Deuxième journée de l’université d’été 2015

14 septembre 2015 par Emilie Paumard

Retour sur la deuxième journée de l’Université d’été du CADTM 2015

Dans la salle du petit déjeuner, les participant-e-s émergent tranquillement mais les discussions vont déjà bon train. Une tablée analyse les ateliers de la veille, une autre échange déjà des contacts, une troisième commente ces foutues portes des chambres qui grincent...

Première journée de l’université d’été 2015

Troisième et dernière journée de l’université d’été 2015

Dans le fond de la pièce les bénévoles s’offrent un repas déjà bien actif « qui s’occupe de commander plus de boissons pour ce soir ? », « il faut mettre des petits dej’ de côté pour ceux qui sont à l’atelier yoga », «  il manque quelqu’un sur un créneau navette »...

Les estomacs bien remplis, les participant-e-s sont parés pour attaquer cette journée où comme promis il y en aura pour toutes les luttes !

Dans l’atelier « politique migratoire : jusqu’à quand allons-nous compter les morts ? » la salle est bondée. La révoltante actualité est évidemment au cœur du débat. Mais c’est aussi pour les intervenant-e-s l’occasion de rappeler que cette situation n’a rien d’étonnant car elle s’inscrit parfaitement dans la logique des politiques migratoires mises en place par l’Union européenne. Olivier Stein, avocat au cabinet Progress Law insiste : il s’agit d’une politique de la déresponsabilisation. En négociant avec les pays extérieurs à l’Union pour qu’ils jouent les douaniers, en militarisant nos côtes avec Frontex et en ne se dotant pas d’une politique d’accueil commune, les pays de l’Union ont réuni tous les ingrédients pour pouvoir rejeter la faute sur les autres. France Arets, présidente du CRACPE et membre du collectif des sans-papiers à Liège revient quant à elle sur les mouvements et les actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
qui s’organisent actuellement en Belgique, et heureusement ils sont nombreux ! Un participant souligne à quel point il est positif que le collectif des sans-papiers se mobilise pour la manifestation syndicale du 7 octobre à Bruxelles contre les mesures d’austérité du gouvernement belge. Pour se battre contre les replis, il est en effet impératif de lier ce combat à celui de la lutte contre l’austérité partout en Europe.

Un peu plus loin dans l’atelier « accaparement des territoires et des ressources : résistance en cours » il y a de l’agitation. Après la présentation d’Anna Bednik sur les luttes contre l’exploitation des gaz de schiste en France et celle de Larbi Hafidi sur la bataille contre la mise en place de lignes TGV aux tracés fous (Casablanca-Copenhague...excusez du peu !) les participant-e-s sont en effet invités à prendre physiquement position. Celles et ceux qui estiment que ces luttes locales contre la mise en place de projets d’infrastructures ou d’exploitation des ressources telles que les ZAD sont en réalité plus des bagarres de Nimby |1| que de réels espaces de résistances au système capitaliste extractiviste se placent à gauche de la pièce. Ceux convaincus du contraire à droite. Et ça débat !

