Du Nord au Sud de la planète : la dette dans tous ses états

23 avril 2011 par Eric Toussaint


Ce texte publié en janvier 2011 en 2 parties est une version largement retravaillée et augmentée de l’introduction donnée à l’atelier « Dette publique au Sud et au Nord » lors de la Conférence Nationale des Comités Locaux (CNCL) d’ATTAC France tenue les 16 et 17 octobre 2010 à l’Université de Saint-Denis (Paris VIII) à Paris. Une version proche de cette-ci a été présentée lors de la formation organisée par l’Observatoire international de la dette avec le CADTM à Liège les 29 et 30 novembre 2010 (voir www.cadtm.org/Dette-publique-dans-les-pays-du,6103 ), ainsi que lors du 4e atelier CADTM d’Asie du Sud tenu à Colombo (Sri Lanka) les 9 et 10 décembre 2010 (voir « Le CADTM Asie du Sud réuni à Colombo au Sri Lanka », www.cadtm.org/Le-CADTM-Asie-du-Sud-reuni-a ).

1re partie : Dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
des pays en développement : une dangereuse insouciance

Résumé de la première partie : En chiffres absolus et en pourcentage du produit intérieur brut PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
, les pays les plus industrialisés sont plus endettés que les pays en développement (PED). La crise frappe différemment le Nord et le Sud de la planète. La conjoncture semble provisoirement favorable aux gouvernements des pays en développement, mais la prolongation de cette situation dépend des politiques appliquées dans les pays les plus industrialisés et en Chine. Un retournement défavorable de la conjoncture est possible. Dans ces conditions, les gouvernements des PED ne devraient pas attendre davantage pour mettre en pratique des politiques radicalement alternatives de celles prônées par le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
et le G20 G20 G20 : Le Groupe des vingt (G20) est un groupe composé de dix-neuf pays et de l’Union européenne dont les ministres, les chefs de banques centrales et les chefs d’État se réunissent régulièrement. Il a été créé en 1999, après la succession de crises financières dans les années 1990. Il vise à favoriser la concertation internationale, en intégrant le principe d’un dialogue élargi compte tenu du poids économique croissant pris par un certain nombre de pays. Sont membres : Allemagne, Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie, l’Union européenne (représentée par le Président du conseil et celui de la Banque centrale européenne). . Comme plusieurs exemples concrets le démontrent, une réelle alternative est parfaitement possible.

I. En chiffres absolus et en pourcentage, les pays les plus industrialisés sont plus endettés que les pays en développement (PED) [1]

En Mds $
Dette extérieure publique de tous les pays en développement [2] 1 459
Dette extérieure publique de la France [3] 1 200
Dette extérieure publique de l’Espagne 318
Dette extérieure publique de l’Afrique subsaharienne 130
Dette extérieure publique des Etats-Unis 3 500
Dette extérieure publique de l’Amérique latine 410
Dette extérieure publique de l’Asie du Sud et de l’Est 440

Dette publique interne et externe des administrations centrales des pays les plus industrialisés : 32 000 Mds$ [4]

Dette totale externe, somme de la dette publique et de la dette privée,
en % du Produit intérieur brut (PIB)

Amérique latine 22%
Asie du Sud 21%
dont Pakistan 29%
Inde 19%
Asie de l’Est + Pacifique 13%
Irlande 979%
Espagne 169%
Portugal 233%
Grèce 168%
Allemagne 148%
Etats-Unis 100%
Grande Bretagne 400%

Un troisième tableau montre que lors des graves crises de la dette qui ont touché les PED au cours des trente dernières années, leur dette externe totale en pourcentage de leur PIB était nettement inférieure à celle des pays les plus industrialisés au cours des dernières années présentée dans le tableau précédent.

Dette extérieure de certains PED au moment de crises de la dette, en % du PIB

Pays Année de la crise de la dette % de la dette totale externe par rapport au PIB
Argentine 1982 55,1
idem 2001 53,3
Brésil 1983 50,1
Chili 1983 96,4
Colombie 1982 26,4
Mexique 1982 46,7
Venezuela 1982 48,6
Russie 1998 58,5
Turquie 1978 21,0
Inde 1997 23,0
Indonésie 1997 63,2
Corée du Sud 1997 26,6
Malaisie 1997 47,1
Philippines 1983 70,6
idem 1997 61,6
Thaïlande 1997 72,7

II. Conjoncture favorable aux pays en développement qui débouche sur un dangereux sentiment d’insouciance, voire d’euphorie

Le contexte actuel est favorable à plusieurs titres aux PED, à cause de trois facteurs qui débouchent sur un dangereux sentiment d’insouciance, voire d’euphorie, chez les gouvernants des pays émergents Pays émergents Les pays émergents désignent la vingtaine de pays en développement ayant accès aux marchés financiers et parmi lesquels se trouvent les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Ils se caractérisent par un « accroissement significatif de leur revenu par habitant et, de ce fait, leur part dans le revenu mondial est en forte progression ». , voire de tous les PED. Quant aux populations du Sud, dans leur majorité, soit elles ne profitent que très marginalement de la conjoncture favorable, soit elles ont vu leur situation empirer suite aux effets combinés de la crise alimentaire de 2007-2008 [5], de la politique d’accaparement des terres, des effets de l’exploitation frénétique des ressources naturelles de leur pays, des effets du changement climatique et de la prolongation des politiques néolibérales dictées par le FMI, la Banque mondiale et l’OMC [6] .

Premier facteur : le remboursement de la dette publique est conjoncturellement soutenable [7] . Pourquoi ? Parce que les banques centrales des pays du Nord pratiquent des taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
très bas (autour de 0% au Japon depuis une vingtaine d’années, 0,25% aux USA depuis 2008, 1% dans l’eurozone depuis 2009 [8] , etc.) et mettent en circulation des quantités énormes de monnaie [9]. Ce sont les banquiers et les autres sociétés financières du Nord qui en profitent car cela augmente leurs liquidités Liquidité
Liquidités
Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.
. Un effet collatéral de cette politique : les gouvernements des PED peuvent refinancer à bon compte au Nord leur dette extérieure. Le prix qu’ils paient pour emprunter est basé sur le taux directeur des banques centrales des pays du Nord auquel s’ajoute une prime de risque Prime de risque Quand des emprunts sont accordés, les créanciers tiennent compte de la situation économique du débiteur pour fixer le taux d’intérêt. Un éventuel risque pour le débiteur de ne pas pouvoir honorer ses remboursements entraîne une hausse des taux d’intérêt pratiqués à son encontre. De la sorte, le créancier perçoit des intérêts plus élevés, censés le dédommager du risque pris en accordant ce prêt. Aussi, le coût est-il bien supérieur pour le débiteur, ce qui accentue la pression financière sur lui. Par exemple, en 2002, l’Argentine devait faire face à des primes de risque supérieures à 4.000 points de base, ce qui signifie que si le taux d’intérêt du marché était de 5 %, l’Argentine devait emprunter à un taux de 45 %. Cela lui interdit de facto l’accès au crédit, l’enfonçant davantage dans la crise. Pour le Brésil en août 2002, cette prime de risque était d’environ 2 500 points. -pays qui dépend des notes que les agences de notation Agences de notation Les agences de notation (Standard and Poor’s, Moody’s et Fitch en tête) sont des agences privées qui évaluent la solvabilité et la crédibilité d’un émetteur d’obligations (État, entreprise). Jusqu’aux années 1970 elle étaient payées par les acheteurs potentiels d’obligations, depuis la libéralisation financière la situation s’est inversée : ce sont les émetteurs d’obligations qui rémunèrent les agences pour qu’elles les évaluent... Reconnaissons leur qualité de travail : c’est ainsi que Lehman Brothers se voyait attribuer la meilleure note juste avant de faire faillite. de risque émettent. En ce qui concerne les pays émergents, ces primes de risque ont baissé ces dernières années (plusieurs pays émergents versent une prime de risque inférieure à celui payé actuellement par la Grèce ou l’Irlande). Par ailleurs, pour certains pays pauvres très endettés PPTE
Pays pauvres très endettés
(En anglais : HIPC).
L’initiative PPTE, mise en place en 1996 et renforcée en septembre 1999, est destinée à alléger la dette des pays très pauvres et très endettés, avec le modeste objectif de la rendre juste soutenable.

Elle se déroule en 4 étapes particulièrement exigeantes et complexes.
Tout d’abord, le pays qui sollicite une aide au titre de cette initiative doit mener docilement, en général pendant 3 ans, des politiques économiques approuvées par le FMI et la Banque mondiale, sous forme de programmes d’ajustement. Il continue alors à recevoir l’aide classique de tous les bailleurs de fonds concernés. Pendant ce temps, il doit adopter un document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), parfois juste sous une forme intérimaire, et avoir obtenu des résultats dans l’application de cette stratégie pendant au moins un an.

À la fin de ces 3 années, arrive le point de décision : le FMI analyse le caractère soutenable ou non de l’endettement du pays candidat. Si la valeur nette du ratio stock de la dette extérieure / exportations est supérieure à 150 % après application des mécanismes traditionnels d’allègement de la dette, le pays peut être déclaré éligible. Cependant, les pays à niveau d’exportations élevé (ratio exportations/PIB supérieur à 30 %) sont pénalisés par le choix de ce critère, et on privilégie alors leurs recettes budgétaires plutôt que leurs exportations. Donc si leur endettement est manifestement très élevé malgré un bon recouvrement de l’impôt (recettes budgétaires supérieures à 15 % du PIB, afin d’éviter tout laxisme dans ce domaine), l’objectif retenu est un ratio valeur nette du stock de la dette / recettes budgétaires supérieur à 250 %.
Troisième temps, si le pays est déclaré admissible, il bénéficie de premiers allègements de la part des États créanciers et des banques privées, et doit poursuivre avec les politiques agréées par le FMI et la Banque mondiale. La durée de cette période est déterminée par la mise en œuvre satisfaisante des réformes clés convenues au point de décision, dans un souci de maintien de la stabilité macroéconomique.

A l’issue, arrive le point d’achèvement. Le reste de allègement est alors fourni, pour permettre au pays de revenir à des critères de soutenabilité (exposés ci-dessus) jugés satisfaisants.
Le coût de cette initiative est estimé à 54 milliards de dollars, soit environ 2,6% de la dette extérieure du Tiers Monde.
Les PPTE sont au nombre de 42 seulement, dont 34 en Afrique subsaharienne, auxquels il convient d’ajouter le Honduras, le Nicaragua, la Bolivie, la Guyana, le Laos, le Vietnam et Myanmar.
Au 30 septembre 2003, 27 pays ont atteint le point de décision, et seulement 8 sont parvenus au point d’achèvement : l’Ouganda, la Bolivie, le Mozambique, la Tanzanie, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Mali et le Bénin.
, les effets des annulations de dette annoncées depuis longtemps par le Club de Paris Club de Paris Créé en 1956, il s’agit du groupement d’États créanciers (22) spécialisés dans la normalisation des défauts de paiement des PED. Depuis sa création, la présidence est traditionnellement assurée par un Français - en 2019, c’est la directrice du Trésor français, Odile RENAUD BASSO, qui en assure la présidence. Les États membres du Club de Paris ont rééchelonné la dette de près de 90 pays en développement. Les membres du Club de Paris détiennent près de 30 % du stock de la dette du Tiers Monde.

Les liens entre le Club de Paris et le FMI sont extrêmement étroits ; ils se matérialisent par le statut d’observateur dont jouit le FMI dans les réunions - confidentielles - du Club de Paris. Le FMI joue un rôle clé dans la stratégie de la dette mise en œuvre par le Club de Paris qui s’en remet à son expertise et son jugement macro-économiques pour mettre en pratique l’un des principes essentiels du Club de Paris : la conditionnalité.

Réciproquement, l’action du Club de Paris préserve le statut de créancier privilégié du FMI et la conduite de ses stratégies d’ajustement dans les pays en voie de développement.

Site web :
, la Banque mondiale et le FMI commencent à alléger réellement le service de la dette Service de la dette Somme des intérêts et de l’amortissement du capital emprunté. publique extérieure. Leurs problèmes ne sont pas réglés, loin de là, mais le poids du remboursement de la dette est allégé. Cet allègement est la contrepartie de la poursuite de politiques néolibérales dictées par le FMI et la BM qui fragilisent les économies de ces pays notamment en défavorisant les producteurs locaux et en poursuivant la privatisation de secteurs clé de l’économie.

Deuxième facteur : La hausse du prix des matières premières (en cours depuis 2003) accroît les recettes des pays qui en exportent, et, du même coup, accroît leurs réserves en devises fortes, lesquelles facilitent le remboursement de leurs dettes extérieures (remboursées en devises).

Troisième facteur : Sur les masses énormes de liquidités qui circulent à travers le monde, des flux de capitaux conséquents vont temporairement du Nord vers les Bourses des pays émergents. Un exemple : entre janvier et septembre 2010, la Bourse Bourse La Bourse est l’endroit où sont émises les obligations et les actions. Une obligation est un titre d’emprunt (l’émetteur la vend à l’acheteur qui doit la rembourser à un taux et une échéance déterminés) et une action est un titre de propriété d’une entreprise. Les actions et les obligations peuvent être revendues et rachetées à souhait sur le marché secondaire de la Bourse (le marché primaire est l’endroit où les nouveaux titres sont émis pour la première fois). indienne a attiré 34 milliards de dollars de placements étrangers. Cependant, durant la même période, les investissements directs étrangers ont chute de 35% [10] . A cause de cette entrée de capitaux volatils, la monnaie indienne (la roupie) a atteint son plus haut niveau depuis 2007. Le même scenario se répète dans d’autres pays qui voient leur monnaie gagner en valeur face au dollar et aux autres devises fortes [11] .

D’une façon générale, le poids relatif du remboursement de la dette externe publique des PED a baissé au cours des 3 ou 4 dernières années pour une majorité de PED, y compris parmi les plus pauvres. La situation se complique nettement si on prend en compte la dette publique totale, car la dette publique interne augmente. Conséquence : le poids du service de la dette publique par rapport au budget de l’État est, dans bien des cas, identique aujourd’hui à ce qu’il était il y a quelques années. Dans le cas du Brésil dont le gouvernement se félicite d’avoir résolu le problème de la dette, le remboursement de la dette publique (interne et externe) représente 35,5 % du budget de l’Etat tandis que les dépenses d’éducation n’en représentent que 2,9 % et celles de santé 4,6 % [12]. Afin de montrer à quel point sa politique constituait une réussite, le gouvernement brésilien a participé en 2010 aux prêts accordés à la Grèce pour un montant supérieur à 200 millions de dollars. Il a aussi prêté de l’argent au FMI afin d’augmenter sa capacité d’intervention pour venir en « aide » aux pays les plus industrialisés.

