Equateur - 10 août

Discours d’investiture du président Rafael Correa (extraits)

3 septembre 2009 par Rafael Correa


INTRODUCTION

(...) Les peuples du monde, de notre Amérique et particulièrement dans notre cas, le peuple équatorien (...) sont les mandants, les maîtres de nos pays, les maîtres de nos démocraties tandis que nous, chers collègues élus, nous n’en sommes que les premiers serviteurs. (...)

LA VICTOIRE ELECTORALE

Un salut affectueux à tous les présidents et chefs d’Etat dont l’autorité, comme la mienne, n’est pas un attribut personnel mais la conséquence d’un mandat qui nous rend responsables devant ceux qui nous ont octroyé leur vote.

Le 26 avril passé [1], sur cette terre fraternelle, (...) ce n’est pas un catalogue d’offres ou une liste de travaux et de projets, (…), qui ont triomphé. Ce qui a triomphé, c’est un rêve, le rêve d’une Patrie Nouvelle. (...)

Jamais, nous ne trahirons le mandat reçu et nous y consacrerons tout nos efforts et nos capacités, sans hésitations, sans lâchetés souvent déguisées de prudence ; clairement et frontalement, sans les stéréotypes des « hommes d’Etat » que veulent nous imposer nos oligarchies.

Nous sommes en fête parce que la Patrie renaît du chaos mercantiliste ; le bradage de la privatisation a été stoppé. (...)

Il est néanmoins nécessaire de comprendre que la victoire populaire n’a été que le premier pas d’un processus révolutionnaire dont l’objectif est la construction d’une société incluante, solidaire et équitable. (...) Pour atteindre pleinement ces objectifs, il sera nécessaire d’atteindre le pouvoir politique et le transformer en pouvoir populaire, seul capable de changer les structures honteuses qui prévalent encore dans notre région. (...)

Soeurs et frères équatoriens, ce que nous avons fait ensemble, relève de l’impossible. Avant notre gouvernement, aucun des trois derniers gouvernements élus n’est arrivé à son terme, ils ont été renversés par les citoyens pour avoir trahi le mandat populaire ; en dix ans, nous avons eu pas moins de sept présidents ; on nous a alors accusés d’être ingouvernables alors que nous étions seulement l’objet de trahisons. Le 26 avril passé, bien que nous traversions la plus grande crise du capitalisme planétaire des 70 dernières années, malgré les attaques féroces du pouvoir informatif, économique, social et même religieux, malgré le fait d’avoir eu tous les candidats contre nous, malgré que les vainqueurs du premier tour électoral n’aient gagné qu’avec une moyenne d’à peine 25% des votes, le peuple rebelle est venu et nous a donné une victoire en un seul tour, ce qui est quelque chose d’absolument inédit dans l’histoire contemporaine de notre pays. Ce que nous avons fait relève de l’impossible et démontre que la révolution citoyenne est irréversible : rien ni personne ne peut l’arrêter. (...)

LES AXES DE LA REVOLUTION

(...) Dans la première étape de la révolution citoyenne, nous avons proposé cinq axes d’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
. Le premier d’entre eux est la Révolution Constitutionnelle. (...)

Maintenant, nous sommes en train de nous libérer des tares, des mauvaises pratiques du scénario politique ; ils croient que nous n’avons pas de mémoire, que nous ne nous rappelons pas de la manière dont fonctionnait le Congrès quand c’était la junte des commerçants de la particratie, junte où se répartissait le butin de l’Etat (le pétrole, les télécommunications, les impôts), où se répartissaient les organes de contrôle et de régulation et où on se mettait au service des minuscules mais puissants groupes oligarchiques. (...)

Le deuxième axe d’action est la Lutte contre la Corruption : cette lutte a été et est toujours une pratique permanente et jusqu’à obsessionnelle de notre gouvernement. Mais la corruption n’est pas seulement l’utilisation peu scrupuleuse des fonds publics, elle est aussi enracinée dans le modèle pervers et égoïste engendré par le néolibéralisme au travers des privatisations, des endettements malhonnêtes et des saccages institutionnalisés comme le permis de voler donnés aux banques corrompues par la Constitution de 1998, approuvée précisément par ceux qui essaient aujourd’hui de saboter la Révolution. (...)

Notre plus grande fidélité sera celle de nos consciences. Nous sommes des gens aux mains propres et d’une profonde éthique. Dans l’Equateur d’aujourd’hui et de demain, il n’y aura plus d’impunité. (...) La fin de ces temps néfastes a commencé avec les sanctions des banquiers corrompus (...). La nouvelle Constitution traitera d’une autre forme généralisée de corruption : la collusion entre le pouvoir médiatique et le pouvoir financier. Ou banquiers ou journalistes, jamais plus les deux à la fois. Ainsi, que messieurs les banquiers, maîtres des moyens de communication, choisissent à quelles affaires ils se consacrent dorénavant [2].

