Face à la crise alimentaire, quelles alternatives ?

25 septembre 2008 par Esther Vivas


La crise alimentaire a laissé sans nourriture des milliers de personnes dans le monde entier. Aux 850 millions d’affamés, la Banque Mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
ajoute cent autres millions, dont la crise actuelle est responsable. Le « tsunami » de la faim n’a rien de naturel, c’est le résultat des politiques néolibérales imposées depuis des dizaines d’années par les institutions internationales.

Mais, face à cette situation, quelles sont les alternatives ? Un autre mode de production, de distribution et consommation d’aliments est-il possible ? Avant d’aborder ces questions, il est important de signaler quelques-unes des principales causes structurelles responsables de cette situation.

En premier lieu, un des facteurs qui expliquent la situation de famine des communautés est l’usurpation de leurs ressources naturelles. La terre, l’eau, les semences… ne sont plus un bien public car elles ont été privatisées. La production d’aliments est passée de l’agriculture familiale à l’agriculture industrielle et est devenue un mécanisme d’enrichissement du capital. La nourriture, qui avait pour valeur fondamentale de nous nourrir, a maintenant une valeur marchande. Pour cette raison, et malgré le fait qu’il n’y a jamais eu autant de nourriture, nous n’y avons pas accès à moins d’en payer un prix chaque jour plus élevé.

Si les agriculteurs n’ont plus de terre pour se nourrir, ni d’excédents à vendre, aux mains de qui se trouve l’alimentation mondiale ? Aux mains des multinationales de l’agroalimentaire qui contrôlent tous les échelons de la chaîne de commercialisation. Il ne s’agit pas seulement d’un problème d’accès aux ressources naturelles mais également du modèle de production. On pourrait dire que l’agriculture actuelle est intensive, « drogo » et « pétro » dépendante, kilométrique, délocalisée, industrielle… Tout l’antithèse d‘une agriculture respectueuse de l’environnement et des personnes.

En deuxième lieu on trouve les politiques néolibérales appliquées depuis des décennies dans le but d’aider à un plus grand libéralisme commercial, la privatisation des services publics, le transfert monétaire Sud-Nord (par le paiement de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
externe), etc. L’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
, la BM, le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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ont été, entre autres, certains des principaux acteurs.

Ces politiques ont permis l’ouverture des marchés du Sud et l’entrée de produits subventionnés, lesquels, étant vendus en-dessous du prix de revient, donc à un prix inférieur au prix du produit local, ont détruit l’agriculture locale. Ces politiques ont transformé les cultures diversifiées à petite échelle en monocultures pour l’agroexportation.

En troisième lieu, il nous faut signaler le monopole de la chaîne de distribution des aliments. Des megasupermarchés tels que Wal-Mart, Tesco ou Carrefour imposent le prix d’achat des produits à l’agriculteur et le prix de vente au consommateur. Dans l’Etat Espagnol, par exemple, le différentiel moyen entre le prix au producteur et au consommateur est de 400%, la grande distribution empochant les bénéfices. Par contre l’agriculteur vend toujours moins cher sa production, et le consommateur paie davantage à l’achat.

Propositions

Mais des alternatives existent. Pour faire face à l’appropriation des ressources naturelles, il faut favoriser la souveraineté alimentaire : les communautés doivent contrôler les politiques agricoles et alimentaires. La terre, les semences, l’eau… doivent être rendues aux petits agriculteurs pour leur propre consommation et pour la vente de leurs produits aux communautés locales. Ceci nécessite une réforme agraire intégrale de la propriété et de la production de la terre ainsi que la nationalisation des ressources naturelles.

Les gouvernements doivent favoriser la production à petite échelle car elle permettra de régénérer les sols, d’économiser les carburants, de réduire le réchauffement global et d´être maîtres en ce qui concerne notre alimentation. Actuellement, nous dépendons du marché international et des intérêts de l’agroindustrie.

La relocalisation de l’agriculture au profit de l’exploitation familiale est le seul moyen de garantir l’accès de tous aux aliments. Les politiques publiques doivent promouvoir une agriculture locale, durable, biologique, sans OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
, et, pour les produits qui ne peuvent être produits localement, il convient de mettre en place une politique de commerce équitable à l’échelle internationale. Il faut protéger les agro-écosystèmes et la biodiversité, gravement mis en péril par le modèle d’agriculture actuel.

Pour faire face aux politiques néolibérales il faut générer des mécanismes d’intervention et de régulation capables de stabiliser les prix du marché, de contrôler les importations, d’établir des quotas, d’interdire le dumping, et pendant les périodes de surproduction, de faire des réserves spécifiques pour les périodes de manque. Au niveau national, chaque pays doit être son propre maître dans la prise de décision de son degré d’autoproductivité et prioriser la production de nourriture pour la consommation domestique.

Dans le même ordre d’idées, il faut refuser les politiques imposées par la BM, le FMI, l’OMC et les traités de libre échange bilatéraux et régionaux, tout comme interdire la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
financière, les opérations à terme, sur la nourriture et la production d’agrocombustibles.