Les gouvernements du Sud, la Banque mondiale et le FMI ne mettent l’accent que sur l’évolution de la dette externe, de sorte que la situation semble à première vue s’améliorer. Pourtant même du point de vue de la dette externe, la situation des PED n’est pas si brillante que les autorités le prétendent. La dette publique externe de tous les PED pris ensemble a augmenté entre 2007 et 2009, elle est passée de 1 324 milliards de dollars en 2007 à 1 373 milliards de dollars en 2008, puis 1 459 milliards de dollars en 2009 [13] . La hausse se poursuit inexorablement.

III. Cette conjoncture favorable est fragile car elle dépend de facteurs que les PED ne contrôlent pas

1. La Chine. L’évolution d’un d’entre eux, la Chine, va jouer un rôle déterminant. Ce pays, « atelier du monde », est le plus gros importateur de matières premières. Le maintien d’un niveau élevé d’importation de matières premières par la Chine a comme conséquence le niveau élevé de leurs prix. Si les commandes chinoises se réduisent de manière significative, il y a un fort risque de voir les prix des matières premières baisser ou s’effondrer (surtout si cela se combine avec l’éclatement de la bulle spéculative sur les matières premières qui a gonflé à un rythme soutenu depuis 2007-2008 - voir point suivant).

Plusieurs facteurs peuvent fragiliser la croissance actuelle chinoise, avec à la clé une baisse de la demande chinoise : 1. la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
boursière en Chine avec une Bourse connaissant des fluctuations considérables, 2. le développement d’une bulle immobilière qui atteint des proportions inquiétantes (les autorités chinoises le reconnaissent), le tout reposant sur un endettement exponentiel avec explosion des créances Créances Créances : Somme d’argent qu’une personne (le créancier) a le droit d’exiger d’une autre personne (le débiteur). douteuses pouvant entraîner une fragilisation du système bancaire chinois, essentiellement public… On peut ainsi craindre l’éclatement de plusieurs bulles en Chine [14], dont on apprécie mal aujourd’hui quelles pourraient être les retombées sur le reste du monde, y compris sur les PED.

Le fait de mentionner le danger que représentent l’important endettement interne chinois et le développement d’une énorme bulle immobilière rencontre en général un scepticisme certain car la situation réelle est mal connue. Qu’en est-il ? En 2008, les autorités chinoises ont mis en œuvre un vaste plan de relance d’un montant de 4 000 milliards de Renminbis (environ 12% du PIB chinois. 1 USD = 6,8 Renminbis ; 1 euro= 9,4 Renminbis ou Rmb). La mise en œuvre du plan a entraîné une augmentation considérable des prêts accordés par les banques publiques aux entreprises publiques et aux administrations. Le total des nouveaux prêts accordés en 2009 a atteint 9.600 milliards de Rmb (soit un peu plus de 1.000 milliards d’euros, environ 30% du PIB chinois). C’est le double de ce que les banques chinoises avaient octroyé comme crédit l’année antérieure. En 2010, le volume des nouveaux prêts devrait atteindre 7.000 milliards de Rmb. Face à ce gonflement des prêts et à l’augmentation des risques d’éclatement d’une crise bancaire, les autorités chinoises ont exigé des banques qu’elles augmentent leur capital et les liquidités dont elles disposent. Les créances douteuses augmentent car une partie importante des crédits ont été octroyés aux autorités locales et aux entreprises publiques pour rencontrer la volonté des autorités chinoises de réussir le plan de relance sans que les institutions bancaires prennent la peine de vérifier la solvabilité des emprunteurs et la destination de l’argent prêté. Or une partie non négligeable de cet argent a été utilisée pour des achats immobiliers qui ont accru encore un peu plus la bulle immobilière. Si la bulle immobilière éclate, cela entraînera une énorme dépréciation Dépréciation Dans un régime de taux de changes flottants, une dépréciation consiste en une diminution de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux autres monnaies due à une contraction de la demande par les marchés de cette monnaie nationale. d’actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
, des faillites non seulement dans l’immobilier lui-même mais dans tous les secteurs qui ont participé au casino immobilier. La partie des ménages qui se sont parfois fortement endettés pour acquérir un bien immobilier se retrouvera en défaut de paiement.

2. Les taux d’intérêt dans les pays les plus industrialisés. Ils vont un jour remonter. Depuis 2008-2009, en Amérique du Nord et dans l’Union européenne, les banques privées ont accès auprès des banques centrales à une ressource très peu coûteuse (taux bas). Avec ces énormes liquidités, elles prêtent mais en proportion très limitée aux entreprises qui investissent dans la production, et aux ménages qui consomment. Mais la majeure partie leur sert à spéculer : sur les matières premières, sur les aliments (dans les Bourses comme celles de Chicago), sur les titres de dette publique, sur les monnaies (le volume quotidien du marché des changes Marché des changes Marché sur lequel s’échangent et sont cotées les devises. atteint 4 000 milliards de dollars)... En ce qui concerne le prix élevé des matières premières, il est dû à l’effet combiné de la demande chinoise et de la spéculation.

Les banques centrales des pays les plus industrialisés savent que de nouvelles bulles sont en formation et – du moins en principe – elles devraient augmenter leurs taux afin de diminuer les liquidités en circulation. Mais elles hésitent, car si elles le font, il y a un nouveau risque de faillites de banques, d’assurances, d’entreprises commerciales et industrielles car toutes ont refinancé d’anciennes dettes par des nouvelles en profitant des bas taux d’intérêt. Beaucoup d’entreprises ont aussi placé à moyen terme de l’argent emprunté à court terme. D’où les atermoiements actuels des banquiers centraux : si les taux restent bas, les nouvelles bulles continuent de se développer ; si les taux montent, ces bulles risquent d’éclater rapidement.

Si la bulle sur les matières premières éclate, cela entraînera une réduction de leurs prix. Si les taux d’intérêt montent, le coût du remboursement de la dette publique (et privée) augmentera au Nord comme au Sud de la planète. En résumé, si les taux finissent par remonter, les PED risquent d’être étranglés : renchérissement du service de la dette se conjuguant avec une baisse des rentrées de devises due à une baisse du prix des matières premières (cf. point précédent).

3. Flux de capitaux volatils du Nord vers le Sud. Enfin, les flux de capitaux qui vont vers les Bourses des pays émergents peuvent très brutalement s’en détourner, fragilisant leur économie. C’est ce qu’on a vu tout au long des années 1990 (crise tequila au Mexique en 1994-1995, crise asiatique en 1997-1998…). Aujourd’hui, l’Inde est un exemple emblématique. Comme mentionné plus haut, entre janvier et septembre 2010, la Bourse indienne a attiré 34 milliards de dollars de placements étrangers mais au cours des deux premières semaines de novembre 2010, 5 milliards sont repartis. Les banquiers et autres investisseurs institutionnels occidentaux ont, comme dit dans la presse financière, pris leurs bénéfices en revendant une partie des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
qu’ils avaient achetées au cours des mois précédents.

Conclusion intermédiaire : S’ils n’y prennent garde, les PED risquent de se retrouver dans la situation qu’ils ont connue dans les années 1980 : la hausse des taux d’intérêt décidée par la réserve fédérale des États-Unis fin 1979 (suivie par les autres banques centrales des pays les plus industrialisés, suivies par les banquiers privés) avait provoqué une hausse brutale des remboursements de dettes effectués par les PED qui, dans le même temps, étaient confrontés à une diminution de leurs revenus d’exportation suite à la chute des prix des matières premières (à noter que les prix des matières premières ont connu une nette tendance baissière de 1981 à 2003 [15]) .

Recommandations : Les gouvernements des pays en développement, sous pression des mouvements sociaux, devraient profiter de la conjoncture favorable pour imposer aux différents créanciers une solution au problème de la dette. La plupart des PED disposent de réserves de change en quantités jamais réunies auparavant qui leur permettent de tenir la dragée haute face aux différentes institutions financières étrangères et aux Etats les plus industrialisés qui peuvent menacer de fermer le robinet du crédit. Argument supplémentaire en faveur d’une action énergique des PED en matière d’annulation de dettes notamment : du début de la crise au Nord en 2007-2008 jusqu’au 2e trimestre 2010, les banques privées des pays les plus industrialisés ont effacé dans leurs livres de compte environ 1 600 milliards de dollars (et ce n’est pas fini) de créances douteuses liées à l’ahurissant montage financier construit au cours de la période 2004-2007. En comparaison de cette somme, les créances que les banques privées détiennent sur les pouvoirs publics PED représentent bien peu : 136 milliards de dollars, soit seulement 8,5% des 1 600 milliards de dollars déjà effacés. Si les banquiers privés ont été capables d’annuler 1 600 milliards de créances en moins de 3 ans, on ne voit pas pourquoi les gouvernements du Sud ne pourraient pas leur imposer également un effort afin d’alléger leur fardeau de la dette extérieure publique.

Par ailleurs, le total des créances bilatérales des pays sur les plus industrialisés sur les pouvoirs publics des PED s’élève à 326 milliards de dollars à la fin 2009. Ce montant est faible si on le compare aux sommes déboursées en 2008-2010 par les gouvernements européens pour sauver leurs banquiers pyromanes suite à la crise depuis octobre 2008 : au total 1 100 milliards d’euros (soit 1 446 milliards de dollars) ont été fournis aux banquiers [16] , la plupart à fonds perdus puisque les gouvernements n’en ont pas profité pour prendre le contrôle permanent de ces banques et imposer un changement radical des choix opérés par le secteur financier. Il faut aussi tenir compte des aides aux banquiers octroyées par le gouvernement des Etats-Unis qui se sont élevées à plus de 700 milliards de dollars. Le total des aides européennes et étatsuniennes en cash aux banquiers privés pour la période 2008-2010 s’élève donc à plus de 2 140 milliards de dollars, soit près de 7 fois le montant total des dettes bilatérales des PED aux pays les plus industrialisés. Après un audit complet, les gouvernements des PED devraient refuser le remboursement des dettes bilatérales identifiées comme illégitimes qui, de toute façon, représentent bien peu face aux cadeaux faits aux banquiers.

Enfin, les gouvernements des PED devraient également refuser la poursuite des remboursements des sommes réclamées par les institutions multilatérales (FMI, Banque mondiale, banques régionales de développement…), évaluées à 490 milliards de dollars fin 2009, en arguant du fait que cette part multilatérale de leur dette a servi à imposer le consensus de Washington, dont les conséquences sociales, économiques et environnementales sont désastreuses et qui ont ouvert la porte à des pratiques scandaleuses ayant mené à la crise actuelle.

En termes d’alternatives, des avancées, certes encore modestes, ont été réalisées par certains gouvernements progressistes, en particulier en Amérique latine.

IV. Les alternatives

1. Audit de la dette publique sous contrôle citoyen.

Le CADTM propose une mesure centrale concernant la dette publique : la suspension unilatérale (par un pays seul) ou multilatérale (si un front de pays endettés se constitue) du remboursement de la dette pendant laquelle les autorités des pays concernés réalisent un audit de la dette publique (sous contrôle citoyen) afin de déterminer quelles dettes doivent être annulées / répudiées ou renégociées de manière drastique pour cause d’illégitimité, d’illégalité et/ou pour leur caractère odieux.

L’Équateur a réalisé un audit intégral de sa dette

Sept mois après avoir été élu, le président équatorien Rafael Correa a décidé de faire procéder à une analyse de la dette du pays, et des conditions dans lesquelles celle-ci s’était constituée. A cette fin, une commission d’audit de la dette composée de 18 experts, dont le CADTM faisait partie, a été mise en place à partir de juillet 2007. Après 14 mois de travail, un rapport a été remis. Il montrait notamment que de nombreux prêts avaient été accordés en violation des règles élémentaires. En novembre 2008, le nouveau pouvoir, prenant appui sur ce rapport, a décidé de suspendre le remboursement de la dette constituée de titres de la dette Titres de la dette Les titres de la dette publique sont des emprunts qu’un État effectue pour financer son déficit (la différence entre ses recettes et ses dépenses). Il émet alors différents titres (bons d’état, certificats de trésorerie, bons du trésor, obligations linéaires, notes etc.) sur les marchés financiers – principalement actuellement – qui lui verseront de l’argent en échange d’un remboursement avec intérêts après une période déterminée (pouvant aller de 3 mois à 30 ans).
Il existe un marché primaire et secondaire de la dette publique.
venant à échéance les uns en 2012, les autres en 2030. Finalement, le gouvernement de ce petit pays est sorti vainqueur d’une épreuve de force avec les banquiers nord-américains détenteurs de ces titres de la dette équatorienne. Il a racheté pour moins de 1 milliard de dollars des titres valant 3,2 milliards de dollars. Le trésor public équatorien a ainsi économisé environ 2,2 milliards de dollars de stock de dette auxquels il faut ajouter les 300 millions de dollars d’intérêts par an pour la période 2008-2030. Cela a permis de dégager de nouveaux moyens financiers permettant au gouvernement d’augmenter les dépenses sociales dans la santé, l’éducation, l’aide sociale et dans le développement d’infrastructures de communication.

2. Recours par les États à des « actes souverains »
Il y a des exemples récents, en particulier en Amérique latine, d’actes souverains visant à résister à la domination des institutions financières internationales, des créanciers privés, des entreprises transnationales ou des pays dominants :
- l’exemple de la suspension unilatérale du remboursement de la dette par l’Équateur mentionné plus haut ;
- le Paraguay a répudié avec succès en 2006 une dette illégale contractée auprès de banques suisses ;
- l’Argentine qui, après avoir suspendu le remboursement de sa dette en 2001, a finalement pu la renégocier en 2005 à 45% de sa valeur ;

L’Argentine

L’Argentine a refusé de rembourser sa dette entre 2001 et 2005. La suspension de paiement n’avait pas été planifiée mais elle a été bénéfique pour le pays. Comme l’écrit l’économiste argentin Claudio Katz : « Les représentants des milieux financiers disaient que l’isolement serait tragique mais c’est tout le contraire qui s’est produit. La rupture des relations financières internationales a donné un grand bol d’air économique. L’absence de paiements externes a particulièrement contribué à impulser la reprise interne.

Le défaut a facilité la négociation avec les créanciers confirmant le fait que lorsqu’une dette est élevée c’est le problème des banquiers. » [17] Grâce à son moratoire Moratoire Situation dans laquelle une dette est gelée par le créancier, qui renonce à en exiger le paiement dans les délais convenus. Cependant, durant la période de moratoire, les intérêts continuent de courir. Un moratoire peut également être décidé par le débiteur, comme ce fut le cas de la Russie en 1998 et de l’Équateur en 1999. unilatéral sur les titres de la dette pour un montant de près de 100 milliards de dollars, l’Argentine, après avoir suspendu le remboursement de sa dette, l’a finalement renégociée en mars 2005 à 45% de sa valeur. Le pays a pu, grâce notamment au non paiement de la dette, renouer avec la croissance (8 à 9% de taux de croissance annuelle en 2003-2010 [18]. ).