Nous disons aussi que les services publics doivent s’améliorer pour rendre possible la transparence désirée. (...) De plus, le fait de rendre compte est pour nous quelque chose de sacré. En ce sens, chaque samedi, au long de plus de deux ans, et à partir de tous les coins de la Patrie, nous avons exercé notre droit et notre devoir d’informer le peuple. (...)

Le troisième axe d’action a été la Révolution Economique pour rompre, et pour toujours, avec les mandats externes, avec ce Consensus de Washington complètement pervers, avec des systèmes économiques qui génèrent seulement plus de misère et d’inégalité, et qui détruisent les fondements de toute société et de toute économie. (...)

Une des caractéristiques les plus importantes du socialisme du 21e siècle, doctrine à laquelle adhère la révolution citoyenne, est précisément la suprématie de l’être humain sur le capital. Pour nous, l’être humain n’est pas un facteur de plus de production, mais l’objectif de la production. Ce que nous affrontons en ce sens est réellement atterrant : l’être humain converti en un instrument de plus d’accumulation du capital. Il ne fait aucun doute qu’une des principales victimes de la longue et triste nuit néolibérale, est la classe ouvrière. Aujourd’hui, parmi beaucoup d’autres choses, l’Equateur est un pays sans sous-traitance au niveau des contrats de travail. Dans le même sens, des salaires des professeurs, des domestiques, des artisans, des militaires et des policiers, etc., ont substantiellement augmenté, et pour la première fois dans l’histoire, les prix des services publics ont diminué (...).

Dans la radicalisation de notre révolution, nous cherchons à dépasser le concept mesquin de salaire minimum, compris de manière perverse comme un salaire juste. Le salaire minimum est précisément ceci : le minimum pour éviter un mal pire qui est le chômage mais personne ne peut accepter qu’un salaire insuffisant à couvrir les nécessités d’une famille pour sortir du seuil de pauvreté, puisse être considéré comme un salaire juste. La mesure consistera alors à réussir ce qu’aucune entreprise ne se considère rentable tant qu’elle n’aura pas garanti à chacun de ses travailleurs un salaire réellement digne.

Ici, un appel à nos frères d’Amérique latine et particulièrement d’UNASUR : la compétitivité est déjà un principe pas mal mis en cause par des agents économiques mais, entre pays, c’est complètement absurde. Nous ne pouvons continuer cette farce de faire la concurrence entre nous pour attirer des investissements ou vendre davantage aux marchés du premier monde, en précarisant notre force de travail. Qui en bénéficie ? Les pays riches avec des produits meilleurs marchés au prix des sacrifices de nos travailleurs. Tant entre nos pays qu’à l’intérieur de ces mêmes pays, au lieu d’une telle concurrence, nous devons donner plus d’espace à l’action collective pour, par exemple, harmoniser nos politiques de l’emploi et ne pas sacrifier nos travailleurs sur l’autel du marché.

C’est précisément une autre caractéristique du nouveau système économique et du socialisme du 21e siècle : restaurer la pertinence de l’action collective pour le développement. Face à des problèmes collectifs, nous devons donner des réponses collectives. De là, l’importance du rôle de l’Etat, représentation institutionnalisée de la société, à travers lequel la société réalise cette action collective. Prétendre minimiser le rôle de l’Etat, a constitué une des grandes absurdités de la longue et triste nuit néolibérale, de la même façon que prétendre le maximiser fut une des erreurs monumentales du socialisme d’Eat. Ce qui est incontournable, c’est la nécessité d’un Etat efficient au service du bien commun par lequel se libérer du joug des classes dominantes. (...)

Il y a encore beaucoup à faire, et le plus difficile, c’est le changement de mentalité d’une certaine bureaucratie qui maintient des codes anachroniques en fonction des classes et des paradigmes dominants et non en fonction du peuple équatorien et de sa diversité. Pour preuve, les invitations envoyées pour cet événement où il était demandé aux hommes de porter un costume sombre et aux femmes, une robe de soirée. Cela peut paraître un détail sans importance mais, pour moi, c’est extrêmement significatif et cela montre tout ce qu’il nous reste à faire. Je voudrais présenter mes excuses aux peuples ancestraux pour cette barbarie : s’ils avaient respecté ces invitations absurdes, ils ne pourraient être ici avec leurs costumes typiques. Je voudrais demander pardon aux pauvres de ma patrie, notre raison d’être, parce que si nous avions tenu compte de cette absurdité, ils ne pourraient être ici à moins d’avoir emprunté ledit costume. Je voudrais demander pardon à tous les citoyens de la Patrie parce que notre Constitution nous définit comme un Etat plurinational et pluriculturel et que notre Plan National de Développement parle de respecter cette diversité (...).

