FMI : un air de déjà vu

28 juin 2007 par Eric Toussaint , Damien Millet


Contrairement au pitoyable épisode Wolfowitz, qui a traîné en longueur tant l’ancien numéro 2 du Pentagone, pris en flagrant délit de népotisme, s’accrochait à son poste de président de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, la démission du directeur général du Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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(FMI), Rodrigo Rato, deux ans avant la fin de son mandat, constitue une surprise. Il faut dire que sa nomination en 2004 avait aussi été une surprise, quelques jours seulement après la défaite électorale du gouvernement dirigé par José Maria Aznar auquel il appartenait. Comme si un rejet populaire au niveau national pouvait ouvrir les portes de la direction d’une des plus grandes institutions multilatérales...

Décidément, ce poste ressemble de plus en plus à un siège éjectable que le pilote lui-même n’hésite pas à actionner. Déjà en 2004, l’Allemand Horst Köhler avait pris de court le monde économique en démissionnant du FMI pour prendre la présidence de la république allemande. En 2000, le départ du Français Michel Camdessus était plutôt la conséquence de la grave crise en Asie du sud-est : il faut dire que l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
du FMI, qui était venu en aide aux créanciers ayant réalisé des investissements hasardeux et avait imposé des mesures économiques entraînant la mise au chômage de plus de 20 millions de personnes, était très fortement contestée.

N’épiloguons pas sur les « raisons personnelles » avancées par Rato pour justifier son départ annoncé pour l’automne prochain. Mais force est de constater que plusieurs dossiers sensibles pour le FMI posent actuellement de gros soucis à une institution qui traverse de surcroît une grave crise de légitimité.

La réforme des quotes-parts s’enlise. Selon le projet préparé par Rato, quatre pays (Chine, Turquie, Mexique, Corée du Sud) doivent voir leur quote-part au sein du FMI augmenter de quelques dixièmes de points. Même s’il n’y a là rien pour modifier réellement le rapport de forces actuellement favorable aux grandes puissances, ce projet piétine.

La contestation envers le FMI s’accroît. Des mouvements altermondialistes comme le CADTM réclament depuis des années son abolition et son remplacement par une institution aux objectifs radicalement différents, axée sur la garantie des droits humains fondamentaux. Mais de plus en plus de gouvernements cherchent à se débarrasser de la tutelle très encombrante du FMI. Le Venezuela a annoncé en avril qu’il allait quitter le FMI. En décembre 2005, le Brésil et l’Argentine ont remboursé d’un coup la totalité de ce qu’ils lui devaient. D’autres, comme l’Indonésie, les Philippines ou l’Uruguay, les ont suivis dans cette voie, privant le FMI de ses principaux clients.

Cela n’est pas sans conséquence sur le financement du FMI lui-même, car un remboursement anticipé implique un gros manque à gagner en terme d’intérêts. Voilà pourquoi en janvier 2007, un comité d’experts chargé de plancher sur la question a recommandé la vente de 400 tonnes d’or du FMI (sur un total supérieur à 3 200 tonnes). Mais les Etats-Unis ont toujours refusé de telles ventes. D’ailleurs, une réunion prévue à cet effet vient d’être repoussée d’un mois, preuve que tout ne va pas de soi dans ce domaine non plus.

A la demande des Etats-Unis, agacés par la sous-évaluation du yuan qui favorise les exportations chinoises et creuse le déficit commercial états-unien, le FMI vient d’ajouter une nouvelle corde à son arc en piteux état : la surveillance des taux de change des monnaies. Mais les dirigeants chinois ne l’entendent pas de cette oreille et ils ne décolèrent pas contre le FMI à ce sujet, accusé d’être juste un outil aux mains du gouvernement Bush.

Aujourd’hui, le risque est grand qu’une fois de plus, on nous rejoue le même refrain : les dirigeants européens ont accepté le remplacement de Paul Wolfowitz par Robert Zoellick à la tête de la Banque mondiale en échange de la certitude de pouvoir continuer à nommer le directeur du FMI. Comment ce système inadmissible de double cooptation euro-américaine peut-il encore continuer ?

Le hasard est parfois cruel en cette fin juin 2007 : le directeur général du FMI démissionne alors que le nouveau président de la Banque mondiale n’est toujours pas en place, révélant des institutions particulièrement déboussolées, davantage préoccupées par elles-mêmes que par les affaires du monde ; au même moment, six pays d’Amérique latine (Venezuela, Argentine, Bolivie, Equateur, Brésil, Paraguay) lancent la Banque du Sud, chargée de promouvoir à l’échelle régionale une logique radicalement différente de celle - particulièrement brutale et mortifère - imposée par le FMI et la Banque mondiale depuis des décennies.

Le même jour, le Rapport sur la richesse dans le monde, publié par les sociétés Merrill Lynch et Cap Gemini, montre que le nombre de millionnaires en dollars dans le monde s’élève à 9,5 millions de personnes, en hausse de 8,3% en un an. Le patrimoine cumulé de ces millionnaires dépasse 37 000 milliards de dollars, soit plus de 12 fois la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
extérieure de tous les pays en développement. Dans le même temps, les populations pauvres s’enfoncent dans la misère, notamment fragilisées par la très forte augmentation du prix des céréales sur les marchés mondiaux. La production céréalière - en particulier le maïs - se dirige de plus en plus vers la fabrication d’agrocombustibles pour les pays les plus industrialisés, ce qui risque d’entraîner des crises alimentaires graves dans les pays du Sud d’ici quelques mois.

