Un forum polycentrique pour un mouvement social convergent

[Entretien avec E.Toussaint] Forum social mondial 2006 : définir des priorités et des axes communs

5 décembre 2005 par Sergio Ferrari


Le prochain Forum social mondial sera... polycentrique. Il se tiendra en 2006, de manière « décentralisée », à Caracas (République bolivarienne du Venezuela), Bamako (Mali) et Karachi (Pakistan).

Conceptualiser le potentiel du Forum social mondial (FSM) exige préalablement d’évaluer l’état actuel du mouvement social à l’échelle planétaire, vu la relation étroite qui existe entre les forums et les mobilisations. « En ce sens, je suis très optimiste, si l’on tient compte de l’augmentation des mobilisations en 2005 », souligne Eric Toussaint, historien et militant belge, président du Comité pour l’abolition de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du Tiers Monde (CADTM-Belgique). Pour Eric Toussaint - également membre du Conseil international du FSM (c’est-à-dire sa coordination) -, cette nouvelle étape « exige de définir clairement les priorités de l’agenda citoyen au niveau mondial ». Un processus déjà en marche... ou, plus exactement, en construction.

Sergio Ferrari (S.F.) : Un an après le 5e forum social mondial à Porto Alegre (au Brésil, en janvier 2005), quel est l’« état d’esprit » du mouvement social international ?

Eric Toussaint (E.T.) : En 2005, nous avons assisté à une réactivation significative de mobilisations de masse, après une période - entre mi-2003 et fin 2004 - de baisse. En réalité, nous pouvons situer le prochain FSM par rapport à un « état des lieux » au double visage. D’un côté, un tableau très sombre : la barbarie en Irak, la poursuite de la répression brutale du peuple palestinien, l’offensive patronale et gouvernementale contre les mécanismes de solidarité collective à l’échelle mondiale, les licenciements massifs, la négation des droits économiques, sociaux et culturels. En résumé, la continuité de l’offensive néo-libérale, malgré le fait que son fondement idéologique a perdu toute légitimité aux yeux des peuples du monde.
De l’autre côté, une lueur d’espoir : le renouveau significatif et l’élargissement des luttes sociales et citoyennes, avec une capacité croissante à faire échouer des projets politiques spécifiques (le traité constitutionnel européen) ou économiques (l’Accord de libre-commerce des Amériques, ALCA). Sans aucun doute, l’année 2005 se termine sur des perspectives plus positives et intéressantes pour les mouvements sociaux qu’en 2004 (voir encadré).

S.F. : Dans ce contexte, quels sont les enjeux de la prochaine session polycentrique du FSM, en janvier 2006 ?

E.T. : Avant tout, il faut rappeler le succès de la 5e édition du FSM à Porto Alegre, au début de cette année, où étaient présent-es plus de 150.000 participant-es. Sans oublier le 1er Forum social méditerranéen, qui a permis la réunion à Barcelone, en juin 2005, de plus de 1000 délégué-e-s du monde arabe et de nombreux Européens.
Quant au 6e FSM, il nous met face à un défi non-« planifié ». En 2004, le rythme frénétique du « processus Forum social mondial » a fait l’objet d’un débat ouvert au sein du Conseil international. Une série de forums nationaux et continentaux, ainsi que des campagnes et des mouvements (dont le CADTM), considéraient que les rythmes étaient par trop intenses et qu’il convenait de prévoir une périodicité biennale. Finalement, un accord a été trouvé sur le maintien d’une session annuelle en 2005, 2006 et 2007, mais décentralisée en 2006 dans plusieurs endroits.

De Porto Alegre aux trois continents

S.F. : Le forum, qui sera donc « polycentrique », se tiendra ainsi à Caracas et à Bamako, fin janvier 2006, puis à Karachi quelques mois plus tard...