L’Argentine a encore une dette de 6 milliards de dollars auprès de membres du Club de Paris, qui représente les intérêts des pays industrialisés. Depuis décembre 2001, elle ne fait aucun remboursement aux pays concernés. Le Club de Paris évite de faire de bruit autour du non remboursement de la dette argentine, car il craint que d’autres gouvernements ne suivent l’exemple de ce pays. A noter que l’Argentine fait aujourd’hui partie du G20, et qu’elle est loin d’être marginalisée malgré ses actes souverains unilatéraux. Le 16 novembre 2010, après 9 années de suspension unilatérale de paiement l’Argentine vient d’annoncer qu’elle avait convaincu le Club de Paris de reprendre le dialogue en ajoutant qu’elle avait réussi à imposer un préalable : le FMI ne serait pas autorisé à donner son avis sur la politique économique du gouvernement argentin. Affaire à suivre.

- condamnés par le tribunal de la Banque mondiale en matière de litiges sur les investissements (le Centre international de règlement des différends en matière d’investissements, ou CIRDI CIRDI Le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) a été créé en 1965 au sein de la Banque mondiale, par la Convention de Washington de 1965 instituant un mécanisme d’arbitrage sous les auspices de la Banque mondiale.

Jusqu’en 1996, le CIRDI a fonctionné de manière extrêmement sporadique : 1972 est la date de sa première affaire (la seule de l’année), l’année 1974 suivit avec 4 affaires, et suivirent de nombreuses années creuses sans aucune affaire inscrite (1973, 1975,1979, 1980, 1985, 1988, 1990 et 1991). L’envolée du nombre d’affaires par an depuis 1996 (1997 : 10 affaires par an contre 38 affaires pour 2011) s’explique par l’effet des nombreux accords bilatéraux de protection et de promotion des investissements (plus connus sous le nom de « TBI ») signés a partir des années 90, et qui représentent 63% de la base du consentement à la compétence du CIRDI de toutes les affaires (voir graphique)). Ce pourcentage s’élève à 78% pour les affaires enregistrées uniquement pour l’année 2011.

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) qui donne généralement raison aux sociétés privées transnationales contre des Etats qui prennent des mesures favorables à l’intérêt public, certains pays lui ont notifié qu’ils ne reconnaissent plus ses décisions et ses arbitrages. C’est le cas de la Bolivie et de l’Equateur. De plus, en 2009, l’Équateur a dénoncé 21 traités bilatéraux sur les investissements ;
- la récupération du contrôle public sur les ressources naturelles, notamment par le biais de nationalisations, et d’autres secteurs clés de l’économie, comme cela a été le cas au Venezuela depuis 2002 et en Bolivie à partir de 2006 ;
- l’imposition de nouveaux contrats avec les sociétés transnationales actives dans les industries extractives (pétrole, gaz, minerais…) afin d’augmenter fortement les impôts et royalties qu’elles versent aux Etats. La Bolivie, l’Equateur et le Venezuela ont fait des avancées en la matière ;
- la fin unilatérale de concessions accordées par des Etats à certaines transnationales qui mènent des politiques contraires à l’intérêt public. La Bolivie a mis fin aux concessions accordées aux sociétés Bechtel (en 2000 à Cochabamba) et Suez (à El Alto, près de La Paz en 2005) dans le domaine de la distribution/épuration de l’eau.

3. La Constitution équatorienne : un modèle en matière d’endettement public [19]

En matière d’endettement, la Constitution équatorienne adoptée au suffrage universel en septembre 2008 représente une grande avancée à prendre en exemple par les autres pays et à mettre en pratique (voir encadré). En effet, les articles 290 et 291 déterminent et limitent strictement les conditions dans lesquelles les autorités du pays peuvent contracter des emprunts. Ils rejettent la possibilité de l’emprunt pour payer d’anciennes dettes. Ils rejettent les dettes constituées par capitalisation des intérêts de retard (ce qu’on désigne par anatocisme), pratique courante des créanciers membres du Club de Paris. Ils avertissent les prêteurs que s’ils octroient des prêts dans des conditions illégitimes, ceux-ci seront remis en cause. Ils considèrent comme imprescriptibles les délits qui concernent l’endettement public. Ils excluent la possibilité que l’Etat assume la dette des banquiers privés ou d’autres entités privées. Ils prescrivent la mise en place d’un mécanisme d’audit intégral et permanent de l’endettement public interne et externe.

La Constitution équatorienne à propos de l’endettement public : une grande avancée à traduire dans la pratique

Art. 290. - L’endettement public sera soumis aux règles suivantes :
1. On ne recourra à l’endettement public que si les rentrées fiscales et les ressources provenant de la coopération internationale sont insuffisantes.
2. On veillera à ce que l’endettement public n’affecte pas la souveraineté nationale, les droits humains, le bien-être et la préservation de la nature.
3. L’endettement public financera exclusivement des programmes et projets d’investissement dans le domaine des infrastructures, ou des programmes et projets qui génèrent des ressources permettant le remboursement. On ne pourra refinancer une dette publique déjà existante qu’à condition que les nouvelles modalités soient plus avantageuses pour l’Equateur.
4. Les accords de renégociation ne contiendront aucune forme tacite ou expresse d’anatocisme ou d’usure.
5. Les dettes déclarées illégitimes par un organisme compétent seront remises en cause. En cas de dettes déclarées illégales, on exercera le droit de récupération des sommes liées aux dommages qu’elles ont entraînés.
6. Les actions en responsabilité administrative ou civile en matière de contraction ou de gestion de dette publique seront imprescriptibles.
7. L’ « étatisation » des dettes privées est interdite.
[…]

Art. 291. - Les organes compétents, déterminés par la Constitution et la loi, réaliseront au préalable des analyses financières, sociales et environnementales de l’impact des projets afin de déterminer la possibilité de financement. Ces organes procèderont également au contrôle et à l’audit financier, social et environnemental à chaque phase de l’endettement public interne et externe, tant dans la phase du contrat que dans celles de gestion et de renégociation.

Traduction de Stéphanie Jacquemont et d’Eric Toussaint

4. En complément des mesures souveraines unilatérales, il convient de développer des initiatives d’intégration régionale qui renforcent la solidarité entre les peuples.

- L’ALBA (Alliance Bolivarienne pour les Amériques) est un projet d’intégration alternative proposée en 2003 par le président du Venezuela, Hugo Chávez, en réponse à l’ALCA (Zone de Libre-Échange des Amériques), initiative lancée en son temps par le président états-unien Bill Clinton. Opérationnelle depuis 2004, elle comprend maintenant le Venezuela, Cuba, la Bolivie, le Nicaragua, la Dominique, St Vincent et les Grenadines, l’Équateur, Antigua-et-Barbuda. Les perspectives d’intégration incluent des projets dans plusieurs domaines tels que la finance, l’éducation, les infrastructures, la science et la technologie, l’énergie, l’environnement, etc. L’initiative la plus importante à ce jour est celle de Petrocaribe, qui fournit du pétrole vénézuélien à des conditions abordables pour le reste des pays membres. À son apogée en 2008, la valeur totale des exportations de pétrole vénézuélien aux partenaires de Petrocaribe a atteint 10 milliards de dollars.

Le projet bolivarien de l’ALBA veut donner un contenu de justice sociale au projet d’intégration continentale, avec pour objectifs la récupération du contrôle public sur les ressources naturelles de la région et sur les grands moyens de production, de crédit et de commercialisation, le nivellement vers le haut des acquis sociaux des travailleurs et des petits producteurs, ainsi que la réduction des inégalités entre les économies de la région. L’ALBA, réunie en sommet à Cochabamba en Bolivie le 17 octobre 2009, a adopté le traité constitutif du SUCRE (Système Unifié de Compensation Régionale [20] Le SUCRE servira essentiellement d’unité de compte pour régler les échanges commerciaux entre les pays qui y auront souscrit. Il pourrait préfigurer une véritable monnaie commune. Il doit son nom au héros de l’indépendance sud-américaine José Antonio Sucre (1795-1830). ), une unité de compte qui sera utilisée pour les échanges commerciaux entre les pays de l’Alliance. L’objectif est clairement affiché dans la déclaration finale signée par les chefs d’Etat est de faire du SUCRE un « instrument pour conquérir la souveraineté monétaire et financière », et de parvenir à « l’élimination de la dépendance du dollar US dans le commerce régional, la réduction des asymétries et la consolidation progressive d’une zone de développement partagé [21] » . Un premier pas vers la naissance d’une monnaie commune [22] ?

- La Banque du Sud mise en chantier en 2007 par 7 pays d’Amérique du Sud (Argentine, Bolivie, Brésil, Equateur, Paraguay, Uruguay, Venezuela) consiste à doter ces pays d’une institution multilatérale publique qui financera des projets favorisant l’intégration et la réduction des asymétries entre pays [23] . Dans les accords souscrits entre les 7 gouvernements, on parle de souveraineté en matière alimentaire et énergétique, sur les ressources naturelles, le savoir et la santé (les projets financés devant y concourir). Malheureusement, la Banque du Sud n’a pas encore commencé ses activités [24]

Les mesures mentionnées plus haut constituent seulement une partie des politiques à mettre en œuvre pour rompre avec trois décennies de politiques néolibérales. Les différentes publications du CADTM développent un ensemble complet et cohérent de mesures à mettre en pratique pour atteindre la justice sociale. Nous vous laissons vous y reporter.

On le voit, les alternatives à la soumission par la dette existent et la conjoncture est favorable pour les PED. Cela risque fort de ne pas durer, d’où l’urgence pour les mouvements sociaux et les citoyens soucieux de justice sociale d’accroître fortement la pression sur les dirigeants du Sud. Mais dans ce combat, ils pourraient recevoir le soutien de nombreuses organisations du Nord, puisque suite à la crise internationale déclenchée en 2007-2008, les populations des pays industrialisés sont elles aussi soumises par une dette colossale…

2e partie : Face à la dette au Nord, quelques pistes alternatives

I. Rappel historique : dans la période récente, la dette a commencé à atteindre des niveaux élevés au Nord [25] (càd les pays les plus industrialisés) dans les années 1980. En effet, après le premier choc pétrolier et la crise économique de 1973-1975, les gouvernements ont tenté une relance keynésienne de l’économie en recourant à l’emprunt. Ensuite, le service de la dette a explosé lorsque la Réserve fédérale américaine a augmenté brutalement les taux d’intérêt (octobre 1979) en opérant une rupture par rapport à 46 années de politique keynésienne initiée lors de la première présidence de Franklin Roosevelt en 1933.

De la fin des années 1980 jusqu’au début des années 2000, la situation des finances publiques s’est dégradée dans des proportions différentes selon les pays. En cause : la « contre-réforme fiscale » menée en faveur des entreprises et des ménages à hauts revenus, avec comme conséquence une baisse des recettes provenant de l’impôt sur les sociétés et sur les personnes physiques, compensée d’un côté par une hausse des impôts indirects (TVA), et de l’autre par un recours accru à l’endettement. La crise actuelle, qui a commencé en 2007, a aggravé de manière brutale et dramatique la situation des finances publiques, avec en particulier l’intervention des États pour sauver les banques en faillite. Dans des pays comme la Grande-Bretagne, la Belgique, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Irlande, les gouvernements ont dépensé des sommes considérables d’argent public pour sauver les banques. A moyen terme, le gouvernement espagnol devra probablement en faire autant pour sauver des caisses d’épargne régionales en faillite virtuelle suite à la crise de l’immobilier. L’Irlande croule sous les dettes provenant de plusieurs grandes banques privées que le gouvernement a nationalisées sans récupérer le coût du sauvetage sur les actionnaires. Les politiques menées depuis 2007 ont radicalement dégradé l’état des finances publiques [26] .

II. Les créanciers des dettes en Europe sont en majorité des banquiers européens

Par ailleurs, avec les énormes liquidités mises à leur disposition par les banques centrales en 2007-2009, les banques de l’Ouest européen (surtout les banques allemandes et françaises [27], mais aussi les banques belges, néerlandaises, britanniques, luxembourgeois, irlandaises…) ont énormément prêté (principalement au secteur privé mais aussi aux pouvoirs publics) dans des pays de la « périphérie de l’UE » comme l’Espagne, le Portugal ou la Grèce (les banquiers considéraient qu’il n’y avait aucun danger), ainsi que dans les pays d’Europe centrale et de l’Est anciennement membres du bloc soviétique (Hongrie en particulier), avec comme conséquence une forte augmentation de la dette de ces pays, en particulier de la dette privée. Il faut aussi prendre en compte le fait que l’adhésion à l’euro de certains pays de la périphérie dans l’Union européenne leur a valu la confiance des banquiers des pays de l’Ouest européen, qui leur ont massivement prêté, pensant que les grands pays européens leur viendraient en aide en cas de problème.

Les 3 infographies ci-dessous montrent la nationalité des détenteurs étrangers des titres de la dette privée et publique de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce (qui forment une bonne partie de la dette externe des 3 pays) [28] :

Infographie 1. Détenteurs étrangers des titres de la dette espagnole (fin 2008)

Infographie 2. Détenteurs étrangers des titres de la dette portugaise (fin 2008)

Infographie 3. Détenteurs étrangers des titres de la dette grecque (fin 2008)

 [29]

Il faut souligner que, dans le cas de l’Espagne et du Portugal, les seules créances détenues par la France et l’Allemagne font près de 50% du total ; dans le cas de la Grèce, elles font 41% du total. Ce qui éclaire d’un jour particulier le « leadership » de ces pays et leur dévouement à la cause européenne...

La dette interne a aussi fortement augmenté ces dix dernières années, et l’économie de ces trois pays s’est financiarisée. La dette du secteur privé s’est développée : ménages, entreprises et banques pouvaient emprunter à bas coûts (taux d’intérêts bas et inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donné. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. plus forte que pour les pays les plus industrialisés) et cet endettement privé a été le moteur de l’économie de ces 3 pays ; les banques, grâce à un euro fort, pouvaient étendre leurs activités internationales et financer à moindre coût leurs activités nationales.

Au secours des banques ouest-européennes et états-uniennes

L’accumulation de dettes dans la périphérie de la zone euro a menacé les banques du centre de la zone euro. La menace d’une crise bancaire a été à l’origine de l’intervention de mai 2010 des autorités de la zone euro, suivie par celle concernant l’Irlande en novembre 2010. L’exposition des banques privées de l’Union européenne (et de Suisse) aux pays regroupés sous le sigle PIIGS [30] (Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne) est extrêmement élevée, comme le montre le tableau ci-dessous. Prises ensemble, les banques des pays repris dans la première colonne ont des créances sur les PIIGS qui équivalent à 21% du Produit intérieur brut de leurs pays. L’exposition des banques françaises aux PIIGS représente 37% du PIB de la France, principalement concentrée sur l’Italie et l’Espagne. L’exposition des banques irlandaises représente 43% du PIB irlandais (principalement concentré sur l’Italie et l’Espagne). L’exposition des banques néerlandaises s’élève à 33% du PIB des Pays-Bas (principalement concentré sur l’Espagne et l’Italie). L’exposition des banques belges représente 28 % du PIB de la Belgique (principalement concentré sur l’Irlande et l’Italie). L’exposition des banques britanniques représentent 21% du PIB britannique (principalement sur l’Irlande et l’Espagne). C’est dire le degré d’imbrication des finances européennes et le risque de contagion que cela représente. Un effet domino peut s’enclencher rapidement et inexorablement, sauf si on contraint les banques à effacer un volume considérable de créances dans leur bilan par des mesures d’annulation de dettes.

