Forum social mondial : Entretien avec Eric Toussaint, CADTM

19 mars 2004 par Naima Bouteldja


Depuis sa création comment le réseau CADTM s’est-il développé géographiquement ? Dans quels pays est-il présent ?

ET. Il s’est développé de manière très spontanée. Après la création du CADTM en Belgique en 1990, ce sont ensuite des militants des pays africains qui ont décidé de créer un CADTM chez eux, sans même nous consulter préalablement. Nos publications circulent assez largement en Afrique francophone et donc sans même passer par un contact physique au départ et grâce aux publications, des gens ont eu l’idée de créer l’équivalent du CADTM. 

Mais, c’est somme toute arrivé assez tard. En 1998 (8 ans après la création du CADTM en Belgique) le premier CADTM a émergé hors Belgique, au Togo d’abord, puis peu de temps après au Bénin, et au Mali.

En 2001, le CADTM est né en France et en Suisse et fin 2001/début 2002, CADTM voyait le jour au Sénégal, au Niger et au Burkina Faso. Dans le même temps, les groupes et personnalités qui étaient à l’origine d’Attac au Maroc et en Tunisie (RAID) étaient déjà adhérents au Comité avant même la création d’Attac. En Algérie, à partir de 95/96, on compte plusieurs membres, ils avaient constitué l’Amicale pour une Initiative de Résistance Sociale (AIRS) mais elle ne fonctionnait pas comme une structure du CADTM et elle n’a jamais obtenu de reconnaissance officielle. Dans le climat très difficile de l’époque, l’AIRS a quasiment cessé ses activités. L’Algérie a constitué l’une des situations de travail les plus difficiles.

Pour ce qui est des développements récents, on est de plus en plus présent dans le monde arabe avec notamment des contacts étroits avec une association en Syrie qui souhaite adhérer au CADTM et des personnes au Liban. Ces développements restent inscrits dans la dynamique du mouvement altermondialiste.

Le CADTM est principalement implanté dans le monde francophone, et donc dans les anciennes colonies de la France et de la Belgique. Nous sommes aussi très présent en République Démocratique du Congo et au Congo Brazzaville.

Qu’en est-il de votre présence en Amérique Latine et en Asie ?

Pour l’Amérique Latine, la situation est un peu différente. Il y a une seule véritable structure membre du CADTM : c’est le principal syndical des employés de banque en Colombie. Pour le reste, il s’agit de personnes déjà actives socialement dans des structures pré-existantes et qui adhèrent au réseau CADTM. Certains mouvements militants d’Amérique Latine souhaitent aller au-delà et devenir formellement membre du réseau, c’est le cas de structures en Argentine, en Equateur et au Venezuela. Mais c’est un processus qui est en cours et qui n’est pas encore formalisé.

Pour ce qui est de l’Asie, depuis 1998, le mouvement Vikas en Inde est membre du CADTM, (Vikas a invité le CADTM en Inde en 1998 et ils sont venus en Belgique en mars 1999). Depuis 1994, le CADTM entretient d’excellents contacts au Sri Lanka et depuis 1999 au Pakistan. Au cours des années 2001, 2002, les contacts du CADTM se sont étendus au Bangladesh et au Népal. Pour le moment la perspective envisagée est la mise en place d’une structure qui couvrirait l’Asie du Sud coordonnée par Vikas.

L’Amérique du Sud et l’Asie sont évidemment mieux couvertes par le réseau Jubilee Sud.

Comment travaillez-vous avec Jubilee South ?

Nous travaillons ensemble de manière systématique. Nous avons une à deux réunions annuelles de stratégie commune, c’est à dire des réunions au cours desquelles, nous traçons le bilan des mois précédents et nous fixons un agenda et des objectifs communs. Nous avons eu deux réunions l’an dernier, en juillet à Genève et en octobre à Buenos Aires et cela tend de plus en plus à devenir des réunions de dialogue Nord/Sud avec la présence d’autres mouvements du Nord, notamment Jubilee Etats-Unis, et des mouvements sur la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
au Canada (Kairos), en Norvège (Slug), en Allemagne (Jubilé Allemagne), en Espagne (Observatorio de la Deuda et RCADE).

Il y a une complémentarité entre Jubilé Sud et le CADTM. Il y a également des différences puisque Jubilé Sud souhaite fédérer uniquement des organisations du Sud alors que CADTM fédère autant au Sud qu’au Nord. Les organisations membres de CADTM au Sud ont la double affiliation, elles peuvent adhérer à Jubilé Sud et CADTM. 

Nous avons décidé d’un commun accord que dans des cas exceptionnels il n’est pas exclu qu’il puisse y avoir deux structures différentes dans un même pays, l’une adhérente à CADTM, l’autre à Jubilé Sud. C’est une situation qui n’est pas toujours évitable, mais lorsqu’une telle situation se présente nous sommes également d’accord qu’il faut chercher à favoriser les synergies entre les deux structures.

