Un seul monde mal développé - Forum mondial de la pauvreté de Pau-Lescar

Dette, extractivisme, gâchis, aux racines de l’injustice globale

21 juillet 2012 par Nicolas Sersiron

La société de consommation qui rêve de se transformer en une société de développement durable est comme un sprinter de 100 mètres qui imagine pouvoir conserver la même vitesse pendant les 42 kms d’un marathon. Cette civilisation européenne, fondée sur l’extraction de ressources naturelles, doit son exceptionnelle puissance à une accélération du pillage et du gâchis généralisé de toutes les richesses de la planète. Le pétrole – âge 500 millions d’années - n’est largement utilisé par notre monde que depuis 50 ans et le pic de production est déjà dépassé. La croûte terrestre trouée de toutes parts est comme une outre percée dont nous sommes en train d’aspirer les dernières gouttes sans penser à demain. La rareté qui s’annonce ne pourra que provoquer un effondrement économique et social d’un système qui s’était construit sur l’abondance pour un petit nombre au détriment de la majorité des habitants. Comment imaginer, alors que la consommation moyenne d’un occidental est de 100 tonnes par an de matières extraites, que ce système puisse être durable. Le rapport Meadows de 1972 pour le club de Rome « donnait soixante ans au système économique mondial pour s’effondrer, confronté à la diminution des ressources et à la dégradation de l’environnement ». Le Smithsonian Institute dans une nouvelle analyse avec de nouveaux outils, le confirme 40 ans après, “tout se déroule comme prévu pour que survienne le désastre” vers 2020-2030.

Notre société de gâchis et d’injustice sociale va s’autodétruire. Basée sur la compétition du chacun contre tous et la privatisation des profits, elle est génétiquement incapable de répartir, économiser, coopérer. Le pillage sans limites des richesses naturelles, est comme une vie sans rêve. En privatisant les biens communs, nous transgressons les fondations sociales ancestrales des hommes, « donner, recevoir, rendre », qui leurs permettaient de vivre les uns avec les autres. La base de notre vie en société est l’échange entre tous et avec la nature, la « terre mère » des indiens d’Amérique du sud. Car, comme le dit Albert Jacquard, « ce sont les autres qui me font ».

Ce ne sont pas les réalisations les plus magnifiques de l’architecture, les tours infinies ou les découvertes de la science, les fusées et les smartphones qu’apprécieront nos lointains successeurs comme nous sommes ébahis par les pyramides d’Egypte, les ruines d’Angkor ou la capsule Apollo. Confrontés au réchauffement climatique, aux mers vides, aux déserts galopants, aux terres agricoles ruinées par le productivisme, aux ressources fossiles et métalliques disparues, aux déchets nucléaires ingérables, au septième continent fait de bouts de plastique qui flottent entre deux eaux au milieu du pacifique, à la pollution généralisée des eaux douces, à l’acidification des océans qui ne peuvent plus absorber suffisamment de C02, à l’effondrement de la biodiversité, à la fonte rapide des grands glaciers qui irriguaient les terres de milliards d’humains en Asie, à la disparition des grandes massifs forestiers qui régulent les pluies, nos descendants seront trop en colère pour apprécier le peu de choses positives que nous leurs laisseront. Pourront-ils survivre moralement à un tel legs ? Je ne sais, mais j’enrage contre cet aveuglement volontaire, cet égoïsme de ceux qui imaginent pouvoir exister sans les autres, sans la nature, abrité par un mur d’argent fait de billets en papier et de bits informatiques.

Nos gouvernements qui prônent encore la croissance économique en 2012 pour sortir de la crise nous chantent de faux rêves. Ils nous poussent encore plus vite vers le grand effondrement de « l’anthropocène », cette nouvelle période géologique commencée il y a moins de trois siècles. La pauvreté chronique de plus de la moitié de l’humanité n’est-elle pas déjà un terrible affaissement moral quand d’autres vivent dans la consommation et le superflu matériel et alimentaire ?

519 ans après l’arrivée de Christophe Colomb dans les Caraïbes, la conquête extractiviste s’amplifie encore. En ce début du 3e millénaire, le pillage des ressources naturelles et le pillage du travail des hommes qui sont asservis à l’extraction des richesses, n’ont jamais été aussi intense. Au temps des colonies, l’extractivisme Extractivisme Modèle de développement basé sur l’exploitation des ressources naturelles, humaines et financières, guidé par la croyance en une nécessaire croissance économique. se faisait à la main, aujourd’hui ce sont des machines énormes, abreuvées de pétrole, qui font la plus grande part du travail. Cette comparaison qui montre la différence d’échelle dans le pillage des ressources naturelles, doit être mise en parallèle avec l’augmentation des profits capitalistes obtenus par la financiarisation du monde, un autre moyen d’extraction surpuissant. La dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique est - comme le bras de ces pelleteuses gigantesques dans les mines à ciel ouvert - le levier qui permet de capter toujours plus de la valeur ajoutée produite par les salariés du nord.