Créances des banques en pourcentage du produit intérieur brut des pays créanciers

Source : BRI - Consolidated foreign claims of reporting banks – fin 2009 (en % du PIB)

En mai 2010, le président états-unien Barack Obama a mis la pression sur Angela Merckel, Nicolas Sarkozy et les autres dirigeants européens car les banques états-uniennes étaient également très exposées. En effet, elles ont utilisé l’aide octroyée par Washington à partir de la fin 2008 pour augmenter leurs positions dans l’UE, principalement en Allemagne et en France dont les banques sont elles-mêmes très exposées à l’égard de la Périphérie. Si une crise se déclarait dans l’UE, l’effet boomerang sur les banques nord-américaines était assuré !
Ci-dessous la courbe en bleu indique l’évolution des avoirs des banques européennes aux Etats-Unis entre mars 2005 et décembre 2009 (l’unité est 1 000 milliards de dollars). En rouge, l’évolution des avoirs des banques des Etats-Unis dans l’Union européenne. On voit très bien qu’à partir de décembre 2008, les banques des Etats-Unis augmentent leurs avoirs dans l’Union européenne tandis qu’à partir de septembre 2008 (faillite de Lehman Brothers), les banques européennes ont commencé à se dégager (même si leur degré d’exposition aux Etats-Unis reste très élevé).

Source : BRI - Consolidated foreign claims of reporting banks - ultimate risk basis [31]

La contrepartie de l’intervention de l’UE (et du FMI) consiste en des plans d’austérité, aussi bien dans la Périphérie que dans le Centre de l’Union européenne, qui auront cinq conséquences majeures : 1. ils prolongeront la crise, en comprimant la demande globale ; 2. ils réduiront les mécanismes de protection sociale en aggravant la pauvreté et la précarité des victimes de la crise ; 3. ils renforceront le pouvoir des sociétés financières, et donc du Capital, sur la société et les Etats grâce aux pressions (voire au chantage) qu’ils ne manquent pas d’exercer en tant que créanciers ; 4. ils diminueront la capacité des Etats à répondre à leurs obligations Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
au regard des droits humains fondamentaux et renforceront la tendance à utiliser la répression pour répondre à la protestation sociale ; 5. ils réduiront également la capacité de ces Etats à répondre à leurs obligations internationales dans les domaines de l’aide au développement, des secours à apporter aux populations victimes de catastrophes naturelles dans les pays du Sud et de la contribution à la lutte contre le changement climatique.

L’austérité plongera un million de Britanniques dans la pauvreté, selon une étude.

L’austérité draconienne décrétée par le gouvernement britannique va jeter près d’un million de personnes dans la pauvreté absolue, a indiqué vendredi l’Institut pour les études budgétaires (IFS), un centre de réflexion indépendant.

D’ici à la fin 2014, 900.000 personnes seront plongées dans la catégorie « pauvreté absolue », qui réunit les foyers disposant d’un revenu réel de moins de 60% du revenu moyen de 2010/11, calcule l’Institute for Fiscal Studies (IFS).

Cette grave détérioration entraînera notamment une hausse de la pauvreté des enfants, pour la première fois en quinze ans : en 2012/13, ils seront 200.000 de plus à vivre dans « la pauvreté absolue ». 300.000 autres enfants rejoindront cette catégorie en 2013/14, selon l’IFS, un institut très respecté.

« Cette découverte contredit les affirmations du gouvernement qui estime que ces réformes n’auront aucun impact quantifiable sur la pauvreté juvénile en 2012/13 », écrit l’IFS dans son étude.
Le gouvernement du Premier ministre conservateur David Cameron a mis en œuvre un vaste plan d’austérité, considéré comme le plus sévère des grands pays de l’Union européenne, et qui vise à réaliser 81 milliards de livres (environ 92 milliards d’euros) d’économies en moins de cinq ans, auxquels s’ajouteront 30 milliards de livres de hausses d’impôts, pour ramener le déficit britannique à 1,1% du PIB en 2015 contre 10,1% cette année.

La cure d’austérité comprend des coupes dans les allocations sociales, en particulier pour le logement.

Le ministère britannique des Finances a estimé que l’étude comportait « des incertitudes considérables ».

Source : Agence France Presse (AFP). Dépêche du 17 décembre 2010.

III. La Grèce : Tout un symbole de dette illégitime Dette illégitime Comment on détermine une dette illégitime ?

4 moyens d’analyse

* La destination des fonds :
l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.
* Les circonstances du contrat :
rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.
* Les termes du contrat :
termes abusifs, taux usuraires...
* La conduite des créanciers :
connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt.

La dette publique grecque a fait la une de l’actualité au moment où les dirigeants de ce pays ont accepté la cure d’austérité demandée par le FMI et l’Union européenne, ce qui a provoqué de très importantes luttes sociales tout au long de l’année 2010. Mais d’où vient cette dette grecque ? Mais d’où vient cette dette grecque ? Du côté de la dette à charge du secteur privé, l’augmentation est récente : une première augmentation forte suit l’entrée de la Grèce dans la zone euro en 2001, une deuxième explosion de la dette se produit à partir de 2007 quand l’aide financière octroyée aux banques par la Réserve fédérale aux Etats-Unis, par les gouvernements européens et par la Banque centrale européenne BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
(BCE) est en partie recyclée par les banquiers vers la Grèce et d’autres pays comme l’Espagne ou le Portugal. Du côté de l’endettement public, la croissance est plus ancienne. Après la dette héritée de la dictature des colonels, le recours à l’emprunt a servi depuis les années 1990 à combler le trou créé dans les finances publiques par la réduction de l’impôt sur les sociétés et sur les revenus élevés. Par ailleurs, depuis des décennies, de nombreux emprunts ont permis de financer l’achat de matériel militaire principalement à la France, à l’Allemagne et aux Etats-Unis. Il ne faut pas non plus oublier l’endettement faramineux des pouvoirs publics pour l’organisation des Jeux olympiques en 2004. L’engrenage de l’endettement public a été huilé par des pots de vin de grandes compagnies transnationales afin d’obtenir des contrats : Siemens est un exemple emblématique.

Voilà pourquoi la légitimité et la légalité des dettes doivent être soumises à un examen rigoureux, à l’image du travail accompli par la commission d’audit intégral des dettes publiques de l’Equateur en 2007-2008. Les dettes qui seront qualifiées d’illégitimes, d’odieuses ou d’illégales, devront être déclarées nulles et la Grèce pourra refuser de les rembourser, tout en demandant des comptes en justice à ceux qui les ont contractées. Des signes encourageants provenant de Grèce indiquent que la remise en question de la dette est devenue un thème central et que la demande de création d’une commission d’audit progresse de manière intéressante.

Des éléments évidents d’illégitimité de la dette publique

D’abord il y a la dette contractée par la dictature des colonels, elle a quadruplé entre 1967 et 1974. De toute évidence, elle répond à la qualification de dette odieuse Dette odieuse Selon la doctrine juridique de la dette odieuse théorisée par Alexander Sack en 1927, une dette est « odieuse » lorsque deux conditions essentielles sont réunies :

1) l’absence de bénéfice pour la population : la dette a été contractée non dans l’intérêt du peuple et de l’État mais contre son intérêt et/ou dans l’intérêt personnel des dirigeants et des personnes proches du pouvoir

2) la complicité des prêteurs : les créanciers savaient (ou étaient en mesure de savoir) que les fonds prêtés ne profiteraient pas à la population.

Pour Sack, la nature despotique ou démocratique d’un régime n’entre pas en ligne de compte. Une dette contractée par un régime autoritaire doit, selon Sack, être remboursée si elle sert les intérêts de la population. Un changement de régime n’est pas de nature à remettre en cause l’obligation pour le nouveau régime de payer les dettes du gouvernement précédent sauf s’il s’agit de dettes odieuses.

Traité juridique et financier par A.-N. SACK, ancien professeur agrégé à la Faculté de droit de l’Université de Petrograd.

Depuis cette définition « conservatrice », d’autres juristes et mouvement sociaux comme le CADTM ont élargi la définition de la dette odieuse en prenant notamment en compte la nature du régime emprunteur et la consultation ou nom des parlements nationaux dans l’approbation ou l’octroi du prêt.

Citons notamment la définition de la dette odieuse utilisée par la Commission pour la Vérité sur la dette grecque, qui s’appuie à la fois sur la doctrine de Sack mais aussi sur les Traités internationaux et les principes généraux du droit international :

Une dette odieuse est soit
1) une dette qui a été contractée en violation des principes démocratiques (ce qui comprend l’assentiment, la participation, la transparence et la responsabilité) et a été employée contre les plus hauts intérêts de la population de l’État débiteur alors que le créancier savait ou était en mesure de savoir ce qui précède." soit
2) une dette qui a pour conséquence de dénier les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels de la population alors que le créancier savait ou était en mesure de savoir ce qui précède"
.
 [32] .

Pour poursuivre, on trouve le scandale des Jeux olympiques de 2004. Selon Dave Zirin, lorsque le gouvernement a annoncé avec fierté en 1997 aux citoyens grecs que la Grèce aurait l’honneur d’accueillir sept ans plus tard les Jeux olympiques, les autorités d’Athènes et le Comité olympique international prévoyaient une dépense de 1,3 milliard de dollars. Quelques années plus tard, le coût avait été multiplié par quatre et s’élevait à 5,3 milliards de dollars. Juste après ces Jeux, le coût official avait atteint 14,2 milliards de dollars [33]. Aujourd’hui, selon différentes sources, le coût réel dépasserait les 20 milliards de dollars.

De nombreux contrats signés entre les autorités grecques et de grandes entreprises privées étrangères font scandale depuis plusieurs années en Grèce. Ces contrats ont impliqué une augmentation de la dette. Citons plusieurs exemples qui ont défrayé la chronique en Grèce :
- plusieurs contrats ont été passés avec la transnationale allemande Siemens, accusée - tant par la justice allemande que grecque- d’avoir versé des commissions et autres pots de vin au personnel politique, militaire et administratif grec pour un montant approchant le milliard d’euros. Le principal dirigeant de la firme Siemens-Hellas [34] , qui a reconnu avoir « financé » les deux grands partis grecs, s’est enfui en 2010 en Allemagne et la justice allemande a rejeté la demande d’extradition introduite par la Grèce. Ces scandales incluent la vente, par Siemens et ses associés internationaux, du système antimissiles Patriot (1999, 10 millions d’euros en pots de vin), la digitalisation des centres téléphoniques de l’OTE-Organisme Grec des Télécommunications (pots de vin de 100 millions d’euros), le système de sécurité « C4I » acheté à l’occasion des JO 2004 et qui n’a jamais fonctionné, la vente de matériel aux chemins de fer grecs (SEK), du système de télécommunications Hermès à l’armée grecque, d’équipements très coûteux vendus aux hôpitaux grecs.
- le scandale des sous-marins allemands (produits par HDW qui a été absorbée par Thyssen) d’une valeur globale de 5 milliards d’euros, sous-marins qui présentaient dès le début le défaut de pencher énormément… à gauche (!) et d’être doté d’un équipement électronique défectueux. Une enquête judiciaire sur des éventuelles responsabilités (corruption) des ex-ministres de la défense est en cours.

Il est tout à fait normal de présumer que les dettes contractées pour faire aboutir ces contrats sont frappées d’illégitimité, voire d’illégalité. Elles doivent être annulées.

A côté des cas qui viennent d’être cités, il est nécessaire de comprendre l’évolution récente de la dette grecque.

L’emballement de l’endettement au cours de la dernière décennie

La dette du secteur privé s’est largement développée au cours des années 2000. Les ménages, pour qui les banques et tout le secteur commercial privé (grande distribution, automobile, construction…) proposaient des conditions alléchantes, ont eu recours à l’endettement massif, tout comme les entreprises non financières et les banques qui pouvaient emprunter à bas coût (taux d’intérêts bas et inflation plus forte que pour les pays les plus industrialisés de l’Union européenne tels l’Allemagne, la France, le Benelux, la Grande Bretagne). Cet endettement privé a été le moteur de l’économie de la Grèce. Les banques grecques (auxquelles il faut ajouter les filiales grecques des banques étrangères), grâce à un euro fort, pouvaient étendre leurs activités internationales et financer à moindre coût leurs activités nationales. Elles ont emprunté à tour de bras. Le tableau ci-dessous montre que l’adhésion de la Grèce à la zone euro en 2001 a boosté les entrées de capitaux financiers qui correspondent à des prêts ou à des investissements de portefeuille (Non-IDE Investissements directs à l’étranger
IDE
(extrait de CHESNAIS, 1994, p. 40)
Les investissements étrangers peuvent s’effectuer sous forme d’investissements directs ou sous forme d’investissements de portefeuille. Même s’il est parfois difficile de faire la distinction pour des raisons comptables, juridiques ou statistiques, on considère qu’un investissement étranger est un investissement direct si l’investisseur étranger possède 10% ou plus des actions ordinaires ou de droits de vote dans une entreprise. Bien qu’arbitraire, ce critère a été retenu car on estime qu’une telle participation est un investissement à long terme qui permet à son propriétaire d’exercer une influence sur les décisions de gestion de l’entreprise.
En revanche, un investissement étranger qui est inférieur à 10% sera comptabilisé comme un investissement de portefeuille. On considère que les investisseurs de portefeuille n’exercent aucune influence sur la gestion d’une société dont ils possèdent des actions. Les investissements en portefeuille désignent l’ensemble des dépôts bancaires et des placements financiers sous forme de titres publics ou privés.
Les flux d’investissement directs, quelle que soit leur destination, représentent la somme des éléments suivants : - apports nets en capital accordés par l’investisseur direct sous forme d’achat d’actions ou de parts, d’augmentation de capital ou créations d’entreprise ; - prêts nets, y compris les prêts à court terme et avances consenties par la maison mère à sa filiale ; - bénéfices non distribués (réinvestis).
dans le tableau, c’est-à-dire des entrées qui ne correspondent pas à des investissements de longue durée) tandis que l’investissement de longue durée (IDE – Investissement direct à l’étranger) a stagné.

