Echos du sommet du G8 à St Petersbourg

15 juillet 2006 par IPAM


Vendredi 14 juillet 2006

Ouverture officielle du contre-sommet au stade Kirov.
Près de 200 participants présents, plusieurs bus empêchés de venir de
Moscou...

Lors du discours d’ouverture, la gouverneure de la region de St
Petersbourg, Mme Matvienko, est venue faire de la provocation. Pour rien.
De nombreux ateliers et seminaires ont eu lieu, sauf ceux annulés pour
cause d’organisateurs et intervenants « empêchés de venir ». Ce qui donne des
annonces du genre : "Ceux qui veulent parler des délocalisations peuvent
se réunir ensemble, par contre l’intervenant principal a été arrêté dans
le train de Moscou ce matin, il faudra faire sans lui...
"

La journée a tout de même été studieuse et productive, avec un gros
séminaire sur l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
syndicale en Russie tout simplement passionnant
(exposé des problèmes, compte-rendus des actions récentes, témoignages,
plans d’action pour le futur...). L’après-midi a notamment vu un
séminaire sur la paix dans le Caucase tres intéressant, ou de nombreux
Russes ont pu exprimer que la guerre en Tchetchénie "ne se fait pas en
notre nom
" et où l’apport de Tchetchenes et de Francais (comité
Tchetchénie, convoi syndical, Ipam) a enrichi le débat.

A noter aussi, la forte présence de la problématique du droit au logement
face aux récentes réformes gouvernementales.

En début de soirée, le pouvoir poutinien nous a envoyé un hélicoptère, qui
a tourné avec insistance au-dessus du stade dans la plus pure tradition
génoise...

Finalement personne ne sait vraiment si la manifestation de demain sera
autorisée, tolerée, reprimée...

Mais le succès est déjà là, la societe civile russe a pu se réunir et un
espace de liberte s’ouvrir, temporairement, dans le stade Kirov de St
Petersbourg.


Samedi 15 juillet 2006

Dès le vendredi, des affiches annoncaient la fermeture "pour raisons
techniques
" de la station de métro qui dessert le stade Kirov. Le journal
du samedi matin donnait un compte-rendu de la visite de la gouverneure
Matvienko lors de l’ouverture du forum : "je ferai le necessaire pour que
la station de metro ne soit pas fermee. La manifestation ne sera pas
autorisee, pour ne pas troubler le rythme de vie des habitants
" (sic).

Effectivement, a l’arrivée sur l’île Kristovski, la station de métro est
ouverte et nous pouvons descendre. Forte presence d’OMON (les CRS russes,
dont beaucoup ont servi en Tchetchénie !) et très peu de monde lors des
2km de marche au travers du parc pour atteindre le stade Kirov. Oui, le
pouvoir russe nous a bien mis à l’écart...

Arrivés sur place, la présence policière est trois fois plus importante
que les jours précédents. Une fois entrés, nous discutons avec les
altermondialistes déjà sur place qui nous apprennent qu’un nombre
important de militants a préféré ne pas dormir dans le stade cette nuit,par crainte d’une attaque par la police (comme quoi l’hélicoptère de la
veille au soir a bien joué son rôle dans la guerre psychologique).

Finalement les groupes de travail finalisent leurs résolutions et nous
entamons une grande assemblée plénière, avec un peu plus de 200
participants. Les journalistes internationaux arrivent en grand nombre,
ils reviennent de couvrir la manifestation des communistes qui a été
violemment réprimée en ville.

La restitution des travaux de la veille a été une longue condamnation de
l’action du gouvernement russe mais aussi des politiques globales du G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. ,
dont l’illégitimité a été soulignée à de nombreuses reprises. Une
résolution demandant la libération de nos camarades arrêtés a été adoptée,
les discours de soutien des internationaux présents dans le stade ont été
applaudis, et nous avons fini par une chanson de la guerre d’Espagne !

Nous sommes ensuite partis en cortège vers la sortie. Qeulques mètres
avant les grilles, un officier de police nous attend mégaphone au poing,
encadré de trois gardes du corps. Il nous annonce que selon la loi
federale n°54, nous n’avons pas le droit de quitter l’enceinte du stade
Kirov. Derrière les grilles, les Omon sont deployés en grand nombre. Nous
sommes maintenant enfermés dans le stade !

Un stade ensoleillé + 250 militants altermondialistes + 60 journalistes de
la presse internationale + une grosse grille et derrière de nombreux
policiers + de l’imagination = une très belle opération de communication
altermondialiste !

Le pouvoir poutinien a craqué, le vernis democratique se fendille, et la
réalité russe se révèle : le gouvernement ne supporte pas la moindre
initiative autonome et préfère réprimer meme ce qu’il pourrait simplement
ignorer sans conséquences aucunes.

Merci Vladimir Vladimirovitch, tu as montré ton vrai visage au bon moment,
devant toutes les caméras du monde.

Apres trois heures de slogans en tous genres (« Non a l’Etat policier »,
« Paix en Tchetchénie », « Le monde n’est pas une marchandise », "La Russie
n’est pas une prison", etc), de nombreuses interviews et d’encore plus
nombreuses photos moquant cette réaction disproportionnée et honteuse,
nous avons pu finalement sortir petit à petit du stade. Personne n’a été
arrêté ni frappé.

Le courage et la determination des militants russes sont impressionants,
et on voit clairement les prémisses d’un mouvement altermondialiste russe
déjà capable de faire peur au pouvoir en place.