre 50 000 en 1980 |13|. La triste palme française de l’endettement agricole revient à la filière porcine bretonne avec un taux moyen d’endettement à plus de 70% des exploitations agricoles (même si ce chiffre cache de fortes disparités entre les producteurs). C’est ainsi, que les agriculteurs survivent grâce aux aides de la Politique Agricole Commune |14| (qui elle-même met en péril l’agriculture vivrière du Sud en inondant leur marchés de produits subventionnés) et comptent le taux de suicide le plus élevé parmi l’ensemble des catégories socio-professionnelles avec 400 cas chaque année.

Agrobusiness et dette : une union sacrée

Au Nord comme au Sud, la bonne santé de la filière agroalimentaire repose directement sur celles des banques privées, qui donne les capacités aux paysans d’emprunter pour acheter les produits de la première. Réciproquement, la course effrénée à la production qu’implique l’agriculture industrielle assure au secteur bancaire de nombreux débouchés. Il faut dire que l’agriculture locale n’est pas source de profit pour les grosses entreprises agroalimentaires : elle ne booste ni les exportations, ni les importations et n’utilise que très peu d’intrants. On assiste de cette manière à l’association prévisible de l’agriculture industrielle et du système dette, s’alimentant et se renforçant mutuellement. Si la dette est une caractéristique de l’agriculture productiviste et industrielle, elle devient aussi un outil puissant pour garantir son maintien en évitant l’émergence d’une agriculture biologique et durable.

En 2008, dans son rapport annuel sur le développement dans le monde, la Banque Mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
constatait le manque d’investissements publics des pays du Sud dans le secteur agricole ces vingt dernières années et préconisait une augmentation des dépenses publiques dans ce domaine, qui n’atteignaient alors que 4% du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
, par exemple, en Afrique subsaharienne |15|.
Outre l’hypocrisie dont fait preuve l’institution financière en demandant des investissements supplémentaires après avoir exigé leur démantèlement, l’agriculture « au service du développement » qu’elle promeut entend laisser la part belle à une production intensive, compétitive, extractive, polluante et par conséquent destructrice de la petite paysannerie et des cultures locales.


Notes

|1| Renaud Duterme et Eric De Ruest, La dette cachée de l’économie – Le scandale planétaire, Les liens qui libèrent, 2014, p. 112

|2| Harriet Friedmann (1982), “The Political Economy of Food : The Rise and Fall of the Postwar International Food Order”, American Journal of Sociology, Vol. 88, pp. S248-S286.

|3| http://cadtm.org/La-dette-du-Tiers-Monde

|4| Ibid.

|5| Nicolas Sersiron. « L’agriculture industrielle, un dramatique extractivisme » : http://cadtm.org/L-agriculture-indu...

|6| Philip Mcmichael (2013) p. 687. Value-chain Agriculture and Debt Relations : contradictory outcomes, Third World Quarterly, 34:4, 671-690

|7| Nicolas Sersiron, op cit, p.3

|8| Ibid, p.18

|9| http://blogs.mediapart.fr/blog/mari...

|10| Soit un potager de 25m2 toutes les secondes, un stade de foot toutes les 5 minutes et l’équivalent d’un département français tous les 7 ans : http://www.bastamag.net/L-accaparem...

|11| Ibid

|12| Renaud DUTERME et Eric DE RUEST, op cit., p.116

|13| http://www.reporterre.net/spip.php?...

|14| La PAC a été mise en place en 1962 et répond initialement à cinq objectifs : accroitre la productivité de l’agriculture en développant le progrès technique et en optimisant les facteurs de producteurs, assurer un niveau de vie équitable à la population agricole ; stabiliser les marchés ; garantir la sécurité des approvisionnements ; assurer les prix raisonnables aux consommateurs. Les objectifs en matière de protection de l’environnement ne sont apparus que plus tard.

|15| http://web.worldbank.org/WBSITE/EXT...

Auteur.e

Anouk Renaud

Permanente au CADTM Belgique


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