Vos plates-formes de revendications sont pourtant communes ?

Ce sont les mêmes, il n’y a pas de grandes différences. Objectivement sur le plan politique tout plaiderait pour que Jubilé Sud et CADTM ne soit qu’un seul mouvement.

L’obstacle majeur est le fait que Jubilé Sud considère qu’il ne fédère que des mouvements du Sud. Cette position est basée, je pense en partie sur l’expérience qu’il tire d’une domination ou d’une volonté de domination des mouvements du Nord lors de la campagne Jubilé 2000.

Jubilé 2000 UK mené par Ann Pettifor ou le mouvement allemand entre autres ont eu un rôle dominant pendant la campagne Jubilé 2000. Et la naissance de Jubilé Sud est une réaction contre cette volonté de leadership du Nord. Volonté qui était en plus combinée à une position politique beaucoup plus modérée de la part des mouvements du Nord.

Comment CADTM en est-il arrivé à participer à la préparation du 1er Forum Social Mondial ?

Nous avons participé activement à une série de rendez-vous qui ont précédé le FSM ; notamment une rencontre à St Denis en juin 1999, coordonné avec Attac France, le Forum Mondial des Alternatives et plusieurs autres mouvements internationaux. En février 2000, nous étions à Bangkok avec ceux qui allaient lancer le FSM, et puis en juin 2000 à Genève sur le thème « Copenhague + 5 » - c’était donc 5 ans après le sommet de Copenhague convoqué par la coordination des Nations Unies sur le thème du développement social. Nous avons aussi participé indirectement à « L’Autre Davos » en janvier 2000 avec Attac, le Forum Mondial des Alternatives, les organisations paysannes liées à Via Campesina. Tout cela pour dire que nous faisions partie de la dynamique et de la mouvance initiatrice de la première convocation du FSM. 

Je dirais donc que nous avons participé à la préparation du premier FSM de manière naturelle puisque nous avions été coordinateurs d’évènements au cours desquels l’idée du FSM a émergé progressivement.

Le processus des Forums Sociaux a-t-il dynamisé le réseau dette ?

L’a-t-il vraiment dynamisé ? J’hésite un peu parce que s’il n’y avait pas eu le FSM dans le cadre du mouvement altermondialiste et des différents rendez-vous nous serions probablement parvenus à réaliser ce que nous avons fait ces dernières années. Je crois qu’il faut être clair sur une chose, le FSM ne peut pas prétendre représenter l’ensemble du mouvement altermondialiste. C’est un évènement et un processus très important, un lieu de convergence mais il ne représente pas l’ensemble des acteurs du mouvement altermondialiste et beaucoup de chose se passe indépendamment de son existence (cela ne veut pas dire contre lui).

Disons que le fait d’avoir choisi une plate-forme très large pour le FSM et d’être parvenu donc à mobiliser à la fois des ONGs assez institutionnelles jusqu’aux mouvements anti-systémiques a permis de pousser à des convergences entre, dans le cadre de la dette, l’aile assez modérée du mouvement mais pas la plus modéré, on ne retrouve pas les gens (malheureusement je dirais d’ailleurs) de la campagne Jubilé 2000 UK, mais quoiqu’il en soit une aile relativement modérée, avec les campagnes française, allemande, japonaise et italienne et des mouvements qui ont une position plus radicale. Ce cadre commun a favorisé les débats, les synergies et la recherche d’initiatives communes.

