Fonds vautours : Buenos Aires se plie à la justice US

18 janvier par Benito Pérez

Le président Mauricio Macri a lui-même indiqué qu’il espérait arriver à un « accord raisonnable » avec les fonds étasuniens.

Le nouveau gouvernement argentin du président Mauricio Macri et les « fonds vautours Fonds vautour
Fonds vautours
Fonds d’investissement qui achètent sur le marché secondaire (la brocante de la dette) des titres de dette de pays qui connaissent des difficultés financières. Ils les obtiennent à un montant très inférieur à leur valeur nominale, en les achetant à d’autres investisseurs qui préfèrent s’en débarrasser à moindre coût, quitte à essuyer une perte, de peur que le pays en question se place en défaut de paiement. Les fonds vautours réclament ensuite le paiement intégral de la dette qu’ils viennent d’acquérir, allant jusqu’à attaquer le pays débiteur devant des tribunaux qui privilégient les intérêts des investisseurs, typiquement les tribunaux américains et britanniques.
 » qui bloquent l’application d’un accord sur la restructuration de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
de Buenos Aires, ont repris mercredi des discussions à New York. Un médiateur doit tenter de débloquer la situation. La précédente administration argentine de Cristina Kirchner se refusait à tout accord avec les fonds étasuniens, NML Capital et Aurelius Capital, qui ont racheté à petit prix les créances Créances Créances : Somme d’argent qu’une personne (le créancier) a le droit d’exiger d’une autre personne (le débiteur). des rares débiteurs n’ayant pas accepté la restructuration de la dette argentine.

La justice US avait autorisé ces fonds dits vautours à demander le remboursement intégral de leurs titres de dette même si d’autres investisseurs avaient accepté une réduction de la valeur de leurs créances après le défaut argentin en 2001, bloquant les remboursements des créanciers moins gourmands.

Un médiateur a été nommé par le tribunal étasunien qui doit essayer de rapprocher les positions du gouvernement de celles des fonds. Il avait indiqué en décembre que le nouveau gouvernement argentin était prêt à engager « rapidement » des négociations.

Le nouveau président de droite Mauricio Macri a lui-même indiqué mardi qu’il espérait arriver à un « accord raisonnable », affirmant notamment que « nous ferons valoir auprès du médiateur qu’il y a eu du changement en Argentine qui cesse d’être un pays qui ne tient pas ses engagements ».

NML et Aurelius avaient racheté les titres de dette argentins à bas prix après la décision de Buenos Aires de faire défaut sur sa dette et refusent depuis de se joindre aux autres créanciers, quelque 93% du total, qui ont accepté les modalités de la restructuration de la dette. Les deux fonds détiendraient au total environ 1,7 milliard de dollars de titres de la dette Titres de la dette Les titres de la dette publique sont des emprunts qu’un État effectue pour financer son déficit (la différence entre ses recettes et ses dépenses). Il émet alors différents titres (bons d’état, certificats de trésorerie, bons du trésor, obligations linéaires, notes etc.) sur les marchés financiers – principalement actuellement – qui lui verseront de l’argent en échange d’un remboursement avec intérêts après une période déterminée (pouvant aller de 3 mois à 30 ans).
Il existe un marché primaire et secondaire de la dette publique.
argentine.

En 2012, un juge de New York avait ordonné à Buenos Aires de payer 1,6 milliard de dollars aux deux fonds et bloqué tout paiement aux autres créanciers en attendant ce versement. Il avait ensuite décidé en octobre dernier que 49 autres fonds et personnes devaient également être payés en totalité, ajoutant ainsi six milliards de dollars.

Au total, selon le médiateur, le gouvernement argentin doit aux créanciers qui n’ont pas accepté la restructuration quelque 10 milliards de dollars compte tenu des intérêts qui se sont accumulés depuis le défaut. Cela représente plus du tiers des réserves argentines actuelles.
Les décisions de la justice US et les pratiques des fonds vautours contreviennent depuis l’an dernier à la nouvelle norme onusienne encadrant le désendettement des Etats. Un accord obtenu à l’initiative du précédent gouvernement argentin.


MANIFESTATION CONTRE LA « CENSURE »

Des dizaines de milliers de manifestants ont protesté mardi à Buenos Aires contre le licenciement du journaliste critique Víctor Hugo Morales et le décret présidentiel assouplissant la loi antimonopole des médias. Convoqués par le biais des réseaux sociaux, les manifestants ont convergé vers la place de Mai. « Non à la censure. Liberté, liberté, liberté » pouvait-on lire sur une pancarte. La loi sur les médias adoptée en 2009 sous l’impulsion de la présidente Cristina Fernández de Kirchner lui avait valu l’hostilité du puissant groupe Clarin, soutien de l’actuel chef de l’Etat et cible régulière des critiques de M. Morales.
Le Courrier


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