Le gaspillage généralisé aboutit à ce que 20% des habitants consomment 80% des richesses naturelles, quelles soient minérales, fossiles, ou agricoles. Et il en va de même pour l’eau et l’air pollués, le réchauffement et les désastres environnementaux dont 1/5e de la population est très majoritairement responsable. La vitesse entraîne une immense dépense d’énergie inutile dans les transports comme les aller et retour en avion, surtout là où le train existe. Les TGV électronucléaires sont-ils réellement un progrès quand on sait qu’un train légèrement moins rapide consommerait deux fois moins d’énergie ? Comment comprendre que 90% des voitures, pesant plus d’une tonne de ferraille et de plastique, roulent avec une seule personne à bord, alors que le pétrole se raréfie et qu’elles produisent beaucoup de CO2 ? Quant aux camions ! On connaît le gaspillage incroyable que représentent les divers éléments d’un yaourt qui parcourent souvent 10.000 kms. Mais n’est-il pas encore plus effarant de voir l’immense gâchis d’énergie, de bitumes, de caoutchouc, de matériels de transport qu’entraînent les milliers de camions transportant des automobiles, neuves et quasi semblables, qui se croisent sur les voies montantes et descendantes des autoroutes, nuit et jour ?

Comment accepter que toutes les maisons et autres édifices soient encore des passoires qu’il faut chauffer l’hiver - 30% avec des chauffages électronucléaires, une aberration - et refroidir l’été ! En plus d’être un délire écologique c’est une folie financière : l’essentiel du déficit commercial de la France en 2011, 72 milliards d’euros, est du à l’importation de pétrole et de gaz, cela sans prendre en compte les conséquences dramatiques qu’entraîne le réchauffement du climat. Alors qu’il n’y a aucun problème technique pour construire des bâtiments qui ne nécessitent quasiment ni chauffage, ni refroidissement, et que l’on peut très largement améliorer l’habitat ancien, tout en créant des centaines de milliers d’emplois.

Et que penser de l’obsolescence programmée qui nous oblige à renouveler tous les objets, volontairement non réparables, que nous utilisons, alors que l’on sait parfaitement faire autrement. Une automobile, un téléphone, un frigo, une machine à laver pourrait rendre des services pendant 20 ans, voire beaucoup plus en se réservant la possibilité de leur greffer des améliorations, sans nouvelles extractions de ressources naturelles. Mais dans un système où la consommation de masse fait les profits des détenteurs de capitaux et les emplois des salariés, c’est évidemment impossible.

Il faut donc changer toute l’organisation basée aujourd’hui sur l’extractivisme, le productivisme, le consumérisme et les profits. C’est en imposant un prix aux objets prenant en compte les coûts cachés comme la raréfaction des matières premières, l’augmentation des déchets, des pollutions, du réchauffement, des désastres environnementaux causés par l’extraction et de la pauvreté de plus de la moitié des habitants de la planète que nous pourrons sortir de ce système. Pour éviter la catastrophe, nous devons aller vers une société post-extractiviste qui protège autant les ressources naturelles que le climat, l’environnement et qui saura répartir les richesses entre tous les humains. Décroissance matérielle volontaire ou effondrement, un choix indispensable est à faire pour éviter la grande catastrophe.

Quant à l’alimentation des 20% les plus riches, deux choses la caractérisent : la première est le gaspillage colossal de nourriture et d’énergie au détriment du scénario de la faim et de la pauvreté pour beaucoup d’autres, la seconde est l’augmentation des maladies modernes - cardiovasculaires, obésité, diabète, cancer – dont la surconsommation de malbouffe est en grande partie responsable. L’économie libérale a réussi à nous convaincre que les protéines animales étaient meilleures, au goût et pour la santé, que les protéines végétales. Elle a fait cela en violant l’imaginaire de sobriété de nos parents et grands parents, au nom d’un pseudo modernisme, grâce à des publicités décervelantes martelées sans arrêt. Il y a un demi-siècle, la plupart des gens mangeaient en majorité des protéines végétales, aujourd’hui le modèle alimentaire carné a été imposé. Or comme, il faut huit protéines végétales pour en faire une d’origine animale, 70% des terres de la planète sont consacrées à cette production. Il suffit de penser aux massives importations de soja OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
qui servent à nourrir le bétail européen pour s’en convaincre. Mais là où on atteint le délire c’est que 50% de la nourriture mondiale est gâchée du champ à la bouche. Pour couronner le désastre, ce modèle alimentaire à dominante de protéines animales des occidentaux est responsable de 50% des GES émis dans le monde.

