FMI : la fin de l’histoire ?

20 mai 2011 par Eric Toussaint , Damien Millet


Est-il possible qu’un directeur général du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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aille au bout de son mandat ? La question peut sembler incongrue tant le poste est envié et lucratif (environ un demi-million de dollars de salaire annuel net d’impôt), et pourtant elle est d’actualité. Accusé d’agression sexuelle à New York, Dominique Strauss-Kahn vient de démissionner un an et demi avant la fin de son mandat. Sans ce scandale, tout laisse à penser qu’il avait décidé de se présenter à l’élection présidentielle de 2012 en France et, pour cela, il aurait également dû présenter sa démission.

Déjà les deux précédents directeurs ont abrégé leur présence à la tête de l’institution pourvoyeuse d’austérité et de régression des droits sociaux. En 2007, la démission de l’Espagnol Rodrigo de Rato, deux ans avant la fin de son mandat, avait constitué une surprise. Quelques mois plus tard, il intégrait le service international de la banque Lazard à Londres, avant de devenir membre du conseil consultatif international de la banque espagnole Santander. Il faut dire que sa nomination en 2004 avait aussi été inattendue, quelques jours seulement après la défaite électorale du gouvernement dirigé par José Maria Aznar auquel il appartenait. Comme si un rejet populaire au niveau national pouvait ouvrir les portes de la direction d’une des plus grandes institutions multilatérales…

En 2004 aussi, l’Allemand Horst Köhler avait pris de court le monde économique en démissionnant du FMI pour prendre la présidence de la république allemande, titre hautement honorifique et bien moins en vue que celui de directeur général du FMI. En 2000, au contraire, le départ du Français Michel Camdessus était plutôt la conséquence de la grave crise en Asie du sud-est : il faut dire que l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
du FMI, qui était venu en aide aux créanciers ayant réalisé des investissements hasardeux et avait imposé des mesures économiques aggravant la crise et provoquant la mise au chômage de plus de 20 millions de personnes, était très fortement contestée.

Après plusieurs années de forte contestation, notamment dans les pays du Sud durement touchés par les mesures antisociales imposées aux forceps, le FMI a été remis en selle par le G20 G20 G20 : Le Groupe des vingt (G20) est un groupe composé de dix-neuf pays et de l’Union européenne dont les ministres, les chefs de banques centrales et les chefs d’État se réunissent régulièrement. Il a été créé en 1999, après la succession de crises financières dans les années 1990. Il vise à favoriser la concertation internationale, en intégrant le principe d’un dialogue élargi compte tenu du poids économique croissant pris par un certain nombre de pays. Sont membres : Allemagne, Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie, l’Union européenne (représentée par le Président du conseil et celui de la Banque centrale européenne). afin de gérer la grave crise internationale qui a éclaté en 2007-2008. Au lieu de tirer les enseignements de cette crise, due à la déréglementation massive du secteur financier qu’il a lui-même prônée, le FMI poursuit depuis lors avec la même logique, imposant aux pays du Nord des mesures désastreuses comparables à celles imposées au tiers-monde depuis trente ans. Les mêmes erreurs sont répétées, le même fiasco s’annonce, les peuples européens sont saignés aux quatre veines. La Grèce, l’Irlande et le Portugal sont actuellement les plus touchés. La crise est le prétexte pour appliquer au Nord une stratégie du choc tragique en termes de développement humain.

DSK n’a pas dévié de cette ligne. Le FMI d’aujourd’hui est le même que celui d’hier et il sert la même logique que nous avons toutes les raisons de combattre fermement. Des mouvements altermondialistes comme le CADTM réclament depuis des années sa dissolution et son remplacement par une institution aux objectifs radicalement différents, dont la priorité absolue serait la garantie des droits humains fondamentaux.

Depuis plus de soixante ans, le directeur général du FMI est européen et le président de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
est états-unien. Aujourd’hui, le risque est grand qu’une fois de plus, on nous rejoue le même refrain : en mai 2007, suite à une sombre affaire de népotisme qui a poussé Paul Wolfowitz à démissionner de la Banque mondiale, les dirigeants européens ont accepté son remplacement par Robert Zoellick en échange de la certitude de pouvoir continuer à nommer le directeur du FMI. Comment ce système inadmissible de double cooptation euro-américaine peut-il encore continuer ? Le critère de nationalité doit laisser la place à un critère d’orientation générale et de compétence : après plus de soixante ans de choix catastrophiques, la direction du FMI doit mettre la clé sous la porte et ouvrir la voie à une nouvelle structure chargée de renverser radicalement la logique à l’œuvre.

Il faut en finir avec ce modèle économique qui n’a réussi qu’à rendre les riches plus riches et les puissants plus puissants. Il faut en finir avec ce modèle économique qui a échoué puisqu’il est le terreau sur lequel se développent la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, la pauvreté et la corruption. Comme la Banque mondiale, le FMI en a été l’un des principaux promoteurs et porte donc une lourde part de responsabilité. Il doit rendre des comptes sur son action passée. Changer d’équipage relève de l’anecdote. C’est la question du maintien du FMI lui-même qui doit être posée.



Damien Millet, porte-parole du CADTM France, Eric Toussaint est président du CADTM Belgique. A paraître : La Dette ou la Vie, Aden-CADTM, 2011.

cadtm.org
Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation,Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.

Damien Millet

professeur de mathématiques en classes préparatoires scientifiques à Orléans, porte-parole du CADTM France (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde), auteur de L’Afrique sans dette (CADTM-Syllepse, 2005), co-auteur avec Frédéric Chauvreau des bandes dessinées Dette odieuse (CADTM-Syllepse, 2006) et Le système Dette (CADTM-Syllepse, 2009), co-auteur avec Eric Toussaint du livre Les tsunamis de la dette (CADTM-Syllepse, 2005), co-auteur avec François Mauger de La Jamaïque dans l’étau du FMI (L’esprit frappeur, 2004).

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