Mali

Forum des peuples de Fana : un contre sommet africain de résistance et d’alternative

13 juin 2005 par Sékou Diarra


Le quatrième « Forum des peuples » se tiendra cette année en juillet à Fana, au Mali. Ce forum est organisé chaque année par la Coalition des alternatives africaines dette et développement (Jubilé - 2000 CAD/Mali) en contrepoint du sommet du G8. L’année dernière, 750 délégués venant en grande majorité d’Afrique de l’Ouest ont participé à quatre journées de rencontres et d’échanges. La question de l’annulation de la dette sera au cœur des débats, de même que la demande de création d’un tribunal international chargé de régler les litiges entre débiteurs et créanciers. Le CADTM participera activement à cette nouvelle édition du Forum des Peuples.

Les 26, 27 et 28 juin 2002, les chefs d’Etats du G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. , en présence de nombreux chefs d’Etats africains, se retranchaient au fin fond des Montagnes Rocheuses de Kananaskis au Canada sous haute protection militaire pour leur 27e sommet. A l’autre bout du monde, et pour la première fois, des centaines de représentants des mouvements sociaux populaires [1] organisaient eux le Forum des Peuples dans le village de Siby (à 52 Km de Bamako), cela à l’initiative de la CAD- Mali /Jubilé 2000 [2].

Le Forum des Peuples représente historiquement le premier espace populaire d’expression, de revendication et de construction d’alternatives des mouvements sociaux africains en contrepoids au sommet du G8. Il fait partie intégrante du Forum Social Africain et du Forum Social Mondial. Il a lieu annuellement au Mali : c’est donc le 4e Forum des Peuples qui se prépare en ce moment. Le CADTM soutient l’initiative et y participe activement.

En ce qui concerne l’Afrique, l’essentiel des débats lors des sessions du G8, a été consacré au NEPAD [3] et à l’imposition d’un plan d’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
néo-libéral pour l’Afrique [4]. Par contre à Siby, les deux premières fois, à Kana en 2004, et prochainement à Fana, les préoccupations portent sur la situation de paupérisation de la population africaine et les conséquences des décisions du G8.

Les organisations paysannes portent cette initiative de résistance

Comme l’atteste Bernard Founou -Tchuicoua du Forum du Tiers Monde, l’originalité du Forum des Peuples, sa « propriété », réside dans sa détermination à faire participer les paysans africains comme acteurs dans les débats sur les formes de résistances et à la formulation d’alternatives à la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
impérialiste de recolonisation/destruction.

Fortement mobilisées aux côtés de leurs frères et sœurs des autres mouvements participants, les organisations paysannes venues des huit régions du Mali, de la Guinée et du Burkina Faso ont à travers les conférences populaires paysannes (CPP) clairement exposé leurs points de vue sur les conséquences des décisions économiques et politiques du G8 en milieu rural africain. Proclamant avec fierté leur appartenance au Forum des Peuples, les leaders paysans et paysannes débattent des véritables facteurs les appauvrissant (situation foncière, endettement, corruption, taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
exorbitants de micro-crédit, chute drastique du prix des matières premières, dumping, concurrence déloyale, etc.). Ce faisant, ils légitiment leur rôle d’acteurs politiques de la cause des agricultures paysannes et du droit au développement. Ils ont, dans le sillage Via Campesina, conquis à travers la CPP un espace citoyen de résistance. Symbole de leur participation à la mondialisation des résistances, ce front des paysans africains revendique la souveraineté alimentaire et des politiques commerciales équitables.

La qualité croissante [5] de leur mobilisation, des débats et des compromis sur base de la pluralité des possibles a clairement démontré le caractère autoritaire et anti-démocratique de la logique du seul possible des initiatives d’agrobusiness du NEPAD [6] qui ne correspondent en rien aux aspirations des peuples africains.