E.T. : Effectivement. Mais à nouveau, au lieu d’éviter une surcharge, tous les acteurs du FSM seront soumis à une pression énorme et à des rythmes particulièrement intenses tout au long du premier semestre 2006. En janvier, un pré-forum maghrébin préparera le forum de Bamako (capitale du Mali), lequel se tiendra du 19 au 23 janvier. Du 24 au 29 janvier, la réunion de Caracas suscitera certainement une attention toute particulière de par sa proximité avec le processus de la révolution bolivarienne. La troisième séance décentralisée se tiendra quelques mois plus tard à Karachi (Pakistan), précédée en janvier d’une rencontre nationale de préparation à Lahore. Le récent tremblement de terre au Cachemire a contraint les organisateurs à retarder de quelques mois le FSM au Pakistan. D’autres activités sont également prévues dans le Sud-Est asiatique. Fin avril ou début mai se tiendra en outre à Athènes (Grèce) le 4e Forum social européen. Un programme très chargé, en somme...

S.F. : Quels sont les principaux défis d’un tel processus polycentrique ?

E.T. : L’objectif premier est d’approfondir les dynamiques régionales, tout en évitant la fragmentation des luttes. Ce risque existe pour 2006, puisqu’il n’y aura pas de rendez-vous unique, de lieu commun où les campagnes et les mouvements puissent échanger, discuter et définir les actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
prioritaires à mener, précisément à un moment où l’on ressent énormément la nécessité d’avancer dans cette définition d’action collective...

S’unifier de manière décentralisée

S.F. : Peut-on s’attendre à voir surgir certaines contradictions entre la clarification des options et un processus décentralisé ?

E.T. : C’est effectivement le cas, même si je pense que la dynamique du mouvement social prévaudra et que la priorité sera mise sur la capacité d’unifier ce processus. Je suis sorti très optimiste d’une récente réunion internationale qui s’est tenue en octobre dernier, à Genève : étaient présents à cette réunion de nombreux réseaux et de mouvements actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
aux quatre coins de la planète, parmi lesquels Via Campesina, le CADTM, Focus on the Global South, la Centrale unique des travailleurs (Brésil), plusieurs groupes ATTAC et des syndicats européens. Nous y avons fait le bilan de la dynamique de ces dernières années et nous avons progressé dans la clarification de certaines priorités à venir. Tout indique que l’on avance vers un processus de large consultation pour préciser ces axes essentiels.

S.F. : Face à une dynamique si particulière, le Conseil international - en tant qu’instance de coordination des forums sociaux mondiaux - réussit-il à suivre tout le processus en cours ?

E.T. : La prochaine réunion du Conseil international est prévue en mars 2006, pour faire un bilan des trois forums qui auront eu lieu. Nous courons le risque de rester un peu en arrière de cette dynamique, bien que nous soyons conscients de tous les efforts à faire pour répondre à ces nouveaux défis.

Convergence de contenus

S.F. : Quel sera le contenu de ces forums décentralisés ? Chaque session aura-t-elle son propre programme, ou les agendas seront-ils identiques ?

E.T. : Si l’on fait l’analyse des thèmes centraux de ces trois grandes réunions, on constate une grande convergence. A ce niveau, je ne pense pas qu’il existe un risque de fragmentation au niveau politique. Par exemple, un axe important du forum de Porto Alegre 2005 - « Pouvoir politique et luttes pour l’émancipation sociale » - sera présent dans les trois rencontres. Mais j’insiste sur le défi essentiel que représente l’identification des priorités d’action commune. Ce n’est pas nouveau : cette nécessité fut soulignée aussi bien par le « Manifeste de Porto Alegre », présenté par un groupe de personnalités internationales à l’occasion de la 5e session du FSM, que par l’Assemblée des mouvements sociaux, réunie au même moment. A Porto Alegre, en 2005, nous avons accepté un agenda d’activités communes. Maintenant, il est essentiel de déterminer les priorités. Nous pouvons en définir 2 ou 3, mais pas 15 ou 20... J’ai l’impression que la plupart des composantes du FSM, dans toute leur diversité, s’accordent sur cette nécessité. Je suis donc très optimiste en ce sens.

Consultation sur les priorités

S.F. : Quelles seraient ces priorités ?

E.T. : L’opposition à la guerre, par exemple. En l’occurrence, celle-ci pourrait se concrétiser par une grande mobilisation internationale au jour anniversaire de l’offensive contre l’Irak. On pourrait ajouter à cette préoccupation commune la solidarité avec le peuple palestinien ; ainsi que l’opposition à l’occupation de l’Afghanistan ou à d’autres projets bellicistes, comme le plan Colombie. Nous tentons de trouver une date unitaire commune pour ces mobilisations, vraisemblablement en mars 2006.

