Égypte : fausse amélioration économique, vraie crise sociale et répression

2 juillet par Hoda Ahmed


Abdel Fattah al-Sissi, actuel Président de l’Egypte (CC - Wikimedia)

Depuis quelques mois, les fidèles du régime égyptien et le FMI ne cessent de crier victoire : la situation économique s’améliore, des jours radieux s’annoncent.

De fait, au niveau macro-économique, la croissance du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
a augmenté, de 3,5 % en 2015-2016 à 4,2 % en 2016-2017 avec une prévision de 4,8 % en 2017-2018. L’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donné. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. est passée de 35 % en juillet 2017 à 12 % en juin 2018. Les réserves en devises étrangères qui avaient dramatiquement baissé couvrent actuellement 5 mois d’importation de biens et de services.


Des signes inquiétants

L’endettement privé s’aggrave à cause d’une loi de 2014 qui autorise la délivrance de microcrédits

Le régime se flatte d’avoir permis une reprise du tourisme par sa politique sécuritaire, mais les recettes actuelles sont à peine la moitié de celles de 2010.

De plus, en septembre 2017, la Banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. d’Égypte a annoncé que la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
extérieure du pays était passée à 79 milliards de dollars US, soit une augmentation de 41 % par rapport à l’année précédente. L’endettement public est en augmentation, la dette publique intérieure atteignant près de 200 % du PIB et l’endettement privé s’aggrave à cause d’une loi de 2014 qui autorise la délivrance de microcrédits.


Des hausses de prix insoutenables

Pour réduire le déficit budgétaire le gouvernement cherche des recettes supplémentaires en augmentant le prix de nombreux services. Début juin, le prix de l’eau a augmenté de 45 % et le prix du ticket de métro du Caire a plus que triplé du jour au lendemain. Des émeutes avec occupation des voies ont éclaté spontanément mais ont été vite réprimées. Le deuxième jour de la fête (fin du Ramadan), c’était le tour des carburants dont le prix a augmenté de 35 à 50 %, et celui des bonbonnes de gaz de 60 %. En juillet ce sera le tour de l’électricité (26 %), des cartes grises (environ 90 %), des permis de conduire (1 400 %) et des permis de séjour des étrangers y compris des réfugiés (2 400 %) !


Un pouvoir impopulaire

la plupart des détenus sont des libéraux, des laïcs ou des socialistesLa population est à bout. On entend de plus en plus de gens se plaindre de ne plus pouvoir vivre tout simplement. Le programme Takafol wa karama (solidarité et dignité) mis en place pour compenser la suppression des subventions ne s’applique que dans 10 gouvernorats sur 27, et il faut près de 18 mois pour être inscrit. Le pouvoir craint des émeutes, il réprime de plus en plus. Alors qu’il dit s’attaquer aux Frères musulmans et à Daech, la plupart des détenus sont des libéraux, des laïcs ou des socialistes. Un professeur de l’université de Helwan affirme que « le président Al-Sissi dirige ce pays comme un militaire qui exige que tout le monde marche en rangs serrés derrière lui. Toute parole dissidente, toute opposition est immédiatement perçue comme une atteinte à l’unité nationale. Sa conception du pays est simple : celui qui est avec moi est un ami, celui qui est contre moi est un ennemi de l’Égypte qu’il faut abattre. Le peuple est pris en otage et se trouve désormais recroquevillé sur sa solitude et sa peur ».


L’Occident et la France complices

Paris fournit au Caire des armes et des équipements pouvant servir à des fins de sécurité intérieure et de maintien de l’ordre
En Occident toutes les puissances considérant l’Égypte comme un État stable dans une région plus qu’instable ne trouvent rien à redire à cette politique répressive. La France encore moins que les autres puisque l’Égypte est son plus grand acheteur d’armes. Elle a d’ailleurs été épinglée par Amnesty International qui écrit que Paris fournit au Caire « des armes et des équipements pouvant servir à des fins de sécurité intérieure et de maintien de l’ordre, faisant d’elle un complice de la répression férocement mise en œuvre par les autorités égyptiennes ».



Source : npa2009