Face au monopole de la grande distribution, nous devons exiger régulation et transparence tout au long de la chaîne de commercialisation d’un produit. La grande distribution a des effets très négatifs sur les petits producteurs, les fournisseurs, les travailleurs, l’environnement, la consommation… Pour cette raison nous devons mettre en place des alternatives au lieu d’achat : aller au marché local, être membre des coopératives de vente agroécologiques, parier sur les circuits courts de commercialisation… qui auront une répercussion positive localement et seront en relation directe avec les travailleurs agricoles.

Il faut s’orienter vers une consommation responsable, car si nous avions tous, par exemple, la même consommation qu’un citoyen des Etats-Unis, il faudrait cinq planètes terre pour satisfaire les besoins de la population mondiale. Mais le changement individuel ne suffirait pas sans une action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
politique collective basée, en premier lieu, sur la mise en place d’une solidarité entre la campagne et la ville. Si le territoire est dépeuplé et sans ressources, personne ne cultivera la terre, et par conséquent, personne ne produira notre nourriture. La construction d’un monde rural en bonne santé incombe également aux habitants des villes.

Et en deuxième lieu il faut établir des alliances entre les secteurs touchés par la globalisation Globalisation (voir aussi Mondialisation) (extrait de Chesnais, 1997a)

Origine et sens de ce terme anglo-saxon. En anglais, le mot « global » se réfère aussi bien à des phénomènes intéressant la (ou les) société(s) humaine(s) au niveau du globe comme tel (c’est le cas de l’expression global warming désignant l’effet de serre) qu’à des processus dont le propre est d’être « global » uniquement dans la perspective stratégique d’un « agent économique » ou d’un « acteur social » précis. En l’occurrence, le terme « globalisation » est né dans les Business Schools américaines et a revêtu le second sens. Il se réfère aux paramètres pertinents de l’action stratégique du très grand groupe industriel. Il en va de même dans la sphère financière. A la capacité stratégique du grand groupe d’adopter une approche et conduite « globales » portant sur les marchés à demande solvable, ses sources d’approvisionnement, les stratégies des principaux rivaux oligopolistiques, font pièce ici les opérations effectuées par les investisseurs financiers, ainsi que la composition de leurs portefeuilles. C’est en raison du sens que le terme global a pour le grand groupe industriel ou le grand investisseur financier que le terme « mondialisation du capital » plutôt que « mondialisation de l’économie » m’a toujours paru - indépendamment de la filiation théorique française de l’internationalisation dont je reconnais toujours l’héritage - la traduction la plus fidèle du terme anglo-saxon. C’est l’équivalence la plus proche de l’expression « globalisation » dans la seule acceptation tant soit peu scientifique que ce terme peut avoir.
Dans un débat public, le patron d’un des plus grands groupes européens a expliqué en substance que la « globalisation » représentait « la liberté pour son groupe de s’implanter où il le veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales »
capitaliste et agir politiquement. Une alimentation saine ne peut être possible sans une loi interdisant les OGM, la déforestation inconsidérée ne prendra fin que si l’on poursuit en justice les multinationales qui exploitent l’environnement… pour ce faire il est important de mettre en place une législation qui priorise les besoins des individus et de l’écosystème face au bénéfices économiques.

Un changement de paradigme dans la production, la distribution et la consommation des aliments ne sera possible que dans un cadre plus large de transformation politique, économique et sociale. La création d’alliances entre les opprimés du monde : les agriculteurs, les travailleurs, les femmes, les émigrés, les jeunes… est une condition indispensable pour avancer vers cet « autre monde possible » que préconisent les mouvements sociaux.



*Esther Vivas est auteur de « En campagne contre la dette” (Syllepse, 2008), co-coordinatrice des livres en espagnole »Supermarchés, non merci« et »Où va le commerce équitable ?" et membre de la rédaction de la revue Viento Sur (www.vientosur.info).

** Article paru dans América Latina en Movimiento (ALAI), nº433. Traduit par Josette Moncourier.

Esther Vivas

est née en 1975 à Sabadell (Etat espagnol). Elle est auteure de plusieurs livres et de publications sur les mouvements sociaux, la consommation responsable et le développement durable. Elle a publié en français En campagne contre la dette (Syllepse, 2008) et est coauteure des livres en espagnol Planeta indignado. Ocupando el futuro (2012), Resistencias globales. De Seattle a la crisis de Wall Street (2009) est coordinatrice des livres Supermarchés, non merci et Où va le commerce équitable ?, entre autres.
Elle a activement participé au mouvement anti-globalisation et anti-guerre à Barcelone, de même qu’elle a contribué à plusieurs éditions du Forum Social Mondial, du Forum Social Européen et du Forum Social Catalan. Elle travaille actuellement sur des questions comme la souveraineté alimentaire et le commerce équitable.
Elle est membre de la rédaction de la revue Viento Sur et elle collabore fréquemment avec des médias conventionnels tels que Público et avec des médias alternatifs comme El Viejo Topo, The Ecologist, Ecología Política, Diagonal, La Directa, entre autres.
Elle est également membre du Centre d’Études sur les Mouvements Sociaux (CEMS) à l’Université Pompeu Fabra.
@esthervivas | facebook.com/esthervivas | www.esthervivas.com

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