Les campagnes contre la dette forment également un axe essentiel, qui a fait l’objet d’un large débat lors de la réunion de La Havane, en septembre 2005. De manière hautement symbolique, on pourrait organiser le même jour, dans plusieurs pays, des occupations de locaux de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et du Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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(FMI).
D’autre part, si - comme tout semble l’indiquer - la réunion ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
(OMC), qui se tiendra en décembre 2005 à Hong Kong, se solde par un nouvel échec, la mobilisation contre la poursuite des négociations menées au sein de cet organisme deviendra un point important de convergence pour les mouvements sociaux.
Pour l’heure, ce ne sont, et j’insiste là-dessus, que des propositions. D’où l’importance d’un large processus de consultation afin de définir deux, trois ou quatre priorités communes à l’ensemble du mouvement social mondial.

Mouvements sociaux : une dynamique ascendante

Pour Eric Toussaint, le mouvement social a connu en 2005 une dynamique ascendante à l’échelle mondiale. « Les mobilisations massives contre les grandes institutions internationales ont redémarré... On comptait 250.000 participant-es à la manifestation contre le G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. au début juillet 2005, en Ecosse - le même nombre qu’à Gênes, en 2001. Fin septembre, à Washington, ont eu lieu d’importantes mobilisations contre la Banque mondiale et le FMI. Simultanément, des milliers de personnes manifestaient aux Etats-Unis contre la guerre d’Irak, ce qui ne s’était pas produit l’année précédente. Sans oublier les mobilisations anti-OMC en juillet et en octobre, à Genève, ainsi que l’importante manifestation contre l’ALCA dans le cadre du Sommet des peuples, début novembre, à Mar del Plata (Argentine). Etc. »

Parallèlement, selon l’historien belge, « durant ces derniers mois, certains événements ont démontré que le projet néolibéral vit une crise profonde de légitimité. L’échec de George Bush, aux Etats-Unis, en rapport avec l’ouragan qui a touché particulièrement la Louisiane ; son échec militaire total en Irak ; le fait que le président des USA ne peut se déplacer à l’étranger sans provoquer de grandes manifestations d’opposants ; les échecs de la conception « blairiste », tant en Grande-Bretagne qu’en Allemagne, ainsi que l’usure de la « voie Lula » au Brésil. Autant d’éléments constitutifs de la crise du néo-libéralisme.

Quant à l’Amérique latine, Eric Toussaint souligne quelques points positifs, porteurs d’espérance : « La nouvelle initiative des Zapatistes, *L’autre campagne* ; la possibilité qu’Evo Morales remporte, en décembre, les élections boliviennes - ainsi que la discussion en cours, dans ce pays, sur la récupération des ressources naturelles ; la mobilisation en Equateur pour renverser le président Lucio Gutiérrez ; et bien sûr la poursuite, au Venezuela, du processus bolivarien, porté par un évident soutien populaire... ».

En Europe, « trois choses me semblent importantes : la multiplication des luttes sociales ‘classiques’ menées par les travailleurs (en France, en Belgique, en Italie, etc.). Deuxièmement, les émeutes qui ont eu lieu dans les banlieues prolétaires de plusieurs villes françaises, qui sont totalement légitimes et qui obligeront les différents mouvements sociaux et partis à mener une réflexion profonde sur ces événements et, au-delà des discours, à agir très concrètement. Et cela concerne également le Forum social mondial. Enfin, l’échec fracassant du projet de traité constitutionnel européen, grâce aux référendums français et hollandais. Sans oublier la lutte importante contre la « directive Bolkestein » - menée avec la participation de la Confédération européenne des syndicats (CES) - qui tente d’approfondir la concurrence entre les travailleurs de l’Union européenne sur le marché du travail ».

En résumé, conclut Eric Toussaint, une année de lutte citoyenne, une année de renforcement des mobilisations sociales qui touchent aussi, d’une manière ou d’une autre - et avec leurs caractéristiques propres - plusieurs pays asiatiques et africains.

(Sergio Ferrari)




En collaboration avec UNITE (Plateforme des ONG suisses de coopération solidaire).

Traduction française : Hans-Peter Renk.
Mise en forme et corrections : Yannick Bovy.

Sergio Ferrari

Journaliste RP/periodista RP

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