Le Forum des Peuples, porté et réalisé par les masses populaires, représente un défi face aux rencontres d’organisations de société civile instrumentalisées, cloîtrées dans les hôtels luxueux des multinationales du Nord et du Sud. Ces rencontres-là, décalées des aspirations de la population, ne peuvent que nourrir les stratégies néo-libérales du G8 et de ses complices, la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
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Le Forum des Peuples engagé sur les préoccupations au quotidien

Plusieurs thèmes intéressants du Forum des Peuples sont centrés sur les enjeux locaux [7], originalité qui démontre du coup la distorsion entre le discours dominant et la réalité locale. C’est le cas par exemple des débats sur l’exploitation d’une mine d’or de Sadiola : non respect des normes environnementales [8] par la Banque mondiale et les multinationales exploratrices. D’autres préoccupations au quotidien concernent les privatisations de la filière du coton, du chemin de fer, de l’eau, de l’école et de la santé. Dans la foulée de ces Forums, les organisations paysannes ont interpellé à plusieurs reprises les pouvoirs publics du Mali et d’Afrique en mettent en exergue leur désaccord à propos de la mise sous ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
des agricultures paysannes.

D’autres problématiques destructrices de l’Afrique suscitent l’intérêt commun des participant(e)s : la dette odieuse Dette odieuse Selon la doctrine juridique de la dette odieuse théorisée par Alexander Sack en 1927, une dette est « odieuse » lorsque deux conditions essentielles sont réunies :

1) l’absence de bénéfice pour la population : la dette a été contractée non dans l’intérêt du peuple et de l’État mais contre son intérêt et/ou dans l’intérêt personnel des dirigeants et des personnes proches du pouvoir

2) la complicité des prêteurs : les créanciers savaient (ou étaient en mesure de savoir) que les fonds prêtés ne profiteraient pas à la population.

Pour Sack, la nature despotique ou démocratique d’un régime n’entre pas en ligne de compte. Une dette contractée par un régime autoritaire doit, selon Sack, être remboursée si elle sert les intérêts de la population. Un changement de régime n’est pas de nature à remettre en cause l’obligation pour le nouveau régime de payer les dettes du gouvernement précédent sauf s’il s’agit de dettes odieuses.

Traité juridique et financier par A.-N. SACK, ancien professeur agrégé à la Faculté de droit de l’Université de Petrograd.

Depuis cette définition « conservatrice », d’autres juristes et mouvement sociaux comme le CADTM ont élargi la définition de la dette odieuse en prenant notamment en compte la nature du régime emprunteur et la consultation ou nom des parlements nationaux dans l’approbation ou l’octroi du prêt.

Citons notamment la définition de la dette odieuse utilisée par la Commission pour la Vérité sur la dette grecque, qui s’appuie à la fois sur la doctrine de Sack mais aussi sur les Traités internationaux et les principes généraux du droit international :

Une dette odieuse est soit
1) une dette qui a été contractée en violation des principes démocratiques (ce qui comprend l’assentiment, la participation, la transparence et la responsabilité) et a été employée contre les plus hauts intérêts de la population de l’État débiteur alors que le créancier savait ou était en mesure de savoir ce qui précède." soit
2) une dette qui a pour conséquence de dénier les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels de la population alors que le créancier savait ou était en mesure de savoir ce qui précède"
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, la fuite frauduleuse des capitaux, la prolifération de sources de financement génératrices de dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, l’accroissement des taux d’intérêt et la chute constante des prix des matière premières, le système de micro-crédit de la Banque mondiale, les subventions états-uniennes et européennes, les OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
, les guerres « utiles » et leurs corollaires (par exemple, la fabrication d’enfants soldats), les ravages dus aux paludisme et VIH - SIDA, la violation des droits humains, le démantèlement subtil des Etats, la récupération et l’instrumentalisation des élites. Ces problématiques sont pointées comme des leviers, des mécanismes de l’appauvrissement du continent africain.

Les participantes et les participants utilisent aussi leur houe pour piocher dans les champs des accords et des conventions (NEPAD, Cotonou, CSLP, AGOA, etc.) pour dénicher les subtilités de domination, de spoliation et de recolonisation sous-jacentes.

La conjugaison des problématiques au quotidien à celles des leviers - mécanismes donnent lieu à des motions des enfants, des femmes rurales, des scènes de théâtres, à des dénonciations, à des déclarations et des appels à l’action ainsi qu’à des propositions d’alternatives dans la logique des possibles [9].

