Extractivisme : Métaux rares, matières premières

Essai à compléter (août 2016)

5 septembre par Anne-Marie Chartier

CC - Wikimedia

Leur rôle a toujours été stratégique dans le capitalisme. Selon Marx la valeur des matières premières (énergie, métaux) se comptabilise dans C, le capital constant, en tant que partie fixe incontournable. Il importe que ces matières coûtent le moins cher possible. Pour ce faire, leur extraction, puis leur production, doivent s’exécuter au moindre coût : salaires bas, pas de frais environnementaux. C’est tout l’intérêt d’avoir la mainmise sur les cours des matières premières. Sinon C peut croître inconsidérément.

Il est donc intéressant de trouver ces matières dans les colonies, puis dans les pays soumis, avec une main d’oeuvre gratuite ou mal payée, sans prendre garde à l’environnement. Aujourd’hui les pays dirigés par des dictateurs, obligés vis à vis de l’Occident, font l’affaire, car ils garantissent une main d’oeuvre mal payée. C’est pourquoi prétendre considérer un pays producteur de matières premières, avec ses salariés, comme des partenaires à égalité, comme certains disent, relève de l’utopie ou de la parfaite mauvaise foi. Il convient non seulement d’extraire une plus value maximum sur les salariés des mines, donc de les payer peu, mais d’extraire le métal, le liquide ou la roche avec des méthodes soit expéditives, soit hautement techniques, mais polluantes, parce que cette partie de C doit être stable ou diminuer.

Ce qui précède constitue la base, théoriquement et dans les faits. Cette analyse de Marx est parfaitement vérifiée.

Plus le capitalisme utilise des technologies pointues dans la course à la compétitivité, plus il a besoin de métaux rares. Ces technologies ne sont pas là pour satisfaire des besoins humains, mais pour aiguiser la concurrence. L’attention portée à des besoins humains pourrait très bien se passer d’une grande partie des technologies actuelles, surtout si l’on re-considérait notre façon de vivre.

L’énergie et les métaux stratégiques sont donc un enjeu de taille qui nécessite l’intervention de l’ETAT pour constituer et protéger des stocks pour l’industrie.

Les spécialistes n’excluent pas des guerres directes ou indirectes, des tensions extrêmes, et la construction de guerres civiles dans cette recherche et appropriation de métaux rares. Nous avons déjà vu, à propos du pétrole, qu’on peut parfaitement faire la guerre ou la faire faire, pour son partage. Ce qui se passe aujourd’hui au Moyen Orient ajoute à notre connaissance des éléments importants : les guerres en Irak, surtout celle de 2003 pour l’appropriation totale du pétrole par les USA.


1) Qu’est-ce que les « Terres rares » et autres métaux stratégiques ?

Dans les années 70 les métaux rares étaient le lithium, l’indium, l’or, le chrome, le cobalt, le titan, le cuivre, le coltan, les platinoïdes.. Il faut ajouter aujourd’hui les « terres rares » soit 17 métaux particuliers (dont le néodyme, le lanthane, l’europium, l’holmium..).

Leur demande est supérieure à l’offre, donc les grands Etats se constituent des stoks stratégiques, et lancent des recherches minières. Les USA font des stock de métaux rares depuis 1939. Puis le GB et la France. le complexe militaro industriel en a expressément besoin.


2) Où se trouvent les réserves et qui assure la production ?

Réserves et production sont deux choses différentes. Des sondages peuvent révéler les lieux où des réserves sont sûres. Mais pour passer à la production, il faut investir et parfois beaucoup. Donc l’extraction et la production n’ont pas forcément lieu.

Les réserves et la production de « terres rares » se trouvent principalement aujourd’hui en Chine (province de Jiangxi vers Beitou, la plus grande réserve mondiale) : 97% de la production pour l’instant, mais la donne pourrait changer. Voir l’Afghanistan qui en contiendrait. Les fonds marins du Pacifique en regorgeraient, mais ne seraient pas exploitables avant 10 ans (découverte par les japonais). Idem pour le cuivre. Il y en a un peu aux USA, au Brésil, en Inde, en Malaisie, dans les pays du CEI

En 2016, on découvre en Espagne au sud de Madrid des collines où les « terres rares » abonderaient à Torrenueva.

Les platinoïdes sont en Afrique australe et en Russie.

Au Congo RDC, on trouve du coltan, du cobalt, des diamants et des « terres rares »….pour lesquels les groupes guerriers en opposition et les pays voisins se battent, en l’absence d’un vrai Etat centralisateur. La guerre civile n’y a pas cessé depuis plus de 20 ans en raison des richesses du sous-sol.

Les réserves se trouvent aujourd’hui dans les déchets industriels. On y fait travailler les enfants dans les pays du Tiers Monde.

Les programmes de recherches ont lieu en Australie, au Brésil, au Canada, en Afrique de l’ouest.

Les « terres rares » font l’objet d’un marché opaque : pas de cotation publique.