Il faut en finir avec ce modèle économique qui n’a réussi qu’à rendre les riches plus riches et les puissants plus puissants. Il faut en finir avec ce modèle économique qui a échoué puisqu’il est le terreau sur lequel se développent la dette, la pauvreté et la corruption. Comme la Banque mondiale, le FMI en a été l’un des principaux promoteurs et porte donc une lourde part de responsabilité. Le bateau tangue dangereusement. L’année 2007 est d’ores et déjà une annus horribilis pour les tenants de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
néolibérale. Les mobilisations populaires de par le monde pourront rendre les années suivantes pires encore...


Dépêche AFP

FMI : départ de Rato révèle « crise profonde » des institutions internationales

28/06/2007 19h44

La démission de Rodrigo Rato de la tête du Fonds monétaire international (FMI) quelques semaines après le départ de Paul Wolfowitz de la présidence de la Banque mondiale (BM)
témoigne de la « crise profonde » traversée par les institutions internationales, selon des ONG.

L’annonce surprise de cette démission marque « l’opacité » des institutions internationales et « ouvre une nouvelle période d’incertitude », estime Damien Millet, président du Comité pour
l’annulation de la dette du Tiers monde (CADTM).

« M. Rato était perçu comme quelqu’un qui avait pris la suite logique de Michel Camdessus ». "Il a été ministre des Finances du gouvernement José Maria Aznar en
Espagne puis, au moment où le gouvernement Aznar a perdu les élections
« , il a été nommé à la téte du FMI, ce qui lui a donc donné, au départ, un déficit de légitimité, juge M. Millet. »En même temps, il est arrivé avec une mission très simple, être le gardien de l’orthodoxie du FMI" dans la lignée de la politique néolibérale qu’il avait menée en Espagne, ajoute-t-il.

Pour Sébastien Fourmy, de l’ONG Oxfam, « un directeur du FMI qui part en pleine réforme, notamment en matière de gouvernance », témoigne d’une « crise profonde ».

« L’institution s’est retrouvée au plus mal » sous le mandat de M. Rato, « tout en amorçant des réformes, mais qui prennent beaucoup trop de temps »..

Le FMI est notamment confronté à une crise financière. L’une de ses principales sources de financement était jusqu’à peu les intérêts perçus sur ses prêts à des pays en difficulté,
mais, alors que l’économie mondiale traverse une période de croissance record, ces prêts se raréfient.

En outre, « plusieurs pays ont remboursé par anticipation (leur dette au FMI) et ont menacé de quitter » l’institution, poursuit M. Fourmy.

L’utilité même du FMI a été largement remise en cause, poursuit Jean Merckaert, du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) : "son rôle est d’assurer la
stabilité financière internationale, or on s’est aperçu que les recettes préconisées ont largement échoué. Le Fonds a été incapable d’éviter la crise asiatique de 97-98 et celle de
l’Argentine en 2001
".

En même temps, souligne M. Fourmy, l’institution « est pour la première fois depuis 1944 en train de réfléchir à son rôle », et M. Rato a ouvert quelques chantiers, notamment celui de la
représentation de géants en développement comme la Chine ou l’Inde.

« En même temps, deux ans pour réformer la gouvernance, c’est trop long », remarque-t-il, ajoutant que le rôle du FMI dans les pays à faible revenu reste à définir : "les Etats-Unis
estiment que le FMI n’a pas de rôle à jouer pour la réduction de la pauvreté
« , alors que la France pense le contraire. »La Banque mondiale et le FMI ont été considérablement remis en cause. M. Rato a essayé d’agir à la marge pour sauver ce qui pouvait l’être« mais s’est contenté d’une »mini-réforme",
poursuit Damien Millet.

"Ce qui est certain c’est que (la démission de M. Rato) représente l’opportunité d’aborder les problèmes qui demeurent au sein des institutions de Bretton Woods, car on a manqué une
opportunité avec la passation de pouvoir de Paul Wolfowitz à Robert Zoellick
", conclut Sébastien Fourmy.



Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres, Capitulation entre adultes : Grèce 2015, une alternative était possible, Syllepse, 2000, Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015.

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Damien Millet

professeur de mathématiques en classes préparatoires scientifiques à Orléans, porte-parole du CADTM France (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde), auteur de L’Afrique sans dette (CADTM-Syllepse, 2005), co-auteur avec Frédéric Chauvreau des bandes dessinées Dette odieuse (CADTM-Syllepse, 2006) et Le système Dette (CADTM-Syllepse, 2009), co-auteur avec Eric Toussaint du livre Les tsunamis de la dette (CADTM-Syllepse, 2005), co-auteur avec François Mauger de La Jamaïque dans l’étau du FMI (L’esprit frappeur, 2004).

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