(...) Ce gouvernement croit en la capacité des milliers de producteurs associatifs, coopératifs, communautaires, autonomes, de ceux que le néolibéralisme appelle irrespectueusement les informels mais que nous appelons nous les sujets de l’économie sociale et solidaire que reconnaît notre Nouvelle Constitution, les producteurs de la sphère immense et féconde de l’économie populaire.

(...) Nous allons continuer à traiter dignement et intelligemment le problème de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
externe. Avec courage et habileté, pour la première fois dans l’histoire, le pays a réussi à vaincre les spéculateurs financiers en rachetant quelque 91% de sa dette commerciale en bons 2012 et 2030 avec une décote de près de 70% ce qui signifie un gain de plus de 300 millions de dollars annuels durant les prochaines vingt années, sommes qui serviront non aux portefeuilles des créanciers mais au développement national.

Un jour, on ne pourra quasi pas croire qu’il aura existé une arnaque monumentale, entourée d’un halo de respectabilité ; que personne, durant des décennies, n’aura été capable de stopper cette invasion de sauterelles ; que des légions de technocrates auront vendu leur patrie, auront pu vivre et profiter sur le compte de la dette au détriment de leur peuple ; que cette attaque aura atteint de tels niveaux de perfectionnement et d’institutionnalisation ; que les pays auront continuer à solliciter de l’argent pour payer les intérêts de l’argent dû, perversion seulement comparable au concertaje des indiens, cette infamie insolite du système féodal qui les obligeait d’assumer les dettes « jusque pour deux vies » et qui a survécu durant une bonne partie de la république.

Le développement n’est pas un équilibre financier de pertes et de profits. Il y a beaucoup de choses d’une immense valeur mais sans prix. Les peuples vivent aussi de dignité. D’où, ce gouvernement n’a jamais permis qu’aucune bureaucratie internationale vienne nous imposer ses politiques et il a même expulsé du pays le représentant de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
pour les chantages que cette bureaucratie prétendait imposer au pays.

Finalement, au niveau de l’essence du changement du système économique, il faudra dépasser des théories qui représentent prétendument la fin de l’histoire. L’échec d’un système basé sur la voracité, non seulement est évident mais implique la destruction de l’être humain en prétendant élever l’égoïsme en vertu maximale au niveau individuel et social.

Au contraire de la politique clientéliste des gouvernements néolibéraux, la Révolution Citoyenne opte pour des politiques d’inclusion sociale qui ont englobé non une légion de spectateurs désespérés, pratique permanente des gouvernements de l’oligarchie, mais les partenaires d’un pays responsable, un pays d’êtres humains solidaires. (...)

Je voudrais, comme toujours, mentionner spécialement nos migrants, ces exilés de la pauvreté, expulsés de leur propre terre (...). Nous n’oublierons jamais les responsables de cet exode, aujourd’hui unis contre la Révolution Citoyenne. Nous disons, de manière responsable, que les migrants ne sont pas illégaux. Ce qui existe, ce sont des pratiques illégales, aberrantes comme le racisme, la xénophobie et le coyoterismo  [3] ; mais surtout, c’est l’irresponsabilité et l’insensibilité des gouvernements qui ne se préoccupent jamais du destin de leurs compatriotes, sûrement parce que l’immense majorité est pauvre et marginalisée.
Nous avons avancé dans le Plan Retour, nous avons commencé à construire le chemin du retour pour nos compatriotes (...).
En tant que camarade Président, je n’oublierai jamais que, durant la longue et triste nuit néolibérale, tandis qu’on gelait les investissements publics et qu’on diminuait les investissements sociaux au point de ne pas réparer les lampes des feux de circulation, l’Equateur fut maintenu à bout de bras par les pauvres, les humbles, ceux qui n’avaient jamais eu dans leur propre Patrie le droit de travailler (...).

(...) Un nouveau régime pénitentiaire (...) : avec l’Assemblée Nationale Constituante, nous avons amnistié tous les condamnés pour cause de pauvreté, notamment les mulets [4], et le résultat spectaculaire est que, sur 2.221 amnistiés, nous avons seulement 19 récidivistes, c’est-à-dire à peine 0.86%, ce qui renforce notre conviction que ces compatriotes n’étaient pas des délinquants mais seulement des pauvres.

