En ce 17 avril, exigeons le respect des droits des paysannes et des paysans  ! Assez des accord de libre-échange  ! Assez de l’impunité  !

17 avril par La Via Campesina


(Harare, le 17 avril 2018) Depuis deux décennies, les accords de libre-échange (ALÉ) constituent une tentative de recolonisation et d’assujettissement. En ce 22e anniversaire du massacre d’Eldorado dos Carajás au Brésil, La Vía Campesina dénonce l’impunité généralisée. Elle appelle à la résistance organisée contre ces accords conçus pour que les multinationales de l’agrobusiness s’emparent de nos biens naturels et de nos marchés locaux avec le silence complice des États.

Ce 17 avril, journée internationale des luttes paysannes, les organisations membres de La Vía Campesina et leurs alliés s’unissent pour organiser des centaines d’actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
décentralisées partout sur la planète pour le droit à la terre et à l’eau, contre les accords de libre-échange (ALÉ) et contre la criminalisation des luttes sociales en clamant : Assez des ALÉ, assez de l’impunité  !

Les ALÉ sont plus que des accords commerciaux. Ce sont des accords complets qui bloquent les réformes structurelles. Ils renforcent le pouvoir des sociétés transnationales (cliquez ici pour en savoir plus sur la campagne pour un traité contraignant au niveau international pour les multinationales), et protègent les intérêts économiques des élites nationales et des gouvernements. Les ALÉ promeuvent leurs objectifs mondiaux, en faisant de l’eau, de la terre et des semences des marchandises. Ils donnent la priorité au commerce sur la vie elle-même. Les ALÉ sont établis entre deux gouvernements ou plus. Ce sont des négociations qui ont lieu en dehors de l’Organisation mondiale du commerce OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
(OMC), même si au fond, les ALÉ sont aussi des outils de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
néolibérale.

A mesure que la méfiance à l’égard des ALÉ grandit, la mobilisation et la résistance croissent aussi. Aujourd’hui, nos organisations partout sur la planète organisent un nombre sans précédent d’actions pour dénoncer les effets des ALÉ sur la paysannerie et la souveraineté alimentaire. En ce jour d’action mondiale, ECVC (Coordination européenne de La Vía Campesina) exige que l’Union européenne libère les paysans des accords de libre-échange  !

En ce qui concerne le projet d’ALÉ qui fait actuellement l’objet de négociations entre l’Union européenne et le Mercosur Mercosur Le Mercosur est une zone régionale de coopération économique du Cône Sud (marché du Cône Sud) qui rassemble le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay, en plus de deux pays associés, le Chili et la Bolivie. , ECVC affirme que «  cet accord constitue un coup mortel porté contre nous, les petits et moyens producteurs agricoles déjà en situation de crise. De plus, cet accord généralise aussi le dumping social et environnemental, l’expansion de l’agro-industrie au détriment des communautés paysannes.  »

Pour sa part, la CLOC (Coordination latinoaméricaine d’organisations paysannes, La Vía Campesina en Amérique latine) appelle à lutter contre l’impunité, à résister et à construire de nouvelles alternatives dans les territoires et à exiger une réforme agraire intégrale et populaire qui assure la souveraineté des peuples.

Ainsi, en ce jour d’action mondiale, le Comité de coordination international de La Vía Campesina se réunira en Corée où se tiendra le Forum international sur les effets du libre-échange en agriculture qu’organise La Vía Campesina Asie du Sud-est et de l’Est. Ce forum donnera de nombreux exemples sur les impacts des ALE, et notamment sur l’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et l’Indonésie en cours de négociation.

Pour Kim Jeong-Yeol de l’Association des paysannes coréennes, «  même si les projets d’accords multilatéraux ont échoué, l’OMC joue encore le rôle de police mondiale du système de libre-échange néolibéral. Les multinationales et les gouvernements utilisent les ALÉ pour attaquer la paysannerie. L’OMC, la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

Cliquez pour plus.
ne travaillent jamais pour les paysannes et paysans. C’est pourquoi nous pensons qu’ils doivent disparaître.  »

La Vía Campesina dénonce aussi aujourd’hui l’alarmante violation systématique des droits fondamentaux des paysannes et paysans notamment dans des pays comme le Brésil, le Paraguay, le Honduras et la Colombie où des milliers de paysans et paysannes ont été assassinés en toute impunité. En Indonésie, Thaïlande, aux Philippines, au Sri Lanka, en Inde, au Pakistan, les violations des droits des paysans et des paysannes se produisent aussi chaque jour. Les accords de libre-échange qui favorisent exclusivement les multinationales et le capital ont tendance à aggraver ces problèmes. C’est pourquoi nous exigeons l’adoption d’une Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales.

Les ALÉ renforcent l’accaparement des terres et de l’eau et détruisent les marchés locaux, menaçant la souveraineté alimentaire dans son ensemble. Leurs effets sont très larges : ils encouragent entre autres la privatisation des services publics, de la santé, des médicaments, des télécommunications, de l’énergie, de l’approvisionnement en eau potable et ouvrent de vastes domaines à l’investissement étranger. Dans bien des cas, les gouvernements signataires sont forcés de réformer leurs législations nationales en prenant des engagements sur lesquels ils ne peuvent revenir : la «  protection des investissements  » empêche toute réforme agraire parce qu’elle se place au-dessus des décisions démocratiques nationales. À travers de tels accords, les sociétés privées consolident leur pouvoir d’influence sur l’élaboration des politiques et des réglementations des pays où elles interviennent.


Mobilisons-nous  !

Ce 17 avril, joignez-vous à l’une des mobilisations prévues pour lutter pour des changements systémiques et défendre la terre, les territoires et la souveraineté alimentaire des peuples : Non aux ALÉ et au capitalisme mondial  ! Aucun ALÉ ne profite aux peuples, nous devons les éradiquer, pas les réformer  !

Alimentons nos peuples et construisons un mouvement pour changer le monde  !
Le rapport de la VII Conférence de la Via Campesina est maintenant disponible en ligne ici.

Contacts de presse :
- Nury Martínez — Fensuagro Colombie — La Vía Campesina Amérique du Sud — espagnol : +573107720098
- Federico Pacheco – SOC Espagne – La Vía Campesina Europe – français : +34690651046
- Kim Jeong-Yeol – Association des femmes paysannes coréennes – La Vía Campesina Asie – anglais : +821048117996