Franc CFA : Communiqué du CADTM Sénégal

18 septembre par CADTM Sénégal

CC - Wikimedia

Ce communiqué ne constitue pas un soutien à Kémi Seba, dont les valeurs et la pratique politique sont en désaccord direct avec la charte politique du CADTM, mais un soutien à la lutte contre le FCFA.

Le gouvernement du Sénégal n’a pas trouvé mieux que d’expulser Kémi SEBA pour avoir brûlé, à titre symbolique, un billet de 5000 Francs CFA (FCFA). Avec cette mesure, l’État du Sénégal croit que le mouvement social demandant la sortie de nos pays de la zone CFA va s’estomper ou prendre du plomb dans l’aile. Comment peuvent-ils penser qu’expulser un seul activiste peut venir à bout de ce profond élan de contestation de la monnaie de servitude qui ne sert que les intérêts des différents gouvernements qui se succèdent en France.

En effet, le FCFA est une monnaie qui, économiquement, ne sert qu’à entretenir et perpétuer la domination de la France impériale sur ses ex-colonies. Et aujourd’hui comme hier, les suppôts locaux de cette domination jouent au plus zélé. Sinon comment comprendre qu’après l’arrêt des poursuites judiciaires contre SEBA, le gouvernement, par un arrêté, décide de l’expulsion de ce dernier au motif qu’il constituait une menace contre les intérêts du pays.

Les intérêts qui sont menacés par ce combat sont ceux de la France, de ses multinationales dans nos économies, les intérêts des tenants de la Françafrique. Ils ou elles ont pour noms : Total, Orange, Bolloré, Neco-Trans, Eiffage, SENAC, AXA… et qui portent nos économies, les brident et exportent toutes les plus-values générées. C’est ce système qui est défendu bec et ongles par leurs représentants au sein de nos élites politiques et intellectuelles.

Pour le CADTM, le FCFA est un instrument d’asservissement de notre économie, un instrument de domination néocoloniale, un instrument d’endettement, qui nous empêchera de nous émanciper de la tutelle française quant aux choix de développement et de souveraineté.

Une monnaie est représentative de l’économie réelle d’un pays. Elle permet de corriger les dysfonctionnements d’une économie et vaut ce qui est demandé versus offre et non comme elle fonctionne dans nos économies garanties Garanties Acte procurant à un créancier une sûreté en complément de l’engagement du débiteur. On distingue les garanties réelles (droit de rétention, nantissement, gage, hypothèque, privilège) et les garanties personnelles (cautionnement, aval, lettre d’intention, garantie autonome). artificiellement par l’euro et ce qui fait que 50 % de nos stocks de change sont gardés par le Trésor français, au motif que c’est la France qui est garante.

Cinquante ans après les indépendances ne sommes-nous pas capables d’utiliser notre monnaie pour nous et par nous, de l’ajuster selon nos besoins. Il est parfaitement possible d’avoir notre propre monnaie référée à un panier de monnaie comme pour la Chine, car nous sommes plusieurs États avec une réelle capacité économique.

Ainsi, nous estimons que l’expulsion de Kémi SEBA, avec qui nous ne sommes pas toujours d’accord, ne traduit que le désarroi des valets locaux de la France. Cela montre à tout-e-s ceux/celles qui luttent que nous sommes sur la bonne voie pour une monnaie réellement africaine qui construira et consolidera notre indépendance économique.

Il faut déconstruire de façon idéologique cette domination qui voudrait que sans la France nous ne sommes pas. C’est l’interprétation qui sied du geste symbolique de SEBA et cela dérange. Il s’agit d’approfondir cette perspective citoyenne en continuant la lutte mais aussi en trouvant des alternatives.

14 septembre 2017
Pour le CADTM Sénégal
Le Coordonnateur


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