Source : FMI [35]

Avec les énormes liquidités mises à leur disposition par les banques centrales en 2007-2009, les banques de l’Ouest européen (surtout les banques allemandes et françaises, mais aussi les banques belges, néerlandaises, britanniques, luxembourgeoises, irlandaises…) ont prêté massivement à la Grèce (au secteur privé et aux pouvoirs publics). Il faut aussi prendre en compte le fait que l’adhésion de la Grèce à l’euro lui a valu la confiance des banquiers des pays ouest-européens, pensant que les grands pays leur viendraient en aide en cas de problème. Ils ne se sont pas préoccupés de la capacité de la Grèce à rembourser le capital prêté à moyen terme. Les banquiers considéraient qu’ils pouvaient prendre des risques très élevés en Grèce. L’histoire leur a donné raison jusqu’ici, la Commission européenne et, en particulier, les gouvernements français et allemands ont apporté un soutien sans faille aux banquiers privés d’Europe occidentale. Pour cela, les gouvernants européens ont mis les finances publiques dans un état lamentable.

Le graphique ci-dessous montre que les banques des pays de l’Ouest européen ont augmenté leurs prêts à la Grèce une première fois entre décembre 2005 et mars 2007 (pendant cette période, le volume des prêts a augmenté de 50%, passant d’un peu moins de 80 milliards à 120 milliards de dollars). Alors que la crise des subprimes Subprimes Crédits hypothécaires spéciaux développés à partir du milieu des années 2000, principalement aux États-Unis. Spéciaux car, à l’inverse des crédits « primes », ils sont destinés à des ménages à faibles revenus déjà fortement endettés et étaient donc plus risqués ; ils étaient ainsi également potentiellement plus (« sub ») rentables, avec des taux d’intérêts variables augmentant avec le temps ; la seule garantie reposant généralement sur l’hypothèque, le prêteur se remboursant alors par la vente de la maison en cas de non-remboursement. Ces crédits ont été titrisés - leurs risques ont été « dispersés » dans des produits financiers - et achetés en masse par les grandes banques, qui se sont retrouvées avec une quantité énorme de titres qui ne valaient plus rien lorsque la bulle spéculative immobilière a éclaté fin 2007.
Voir l’outil pédagogique « Le puzzle des subprimes »
avait éclaté aux Etats-Unis, les prêts ont de nouveau augmenté fortement (+33%) entre juin 2007 et l’été 2008 (passant de 120 à 160 milliards de dollars), puis ils se sont maintenus à un niveau très élevé (environ 120 milliards de dollars). Cela signifie que les banques privées d’Europe occidentale ont utilisé l’argent que leur prêtaient massivement et à bas coût la Banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. européenne et la Réserve fédérale des Etats-Unis pour augmenter leurs prêts à des pays comme la Grèce [36] . Là-bas, les taux étant plus élevés, elles ont pu faire de juteux profits. Les banques privées ont donc une très lourde part de responsabilité dans l’endettement excessif de la Grèce.

Evolution des engagements des banques d’Europe occidentale à l’égard de la Grèce

Source : BRI - BIS consolidated statistics, ultimate risk basis [37]

Les citoyens grecs sont tout à fait en droit d’attendre que le poids de la dette soit radicalement réduit, ce qui implique que les banquiers doivent être amenés à effacer des créances dans leurs livres de compte.

Le comportement odieux de la Commission européenne

Après l’éclatement de la crise, le lobby Lobby
Lobbies
Un lobby est une structure organisée pour représenter et défendre les intérêts d’un groupe donné en exerçant des pressions ou influences sur des personnes ou institutions détentrices de pouvoir. Le lobbying consiste ainsi en des interventions destinées à influencer directement ou indirectement l’élaboration, l’application ou l’interprétation de mesures législatives, normes, règlements et plus généralement, toute intervention ou décision des pouvoirs publics. Ainsi, le rôle d’un lobby est d’infléchir une norme, d’en créer une nouvelle ou de supprimer des dispositions existantes.
militaro-industriel appuyé par les gouvernements allemand, français et par la Commission européenne a réussi à obtenir que le budget de la défense soit à peine écorné alors que dans le même temps, le gouvernement du PASOK (parti socialiste) a entrepris de tailler dans les dépenses sociales (voir encadré sur les mesures d’austérité). Pourtant, en pleine crise grecque au début 2010, Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre turc, pays qui entretient des relations tendues avec son voisin grec, s’est rendu à Athènes et a proposé une réduction de 20% du budget militaire des deux pays. Le gouvernement grec n’a pas saisi la perche qui lui était tendue. Il a été mis sous pression par les autorités françaises et allemandes qui voulaient garantir leurs exportations d’armes. Proportionnellement, la Grèce dépense en armement beaucoup plus que les autres pays de l’Union européenne. Les dépenses militaires grecques représentent 4% du PIB contre 2,4% pour la France, 2,7% pour la Grande Bretagne, 2,0 % pour le Portugal, 1,4% pour l’Allemagne, 1,3% pour l’Espagne, 1,1% pour la Belgique [38]. En 2010, la Grèce a acheté à la France six frégates de guerre (2,5 milliards d’euros) et des hélicoptères de combat (400 millions d’euros). A l’Allemagne, elle a acheté 6 sous marins pour 5 milliards d’euros. La Grèce a été l’un des cinq plus importants importateurs d’armes en Europe entre 2005 et 2009. L’achat d’avions de combat représente à lui seul 38% du volume de ses importations, avec notamment l’achat de 26 F-16 (Etats-Unis) et de 25 Mirages 2000 (France), ce dernier contrat portant sur une valeur de 1,6 milliard d’euros. La liste des équipements français vendus à la Grèce ne s’arrête pas là : on compte également des véhicules blindés (70 VBL), des hélicoptères NH90, des missiles MICA, Exocet, Scalp et des drones Sperwer. Les achats de la Grèce en ont fait le troisième client de l’industrie de défense française au cours de la décennie écoulée [39] .

A partir de 2010, les taux d’intérêt de plus en plus élevés, exigés par les banquiers et autres acteurs des marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
avec l’appui de la Commission européenne et du FMI, entraînent un classique effet « boule de neige » : la dette grecque poursuit une courbe haussière car les autorités du pays empruntent du capital pour rembourser des intérêts (et une fraction du capital précédemment emprunté).

Les prêts consentis à partir de 2010 à la Grèce par les pays membres de l’Union européenne et le FMI ne cherchent en rien à servir les intérêts de la population hellène, bien au contraire puisque les plans d’austérité mis en place comportent de multiples atteintes aux droits sociaux de la population. A ce titre [40] , la notion de « dette illégitime » devrait leur être appliquée, et leur remboursement contesté.

Atteintes aux droits sociaux et autres mesures néolibérales en Grèce à partir de 2010

_ Réduction des salaires du secteur public de 20 à 30%. Réduction des salaires nominaux qui pourrait atteindre 20%, 13e et 14e mois remplacés par un versement unique dont le montant varie en fonction du salaire. Salaires gelés sur les 3 prochaines années. 4 départs à la retraite sur 5 dans la fonction publique ne seront pas remplacés. Réduction massive des salaires du secteur privé allant jusqu’à 25%.

_ Les allocations chômage ont été réduites et un système d’aide aux pauvres mis en place en 2009 a été suspendu. Réduction drastique des allocations pour familles nombreuses.

_ Plans pour supprimer les conventions collectives et les remplacer par des contrats individualisés. La pratique des stages très longs non ou très peu payés a acquis force de loi. Le secteur public est désormais autorisé à recourir à l’intérim.

_ Emploi

Coupes drastiques des subventions aux mairies et communes ce qui entraîne des licenciements massifs des travailleurs municipaux. Licenciement des 10.000 travailleurs CDD du secteur public. Fermeture des entreprises publiques déficitaires.

_ Taxes

Augmentation des impôts indirects (TVA passée de 19% à 23% et introduction de taxes spéciales sur les combustibles, l’alcool et le tabac). Augmentation de 11% à 13% du taux inférieur de la TVA (ceci concerne les biens de grande consommation quotidienne, l’électricité, l’eau, etc.). Augmentation de l’impôt sur le revenu pour les tranches moyennes. En revanche, réduction des impôts sur les sociétés.

_ Privatisations

Volonté de privatiser les ports, les aéroports, les chemins de fer, la distribution d’eau et d’électricité, le secteur financier et les terres appartenant à l’Etat.

_ Systèmes de retraites

Les pensions doivent être réduites puis gelées. L’âge légal de départ à la retraite est augmenté, le nombre d’annuités pour avoir droit à une retraite pleine sera porté de 37 ans à 40 ans en 2015 et son montant calculé sur le salaire moyen de la totalité des années travaillées et non plus sur le dernier salaire. Il faut ajouter l’abolition des 13e et 14e mois de pension pour les retraités du secteur privé. Imposition d’un plafond des dépenses consacrées aux retraites, lesquelles ne doivent plus dépasser l’équivalent de 2,5% du PNB PNB
Produit national brut
Le PNB traduit la richesse produite par une nation, par opposition à un territoire donné. Il comprend les revenus des citoyens de cette nation vivant à l’étranger.
.

_ Tarifs des transports publics

Augmentation de 30% des billets de tous les transports publics.

L’exigence d’un audit de la dette gagne du terrain

En décembre 2010, la députée indépendante Sophia Sakorafa a fait une intervention remarquée au parlement grec en proposant la constitution d’une Commission parlementaire d’audit de la dette publique grecque [41] . Sophia Sakorafa, qui jusqu’il y a quelques mois faisait partie du parti gouvernemental PASOK, a d’ailleurs voté contre le budget 2011 [42] , notamment à cause du poids du remboursement de la dette. Dans la justification de sa position courageuse, elle s’est amplement référée à l’expérience d’audit menée par l’Equateur en 2007-2008 qui a abouti à une réduction significative de la dette de ce pays. Elle a proposé que la Grèce suive l’exemple équatorien et a affirmé qu’il y avait une alternative à la soumission aux créanciers, qu’ils soient le FMI ou les banquiers. Dans son argumentation, elle a mis l’accent sur « la dette odieuse » qu’il ne faut pas rembourser. Cette prise de position a reçu un écho important dans la presse. Toujours au parlement grec, le leader de Synaspismos (un des partis de la gauche radicale), Alexis Tsipras, a également demandé la constitution d’une commission d’audit « pour qu’on sache quelle partie de la dette est odieuse, illégitime et illégale ». L’opinion publique grecque est en train d’évoluer et les médias ne s’y trompent pas.

Des organisations syndicales, plusieurs partis politiques, de nombreux intellectuels soutiennent cette proposition car ils estiment qu’il s’agit d’un instrument pour trouver une solution à la dette en termes d’annulation et en termes de pénalisation des entreprises et des personnes qui se sont rendues responsables de cet endettement illégitime. A noter aussi qu’un comité grec contre la dette est né en 2010 [43] .

IV. La crise irlandaise : fiasco complet du néolibéralisme [44]

Depuis une décennie, l’Irlande a été présentée par les plus fervents promoteurs du capitalisme néolibéral comme le modèle à suivre. Le « tigre celtique » affichait un taux de croissance plus élevé que la moyenne européenne. Le taux d’imposition des sociétés avait été ramené à 12,5% [45] et le taux effectivement payé par les nombreuses transnationales qui y avaient élu domicile oscillait entre 3 et 4% : un rêve ! Un déficit budgétaire égal à 0 en 2007. Un taux de chômage de 0% en 2008. Un vrai charme : tout le monde semblait y trouver son compte. Les travailleurs avaient un emploi (certes très souvent précaire), leurs familles consommaient allègrement, elles jouissaient de l’effet richesse et les capitalistes tant nationaux qu’étrangers affichaient des résultats extraordinaires.

En octobre 2008, deux ou trois jours avant que le gouvernement ne sauve de la faillite les grandes banques « belges » (Fortis et Dexia) aux frais des citoyens, Bruno Colmant, directeur de la Bourse de Bruxelles et professeur d’économie, s’est fendu d’une carte blanche dans Le Soir, le quotidien belge francophone de référence, pour affirmer que la Belgique devait absolument suivre l’exemple irlandais et déréglementer encore un peu plus son système financier. Selon Bruno Colmant, la Belgique devait modifier le cadre institutionnel et légal afin de devenir une plate-forme du capital international comme l’était l’Irlande. Quelques semaines plus tard, le Tigre celtique était terrassé.

En Irlande, la dérèglementation financière a encouragé une explosion des prêts aux ménages (l’endettement des ménages avait atteint 190% du PIB à la veille de la crise), notamment dans le secteur de l’immobilier, ce qui a boosté l’économie (industrie de la construction, activités financières, etc.). Le secteur bancaire a enflé d’une manière exponentielle avec l’installation de nombreuses sociétés étrangères [46] et l’augmentation des actifs des banques irlandaises. Des bulles boursière et immobilière se sont formées. Le total des capitalisations boursières, des émissions d’obligations et des actifs des banques a atteint quatorze fois le PIB du pays.

Ce qui ne pouvait pas arriver dans ce monde enchanteur arrive alors : en septembre-octobre 2008, le château de cartes s’effondre, les bulles financière et immobilière éclatent. Des entreprises ferment ou quittent le pays, le chômage monte en flèche (de 0% en 2008, il grimpe à 14% début 2010). Le nombre de familles incapables de payer les créanciers croît très rapidement. Tout le système bancaire irlandais est au bord de la faillite et le gouvernement, dans la précipitation, garantit l’ensemble des dépôts bancaires à concurrence de 480 milliards d’euros (près de trois fois le PIB irlandais qui s’élevait à 168 milliards d’euros). Il nationalise l’Allied Irish Bank, principal financier de l’immobilier en injectant 48,5 milliards d’euros (environ 30% du PIB).

Les exportations ralentissent. Les recettes de l’Etat baissent. Le déficit budgétaire bondit de 14% du PIB en 2009 à 32% en 2010 (dont plus de la moitié est attribuable au soutien massif aux banques : 46 milliards d’apport de fonds propres Fonds propres Capitaux apportés ou laissés par les associés à la disposition d’une entreprise. Une distinction doit être faite entre les fonds propres au sens strict appelés aussi capitaux propres (ou capital dur) et les fonds propres au sens élargi qui comprennent aussi des dettes subordonnées à durée illimitée. et 31 de rachat d’actifs risqués).