Nous continuons à apporter notre plus grand soutien à la jeunesse équatorienne, aujourd’hui confirmée dans ses droits constitutionnels (...).
Nous soutenons nos jeunes parce que la Patrie requiert leur talent et leur force neuve, tant de fois incomprise, que ce soit dans les arts et dans la fête (...). C’est une révolution allègre que nous réalisons jour après jour, en chantant. Laissons l’amertume à ceux qui se sentent impuissants à nous vaincre dans les urnes.
(...) Nous inaugurons un pays consolidé dans des politiques culturelles qui favorisent le dialogue entre les diversités, la création intellectuelle et artistique. Pour nous, la culture n’est pas de la décoration, c’est un patrimoine et un bien sociaux. (...)

Le cinquième axe d’action de notre révolution a été la récupération de la dignité, de la souveraineté et la recherche de l’intégration latino-américaine. En ce sens, la Révolution Citoyenne continuera à oeuvrer pour le renforcement du multilatéralisme et des espaces d’intégration latino-américains, spécialement avec les pays frères de UNASUR et de l’ALBA. (...)

Nous mettons l’accent sur le renforcement des relations Sud-Sud et en ce sens, à partir de la « Moitié du Monde », nous sommes en train d’établir des relations diplomatiques et commerciales avec des pays que notre patrie a ignorés auparavant vu la soumission de nos gouvernements qui avaient les yeux tournés vers le Nord uniquement. En ce sens, l’ouverture de nouvelles ambassades s’oriente dans des pays stratégiques en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie ; c’est essentiel pour établir des relations avec d’autres pays du Sud et ainsi, nous insérer intelligemment et souverainement dans le monde.

Notre main ne tremble pas en dénonçant les structures de soumission internationale qui sont au service des transnationales et des institutions financières de Bretton Woods, comme la dénonciation récente que nous venons de faire du CIRDI CIRDI Le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) a été créé en 1965 au sein de la Banque mondiale, par la Convention de Washington de 1965 instituant un mécanisme d’arbitrage sous les auspices de la Banque mondiale.

Jusqu’en 1996, le CIRDI a fonctionné de manière extrêmement sporadique : 1972 est la date de sa première affaire (la seule de l’année), l’année 1974 suivit avec 4 affaires, et suivirent de nombreuses années creuses sans aucune affaire inscrite (1973, 1975,1979, 1980, 1985, 1988, 1990 et 1991). L’envolée du nombre d’affaires par an depuis 1996 (1997 : 10 affaires par an contre 38 affaires pour 2011) s’explique par l’effet des nombreux accords bilatéraux de protection et de promotion des investissements (plus connus sous le nom de « TBI ») signés a partir des années 90, et qui représentent 63% de la base du consentement à la compétence du CIRDI de toutes les affaires (voir graphique)). Ce pourcentage s’élève à 78% pour les affaires enregistrées uniquement pour l’année 2011.

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. Notre main ne tremble pas non plus pour dénoncer les Traités Bilatéraux d’Investissement, autre ignominie exercée sur notre nation qui bénéficie uniquement aux intérêts étrangers. (...) Notre cohérence révolutionnaire ne renonce pas à la solidarité avec le peuple frère du Honduras ; nous exigeons que les usurpateurs du pouvoir populaire soient défaits et jugés, que toutes les instances nationales, internationales, régionales et mondiales se dressent pour que jamais, sous aucun prétexte, la volonté démocratique de tout un peuple soit niée. A vous, Président Zelaya, notre salut solidaire et fraternel.

De la même manière, dans cette seconde indépendance, notre Patrie, mon gouvernement et moi, nous nous maintiendrons fermement et souverainement dans nos relations commerciales avec d’autres pays en mettant l’accent clairement sur des Traités de Commerce pour le Développement, justes et solidaires, en restant fermes et clairs au moment de dire « Non au Traités de Libre Commerce » que les grandes puissances du Nord ont essayé de nous imposer pendant des années avec la complicité de nos oligarchies corrompues.

(...) Aujourd’hui, en célébrant le Bicentenaire de la Première Indépendance, nous poursuivons le chemin tracé par Simon Bolivar. Cela s’est traduit par la défense sans restriction de notre souveraineté comme nous l’avons démontré lors de l’invasion et du bombardement criminel de Angostura [5] ; comme nous l’avons démontré avec notre action dans le Groupe de Rio, à Santo Domingo ; comme nous l’avons démontré par la vigilance patriotique de notre frontière nord face à toute intervention de forces irrégulières ; comme nous l’avons démontré, spécialement, dans le processus d’intégration que l’Equateur a poussé à travers la création d’UNASUR et de la Banque du Sud. (...)