Après une pause déjeuner bien méritée, c’est sans surprise l’atelier «  Grèce : les raisons de la capitulation et les leçons à en tirer » qui attire le plus de participant-e-s. Après la diffusion de la vidéo du même nom dans laquelle Eric Toussaint expose son point de vue sur la question
 |2|, Giorgos Mitralias (CADTM Grèce) et Yiorgos Vassalos (Initiative de solidarité avec la Grèce qui résiste) se sont attelés au même exercice devant une bonne centaine de personnes. Pour le premier il faut d’abord rappeler l’évidence : les premiers responsables ce sont les créanciers de la Troïka Troïka Troïka : FMI, Commission européenne et Banque centrale européenne qui, ensemble, imposent au travers des prêts des mesures d’austérité aux pays en difficulté. (BCE BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
, Commission européenne, FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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). Il faut ensuite aller chercher les raisons de cet échec dans les conditions matérielles du peuple grec. En effet, les mobilisations pour pousser Syriza à plus de radicalité et pour affronter la Troïka n’ont été nombreuses et massives que dans la dernière ligne droite. Mais dans un pays qui a connu 36 grèves générales depuis 5 ans et dont les habitants ont subit une baisse du niveau de vie de 65% comment en demander plus ? Yorgos le rappelle si besoin il était : « les Grecs ne sont pas des surhommes ». Mais pour lui il faut aussi aller chercher des explications dans les fondements de Syriza et son rapport à la social démocratie. Dans sa pré-histoire Syriza comptait des courants sociaux-démocrate qui ont finalement décidé de quitter la coalition au grand désarroi des dirigeants de la formation politique à l’époque. C’est donc la social-démocratie qui a quitté Syriza et pas l’inverse. Fort de ce rappel historique, les choix du gouvernement dans la dernière ligne droite des négociations apparaissent moins étonnants.

Et ce sont ces choix qu’Eric Toussaint interroge suite aux nombreuses questions et commentaires du public. Pour lui si il est vrai que le mandat de Syriza ne comprenait pas la sortie de l’euro, l’intransigeance des institutions aurait dû pousser le gouvernement à ouvrir le débat. Plutôt que de s’embourber dans des négociations dont les conditions n’étaient pas réunies, Tsipras aurait dû, dès le 20 février « rentrer en conflit avec les institutions dans des termes compréhensibles pour la population » a affirmé Eric Toussaint. Il a ensuite expliqué ce qu’auraient été pour lui les termes clairs et compréhensibles que le premier ministre aurait pu avancer : « la Troïka nous refuse la possibilité d’accomplir notre mandat de stopper l’austérité dans le cadre européen. Puisque la priorité absolue du peuple Grec est d’en finir avec l’austérité, la Troïka nous pousse à aller plus loin. Nous devons donc suspendre le paiement de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, mettre en faillite les banques grecques et les socialiser pour protéger l’épargne des citoyens. Comme les institutions européennes n’accepteront jamais la mise en place de ces mesures, il sera donc nécessaire de mettre en place une alternative à l’euro en créant une monnaie complémentaire. » Ce scénario est malheureusement bien loin de la réalité que nous venons de vivre. Néanmoins comme l’a rappelé Eric Toussaint, il est essentiel de tirer les leçons de cette expérience pour affiner nos stratégies et construire nos futures revendications.

Nous reviendrons sur les autres ateliers de cette deuxième journée très prochainement dans d’autres comptes-rendus.

Après les différents ateliers, les groupes locaux du CADTM Belgique et du CADTM France se sont réunis avec les participant-e-s curieux d’en savoir plus sur les différentes activités menées par les militants du CADTM.

Cette deuxième journée s’est finie en beauté avec la pièce de théâtre « Dette système » créée et jouée par des membres du groupe d’audit citoyen de la dette (ACIDE) de Marche en Famenne (Belgique) suivie d’un set musical tonitruant de DJ Miss Sirocco (Drache Musicale/Radio Panik – Bruxelles) sur lequel les participant-e-s ont dansé jusqu’au milieu de la nuit.


Notes

|1| moi non plus j’connaissais pas ! Voici la définition wikipedia : C’est l’acronyme de l’expression « Not In My BackYard », qui signifie « pas dans mon arrière-cour »1. Le terme est utilisé généralement de manière péjorative pour décrire soit l’opposition de résidents à un projet local d’intérêt général dont ils considèrent qu’ils subiront des nuisances, soit les résidents eux-mêmes. Le syndrome NIMBY désigne en particulier l’attitude des personnes qui veulent tirer profit des avantages d’une technologie moderne, mais qui refusent de subir dans leur environnement les nuisances liées aux infrastructures nécessaires à son installation

|2| http://cadtm.org/Grece-pourquoi-la-...