Le plan européen d’aide avec participation du FMI de fin 2010 s’élève à 85 milliards d’euros de prêts (dont 22,5 fournis par le FMI) et il est déjà avéré qu’il sera insuffisant. En échange, le remède de cheval imposé au tigre celtique est en fait un plan d’austérité drastique qui pèse fortement sur le pouvoir d’achat des ménages, avec comme conséquences une réduction de la consommation, des dépenses publiques dans les domaines sociaux, des salaires de la fonction publique et dans l’infrastructure (au profit du remboursement de la dette) et des recettes fiscales. Les mesures principales du plan d’austérité sont terribles sur le plan social :
- suppression de 24 750 postes de fonctionnaires (8% de l’effectif, cela équivaut à 350 000 postes supprimés en France) ;
- les nouveaux embauchés le seront avec un salaire inférieur de 10% ;
- baisse des transferts sociaux avec diminution des allocations chômages et familiales, baisse importante du budget de la santé, gel des pensions ;
- augmentation des impôts à charge principalement de la majorité de la population victime de la crise, notamment hausse de la TVA de 21 à 23% en 2014 ; création d’une taxe immobilière (concerne la moitié des ménages jusque là non-imposables) ;
- baisse de 1€ du salaire horaire minimum (de 8,65 à 7,65 euros, soit -11%). Appliqué au SMIC français, cela représenterait une baisse mensuelle de 135 euros.

Les taux des prêts accordés à l’Irlande sont très élevés : 5,7% pour celui du FMI et 6,05% pour les prêts « européens ». Ils serviront à rembourser les banques et autres sociétés financières qui achèteront les titres de la dette irlandaise qui, elles, empruntent à un taux de 1% auprès de la Banque centrale européenne. Une vraie aubaine de plus pour les financiers privés. Selon l’AFP, « le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a déclaré : ‘Cela va marcher, mais bien sûr, c’est difficile [...] parce que c’est dur pour les gens’ qui vont devoir faire des sacrifices au nom de l’austérité budgétaire ».

L’opposition dans la rue et au parlement a été très forte. Le Dail, chambre basse, n’a adopté le plan d’aide de 85 milliards d’euros que par 81 voix contre 75. Loin d’abandonner son orientation néolibérale, le FMI a indiqué qu’il plaçait parmi les priorités de l’Irlande l’adoption des réformes pour supprimer « les obstacles structurels aux affaires », afin de « soutenir la compétitivité dans les années à venir ». Le socialiste Dominique Strauss-Kahn s’est dit convaincu que l’arrivée d’un nouveau gouvernement après les élections prévues début 2011 ne changerait pas la donne : « Ce dont je suis convaincu, c’est que même si les partis d’opposition, le Fine Gael et le parti travailliste, critiquent le gouvernement et le programme [...], ils comprennent la nécessité de le mettre en œuvre ».

En somme, la libéralisation économique et financière qui visait à attirer à tout prix les investissements étrangers et les sociétés financières transnationales, a abouti à un fiasco complet. Ajoutant l’injure aux dommages subis par la population victime de cette politique, le gouvernement et le FMI n’ont rien trouvé de mieux que d’approfondir l’orientation néolibérale pratiquée depuis 20 ans et d’infliger à la population, sous pression de la finance internationale, un programme d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
calqué sur ceux imposés depuis trois décennies dans les pays du tiers-monde. Ces trois décennies doivent au contraire servir d’exemple de ce qu’il ne faut surtout pas faire. Voilà pourquoi il est urgent d’imposer une logique radicalement différente, au profit des peuples et non de la finance privée.

V. Contrairement à une idée reçue, la dette privée est bien plus lourde que la dette publique

Les grands médias et les gouvernements affirment qu’au Nord, LE problème est la dette publique, alors que de fait dans la plupart des pays, c’est la dette privée qui est la plus volumineuse. Par exemple, la dette privée représente 83% de la dette totale en Espagne, 85% au Portugal et 58% en Grèce [47]. Elle représente également 89% pour la Grande-Bretagne, 76% pour la France, 66% pour l’Italie, 75% pour l’Allemagne, 79% pour les Etats-Unis et 59% pour le Japon [48]. Cette énorme dette privée, en particulier celle des entreprises privées, risque, si l’on n’y prend garde, de se transformer partiellement en dette publique demain, comme cela s’est passé en 2007-2009. Or l’alourdissement de la dette publique est utilisé comme argument par les gouvernements en place pour justifier l’adoption de nouveaux plans d’austérité affectant en priorité les dépenses sociales des États.

Prenons le cas de l’Irlande, si vous demandez à une personne qui suit les informations de la grande presse à propos de la crise irlandaise si la dette externe de ce pays est principalement une dette publique, il y a de fortes chances qu’elle réponde par l’affirmative. Or rien n’est moins vrai, la dette publique externe irlandaise ne représente que 4,6% de la dette totale externe du « tigre celtique » moribond. Le tableau ci-dessous nous indique la part de la dette externe qui est à charge du gouvernement [49].

Part de la dette externe qui est à charge du gouvernement
(en % de la dette externe totale)

Source : FMI, http://dsbb.imf.org/Pages/SDDS/ExternalDebt.aspx. Les chiffres se rapportent au 2e trimestre 2010.

A noter que l’augmentation de la part de la dette privée dans la dette totale est particulièrement marquée depuis la fin des années des années 1990.

VI. Joseph Stiglitz et d’autres économistes apportent de l’eau au moulin des partisans de la suspension du remboursement de la dette

1. Joseph Stiglitz, prix de la Banque de Suède en économie en mémoire d’Alfred Nobel en 2001, président du conseil des économistes du président Bill Clinton de 1995 à 1997, économiste en chef et vice-président de la Banque mondiale de 1997 à 2000, apporte des arguments forts à ceux qui plaident pour la suspension du remboursement des dettes publiques. Dans un livre collectif [50] publié en 2010 par l’université d’Oxford, il affirme que la Russie en 1998 et l’Argentine au cours des années 2000 ont fait la preuve qu’une suspension unilatérale du remboursement de la dette peut être bénéfique pour les pays qui prennent cette décision : « Tant la théorie que la pratique suggèrent que la menace de fermeture du robinet du crédit a été probablement exagérée  » (p.48).

Quand un pays réussit à imposer une réduction de dette à ses créanciers et recycle les fonds antérieurement destinés au remboursement pour financer une politique fiscale expansionniste, cela donne des résultats positifs : « Dans ce scénario, le nombre d’entreprises locales qui tombent en faillite diminue à la fois parce que les taux d’intérêt locaux sont plus bas que si le pays avait continué à rembourser sa dette [51] et parce que la situation économique générale du pays s’améliore. Puisque l’économie se renforce, les recettes d’impôts augmentent, ce qui améliore encore la marge budgétaire du gouvernement. […] Tout cela signifie que la position financière du gouvernement se renforce, rendant plus probable (et pas moins) le fait que les prêteurs voudront à nouveau octroyer des prêts.  » (p.48) Et il ajoute : « Empiriquement, il y a très peu de preuves accréditant l’idée qu’un défaut de paiement entraîne une longue période d’exclusion d’accès aux marchés financiers. La Russie a pu emprunter à nouveau sur les marchés financiers deux ans après son défaut de paiement qui avait été décrété unilatéralement, sans consultation préalable avec les créanciers. […] Dès lors, en pratique, la menace de voir le robinet du crédit fermé n’est pas réelle. » (p.49)

Pour Joseph Stiglitz, certains pensent qu’un des rôles centraux du FMI est d’imposer le prix le plus élevé possible aux pays qui voudraient se déclarer en défaut de paiement et beaucoup de pays se comportent comme s’ils croyaient à cette menace. Il considère qu’ils font fausse route : « Le fait que l’Argentine soit allée si bien après son défaut de paiement, même sans l’appui du FMI (ou peut être parce qu’elle n’a pas eu l’appui du FMI), peut conduire à un changement de cette croyance.  » (p.49)

Joseph Stiglitz met également clairement en cause les banquiers et autres prêteurs qui ont octroyé massivement des prêts sans vérifier sérieusement la solvabilité des pays qui empruntaient ou, pire, qui ont prêté en sachant parfaitement que le risque de défaut était très élevé. Il ajoute que, puisque les prêteurs exigent de certains pays des taux élevés en vertu des risques qu’ils prennent, il est tout à fait normal qu’ils soient confrontés à des pertes dues à un effacement de dette. Ces prêteurs n’avaient qu’à utiliser les intérêts élevés qu’ils percevaient en tant que provision pour pertes possibles. Il dénonce aussi les prêts « prédateurs » octroyés à la légère par les banquiers aux pays débiteurs (p.55).

En résumé, Stiglitz plaide pour que les prêteurs assument les risques qu’ils prennent (p.61). A la fin de sa contribution, il considère que les pays qui s’engagent dans la voie du défaut de paiement ou de la renégociation en vue d’obtenir une réduction de dette auront besoin d’imposer un contrôle temporaire sur les changes et/ou des taxes pour décourager les sorties des capitaux (p.60). Il reprend à son compte la doctrine de la dette odieuse et affirme que celle-ci doit être annulée (p.61) [52].

2. Dans un article publié par le Journal of Development Economics [53] sous le titre « The elusive costs of sovereign defaults », Eduardo Levy Yeyati et Ugo Panizza, deux économistes qui ont travaillé pour la Banque interaméricaine de développement présentent les résultats de leurs recherches minutieuses sur les défauts de paiement concernant une quarantaine de pays. Une de leurs conclusions principales est la suivante : « Les périodes de défaut de paiement marquent le début de la récupération économique  » [54]. On ne peut mieux dire.

VII. Les alternatives

Le CADTM a proposé, dès août 2010, huit mesures concernant la crise actuelle en EuropeV [55]. L’élément central en ce qui concerne la dette est le moratoire unilatéral sur le remboursement de la dette permettant un audit de la dette publique effectué sous contrôle citoyen.
Voici les 8 mesures proposées par le CADTM et soumises à la discussion de l’ensemble des mouvements et partis qui sont convaincus qu’il faut développer une riposte populaire face à l’offensive que le Capital lance à la faveur de l’explosion de la dette publique.

1.Réaliser un moratoire unilatéral (sans accumulation d’intérêts de retard) sur le paiement de la dette, le temps de réaliser un audit (avec participation citoyenne) des emprunts publics. Sur la base des résultats de l’audit, il s’agira d’annuler la dette identifiée comme illégitime

Avec son expérience sur la question de la dette des pays du Sud, le CADTM met en garde contre une revendication insuffisante, comme une simple suspension du remboursement de la dette. Il faut un moratoire sans ajout d’intérêts de retard sur les sommes non remboursées.

Le moratoire est mis à profit pour procéder à un examen des emprunts afin d’identifier les dettes illégitimes. La participation citoyenne est la condition impérative pour garantir l’objectivité et la transparence de l’audit. Cette commission d’audit devra notamment être composée d’experts de l’audit des finances publiques, d’économistes, de syndicalistes et de représentants des mouvements sociaux. Il permettra de déterminer les différentes responsabilités dans le processus d’endettement et d’exiger que les responsables rendent des comptes à la collectivité. Les dettes identifiées comme odieuses ou illégitimes doivent être annulées.

2.Exproprier sans indemnisation les banques pour les transférer au secteur public sous contrôle citoyen.

Il n’y a pas de régulation durable possible avec des institutions financières privées. Les Etats doivent retrouver leur capacité de contrôle et d’orientation de l’activité économique et financière. Le coût de la reprise en main des banques privées au bord de la faillite par les pouvoirs publics doit être récupéré sur le patrimoine général des grands actionnaires. En effet, les sociétés privées qui sont actionnaires des banques et qui les ont menées vers l’abîme tout en faisant de juteux profits détiennent une partie de leur patrimoine dans d’autres secteurs de l’économie. Il faut donc faire une ponction sur le patrimoine général des actionnaires. Il s’agit d’éviter de socialiser les pertes.

L’exemple irlandais est emblématique, la manière dont la nationalisation de l’Irish Allied Bank a été effectuée est inacceptable. Il faut en tirer les leçons.

3.Instaurer une véritable justice fiscale européenne et une juste redistribution de la richesse. Interdire les paradis judiciaires et fiscaux. Taxer lourdement les transactions financières.

Avec une harmonisation européenne de la fiscalité permettant d’empêcher le dumping fiscal, il faut une réforme en profondeur de la fiscalité. Le but est une augmentation des recettes publiques, notamment via l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les sociétés, et une baisse rapide du prix d’accès aux biens et services de première nécessité (aliments de base, eau, électricité, chauffage, transports publics…), notamment par une baisse forte et ciblée de la TVA sur ces biens et services vitaux.
Depuis 1980, les impôts directs n’ont cessé de baisser sur les revenus les plus élevés et sur les grandes entreprises. Ainsi, dans l’Union européenne, de 2000 à 2008, les taux supérieurs de l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les sociétés ont baissé respectivement de 7 et 8,5 points. Ces centaines de milliards d’euros de cadeaux fiscaux ont pour l’essentiel été orientés vers la spéculation et l’accumulation de richesses de la part des plus riches.

Il faut interdire toute transaction passant par des paradis fiscaux Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
qui font perdre chaque année aux pays du Nord mais également à ceux du Sud des ressources vitales pour le développement des populations. Les différents G20 ont refusé, malgré leurs déclarations d’intention, de s’attaquer réellement aux paradis judiciaires et fiscaux. Il faut interdire ces gouffres noirs de la finance, de la corruption, de la délinquance de haut niveau et des trafics illicites. A la progressivité de l’impôt, il faudrait ajouter une taxation dissuasive des transactions spéculatives et des revenus des créanciers de la dette.

4.Lutter contre la fraude fiscale massive des grandes entreprises et des plus riches.

La fraude fiscale prive de moyens considérables la collectivité et joue contre l’emploi. Des moyens publics conséquents doivent être alloués aux services des finances pour lutter efficacement contre cette fraude. Les résultats doivent être rendus publics et les coupables lourdement sanctionnés.

5.Mettre au pas les marchés financiers, notamment par la création d’un registre des propriétaires de titres et par l’interdiction des ventes à découvert.

La spéculation à l’échelle mondiale représente plusieurs fois les richesses produites sur la planète. Les montages sophistiqués de la mécanique financière rendent celle-ci totalement incontrôlable. Les engrenages qu’elle suscite déstructurent l’économie réelle. L’opacité sur les transactions financières est la règle. Pour taxer les créanciers à la source, il faut les identifier. La dictature des marchés financiers doit cesser.

6.Réduire radicalement le temps de travail pour créer des emplois tout en augmentant les salaires et les retraites.

Répartir autrement les richesses est la meilleure réponse à la crise. La part destinée aux salariés dans les richesses produites a nettement baissé, tandis que les créanciers et les entreprises ont accru leurs profits pour les consacrer à la spéculation. En augmentant les salaires, non seulement, on permet aux populations de vivre dignement, on renforce aussi les moyens de la protection sociale et des régimes de retraite.

En diminuant le temps de travail sans réduction de salaire et en créant des emplois, on améliore la qualité de vie des populations.

7.Socialiser les nombreuses entreprises et services privatisés au cours des 30 dernières années.

Une caractéristique de ces 30 dernières années a été la privatisation de nombre d’entreprises et services publics. Des banques au secteur industriel en passant par la poste, les télécommunications, l’énergie et les transports, les gouvernements ont livré au privé des pans entiers de l’économie, perdant au passage toute capacité de régulation de l’économie. Ces biens publics, issus du travail collectif, doivent revenir dans le domaine public. Il s’agira de créer de nouveaux services publics selon les besoins de la population pour répondre notamment à la problématique du changement climatique (création d’un service public d’isolation...).

