François Hollande au sommet de la Francophonie... en avant la Françafrique

1er décembre 2014 par Pauline Imbach


François Hollande s’est rendu ce samedi 29 novembre au XVe sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) qui s’est tenu à Dakar, au Sénégal, et a réuni 35 chefs d’État et de gouvernement. Dirigé pendant douze ans par l’ex-président sénégalais Abdou Diouf, l’OIF doit désigner son nouveau chef.

Le président français y a prononcé un discours d’ouverture en appelant « au respect des ordres constitutionnels et des aspirations des peuples ». « Là où les règles constitutionnelles sont malmenées (…) là où l’alternance est empêchée, j’affirme, ici, que les citoyens de ces pays sauront toujours trouver un soutien dans l’espace francophone ». Il a déclaré que le peuple burkinabè a fait une belle démonstration et que celle-ci « doit faire réfléchir ceux qui veulent se maintenir au pouvoir en violant l’ordre constitutionnel ».

Dommage que cela ne fasse pas réfléchir ceux qui les aident à se maintenir au pouvoir en violant l’ordre constitutionnel.

Rappelons que cette déclaration est faite quelques semaines seulement après une lettre que François Hollande a adressé, le 7 octobre 2014, à son ami Blaise Compaoré et dans laquelle il lui proposait comme solution de sortie de crise un poste dans une organisation internationale... probablement l’Organisation internationale de la Francophonie.

Rappelons également que la diplomatie française, fidèle à sa tradition françafricaine, est allée jusqu’au bout et a exfiltré Blaise Compaoré, le soustrayant de fait à la justice de son pays.

Pour le poste à l’Organisation internationale de la Francophonie, c’est dommage, Blaise Compaoré aurait été parfait dans le rôle d’ambassadeur de la Françafrique.

Comme le souligne Malick Noël Seck, coordinateur du Front contre la Francophonie (qui se tient en parallèle de l’OIF et propose des conférences, colloques, concerts, etc. ), « L’OIF est une organisation qui ne sert qu’à asseoir la diplomatie française au niveau international et n’est pas acceptable ». « Lorsque l’Organisation de la Francophonie organise un sommet chez Sassou-Nguesso (président du Congo-Brazzaville), valide des élections de dictature héréditaire, comme on l’a vu au Togo et au Gabon, nous nous posons des questions sur les réelles motivations démocratiques de cette organisation ». Le rappeur Karim Gueye ajoute que le peuple sénégalais doit être conscient que « ce qui se passe dans cette francophonie-là, c’est la France qui dicte comment gouverner nos pays ».

Comme le souligne Fabrice Tarrit, président de l’association Survie [1], « François Hollande s’est inscrit dans le fauteuil de ses prédécesseurs et a fait de la politique française en Afrique un pilier qui repose toujours sur les mêmes composantes : l’ingérence militaire, le soutien des dictateurs et la promotion tous azimuts des intérêts économiques français. Donc, on est encore à l’âge d’or de la Françafrique. »

Mais François Hollande ne trompe personne et les citoyen-ne-s africain-e-s et européen-ne-s ne sont pas dupes, comme le souligne l’appel en solidarité avec le peuple burkinabè, qui a reçu plus de 100 signatures d’organisations et de personnalités et qui condamne fermement les actes de la France qui a exfiltré le dictateur Blaise Compaoré et exige la fin de l’impunité et par conséquent, que Blaise Compaoré soit rendu à la justice du Burkina Faso.



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