3) La Chine est le principal exportateur

La Chine a diminué ses exportations de « terres rares » de 72% ces dernières années. Elle a compris que d’un point de vue capitaliste, elle pourrait assurer ainsi en priorité les technologies du futur. La compétition s’accélère donc. Les pays occidentaux sont tous dépendants de la Chine qui utilise 60% de sa production pour ses industries.

Celle-ci pourrait stopper ses exportations dans un but industriel. Les pays occidentaux pourraient chercher à mettre la Chine dans une situation de « donnant-donnant » sur le terrain industriel, mais certainement pas sur la question des droits de l’homme….

Ce sont principalement les salariés chinois qui pourraient mettre un terme à ce chantage et ces productions, en décidant que l’humanité n’en a que faire pour ses besoins, et en re-définissant justement la nature d’une production utile.


4) Pour quel usage ?

Les « terres rares » sont utilisées dans les véhicules électriques, les lasers, les nanotechnologies, les téléphones mobiles, les ordinateurs, le verre industriel, les dispositifs photovoltaïques…..

Seuls les grands pays industrialisés peuvent progresser dans ces productions à condition d’avoir accès au moindre coût aux métaux rares dans les pays du tiers monde et en Chine.


5) L’environnement, la pollution

La pollution est précisément terrible en Chine, dans la province de Jiangxi vers Beitou. Les techniques d’extraction sont très dangereuses et polluantes, pour les hommes qui y travaillent, pour l’eau de la région, pour les cultures. On y utilise du sulfate d’ammonium.

En outre beaucoup de petits patrons privés se sont glissés une production sauvage, et vendent les produits en contrebande dans la région voisine, le Guangdong. La corruption des dirigeants du parti est telle qu’il est presque impossible de maîtriser la situation.

Les patrons qui louent les terres pour exploiter ne payent pas les locations, et les paysans n’ont pas les moyens de les y contraindre, sauf à en venir à des insurrections.

Pour effectuer l’extraction, il a fallu déboiser les collines de Jiangxi.A la saison des pluies, des torrents de boues, qui ne sont plus retenues par des arbres, s’écoulent dans les villages et les terres cultivées. Les villages sont privés d’eau potable. Les patrons payent ou menacent de mort.

Les paysans espagnols de Torrenueva, parfaitement avertis de cela, refusent toute exploitation. Leurs terres sont en principe protégées, mais l’odeur de l’argent peut amener sur les terres, l’armée et la police contre les paysans….

En France des centaines de tentatives de forage (ou de réouverture de mines fermées) ont lieu depuis quelques années pour trouver des métaux rares, même en quantité réduites, mais utiles à l’industrie de pointe. Idem, le pouvoir politique est prêt, le cas échéant, à envoyer l’armée et la police, pour « les besoins de la nation », c’est à dire les besoins du Capital confrontés à la compétition internationale. Il en est de même en fait dans tous les pays occidentaux.


6) Les populations victimes des guerres civiles

Ce sont évidemment les populations civiles qui sont les victimes de cette recherche effrénée de métaux rares, principalement dans les pays du Tiers monde, et bien sûr en Chine.

L’exemple le plus catastrophique est donc la RDC, où les hordes armées au service aussi bien du gouvernement congolais que de ceux des pays voisins comme le Rwanda de Kagamé, tout en sachant qu’à l’arrière de cette lutte, ce sont des sociétés étrangères cachées qui recueillent l’essentiel de ces exploitations. Et comme dans toute guerre civile, ce sont les femmes les premières visées dans le but de les faire fuir des villages. Elles sont affreusement violées, puisque le viol est l’arme de guerre la plus prisée dans les guerres civiles fomentées par les grands de ce monde. C’est l’épisode maintenant connu des interventions du Dct Denis Mukwege pour opérer et réparer les femmes détruites physiquement, en dit long (le film « L’homme qui répare les femmes ». Si ce dernier est maintenant protégé par l’ONU pour faire son travail de médecin, quels sont les Etats qui sont intervenus publiquement pour que cesse ce scandale ? Qu’on nous le dise ! Et tout cela pour du coltan, des diamants.

La guerre civile en Centrafrique n’a pas d’autre objet que l’appropriation des diamants et autres richesses. Mais on nous chante la chanson des « guerres religieuses » qui arrangent bien les puissances cachées exploitantes de ces richesses, lesquelles laissent les populations dans la misère au Congo comme en Centrafrique.

Toute l’Afrique est particulièrement visée par cette recherche effrénée des métaux rares (entre autres les mines de cuivre en Zambie…).

Dans le même temps le cours des matières premières baisse, les pays s’endettent alors que les taux d’intérêts augmentent. Les méthodes de pillage colonial n’ont jamais cessé, elles se sont même améliorées.


Quelle issue ?

Nous l’avons évoquée à propos de la Chine. Les salariés du monde occidental seraient les bienvenus d’avoir le courage de redéfinir ce qui constitue réellement les besoins humains, pour en finir avec toute extraction des métaux, mettre un point final à certaines productions et certains objets futiles dont l’humanité peut et doit se passer. Mais cela signifie rompre avec la société dite de consommation et ses objectifs mortifères. En d’autres termes en finir avec le capitalisme et la course à l’accroissement du capital.