Interpellation d’une écolière de Siby en 2003 : « Qui va rembourser ces milliers de dollars de dettes ? C’est sûrement nous les enfants et peut-être en un moment où les emprunteurs, vous les adultes, vous serez paisiblement à la retraite, ou misérablement couchés dans votre tombe, car morts endettés ».

Le Forum des Peuples, une initiative de mondialisation des espoirs citoyens

Les acteurs sociaux du Forum des Peuples, sont conscients que les peuples du Sud et ceux du Nord ont le même ennemi commun : les politiques néolibérales. C’est pour cette raison que la mondialisation des résistances est au cœur des actions citoyennes de droit au développement et de la souveraineté des peuples en opposition aux effets d’annonce et de la bonne gouvernance de veto du G8. Cette mobilisation citoyenne des peuples africains est soutenue de loin et de près par des centaines de milliers de citoyens et de citoyennes, par les médias, les organisations sociales, les ONGs, les coalitions et les réseaux aux niveaux africain, asiatique, latino, européen, américain se battant pour une autre mondialisation portée par les peuples.

Les articles de presse d’ABC Burkina, Axe formation, Marchés Tropicaux [10], Les Autres Voix de la Planète, Bulletin du CADTM France, Le Courrier de l’Ouest (partenaire à Angers) ; le message d’hommage des 400 participants lancé à la conférence d’Annemasse en France lors du G8 de 2003, le duplex d’Attac 49 « Chabada Attac » avec Bamako, le film « Djourou, une corde à ton cou » (sur la dette) du cinéaste Olivier Zuchuat, témoignent de cette solidarité accrue en faveur de l’intégration des espoirs africains dans l’altermondialisme.

Le Forum des Peuples, un espace de questionnement et de compromis

Au Forum des Peuples, les acteurs sociaux s’interrogent de manière permanente sur le développement de leur initiative. Les faiblesses sont évaluées et internalisées. La question du « pourquoi telle action a eu le consentement du peuple » et du « pourquoi telle autre fait l’objet de résistance » est au cœur des débats. La bonne gouvernance s’identifie par le débat démocratique et populaire, par la construction du compromis et par la pluralité des possibles. Il n’y a pas de droit de veto d’une minorité sur la majorité.

Sékou DIARRA
CAD - Mali /Jubilé 2000
Coalition des alternatives africaines
Dette et développement



Notes

[1Organisations paysannes, syndicats, mouvements de femmes, jeunes, universitaires ; chercheurs , ONG, réseaux venus des 8
régions du Mali et du District de Bamako, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Niger, du Sénégal, de la Guinée, de la Belgique, France , Royaume Uni, du Canada .

[2Coalition des Alternatives Africaines Dette et Développement/Jubilé 2000 (CAD-Mali/J2000) est un mouvement populaire malien. Il travaille sur les problématiques de la dette et du droit au développement. Il est organisateur du Forum des Peuples.

[3NEPAD : Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique.

[4Sommet KANANASKIS SUMMIT, Canada 2002, Plan d’action pour l’Afrique du G8

[5Rapport général de la 3e édition du Forum des Peuples : « De Siby à Kita, les peuples refusent la résignation », 6 -10 juin 2004, Septembre 2004, page 4.

[6Sommet KANANASKIS SUMMIT, Canada 2002, Plan d’action pour l’Afrique du G8. Page 18

[7Fiche Evaluation du forum des peuples par les membres de la délégation du Burkina Faso, 16 juin 2004 - Burkina Faso page 1 et 2.

[8Rapport Motion du forum des peuples - Commune de Sadiola - Siby, 03 juin 2003. Page 1

[9Les Manifestes du possible, Edition CADTM/Syllepse, septembre 2004, 252 pages

[10L’Afrique et le Monde. Sommet du G8 : l’Afrique sur un strapontin, 18 juin 2004.

Sékou Diarra

ex-président de la CAD Mali (la Coalition des Alternatives africaines « Dette et Développement » - membre du réseau CADTM).
Sekou Diarra est diplômé en politique économique et sociale, Membre du Collectif de Soutien de l’Association malienne des expulsés (AME).