Une deuxième remarque c’est qu’il a toujours existé au sein du CADTM depuis le départ la volonté de prendre la dette comme angle d’attaque mais d’élargir tout de suite vers les autres questions. Que ce soit au niveau de la lutte contre la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
financière et donc la Taxe Tobin Taxe Tobin Taxe sur les transactions de change (toutes les conversions de monnaie), proposée à l’origine en 1972 par l’économiste américain James Tobin pour stabiliser le système financier international. L’idée a été reprise par l’association ATTAC et par d’autres mouvements altermondialistes dont le CADTM, dans le but de diminuer la spéculation financière (de l’ordre de 1.200 milliards de dollars par jour en 2002) et de redistribuer le bénéfice de cette taxe aux plus démunis. Les spéculateurs internationaux qui passent leur temps à changer des dollars en yens, puis en euros, puis en dollars, etc., parce qu’ils estiment que telle monnaie va s’apprécier et telle autre se déprécier, devront payer une taxe minime, entre 0,1 % et 1 %, sur chaque transaction. Selon ATTAC, elle pourrait rapporter au moins 100 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Qualifiée d’irréaliste par les classes dirigeantes pour justifier leur refus de la mettre en place, l’analyse méticuleuse de la finance mondialisée menée par ATTAC et d’autres a au contraire prouvé la simplicité et la pertinence de cette taxe. , la modification radicale de l’architecture financière internationale (nous penchons pour l’abolition de la Banque Mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et leur remplacement par deux nouvelles institutions internationales démocratiques celles-là) ou encore des thèmes qui ne relèvent pas de notre expertise principale à savoir l’accès à la terre qui est le domaine de Via Campesina, les questions de genre et la lutte des femmes pour l’émancipation, organisé par la Marche Mondiale des Femmes, etc... Tout ceci pour dire que le CADTM considérait dès le départ les questions que je viens de mentionner comme des questions centrales et s’est donc retrouvé comme un poisson dans l’eau dans les différents Forums Sociaux parce que justement toutes ces questions s’imbriquent dans la dynamique FSM et dans l’ensemble des problématiques traitées au cours du FSM. Je n’irai pas jusqu’à dire que cela a accéléré notre travail mais au moins cela nous a permis de rentrer plus facilement en contact avec des mouvements qui travaillent sur d’autres problématiques auxquelles nous nous intéressons et de développer notre collaboration avec eux. Collaboration qui existait déjà avant mais qui a été renforcée grâce à ce cadre commun du FSM. 

Quelles préparations faites-vous avec les autres partenaires du réseau avant le FSM/FSE ?

Nous faisons toujours un travail en commun. Par exemple, pour le dernier FSM de Mumbai, le CADTM avait au départ inscrit trois séminaires, mais au fur et à mesure des discussions avec nos différents partenaires nous n’avons maintenu comme activités que celles qui étaient co-organisées avec d’autres et privilégié complètement les synergies. En définitive, pas un seul séminaire n’a été organisé isolément par le CADTM. Le CADTM a coorganisé 9 séminaires à Mumbai avec, en tout, une quinzaine de mouvements différents.

Nous préférons donc renoncer à certaines activités propres, parce que nous pensons qu’au final c’est plus bénéfique. Nous considérons qu’il ne faut pas aller au FSM pour faire entendre sa voix, il faut y aller pour mêler nos voix à celles des autres, pour s’écouter mutuellement et renforcer les collaborations. Quand on se rend au FSM pour faire entendre sa voix, presque par définition on n’entend pas la voix des autres et on utilise le FSM comme un lieu de divulgation de sa pensée ou pire de propagande et ça ce n’est absolument pas intéressant. Il faut aussi chercher à renforcer l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
collective. Pas question de se limiter à des discussions et des échanges. Le FSM est un lieu de rencontre qui peut déboucher sur des actions assumées par des organisations (sans prétendre impliquer automatiquement dans celle-ci l’ensemble des mouvements et des personnes qui viennent et participent au FSM).

De manière pratique au niveau de l’organisation des séminaires, comment se prennent les décisions ?

Comme je te le disais, en octobre 2003, nous avons organisé à Buenos Aires une réunion commune sur la problématique de l’annulation de la dette avec Jubilee South et d’autres mouvements.

L’un des points de discussion portait sur l’organisation de projets communs à Mumbai et lors du cinquième Forum Social Mondial qui se tiendra en janvier 2005 à Porto Alegre. Dans les semaines qui ont suivi, en novembre et décembre, nous avons eu des contacts intensifs par émail ainsi qu’une réunion en décembre à Amsterdam (à l’occasion d’un séminaire organisé par CADTM portant sur le droit international et la dette) pendant laquelle nous avons peaufiné les convergences avec les autres mouvements. Les décisions finales ayant été prises par émail à la fin du mois de décembre.

Quelles sont les principaux déficits du FSM à ton avis ? Qu’est-ce qui à travers le processus des Forums Sociaux pourrait permettre un meilleur élargissement du réseau pour l’annulation de la dette ?

Je ne réfléchis pas simplement en terme de réseau dette ; je suis très préoccupé par le FSM en tant que tel. Penser et mettre en place une nouvelle organisation pour les prochains forums va être fondamental. Le Conseil International du FSM se réunit début avril 2004 près de Perugia (en Italie) et l’enjeu sera de mettre en place un processus de préparation public et transparent du cinquième FSM qui privilégiera les séminaires et les ateliers et réduira fortement le nombre de grandes conférences parce que privilégier les séminaires et les ateliers permet de favoriser les synergies entre organisations. L’idée est que le processus d’inscription des ateliers et des séminaires commencent dès le mois de juin de cette année, de manière à ce que l’on sache au moins 6 mois à l’avance quels sont les séminaires et ateliers inscrits pour ensuite mettre en rapport les différentes organisations. Le travail de regroupement et de fusion d’activités commencerait donc beaucoup plus tôt qu’auparavant, ce qui permettrait une communication et une collaboration plus intense, plus profonde entre les différents mouvements. Et on éviterait ainsi les situations où l’on se retrouve confrontés à une très forte activité dans les semaines qui précèdent le FSM et pendant le FSM lui-même sans qu’il y ait eu suffisamment de préparation de fond, d’accumulation d’expérience, d’intégration et d’assimilation et par la suite d’élaborations concrètes. C’est ce qu’on a pu constater pendant les éditions antérieures du Forum. En ce sens le 5e FSM devrait constituer un pas en avant par rapport aux précédentes éditions.

