Etats-Unis : Les effets macroéconomiques de l’annulation de la dette étudiante

Résumé

8 mai par Scott Fullwiler , Stephanie Kelton , Catherine Ruetschlin , Marshall Steinbaum


Plus de 44 millions d’Étasuniens voient leur vie piégée par une dette étudiante. Ensemble cela représente plus de 1400 milliards de dollars à rembourser. Des recherches ont montré que ce niveau d’endettement affecte l’économie étasunienne sur plusieurs plans.

Plus de 44 millions d’Étasuniens voient leur vie piégée par une dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
étudiante. Ensemble cela représente plus de 1400 milliards de dollars à rembourser. Des recherches ont montré que ce niveau d’endettement affecte l’économie étasunienne sur plusieurs plans. Un tel niveau empêche la création de petites entreprises, l’achat de logements et même des projets de mariage et d’enfants. Les décideurs politiques ont essayé de réduire ses effets par des programmes de refinancement ou d’annulation partielle des dettes. Que se passerait-il cependant si quelque chose de plus ambitieux était tenté ? Si la population était libérée de tout paiement futur ? Est-ce faisable et si oui comment ? Que cela signifierait-il pour l’économie étasunienne ?

Le rapport présenté ci-dessous cherche à répondre à ces questions fondamentales. L’analyse se répartit en trois sections : la première explore le contexte étasunien actuel d’augmentation des coûts dans l’éducation supérieure et de la dépendance à l’endettement pour financer celle-ci ; la seconde section analyse les mécanismes comptables requis pour libérer les Étasuniens du fardeau de la dette étudiante ; et la dernière fait des projections sur les effets économiques de l’annulation de cette dette par le biais de deux modèles macroéconomiques. L’un d’entre eux est celui de l’agence de notation Moody’s, l’autre le modèle de l’économiste Ray Fair.

Plusieurs implications importantes émergent de cette analyse. L’annulation de cette dette donne lieu à des effets macroéconomiques positifs suite à l’augmentation du revenu moyen disponible des ménages qui se traduit alors par des dépenses supplémentaires en termes de biens de consommation et d’investissements. On assistera ainsi à une augmentation du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
, à une diminution du taux de chômage, à une pression inflationniste mesurée (tout au long des dix années de la projection suivant l’annulation) tandis que les taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
n’augmentent que modérément. Bien que le déficit budgétaire fédéral augmente, le budget courant connait une amélioration en raison d’une économie plus robuste. La confrontation de ces deux modèles, bien que divergents dans leurs fondations théoriques de long terme, donne lieu à une gamme plausible pour chacun des effets et témoigne de la fiabilité de nos résultats.

Une politique exceptionnelle d’annulation de la dette étudiante dans laquelle le gouvernement fédéral annule les prêts qu’il détient directement et reprend à son compte les dettes vis à vis des investisseurs privés aurait les effets macroéconomiques suivants (toutes les projections sont basées sur l’évolution de la valeur réelle du dollar de 2016 diminué de l’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donné. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. ) :
- Une telle politique d’annulation de dette pourrait accroître le PIB d’en moyenne 86 à 108 milliards de dollars par an. Sur une projection de 10 ans, cela représenterait entre 861 et 1083 milliards d’augmentation.
- Le taux de chômage moyen diminuerait de 0,22 à 0,36% sur la période de projection de 10 ans.
- Le pic de la création d’emplois dans les années qui suivraient l’annulation se traduirait par la création de 1,2 à 1,5 millions d’emplois nouveaux par an.
- Les effets inflationnistes de l’annulation de la dette sont négligeables du point de vue macroéconomique. Dans les simulations du modèle de Fair, l’inflation supplémentaire atteint un maximum de 0,3% avant de devenir négative. Dans le modèle de Moody’s, l’effet est encore moindre avec une hausse de l’inflation se limitant à 0,09%.
- Les taux d’intérêt nominaux augmentent modestement. Au cours des premières années, la Réserve fédérale augmente le taux directeur de 0,3 à 0,5% ; dans les années qui suivent l’augmentation n’est que de 0,2%. L’effet sur les taux nominaux à long terme culmine entre 0,25 et 0,5% et décline ensuite en se stabilisant entre 0,21 et 0,35%.
- L’effet budgétaire net pour le gouvernement fédéral est modeste avec une augmentation probable du ratio déficit/PIB de 0,65 à 0,75% par an. En fonction du budget fédéral global courant, ce ratio pourrait augmenter plus modérément entre 0,59 et 0,61%. Cependant, étant donné les dépenses déjà engagées (voir section 2 du rapport) dans le financement des prêts étudiants par le ministère de l’Éducation, les estimations les plus pertinentes des impacts sur les comptes courants du gouvernement par rapport à leur niveau actuel se traduisent par une augmentation du ratio déficit/PIB d’entre 0,29 et 0,37% (voir annexe B du rapport).
- Les déficits budgétaires de l’État s’améliorent d’environ 0,11% pendant toute la période de projection.
- Les recherches indiquent beaucoup d’autres effets collatéraux positifs qui ne sont pas pris en considération ici (augmentation de la création de petites entreprises, obtention de diplômes et la formation de familles ainsi qu’un meilleur accès au crédit et la réduction de la vulnérabilité des ménages en période de récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres. . Notre étude fournit donc une estimation conservatrice des effets macroéconomiques de la libération de la dette étudiante.

Pour lire le rapport complet (en anglais), cliquer ici.

Traduction : Virginie de Romanet