Il y a 5 siècles, les forces armées ont permis le pillage des ressources d’Amérique du sud, des montagnes de richesses sont arrivées dans les royaumes d’Espagne et du Portugal. Ensuite l’esclavage et le commerce transatlantique ont élargi l’extractivisme, le pillage des matières premières et du travail des hommes. Ce qui a profité à l’ensemble de l’Europe. Les armées ont été employées ensuite pour étendre la prédation en asservissant les peuples de tous les continents jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale.

Malgré la perte progressive des colonies par les européens et les déclarations d’indépendance, extractivisme et pillages, pollutions et asservissement des peuples n’ont pas cessé. La corruption organisée des nouveaux gouvernants du sud et les assassinats politiques des récalcitrants, ont permis aux pays de la Triade Triade Les expressions « Triade » et « triadique » sont dues à K. Ohmae (1985). Elles ont été utilisées d’abord par les business schools et le journalisme économique, avant d’être adoptées très largement. Les trois pôles de la Triade désignent les États-Unis, l’Union européenne et le Japon, mais autour de ces pôles se forment des associations un peu plus larges. Selon Ohmae, le seul espoir d’un pays en développement - il faut y ajouter désormais les anciens pays dits socialistes - est de se hisser au statut de membre associé, même périphérique, d’un des trois « pôles ». Cela vaut également pour les nouveaux pays industrialisés (NPI) d’Asie, qui ont été intégrés par étapes, avec notamment des différences de pays à pays, dans le pôle dominé par le Japon (Chesnais, 1997, p. 85-86). et à leurs entreprises transnationales d’assurer la continuité du transfert des richesses naturelles vers leurs usines. Mais c’est la création du grand système des dettes publiques qui a remplacé dans les années 1980, les armées d’occupation coloniales. Ces dettes destinées à enrichir les nouvelles bourgeoisies du sud, ont permis un double enrichissement des pays du nord. Les gouvernements corrompus par le détournement des emprunts ont accepté des remboursements infinis de dettes illégitimes. Ensuite ils ont utilisés le fruit du travail de leurs peuples en prélevant des impôts pour payer les intérêts en dollars exportés vers les pays riches. Cette lourde ponction sur les budgets a entraîné de nouveaux prêts illégitimes du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et de la BM Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
. Ces derniers les ont utilisés pour pousser les gouvernements à accroître encore les extractions-exportations de matières premières au nom des indispensables remboursements. Ces ressources étaient surtout nécessaires au développement de la nouvelle société consumériste et gâcheuse du nord, et à la croissance des profits de l’oligarchie.

Ce système dette a tellement bien fonctionné, d’un point de vue extractiviste, que les gouvernements du nord l’utilisent aussi dans leur propre pays. Les dettes publiques ont été accumulées par des gouvernements contraints d’emprunter aux banques privées. Ainsi par une décision de Pompidou en 73, confirmée par le traité de Maastricht en 92, l’Etat pour combler les trous du budget ne peut plus emprunter à la Banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. publique. Or ces déficits étaient creusés plus profondément chaque année par les cadeaux fiscaux faits aux plus riches. On retrouve le même système d’extraction adapté aux réalités du nord. Là ce ne sont plus des matières premières mais une plus grande part des plus values issues du travail des salariés qui sont en jeu. Sauver les banques, sauver l’économie capitaliste de la crise en augmentant très fortement le stock de la dette Stock de la dette Montant total des dettes. - en France sous l’ère Sarkozy il augmente de 50% - c’est à coup sûr faire croître les impôts payés par les travailleurs. Payer les intérêts supplémentaires va déposséder encore un peu plus les citoyens de leurs services publiques de santé, et de retraite, et finir par une privatisation au nom de la soi-disant bonne gouvernance. Les capitaux étant prêtés par des institutions privées, on retrouve le même transfert de richesses des peuples vers les détenteurs de capitaux, ou pour le dire autrement des plus pauvres aux plus riches, au nord comme au sud. Une dette publique n’a pas à être remboursée si elle n’a pas profité à la population. Ces dettes sont donc illégitimes. Elles ont été accumulées dans le but de déposséder les populations de leurs conquêtes sociales et de renforcer l’exploitation des travailleurs. Au nom de ces remboursements qui prennent chaque année une part plus grande du budget de l’Etat, « les caisses sont vides » les Etats justifient ces dépossessions.