8.Pour une assemblée constituante des peuples pour une autre union européenne.

L’Union européenne issue des traités constitutionnels imposés aux populations est une véritable machine de guerre au service du capital et de la finance. Elle doit être totalement refondée par un processus constituant où la parole des populations est enfin prise en considération. Cette autre Europe démocratisée doit pour le CADTM, œuvrer à l’harmonisation par le haut de la justice fiscale et sociale, permettre une élévation du niveau et de la qualité de vie de ses habitants, retirer ses troupes d’Afghanistan et quitter l’OTAN OTAN
Organisation du traité de l’Atlantique Nord
Elle assure aux Européens la protection militaire des États-Unis en cas d’agression, mais elle offre surtout aux États-Unis la suprématie sur le bloc occidental. Les pays d’Europe occidentale ont accepté d’intégrer leurs forces armées à un système de défense placé sous commandement américain, reconnaissant de ce fait la prépondérance des États-Unis. Fondée en 1949 à Washington et passée au second plan depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN comprenait 19 membres en 2002 : la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, auxquels se sont ajoutés la Grèce et la Turquie en 1952, la République fédérale d’Allemagne en 1955 (remplacée par l’Allemagne unifiée en 1990), l’Espagne en 1982, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque en 1999.
, réduire radicalement ses dépenses militaires, bannir les armes nucléaires et s’engager résolument dans le désarmement, mettre fin à sa politique de forteresse assiégée envers les candidats à l’immigration, devenir un partenaire équitable et véritablement solidaire à l’égard des peuples du Sud de la planète.

Rompre avec la domination du grand capital !

Aujourd’hui, les institutions financières à l’origine de la crise s’enrichissent et spéculent sur les dettes des États, avec la complicité active de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du FMI pour satisfaire les intérêts des gros actionnaires et des créanciers. Cet enrichissement privé, permis par les cadeaux fiscaux et sociaux des gouvernements et accéléré avec les plans d’austérité, doit cesser.

La réduction des déficits publics doit se faire, non pas en réduisant les dépenses sociales publiques mais par la hausse des recettes fiscales en taxant davantage le capital (entreprises et capital financier) comme les revenus, le patrimoine des ménages riches et les transactions financières. Pour cela, il faut rompre avec la logique capitaliste et imposer un changement radical de société. Contrairement au capitalisme que nous subissons actuellement, la nouvelle logique à construire devra rompre avec le productivisme, intégrer la donne écologique et abattre toutes les formes d’oppression (raciale, patriarcale, etc).

Nos revendications sont de nature à répondre concrètement à la crise dans l’intérêt des peuples. Annuler la dette illégitime relève de la souveraineté des États. Il s’agit pour nous de sortir de la crise en prenant en compte l’intérêt des populations.

Nous proposons de réunir dans un front anticrise à l’échelle européenne, mais aussi localement, les énergies pour créer un rapport de force favorable à la mise en pratique de solutions radicales centrées sur la justice sociale.

Abolir [56] la dette illégitime, c’est possible et c’est dans l’intérêt des peuples !

Il y a eu dans l’Histoire de très nombreuses annulations de dettes dans les pays du Sud comme dans ceux du Nord, parfois unilatérales, parfois validées en justice, parfois concédées sous la pression par les puissances dominantes.

Le droit international est riche de doctrines et de jurisprudences qui peuvent permettre, et ont d’ailleurs déjà permis, de fonder des annulations ou des répudiations de dettes.

Exemple emblématique, le CADTM a participé activement à l’audit de la dette de l’Equateur en 2007-2008. Cet audit a permis au gouvernement d’imposer aux créanciers la vente à l’Etat des titres d’une valeur de 3,2 milliards de dollars en acceptant une réduction de valeur de 70% (grosso modo l’Etat a racheté pour 30 dollars un titre qui valait 100 dollars sur le papier). Cela a représenté une réduction de 30% de sa dette publique extérieure [57]. Cela a également permis d’économiser sur les intérêts, 300 millions de dollars par an pendant 20 ans, ce qui est très apréciable. Ces sommes sont aujourd’hui consacrées à l’amélioration de la santé publique, de l’éducation et à la création d’emplois. D’autres pays ont décrété avec succès dans un passé récent des moratoires unilatéraux sur le remboursement de leur dette : il s’agit de la Russie en 1998, de l’Argentine en 2001-2005 sur 80 milliards de dollars sous forme de titres de la dette vendus à des banques et autres investisseurs étrangers (principalement allemands, italiens et nord-américains). L’Argentine est également en suspension de paiement depuis 2001 pour un montant de 6,5 milliards de dollars au Club de Paris et s’en porte très bien. Ce n’est que depuis octobre 2010 qu’elle a repris officiellement la négociation avec ses créanciers bilatéraux membres du Club en imposant que le FMI soit tenu à l’écart de la négociation.

Ces mesures, pour insuffisantes qu’elles soient, marquent des avancées non négligeables, qui peuvent être utilisées par les mouvements sociaux du Sud et du Nord pour exiger l’annulation totale et inconditionnelle de la dette illégitime.

Cette annulation est aujourd’hui une nécessité et une urgence, tant les sommes consacrées au remboursement entravent les droits économiques, sociaux et culturels des populations, tout en renforçant le pouvoir de nuisance du Capital.

VIII. Processus de convergences en cours

Depuis septembre 2010, on assiste heureusement à un processus de convergences entre le CADTM et d’autres mouvements sur la manière d’affronter les problèmes de la dette publique et de son utilisation par les gouvernements pour mettre en place de véritables programmes d’ajustement structurel. En voici quelques exemples :

1. Dans le « Manifeste des économistes atterrés » [58] lancé en septembre 2010 et signé par plus de 2700 économistes ainsi que par diverses militants/tes, on peut lire parmi les 22 propositions concrètes pour sortir de la crise, deux propositions qui rencontrent en partie celles avancées par le CADTM :
Mesure n° 9 : Réaliser un audit public et citoyen des dettes publiques, pour déterminer leur origine et connaître l’identité des principaux détenteurs de titres de la dette et les montants détenus. »
Mesure n°15 : Si nécessaire, restructurer la dette publique, par exemple en plafonnant le service de la dette publique à un certain % du PIB, et en opérant une discrimination entre les créanciers selon le volume des titres qu’ils détiennent : les très gros rentiers (particuliers ou institutions) doivent consentir un allongement sensible du profil de la dette, voire des annulations partielles ou totales. Il faut aussi renégocier les taux d’intérêt exorbitants des titres émis par les pays en difficulté depuis la crise.

2. ATTAC Espagne le 24 novembre 2010 avance la position suivante en ce qui concerne la Grèce : “En Grèce, l’association opaque, secrète et délictieuse entre Goldman Sachs et le gouvernement conservateur précédent a floué les citoyens grecs et européens, avec le soutien complice de la banque privée allemande et française. Le plan de sauvetage européen a permis à ces banques allemandes et françaises de recouvrer leurs pertes, tandis que Goldman Sachs et les responsables politiques précédents jouissent librement de leur butin. La réponse juste consistait et consiste en premier lieu à émettre un mandat d’arrêt à l’encontre des responsables afin qu’ils soient jugés pour leurs délits ; ensuite à exiger la réalisation d’un audit de la dette afin de déterminer et de reconnaitre uniquement la part juste de celle-ci, et enfin à faire primer les intérêts sociaux des Grecs sur ceux de la banque privée internationale en réenvisageant les budgets et les engagements pris concernant l’achat de nouveaux sous-marins à l’Allemagne.”

Dans le cas de l’Irlande, ATTAC Espagne affirme : « Dans ce cas-ci, il y a également de nombreuses raisons de poursuivre les dirigeants actuels et les membres du Conseil d’Administration des banques privées pour leurs délits. Refuser la poursuite du paiement de la dette sans audit préalable et faire passer les intérêts de la population avant ceux des spéculateurs fondamentalistes du marché qui nous mentent et nous trompent. »“ [59]

3. La coalition irlandaise « Dette et développement » regroupe une série d’ONG de développement et d’organisations de solidarités Nord/Sud sur la base d’une plateforme assez modérée et essentiellement centrée sur une meilleure gestion des prêts accordés aux pays du Sud. Or elle a produit un document de 24 pages sur la crise irlandaise dans lequel elle appelle le gouvernement irlandais « à remettre en question la politique du FMI, notamment en réclamant la fin des conditionnalités attachées aux accords de prêts du FMI » [60]. De son côté, la principale confédération syndicale irlandaise exige que les détenteurs de titres de la dette publique se voient imposer une réduction de 10% de leur valeur [61].

4. Dans un communiqué daté du 30 novembre 2010, ATTAC France avance 6 propositions / revendications auxquelles le CADTM peut largement souscrire (même s’il faut regretter que l’audit de la dette ne soit pas mentionné) : «  - taxation et régulation stricte des transactions financières, à commencer par les transactions sur l’euro ; interdiction de la spéculation sur les dettes publiques ; fermeture des marchés de gré à gré Marché de gré à gré
Gré à gré
Un marché de gré à gré ou over-the-counter (OTC) en anglais (hors Bourse) est un marché non régulé sur lequel les transactions sont conclues directement entre le vendeur et l’acheteur, à la différence de ce qui se passe sur un marché dit organisé ou réglementé avec une autorité de contrôle, comme la Bourse par exemple.
 ;
- mise en faillite des banques trop endettées, sans indemnisation des créanciers et actionnaires qui ont accumulé les profits en jouant avec le feu ;
- nationalisation des banques renflouées par les fonds publics ; ces banques devront rapidement être socialisées, c’est-à-dire placées sous le contrôle démocratique des salariés, des citoyens et des pouvoirs publics.
- interdiction aux banques de dépôts, qui gèrent l’épargne des particuliers, de prendre des positions spéculatives et d’avoir des filiales dans les paradis fiscaux ;
- restructuration de la dette, voire défaut partiel pour les États étranglés par la charge de la dette publique : la dette creusée par les cadeaux fiscaux aux riches, la crise financière et le renflouement des banques, est une dette illégitime ;
- en complément, monétisation partielle de la dette publique, la BCE achetant directement aux États leurs obligations.
 »

5. Le 5 décembre 2010, un grand quotidien grec publie une tribune de l’économiste grec Costas Lapavitsas intitulée : « Commission Internationale d’audit de la dette grecque : Une demande impérative ». Dans sa conclusion, l’auteur affirme : « La Commission internationale d’audit aura un champ d’action privilégié dans notre pays. Il suffit de penser aux contrats de dette conclus avec la médiation de Goldman Sachs ou destinés à financer l’achat d’armes de guerre pour constater la nécessité d’un audit indépendant. Si elles se révèlent odieuses ou illégales, ces dettes seront alors déclarées nulles et notre pays pourra refuser de les rembourser, tout en demandant des comptes en justice à ceux qui les ont contractées.  »

6. Le 17 décembre 2010, le réseau des ATTAC d’Europe publie une déclaration commune [62] proposant de véritables mesures alternatives, parmi lesquelles :
«  - mettre en place un mécanisme de défaut, par lequel les États répudieraient tout ou partie de leur dette publique, provoquée par les cadeaux fiscaux aux riches, la crise de la finance et les taux d’intérêts prohibitifs imposés par les marchés financiers ;
- réformer la fiscalité pour rétablir les recettes publiques et la rendre plus juste, avec une taxation des mouvements de capitaux, des grandes fortunes et des hauts revenus, des profits des entreprises, vers l’instauration d’un revenu maximum.
 »
Là aussi, on constate une large convergence sur ces deux points entre le réseau des Attac d’Europe et le Réseau CADTM Europe.

7. Quelques jours plus tard, Jean-Marie Harribey, ex-coprésident d’ATTAC France et membre de son conseil scientifique, publie un article intitulé « Il faut coincer les serial killers » dans lequel il propose « la collectivisation-socialisation de tout le système bancaire à l’échelle européenne  ».

Concernant la dette, il consacre deux paragraphes auxquels on ne peut que souscrire :
« Annuler la dette publique qui est illégitime
Tout le monde sait que la montée des déficits publics et donc de l’endettement public n’est pas due à une dérive des dépenses publiques. Elle est due à deux facteurs. L’un qui est à l’œuvre de manière rampante depuis plusieurs décennies, le cas français étant exemplaire à cet égard : la fiscalité a été réduite par tous les bouts, et particulièrement la fiscalité progressive, sans que les gouvernements successifs ne réussissent à rogner proportionnellement les dépenses publiques et sociales dont une grande part est incompressible. Le second facteur est récent et le plus violent : il s’agit de l’endossement des dettes privées par les collectivités publiques à la suite de la crise bancaire et financière.
Il est donc impossible de justifier que les populations soient obligées d’absorber toutes les conséquences d’une situation dont elles ne sont nullement responsables. La quasi-totalité de la dette publique est illégitime.
 »

Conclusion : Incontestablement, le thème de la dette publique a fait irruption au Nord à l’occasion de la grave crise que le monde traverse depuis 2007-2008. Les enseignements de trente années d’ajustement structurel au Sud doivent être tirés et les peuples européens doivent se mobiliser fortement pour que les décisions prises au Nord ne soient pas le pendant des décisions imposées au Sud au cours des trois dernières décennies. De nombreux mouvements posent d’ores et déjà la question de la légitimité de cette dette et de son audit complet en vue de l’annulation de la partie illégitime. Ce combat-là est essentiel pour poser les bases d’une logique économique et financière radicalement autre. La dette publique est le verrou qu’il faut parvenir à faire sauter dans l’intérêt des peuples et non dans celui des créanciers. Pour commencer à mettre en place une politique économique et sociale au service des populations et pour lutter contre le changement climatique, la réduction radicale de la dette publique est une condition nécessaire mais pas suffisante. Elle doit être accompagnée de toute une série de réformes radicales. Seule une mobilisation populaire massive avec des objectifs clairs pourra y parvenir.



Notes

[1Selon les organismes internationaux (FMI, BM, OCDE), font partie des PED, tous les pays d’Amérique latine, de l’Afrique, du Moyen-Orient, les pays de l’Europe de l’Est (y compris plusieurs pays membres de l’Union européenne ainsi que la Russie), les pays d’Asie (y compris la Chine) sauf Japon et Corée du Sud.

[2Les chiffres se rapportent à l’année 2009. Source : Banque mondiale, Global Development Finance, données en ligne

[3Cela n’inclut que la dette du gouvernement central. Source : Source : OCDE, Dette de l’administration centrale, Annuaire statistique 2000-2009, Paris, 2010, p. 31

[4Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Corée du Sud, Danemark, Espagne, Etats-Unis, Finlande, France, Grande-Bretagne, Grèce, Islande, Irlande, Italie, Japon, Luxembourg, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Portugal, Suède, Suisse. En tout, 24 pays. Calculs de l’auteur sur la base de l’OCDE, Dette de l’administration centrale, Annuaire statistique 2000-2009, Paris, 2010, p. 29.

