En Belgique … toujours plus d’inégalités de revenus !

23 juillet par Kairos Europe WB


A Bruxelles (CC - Flickr - Sem Vandekerckhove)

Le dossier qui suit, a été réalisé sur base de données et de fiches réalisées par Christian Boigruf. Nous publions ici la sixième et dernière partie.

Ce travail a donné lieu à un débat le 23 janvier 2018, débat organisé par Attac Bruxelles 2. Pour tout contact : christianboigruf [at] gmail.com

Voir aussi de précédents articles dans les courriers de Kairos Europe WB n°46 et 47 (www.kairoswb.com) sur le rôle de ces « intermédiaires » présenté notamment dans différents rapports de la Commission Panama Papers du Parlement européen.

Quelques constats [1]

En 2016, la Belgique est le seul pays européen à avoir connu une diminution des salaires réels, suite au blocage salarial et au saut d’index décidé par le gouvernement Michel en 2015. Les ménages belges ont ainsi perdu du pouvoir d’achat. La situation créée par les gouvernements depuis des décennies, et spécialement par l’actuel gouvernement Michel est plus que préoccupante. Elle rompt avec les équilibres trouvés précédemment en matière des plus faibles revenus et des droits sociaux. Elle laisse la part belle aux plus hauts revenus …

- Le revenu minimum s’élève à 1531 euros. Il est insuffisant pour garantir une sécurité d’existence aux 130.000 salariés qui prestent ainsi (5% de l’ensemble des travailleurs).

- En matière de chômage : 4 chômeurs sur 10 vivent avec moins de 1.000 euros par mois, 1 chômeur sur 5 reçoit moins de 750 euros et les indemnités de chômage sont limitées à 1688 euros. Le risque de pauvreté parmi les chômeurs s’élève à 40% par rapport aux 15% de la population. En décembre 2017, il restait bien 511.085 chômeurs et non 350.012 comme l’ONEM l’annonçait haut et fort, négligeant les travailleurs en temps partiel, jeunes au sortir de l’enseignement

- Le nombre de personnes bénéficiant d’un revenu d’intégration sociale (RIS) délivré par les CPAS, dernier filet de sécurité avant le « rien du tout » a, suite au nettoyage du chômage opéré sur injonction du gouvernement, augmenté de 40.000 unités et atteignent les 120.000 personnes. Le nombre d’étudiants vivants de ce revenu est passé de 3.654 à 27.133. Sans oublier que près de 90% des indemnités sociales (pensions minimales, allocations d’insertions…) sont inférieures au seuil de pauvreté !

- Vu la faiblesse de leurs revenus et de leur pouvoir d’achat, 21% des Belges déclarent avoir des difficultés à joindre les deux bouts ;

- En 10 ans, le nombre d’invalides a augmenté de 67% passant à 391.000 personnes, 50% des travailleurs pensent que la manière dont leur travail est organisé, peut avoir des conséquences néfastes sur leur santé. Les absences au travail de trentenaires et quadras ont triplé en dix ans.


Les perdants de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
et des politiques d’austérité

- Les travailleurs peu qualifiés sont davantage en risque de pauvreté : 31% pour 18,8% en 2006.

- Suivant Eurostat, les différences de risque de pauvreté en Belgique entre populations étrangères (non nées dans l’Union européenne) et allochtones sont parmi les plus élevées d’Europe, comparables à la situation en Grèce ou en Espagne ! En 2015, le risque de pauvreté pour les résidents non nés dans l’Union européenne était de plus de 50% contre 17% pour ceux qui y sont nés, à rapprocher de la discrimination à l’embauche et du taux de participation au marché du travail (allochtone : 70% - origine étrangère : 50%), ainsi que des difficultés rencontrées en matière de logement.

- Le dumping social, développé par les travailleurs détachés en provenance de pays de l’Union européenne à faibles salaires, a entraîné 6.000 pertes d’emplois dans les transports et plus de 20.000 dans la construction depuis 2010 alors que le nombre de travailleurs détachés y augmentait fortement.

- L’écart salarial entre hommes et femmes reste très important (20% en 2016 pour 28% en 1999), ceci étant dû notamment aux nombreux temps partiels occupés par les femmes. 45% des femmes salariées travaillent à temps partiels pour 10,8% chez les hommes. Près de la moitié des femmes reçoit une pension en-dessous de 1.000 euros. Les familles monoparentales, souvent des femmes avec leurs enfants, ont un risque de pauvreté de 41%, pour 15% pour l’ensemble de la population. La flexibilité accrue, les restrictions sur crédits-temps, les mesures en matière de pension ne peuvent qu’aggraver la situation des femmes.

- En 2016, 625.000 personnes ont travaillé comme intérimaires et 540.000 ont eu au moins un contrat d’un jour. 15.000 ont été intérimaires avec des contrats journaliers à l’année !

- Les jeunes, suite aux mesures du gouvernement Michel, sont poussés à sauter dans le vide … Les allocations d’insertion ont été limitées dans le temps, l’âge ramené de 30 à 25 ans, et un diplôme exigé pour les moins de 21 ans. Le nombre de jeunes bénéficiaires d’insertion est passé de 34.000 à 18.000 !

Pour le SPF Protection sociale, même si l’effet correcteur de la Sécurité sociale reste élevé en Belgique (44% contre 33% dans la moyenne européenne), l’efficacité est en baisse depuis 2005, en particulier pour les personnes dont c’est la principale source de revenus (chômeurs, pensionnés, malades de longue durée …).

Ce sixième article est tiré d’un dossier intitulé « Les Big Four... ces fisco-trafiquants » réalisé par l’ONG Kairos Europe (Wallonie-Bruxelles).

Voir les autres parties :
- 1 : Les Big Four… ces fisco-trafiquants ! À quoi les comparer ?
- 2 : Les Big Four… ces fisco-trafiquants ! Puissance et revenus
- 3 : Les Big Four… ces fisco-trafiquants ! La colonisation rampante des entreprises et de l’État
- 4 : Les Big Four… ces fisco-trafiquants ! Leur rôle clé dans l’évasion fiscale
- 5 : Les Big Four... ces fisco-trafiquants ! Des normes comptables soutenues par les Big Four et créées pour relayer les intérêts privés des sociétés multinationales
- 6 : En Belgique, toujours plus d’inégalités de revenus !



Notes

[1L’ensemble des données ici présentes est repris du Baromètre socio-économique 2017 de la FGTB, ainsi que d’un article « Revenus et richesses : le grand écart – Monique Van Dieren, Contrastes – nov-déc 2017 pp.8-9