LA COLOMBIE

(...) Aujourd’hui, néanmoins, nous assistons à la configuration d’un autre scénario étant donné que le gouvernement de Colombie a annoncé qu’il entamait les négociations pour la mise à disposition de non pas une mais de sept bases pour les opérations de l’armée des Etats-Unis.

Espérons que l’installation de bases militaires nord américaines en territoire colombien ne se propose pas de renforcer la politique guerrière du gouvernement de notre voisin (...)

(...) Conscients de notre responsabilité dans le maintien de la paix et ratifiant notre décision de ne pas nous immiscer dans l’interminable conflit interne de la Colombie, nous élevons clairement notre voix en protestation face à cette situation. (...)

LA PRESSE

(...) La presse a été le plus grand adversaire que nous ayons eu durant ces 31 mois de gouvernement, la presse qui a tenu un rôle clairement politique bien que sans aucune légitimité démocratique. Ils disent que nous sommes contre la pensée critique. Ils se trompent : nous sommes contre la presse médiocre et corrompue.

(...) Il y a une contradiction au sein de leur propre nature : ce sont des affairistes privés administrant un bien public : la communication sociale. Quelle est l’alternative ? Je ne sais pas, peut être la situation actuelle est-elle un moindre mal mais reconnaître cela serait une immense avancée : démystifier la presse, la jeter bas de son piédestal d’infaillibilité et de suprématie morale qu’elle a elle-même édifié et reconnaître les négociants privés pour ce qu’ils sont précisément : des négociants qui soumettent l’intérêt public au privé quand le premier s’oppose aux intérêts de leur entreprise.

TRANSITION

(...) L’expérience que nous avons acquise en deux ans et demi de travail est importante. Nous avons déjà connu l’amertume et les désillusions qu’entraîne inéluctablement le pouvoir et nous ne sommes plus si ingénus que le 15 janvier 2007.

(...) J’ai appris que la lutte solitaire (...) sans changer les structures de pouvoir, si elle est méritoire pour ceux qui la réalisent, n’attaque pas les causes qui rendent possible l’existence des injustices et des inégalités.

Je veux dire, camarades, que la lutte que nous devons réaliser, la campagne que nous allons continuer dans les quatre prochaines années, n’est pas seulement destinée à alléger des douleurs individuelles mais à extirper les causes de la douleur ; elle n’est pas dirigée exclusivement à aider les pauvres, mais à extirper pour toujours les causes structurelles qui rendent possible la pauvreté ; elle ne se propose pas simplement de châtier les corrompus, mais d’éliminer les conditions qui rendent possible la corruption. (...)

APPEL A L’UNITE

(...) Nous savons bien que nous sommes le gouvernement de toutes et tous les Equatoriens mais que personne n’ait le moindre doute : nos choix, nos préférences vont aux pauvres, aux jeunes et à nos peuples ancestraux.

EPILOGUE

(...) Pour terminer, je voudrais seulement citer le très beau préambule de notre constitution et qu’il soit notre message final au monde :

« Nous, femmes et hommes du peuple souverain d’Equateur, reconnaissant nos racines millénaires, forgées par les femmes et les hommes de différents peuples, célébrant la nature, la Pacha Mama, de laquelle nous faisons partie et qui est vitale pour notre existence ; invoquant le nom de Dieu et reconnaissant nos diverses formes de religion et de spiritualité ; en appelant à la sagesse de toutes les cultures qui nous enrichissent comme société ; héritiers des luttes sociales de libération face à toutes les formes de domination et de colonialisme ; et avec un engagement profond envers le présent et le futur, nous décidons de construire une nouvelle forme de convivialité citoyenne, dans la diversité et l’harmonie avec la nature, pour atteindre le bien vivre, le sumak kawsay ; une société qui respecte dans toutes ses dimensions, la dignité des personnes et des collectivités ; un pays démocratique, engagé dans l’intégration latino-américaine - le rêve de Bolívar y Alfaro -, la paix et la solidarité avec tous les peuples de la terre. »

¡Hasta la victoria siempre !



Traduit par Denise Comanne (CADTM)

Notes

[1Le 26 avril 2009, ont eu lieu les élections législative et présidentielle.

[2La nouvelle constitution interdit à un banquier d’être propriétaire d’un journal, d’une radio ou d’une TV.

[3Coyote c’est le nom donné à ceux qui se font payer pour organiser le départ des migrants clandestins.

[4Les mulets sont les personnes payées par les trafiquants pour transporter de la drogue.

[5Le 1er mars 2008, à Angostura, l’armée colombienne a bombardé un camp guérillero sur le territoire équatorien.