[5Voir Damien Millet et Eric Toussaint, Retour sur les causes de la crise alimentaire mondiale, août 2008, www.cadtm.org/Retour-sur-les-causes.... Voir aussi Damien Millet et Eric Toussaint, La crise, quelles crises ?, Aden-CADTM-CETIM, Bruxelles-Liège-Genève, 2010, chapitre 6.

[6Voir Renaud Vivien et Eric Toussaint, Vers une nouvelle crise de la dette du Sud ?, avril 2010, www.cadtm.org/Vers-une-nouvelle-cri...

[7Nota Bene : même si le remboursement de la dette est budgétairement soutenable, cela ne libère en rien les gouvernements de l’obligation de l’auditer afin d’identifier les dettes illégitimes et/ou illégales, voire odieuses afin de les répudier. De plus, la notion de soutenabilité est tout à fait subjective : le remboursement est soutenable à condition qu’on comprime les dépenses sociales afin de destiner un maximum de ressources publiques aux créanciers. Du point de vue des populations, cette politique est insoutenable tandis que la Banque mondiale, le FMI et l’écrasante majorité des gouvernants affirment le contraire.

[8Ces taux sont négatifs, en termes réels, car inférieurs à l’inflation

[9La réserve fédérale des Etats-Unis a décidé début novembre 2010 d’acheter aux banques privées des bons du Trésor pour un montant de 600 milliards de dollars (ce qui s’ajoute aux achats antérieurs). La Banque centrale européenne (BCE), entre mai et octobre 2010, a acheté aux banques pour 65 milliards de titres de la dette publique (Source : Financial Times, 9 novembre 2010). En achetant des titres publics aux banques privées, les banques centrales émettent de la monnaie que les banquiers s’empressent de prêter afin de faire un profit. Les banquiers privés prêtent cet argent aux Etats ou aux entreprises privées du Nord comme du Sud.

[10La réserve fédérale des Etats-Unis a décidé début novembre 2010 d’acheter aux banques privées des bons du Trésor pour un montant de 600 milliards de dollars (ce qui s’ajoute aux achats antérieurs). La Banque centrale européenne (BCE), entre mai et octobre 2010, a acheté aux banques pour 65 milliards de titres de la dette publique (Source : Financial Times, 9 novembre 2010). En achetant des titres publics aux banques privées, les banques centrales émettent de la monnaie que les banquiers s’empressent de prêter afin de faire un profit. Les banquiers privés prêtent cet argent aux Etats ou aux entreprises privées du Nord comme du Sud.

[11Leurs exportations perdent en compétitivité. Certains pays comme le Brésil ont pris des mesures pour limiter l’entrée de ces capitaux, d’autant qu’ils peuvent repartir rapidement avec un fort effet déstabilisateur.

[13Banque mondiale, Global Development Finance, données en ligne.

[14C’est ce qu’on appelle notamment des crises gémelles : crise boursière et crise immobilière débouchant sur des krachs bancaires, ce qui s’est passé au Japon en 1990 et aux EU en 2007-2008.

[15Voir Damien Millet et Eric Toussaint, 60 Questions 60 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale, CADTM-Syllepse, 2008, question 11, p. 85.

[16Si on prend en compte également les garanties offertes par les gouvernements aux banques, on atteint la somme de 4 589 milliards d’euros d’aides publiques. Voir sur le site de la Commission européenne : http://europa.eu/rapid/pressRelease...

[18Bien sûr, le taux de croissance du PIB comme mesure de la réussite sociale d’un pays est tout à fait insuffisant. Cela donne juste une indication sur l’état de l’économie

[19La nouvelle Constitution équatorienne de 2008, tout comme celle de la Bolivie adoptée la même année et celle du Venezuela adoptée en 1999, contiennent d’autres éléments d’alternatives extrêmement intéressants. Nous vous conseillons de vous reporter au texte complet de ces Constitutions.

[20La décision de principe de créer une nouvelle monnaie, le SUCRE a été entérinée le 16 avril 2009 à Cumana au Venezuela par les principaux dirigeants de l’ALBA.

[21Lire la Déclaration finale du Sommet de l’ALBA (en espagnol) sur http://alainet.org/active/33762

[22Si le Sucre doit être mis en place graduellement à partir de 2010, aucun échéancier n’a été suggéré à Cochabamba pour un passage à terme à une monnaie unique.

[23Voir Eric Toussaint, Banque du Sud et nouvelle crise internationale, CADTM-Syllepse, 2008.

[25Dans ce texte le « Nord » correspond aux pays les plus industrialisés.

[26Dès novembre 2008, je l’avais annoncé et dénoncé dans un article intitulé « Union sacrée pour sacrée arnaque » http://www.cadtm.org/Union-sacree-pour-sacree-arnaque Il n’y a quasiment aucune correction à apporter aux contenu de cet article. Les prévisions qu’il contient ont été entièrement confirmées et les propositions de solution restent valables même s’il faut y ajouter l’audit de la dette aboutissant à des annulations/répudiations (voir plus loin dans le présent article).

[27Les banquiers allemands et français détiennent à eux seuls 48% des titres de la dette espagnole (les banques françaises détiennent 24% de ces dettes), 48% des titres de la dette portugaise (les banques françaises en détiennent 30%) et 41 % des titres de la dette grecque (les françaises venant en tête avec 26%). Voir les trois graphiques plus loin.

[28Repris de C. Lapavitsas, A. Kaltenbrunner, G. Lambrinidis, D. Lindo, J. Meadway, J. Michell, J.P. Painceira, E. Pires, J. Powell, A. Stenfors, N. Teles : « The eurozone between austerity ans default », September 2010. Source : CPIS.

[29Les principaux détenteurs (càd les banques des pays mentionnés) des titres de la dette grecque sont selon l’infographie présentée : la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, le Royaume Uni, les autres détenteurs sont regroupés dans la catégorie « reste du monde ». Cette infographie est reprise de de C. Lapavitsas, op. cit., p. 11 Selon la BRI, en décembre 2009, les banque françaises détenaient la dette publique grecque pour un montant de 31 milliards de dollars, les banques allemandes en détenaient 23 milliards.

[30Qui est utilisé par certains dans un sens péjoratif, voire raciste.

[31Repris de C. Lapavitsas et al., op. cit., p. 30

[32Selon Alexander Sack, théoricien de la doctrine de la dette odieuse “ Si un pouvoir despotique contracte une dette non pas selon les besoins et les intérêts de l’Etat, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, cette dette est odieuse pour la population de l’Etat entier (…) Cette dette n’est pas obligatoire pour la nation : c’est une dette de régime, dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée ; par conséquent, elle tombe avec la chute de ce pouvoir ” (Sack, 1927). Pour une présentation synthétique, voir Hugo Ruiz Diaz, “ La dette odieuse ou la nullité de la dette”, contribution au deuxième séminaire sur le Droit international et la Dette organisé par le CADTM à Amsterdam en décembre 2002, http://www.cadtm.org/La-dette-odieuse-ou-la-nullite-de Voir « La position du CADTM Belgique sur la doctrine de la dette odieuse et sa stratégie juridique pour l’annulation de la dette » http://www.cadtm.org/La-position-du-CADTM-Belgique-sur et également « Dette illégitime : l’actualité de la dette odieuse. Position du CADTM par CADTM international » http://www.cadtm.org/Dette-illegitime-l-actualite-de-la

[33Dave Zirin, “The Great Olympics Scam, Cities Should Just Say No”, www.counterpunch.org/zirin07052005.html : « But for those with shorter memories, one need only look to the 2004 Summer Games in Athens, which gutted the Greek economy. In 1997 when Athens »won« the games, city leaders and the International Olympic Committee estimated a cost of $1.3 billion. When the actual detailed planning was done, the price jumped to $5.3 billion. By the time the Games were over, Greece had spent some $14.2 billion, pushing the country’s budget deficit to record levels. »

[34Voir un résumé détaillé du scandale Siemens-Hellas sur http://www.scribd.com/doc/14433472/Siemens-Scandal-Siemens-Hellas . Les délits incriminés à Siemens par la justice allemande étaient tellement évidents que pour éviter une condamnation en bonne et due forme, cette entreprise a accepté de verser une amende de 201 millions d’euros en octobre 2007 aux autorités germaniques. Le scandale a tellement terni l’image de Siemens que, pour essayer de trouver une parade, le portail internet de la transnationale annonce en bonne place qu’elle a doté de 100 millions d’euros un fonds de lutte contre la corruption. Voir :
http://www.siemens.com/sustainability/en/compliance/collective_action/integrity_initiative.php

[35Tableau repris de C. Lapavitsas, A. Kaltenbrunner, G. Lambrinidis, D. Lindo, J. Meadway, J. Michell, J.P. Painceira, E. Pires, J. Powell, A. Stenfors, N. Teles : « The eurozone between austerity ans default », September 2010. http://www.researchonmoneyandfinance.org/media/reports/RMF-Eurozone-Austerity-and-Default.pdf. Voir également le résumé en français (rédigé par Stéphanie Jacquemont du CADTM) de cette étude : http://www.cadtm.org/Resume-de-The-Eurozone-between

[36Le même phénomène s’est produit au même moment envers le Portugal, l’Espagne, des pays d’Europe centrale et de l’Est.

[37Tableau repris de C. Lapavitsas, op. cit.

[38Chiffres 2009. Parmi les pays membres de l’OTAN, seuls les Etats-Unis dépensent proportionnellement plus que la Grèce : 4,7% du PIB.

[39Une partie des données mentionnées proviennent de François Chesnais, « Répudiation des dettes publiques européennes ! » in Revue Contretemps n°7, 2010 qui se base sur Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), www.sipri.org/yearbook

[40On peut ajouter au moins un autre argument pour déclarer illégitime ou nulle cette nouvelle dette. Le voici : pour qu’un contrat entre deux parties soit valide, selon la Common Law, il faut que chaque partie ait exercé l’autonomie de la volonté, càd il faut que chaque partie ait été en situation de pouvoir dire non ou de pouvoir refuser certaines clauses du contrat qui allaient à l’encontre de ses intérêts. Lorsque les marchés financiers ont commencé à faire du chantage à l’égard de la Grèce en mars-avril 2010 et qu’ensuite la Commission européenne et le FMI se sont coalisés pour imposer des conditions draconiennes à la Grèce (mesures d’austérité très dures qui constituent une violation des droits économiques et sociaux), on peut considérer que la Grèce n’était pas vraiment en état d’exercer l’autonomie de la volonté et de refuser.

[43Voir son site http://www.contra-xreos.gr/. Ce comité a adhéré au réseau mondial du CADTM en décembre 2010.

[44Cette partie est largement inspirée d’un diaporama réalisé par Pascal Franchet (« Actualité de la dette publique au Nord », http://www.cadtm.org/IMG/ppt/Actualite_de_la_dette_publique_dans_les_pays.ppt).

[45Le taux d’imposition des bénéfices de société s’élève à 39,5% au Japon, 39,2% en Grande Bretagne, 34,4% en France, 28% aux Etats-Unis.

[46Les difficultés de l’allemand Hypo Reale Estate (sauvé en 2007 par le gouvernement d’Angela Merckel) et la faillite de la banque d’affaire états-unienne Bear Sterns (rachetée en mars 2008 par JP Morgan avec l’aide de l’administration Bush) proviennent notamment des problèmes de leurs fonds spéculatifs dont le siège était à Dublin.

[47Voir C. Lapavitsas, A. Kaltenbrunner, G. Lambrinidis, D. Lindo, J. Meadway, J. Michell, J.P. Painceira, E. Pires, JPowell, A. Stenfors, N. Teles : « THE EUROZONE BETWEEN AUSTERITY AND DEFAULT », September 2010– 72 pages http://www.researchonmoneyandfinance.org/media/reports/RMF-Eurozone-Austerity-and-Default.pdf. Voir également le résumé en français (rédigé par Stéphanie Jacquemont) de cette étude : http://www.cadtm.org/Resume-de-The-Eurozone-between

[48Quotidien El Pais, “La deuda externa atenaza a Espanha”, 28 février 2010, sur la base du FMI et de McKinsey Global Institute.

[49Le reste de la dette externe peut être considéré comme entièrement privé

[50Herman, Barry ; Ocampo, José Antonio ; Spiegel, Shari, 2010, Overcoming Developing Country Debt Crises, OUP Oxford, Oxford, ISBN : 9780191573699

[51En effet, une des conditions posées par le FMI lorsqu’il vient en aide à un pays au bord du défaut de payement est d’augmenter les taux d’intérêt locaux. Si un pays échappe aux conditions fixées par le FMI, il peut au contraire baisser les taux d’intérêt afin d’éviter autant que possible des faillites d’entreprise.

[52Joseph Stiglitz a défendu cette position à de nombreuses reprises au cours des dix dernières années. Voir notamment son livre La grande désillusion, Fayard, 2002.

[53Journal of Development Economics 94 (2011), p. 95-105.

[54Default episodes mark the beginning of the economic recovery”.

[56Abolir une dette signifie que l’initiative peut venir à la fois du créancier (annulation) que du débiteur (répudiation)

[57Il s’agissait de titres de la dette venant à échéance en 2012 et en 2030 détenus principalement par des banques nord américaines.

[59En Grecia la asociación opaca y secreta delictiva de Goldman Sachs con el Gobierno conservador anterior estafó a la ciudadanía griega y a la europea, con el apoyo cómplice de la banca privada alemana y francesa. El rescate articulado con fondos europeos ha ido a garantizar el cobro de sus fondos a estos bancos alemanes y franceses, mientras que Goldman Sachs y anteriores responsables políticos están libres y sin cargos disfrutando de sus botines. La respuesta justa pasaba y pasa primero por imputar a estos responsables y emitir una orden de caza y captura por sus delitos para que sean juzgados ; segundo por no reconocer la deuda y exigir su auditoria previa para sanearla y reconocer sólo lo justo y, tercero por anteponer los intereses sociales de los griegos a los intereses de la banca privada internacional replanteándose los presupuestos y compromisos de compra adquiridos como los nuevos submarinos a Alemania.” (…) “También allí hay motivos de sobra para juzgar los delitos de los actuales gobernantes y de los miembros de Consejo de Administración de los bancos privados. A negarse a pagar la deuda sin una auditoria previa y anteponer los intereses de la ciudadanía a los espurios de los especuladores fundamentalistas del mercado que nos mienten y engañan.”, http://www.attac.es/realidad-contra-incompetencia-de-responsables-economicos-en-la-union-europea/

[60A Global Justice Perspective on the Irish EU­IMF Loans : Lessons from the Wider World http://www.cadtm.org/IMG/article_PDF/article_a6187.pdf

cadtm.org
Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation,Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.