Encore sur les violences policières à Bruxelles

6 octobre 2010 par Oscar Flores


Vendredi 20h j’arrive à la gare du midi, quelques minutes plus tard je serais arrêté.

Au même moment, le Prince Laurent et la Princesse Claire assistent à la projection du film d’ouverture du Festival International du cinéma francophone de Namur. Ironie du sort, il s’agit du film belge « Illégal » du réalisateur Olivier Masset-Depasse, primé au festival de Cannes et proposé pour les Oscar en tant que meilleur film étranger. Ce film raconte l’histoire d’une famille sans papiers, séparée lors d’une arrestation et enfermée au centre d’expulsion 127bis de Steenokkerzeel…

Pendant ce temps, au pied de la tour du midi, le dispositif policier est énorme : comme si ces brigades se préparaient à une attaque imminente. J’entends des cris, c’est une femme au loin, plaquée au sol par plusieurs policiers… Quelques hommes en civils courent derrière un gars qui traverse la rue… Je reste à l’écart pour comprendre ce qu’il se passe, saisir la logique des évènements. Mais rapidement je me rends compte qu’il n’y a aucune logique, que n’importe qui est arrêté sans aucune raison, juste pour être à l’intérieur d’un périmètre devenu « tolérance zéro » !

Ces policiers ont tous les droits et les vôtres ont été abolis…

Tout d’un coup je croise le regard d’un policier appelé Vandersmissen. Une minute trente après c’est les menottes, les coups, les insultes, le bus et la cellule...

Relâché à cinq heures du matin, je n’ai jamais compris pourquoi j’avais été arrêté.

Le lendemain j’apprendrai qu’un arrêté communal interdisait tout rassemblement de plus de cinq personnes. Au moment de l’arrestation j’étais avec un ami, nous étions deux et quand même embarqués !

Il était inutile de demander des explications aux escadrons anti-émeute sur place. Envoyés des villes d’Anvers et Malines, d’après ce que j’avais entendu, aucun d’entre eux ne savait / ne voulait parler français. Ceux qui ont insisté n’ont eu comme seule réponse que des cris et des coups.

Après que les deux policiers chargés de ma « protection » aient bien serré les colson, serrés au point d’empêcher la circulation, j’ai été monté dans un bus. Le bus était plein. Une jeune fille pleurait, visiblement c’était encore une gamine, une enfant. Soudain un grand coup sur le côté du bus va étouffer les bruits, c’est un garçon est en train de subir des coups. Plusieurs policiers, cinq ou six frappent très forts de leurs matraques, le garçon a les mains attachées, il ne peut pas se défendre…Ensuite il est monté dans le bus, il est tuméfié, sa figure est gonflée et un peu de sang entache ses dents blanches…Il sera la cible du chauffeur du bus pendant toute l’attente jusqu’aux casernes, une manière de nous montrer l’exemple de ce qui pourrait nous arriver en cas de désobéissance aux ordres.

Arrivés aux casernes d’Etterbeek, les hommes et les femmes sont séparés. Après environ une demi heure d’autres policiers viennent nous chercher, un par un. Pendant ce temps on essaye d’enlever les colson solidement serrés. C’est à mon tour, je suis fouillé, je dois vider mes poches, puis je suis emmené dans une pièce vitrée où d’autres policiers tapent mon nom dans un ordinateur et je reçois un numéro, le 77…

D’autres policiers m’amènent à la cellule 9, c’est là que je vais passer la nuit. Je demande à un autre détenu s’il sait quelle heure il est ? Il ne sait pas. Nous sommes 14 dans cette pièce et pour chacun d’entre nous le temps va perdre sa valeur, pendant que les minutes s’écoulent on perd la notion du temps…

Vandersmissen est connu pour son agressivité dans son « travail » et ce soir je vais le constater de mes propres yeux !

Après que les détenus aient demandé de l’eau pendant des heures, Vandersmissen va entrer dans notre cellule avec une quinzaine d’autres policiers armés et matraque à la main. Vandersmissen, les mains dans le dos et la démarche ralentie, va commencer à crier contre nous. Entre la colère et les cris on distingue un ordre, celui de nous asseoir. L’un d’entre nous n’a pas compris l’ordre, Vandersmissen va s’approcher et le frapper d’un coup à la figure. Le garçon est jeune, la vingtaine à peine, il tombe… Vandersmissen continue à crier, il en attrape un autre, il le menace de sortir pour se battre avec lui, pour voir qui est le plus fort des deux…Ensuite il se dirige vers moi et d’un air méprisant il dira « haa Mr Flores, voila un brave homme ! »

Pendant ce temps à l’extérieur de nos cellules on continue à amener des gens. Une camionnette s’arrête en face de nos cellules, et trois femmes seront débarquées. Les policiers les descendent de la camionnette par les jambes et les bras, les femmes crient, les policiers jouent avec elles, ils les balancent et leurs donnent des coups de pieds pendant le transport. Les autres agents qui assistent à ces faits, homme et femmes, rigolent…

Vers cinq heures du matin nous serons tous réembarqués dans le bus de la police, et jetés près de Tour et Taxis. Peu importe que vous habitiez de l’autre côté de la ville ou que ce soir vous aviez un rdv avec votre copine à la gare du midi !

Pour les services « d’ordre » ce soir vous étiez une menace, un criminel à enfermer !

Ce vendredi soir à Namur, la Princesse Claire applaudissait le film « Illégal » et l’entourage du Prince de dire que « décidément, quelle imagination pour réaliser une telle « fiction » ! Heureusement, ceci n’a rien à voir avec la réalité de la Belgique ! ».

Non, vraiment, nous n’avons pas la même vision de la réalité…