Edito des Autres Voix de la Planète n°36

29 octobre 2007 par Denise Comanne


Plusieurs militants du CADTM, au niveau international, sont engagés dans des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
concrètes pour appuyer les mouvements sociaux dans leur exigence d’annulation ou de répudiation des dettes illégitimes et odieuses. Participation à la Commission d’audit de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
équatorienne, travail d’étude dans différents pays pour cerner les dettes illégitimes de l’Equateur pouraider le gouvernement de ce pays, lancement de la Commission d’audit au Mali, séminaires de formation et de travail en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest sur l’audit des dettes, etc.
Ces actions visent à saper un peu plus les fondements des institutions financières internationales, déjà ébranlées par les coups de boutoir de leur inefficacité notoire, de leur gabegie, de leur perte de légitimité.

« Les Autres Voix de la Planète » ouvre un dossier pour faire le point sur la crise de ces institutions et sur les dossiers pris en charge par le CADTM notamment, afin de miner l’édifice. La période est propice, il n’est pas sûr que des résultats puissent être engrangés immédiatement. Mais jamais, au Nord comme au Sud, les actions des campagnes « dette » n’ont été si coordonnées, si précises. Cela augure en tous les cas d’avancées stratégiques des mouvements sociaux sur la problématique de la dette du Tiers Monde.

Pour ceux qui douteraient que ce thème soit encore d’actualité, il suffit d’une lecture attentive du Global Development Finance 2007 de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
pour mettre les horloges à l’heure. Le développement exponentiel des dettes publiques internes, à charge donc des finances publiques comme les dettes externes, nous oblige maintenant à additionner les dettes internes et externes pour supputer la charge qui sera supportée par les peuples. La somme est sidérante : il faut compter que le service annuel de cette dette globale atteint maintenant les 1.000 milliards de dollars !

Il faut donc redoubler d’énergie pour enrayer définitivement ce fléau. Ces derniers mois, des signaux indiquent que des gouvernements – hélas, trop rares – prennent pour axe central de leur politique, les droits fondamentaux des peuples : le Venzuela, la Bolivie, l’Equateur entre autres. D’autres espoirs antérieurs ont été déçus : le Brésil de Lula est la plus cuisante déception des dernières années et il poursuit une ligne impérialiste néfaste pour le sous-continent latino-américain.. Pour revenir aux gouvernements courageux qui vont à contre courant dans la région, nous constatons qu’ils sont mis à rude épreuve par les partis néo-libéraux ainsi que les nombreux et puissants médias à leurs bottes, prêts à tout pour sauvegarder la poursuite de leurs intérêts : Ils ont corrompu - littéralement et au figuré - des franges importantes de population avides de croire aux promesses d’enrichissement rapide. Cela crée des situations politiques exacerbées, absurdes, où les présidents élus, soutenus à bout de bras par les peuples, sont boycottés par les administrations, menacés par des pans entiers de parlements, trahis par des membres de leur propre gouvernement. Ces épreuves de force nécessirent un renforcement crucial des mouvements sociaux en Amérique latine et ailleurs dans le monde. Il n’est qu’à voir comment tous, nous avons les yeux rivés sur l’Amérique latine pour comprendre l’importance des enjeux. Nous apprenons, nous marchons à pas de géants dans la compréhension des forces en présence. Nous avons marqué des points ; il nous faut encore des victoires.




Denise Comanne

Féministe engagée dans les luttes locales et internationales contre le capitalisme, le racisme et le patriarcat, Denise Comanne avait créé le CADTM aux côtés d’Éric Toussaint et d’autres militant-e-s.
Révolutionnaire infatigable, Denise aura milité jusqu’au bout dans les mouvements sociaux.
Elle est décédée le 28 mai 2010, brutalement, peu après avoir participé activement à un Forum sur le cinquantenaire de l’indépendance de la RD Congo.