Le défi consiste à démarrer à partir de juin un processus mondial interactif de construction collective du cinquième FSM. Les organisations adhérant au processus s’engageraient à communiquer systématiquement entre elles sur des thèmes à sélectionner (dette, commerce, émancipation des femmes, droits humains, architecture internationale, biens publics, lutte pour la paix,...) et à mettre en relation (détermination en commun de thèmes transversaux qui fassent converger des campagnes différentes. Exemple : faire converger les campagnes sur le thème de la dette avec celle sur le thème du commerce). Entre juin et décembre 2004, il s’agirait d’élaborer en commun des analyses et des prises de position afin d’arriver à Porto Alegre en janvier 2005 avec un bagage commun. Il est aussi très important d’élargir le nombre d’organisations et de mouvements adhérant au processus FSM. Celui-ci a accumulé des forces, il s’est développé et implanté dans un nombre toujours croissant de pays mais comme indiqué au début de l’interview, il est loin de faire converger toutes les forces sociales désireuses de lutter ensemble contre la globalisation Globalisation (voir aussi Mondialisation) (extrait de Chesnais, 1997a)

Origine et sens de ce terme anglo-saxon. En anglais, le mot « global » se réfère aussi bien à des phénomènes intéressant la (ou les) société(s) humaine(s) au niveau du globe comme tel (c’est le cas de l’expression global warming désignant l’effet de serre) qu’à des processus dont le propre est d’être « global » uniquement dans la perspective stratégique d’un « agent économique » ou d’un « acteur social » précis. En l’occurrence, le terme « globalisation » est né dans les Business Schools américaines et a revêtu le second sens. Il se réfère aux paramètres pertinents de l’action stratégique du très grand groupe industriel. Il en va de même dans la sphère financière. A la capacité stratégique du grand groupe d’adopter une approche et conduite « globales » portant sur les marchés à demande solvable, ses sources d’approvisionnement, les stratégies des principaux rivaux oligopolistiques, font pièce ici les opérations effectuées par les investisseurs financiers, ainsi que la composition de leurs portefeuilles. C’est en raison du sens que le terme global a pour le grand groupe industriel ou le grand investisseur financier que le terme « mondialisation du capital » plutôt que « mondialisation de l’économie » m’a toujours paru - indépendamment de la filiation théorique française de l’internationalisation dont je reconnais toujours l’héritage - la traduction la plus fidèle du terme anglo-saxon. C’est l’équivalence la plus proche de l’expression « globalisation » dans la seule acceptation tant soit peu scientifique que ce terme peut avoir.
Dans un débat public, le patron d’un des plus grands groupes européens a expliqué en substance que la « globalisation » représentait « la liberté pour son groupe de s’implanter où il le veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales »
néolibérale afin de mettre en avant une alternative de justice globale.

Par ailleurs, le Forum Social Mondial est un forum, il ne constitue pas une nouvelle internationale, il ne cherche pas à se doter d’une structure de commandement, il n’élabore pas une stratégie et un programme commun.

Le FSM n’est pas représentatif de l’ensemble du mouvement d’opposition à la globalisation néolibérale. Le FSM ne doit pas prétendre entrer en dialogue avec d’autres acteurs globaux, par exemples les grandes institutions internationales (ONU, BIT, Banque mondiale, FMI, OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
,...) car personne en son sein, aucune instance n’a le mandat ou le pouvoir de parler au nom de toutes les composantes du Forum ou d’une majorité de celles-ci.

Le FSM est un cadre facilitateur de rencontres entre mouvements qui librement peuvent s’associer dans des combats pour des objectifs communs.

C’est à la fois peu et beaucoup. Peu parce qu’une transformation future du monde demandera un degré plus élevé d’organisation des alternatives que le cadre offert aujourd’hui par le FSM. Beaucoup parce que il n’y a pas si longtemps, le niveau de dispersion et de fragmentation des mouvements de résistance était beaucoup plus élevé qu’aujourd’hui, le mouvement altermondialiste n’existait même pas.



Interview réalisée le 18 mars 2004 par Naima Bouteldjia pour le réseau européen Transform !.