En route vers Belém, le Réseau International des mouvements sociaux appelle à descendre dans la rue le 26 janvier 2008 afin d’agir ensemble pour un autre monde

5 novembre 2007 par Assemblée des mouvements sociaux


Les mouvements sociaux sont aujourd’hui confrontés à une nouvelle étape de l’offensive du système capitaliste dans sa phase néolibérale. Cette période se caractérise avant tout par l’instauration d’un état de guerre globale permanente. Cette guerre prend la forme, pour la majeure partie de l’humanité d’une guerre de recolonisation. Sous couvert de ‘lutte contre le terrorisme’, cet état de guerre vise avant tout au contrôle des ressources naturelles par le pillage des peuples du monde entier. Les projets états-uniens de Grand Moyen Orient ou en Amérique du Sud en sont les aspects les plus visibles. Mais ils ne sauraient cacher les guerres ‘oubliées’ menées sur les continents africain ou asiatique. L’expansion des gouvernements de l’Etat d’Israël s’intègre dans cette volonté de mise sous contrôle de la planète entière.

Les mobilisations des mouvements sociaux contre cet état de guerre permanent incluent la définition de nouvelles solidarités internationales avec les peuples qui résistent. Mais la violence du système prend d’autres formes que la guerre ouverte contre les ‘peuples rebelles’ au credo néolibéral. La répression des mouvements sociaux, la restriction des droits fondamentaux sont une autre arme pour casser ces mêmes résistances. Les occupations militaires, la mise en place de bases étrangères sont une atteinte ouverte à la souveraineté des populations et à leur volonté d’émancipation de la domination impériale.

Les déplacements forcés de population, les expropriations, autres formes de violence, sont les conséquences de la volonté de marchandiser la terre, l’eau et les autres ressources naturelles. Cet état de guerre s’étend à l’ensemble de la société, les violences deviennent la forme naturelle de l’oppression. Les femmes en sont les premières victimes. La planète elle-même subit les conséquences de cette fuite en avant du système. La recherche du profit maximal le plus rapide provoque les changements climatiques et la pollution mettant en crise les équilibres naturels.

Cette violence s’étend également à tous les niveaux de la vie sociale. Le refus de la privatisation des ressources naturelles au bénéfice des transnationales est assimilé au terrorisme En remettant en cause la souveraineté des peuples, l’utilisation et le partage de leurs richesses naturelles ou produites, ce sont les bases mêmes de la démocratie que l’on sape. Les dictatures, la corruption se nourrissent de cette situation. Les droits élémentaires sont niés aux victimes que sont les classes productives, travailleurs et travailleuses des secteurs formels ou informels, paysans et paysannes, etc. Les populations les plus pauvres se voient encore davantage précarisées, au Nord comme au Sud. Des milliards de personnes se voient privées des biens communs élémentaires que sont l’éducation, la santé et le droit au logement.

L’exigence de la souveraineté alimentaire est une réponse des organisations paysannes, de pêcheurs et de l’ensemble des populations visant à satisfaire leurs besoins en toute autonomie vis-à-vis du marché mondial.

Les populations victimes de ces politiques, des conflits qui y sont liés sont souvent contraintes de fuir leur pays. A l’heure de la libre circulation des capitaux, la défense des droits des migrants et migrantes, des réfugiéEs du néolibéralisme et de l’oppression, des femmes qui fuient les mariages forcés ou les mutilations sexuelles, tout comme la défense de la diversité sexuelle, sont des tâches élémentaires des mouvements sociaux que nous sommes.

Le patriarcat se trouve renforcé par le système économique dominant. La traite des femmes et des enfants, la prostitution sont une preuve supplémentaire de la marchandisation de tous les aspects de la vie. La situation des femmes au travail se voit aussi aggravée, en particulier dans les zones franches où elles représentent la plus grande part d’une main d’œuvre sans droits.

Nos ennemis directs sont clairement identifiés. Le G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. tout d’abord, mais aussi la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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qui imposent des politiques qui sont les vecteurs de cette recolonisation. La dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
imposée par ces institutions permet non seulement de permettre la privatisation des richesses du monde entier, mais aussi le transfert des richesses produites au Sud vers les classes dominantes majoritairement basées au Nord.

L’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
et les accords bilatéraux aggravent encore cette situation, les APE par exemple. Que ce soit pour l’agriculture, le travail, l’environnement, la propriété intellectuelle, les migrations, la libéralisation des services, un cadre s’impose aux peuples du monde entier. Les Etats eux-mêmes impulsent ces politiques, ou les appliquent.

L’enjeu pour les mouvements sociaux est de permettre la convergence des mobilisations globales contre ces ennemis, tant dans les pays en voie de développement que dans les pays développés dont les populations subissent les effets de ces mêmes politiques.

Ce tableau ne doit pas masquer les difficultés que le système connaît pour réaliser ses objectifs. Son projet a connu des échecs significatifs dus aux résistances populaires. Mais notre plus grande victoire est d’avoir détruit l’évidence qu’il n’y aurait pas d’alternative possible. La ‘pensée unique’ a été remise en cause, la légitimité même du système dominant se pose à une échelle de masse.

Dans la continuité du processus du Forum Social Mondial et du travail de construction des alliances entre nos mouvements sociaux, dont la rencontre de Bruxelles en octobre 2006 constitue une étape importante, les mouvements sociaux, ici présents à Belém, appellent à participer activement aux journées d’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
globale qui culmineront le 26 janvier 2008.

Belèm, le 30 octobre 2007

Signataires :

FMJD (Federación Mundial de juventudes democraticas)
CADTM Belgique
Alternatives International ( Alternatives Canada, AIC, IPAM, Terrazul, etc )
Conselho Pan-Amazonico
Instituto Mauricio Grabois ( IMG) Belém - Brasil
CUT Brasil
Marcha Mundial das Mulheres
Via Campesina
European Marches against unemployment Precarity and Social exclusion
Encuentros Hemisfericos
Poor People’s Economic Human Rights Campaign (PPEHRC), USA
Jubileu Sul America / Grito continental
CADTM Pakistan - National Trade Union Federation
MST
OCLAE ( Organisation Continental Latino Americana y caribeña de estudiantes )
Marcha Mundial de las Mulheres
Focus in the Global South
CLACSO- LPP / Cebrapaz-pa/Cada)
Congress of South Africal Trade Union ( COSATU)
FDIM (Federaçao Democratica Internacional de Mulheres)
Convergencia de los movimientos de los pueblos de los Americas (COMPA)
FBOMS
Grupo de Trabalho Amazonico
Facultad de Ciencias Política-UNAM - Puente de Ixtla, Morelos- UNAM
Confederazione COBAS
Nord-Sud XXI - Suisse
Vikas Adhyayan Kendra ( India )
Comité Exécutif régional de l’APC (Assemblée des Peuples de la Caraïbe)
PAPDA Haiti
La Ligue pour la Justice, le Développment et les Droits de l’Homme - LJDH - Mali
Centro Brasileiro de Solidariedade aos Povos e Luta pela Paz - CEBRAPAZ
Forum Social Sénégalais ( FSS)
Kenya Debt Relief Network (KENDREN)
Anjuman Asiaye Awan - GCAP/MDGs Campaign Coordinator Pakistan
AMSEL / CADTM Lubumbashi - RDC
ATTAC MAROC
FDIM (Federaçao Democratica Internacional de Mulheres)
Red Mexicana de Acción frente al Libre Comercio - RMALC



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