La première chose à faire consiste à imposer aux responsables de la crise des subprimes Subprimes Crédits hypothécaires spéciaux développés à partir du milieu des années 2000, principalement aux États-Unis. Spéciaux car, à l’inverse des crédits « primes », ils sont destinés à des ménages à faibles revenus déjà fortement endettés et étaient donc plus risqués ; ils étaient ainsi également potentiellement plus (« sub ») rentables, avec des taux d’intérêts variables augmentant avec le temps ; la seule garantie reposant généralement sur l’hypothèque, le prêteur se remboursant alors par la vente de la maison en cas de non-remboursement. Ces crédits ont été titrisés - leurs risques ont été « dispersés » dans des produits financiers - et achetés en masse par les grandes banques, qui se sont retrouvées avec une quantité énorme de titres qui ne valaient plus rien lorsque la bulle spéculative immobilière a éclaté fin 2007.
Voir l’outil pédagogique « Le puzzle des subprimes »
et de toutes les spéculations, de toutes les banques et autres détenteurs de capitaux qui profitent de l’accroissement de la dette, le paiement des dégâts. Comment ? En annulant les dettes illégitimes. L’audit des dettes publiques est un combat politique, c’est une lutte de nous tous, chacun à sa manière et collectivement qui permettra de sortir de l’asservissement par la finance. De la même manière, nous devons lutter contre l’extractivisme et la dette des pays du sud qui affament et appauvrissent plus de la moitié des habitants de la terre.

Comment pouvons-nous résister ? L’audit de la dette est un mouvement citoyen international qui refuse de payer les remboursements des emprunts illégitimes faits par les gouvernements. Alors qu’ils n’ont profité qu’à une minorité, qui s’est enrichie de façon injustifiée depuis que la contre révolution conservatrice a commencé dans les années 80. L’audit repose autant sur une analyse des comptes publics de nos états et collectivités locales, que sur un travail de déconstruction du discours dominant nous accusant d’avoir vécu dans le luxe et le confort, telles des cigales. Ce qui est faux. Les dépenses publiques en pourcentage du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
n’ont quasiment pas variées depuis 20 ans. La vérité est que la somme des cadeaux fiscaux faits aux plus riches et aux grandes entreprises estimée à plus de 100 Mds euros, plus l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
équivalant à l’impôt sur le revenu en France, soit 50 Mds euros, font que chaque année 150 Mds euros manquent au budget de l’Etat. Du coup les intérêts de la dette atteignent 50 Mds euros qui le grèvent encore plus. Dire que la dette est illégitime, même si elle est légale, car elle a été votée par le parlement, c’est démontrer qu’elle est un outil au service de l’extraction des richesses des 99% vers le 1% qui échappe à l’impôt, le voit réduit par le parlement ou (et) reçoit les intérêts des sommes qu’il a prêté à l’Etat.

La dette illégitime Dette illégitime Comment on détermine une dette illégitime ?

4 moyens d’analyse

* La destination des fonds :
l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.
* Les circonstances du contrat :
rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.
* Les termes du contrat :
termes abusifs, taux usuraires...
* La conduite des créanciers :
connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt.
au sud contraint les pays et leurs travailleurs à extraire toujours plus de matières premières pour la rembourser, la dette illégitime au nord qui ponctionne de plus en plus lourdement les salariés, les oblige à travailler plus pour rembourser plus. Les gâchis, la vitesse, l’obsolescence organisée, la suralimentation les poussent à consommer toujours plus d’énergie, de biens matériels ou de nourriture. Faire de la croissance, c’est extraire encore plus d’énergie pour produire encore plus d’objets inutiles et de nourriture gâchée. Ils iront chercher les dernières gouttes de pétrole à 10.000 mètres de profondeur, tant pis si les eaux sont polluées, si le climat se détraque encore plus, les profits n’ont pas de prix. On veut créer des emplois en détériorant encore plus la planète, quelle courte vue ! Il serait largement préférable de répartir le travail entre tous, d’annuler les dettes illégitimes au sud comme au nord, de diminuer nos besoins, de cesser de faire de la consommation un moyen de se réaliser, et ainsi de pouvoir redonner au milliard d‘humains qui meurent de faim, l’espoir d’une plus juste redistribution des richesses.


Auteur.e

Nicolas Sersiron

Ex-président du CADTM France, auteur du livre « Dette et extractivisme » Après des études de droit et de sciences politiques, il a été agriculteur-éleveur de montagne pendant dix ans. Dans les années 1990, il s’est investi dans l’association Survie aux côtés de François-Xavier Verschave (Françafrique) puis a créé Échanges non marchands avec Madagascar au début des années 2000. Il a écrit pour ’Le Sarkophage, Les Z’indignés, les Amis de la Terre, CQFD. Il donne régulièrement des conférences sur la dette.