G8 à Edimbourg : quelle réponse à la mobilisation ?

26 août 2005 par Denise Comanne


De G7 en G8, la dette n’arrête pas d’être annulée et pourtant, elle croît ... désespérément ...

La réunion du G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. de juillet 2005 à Edimbourg, à beaucoup de points de vue, rappelle celle qui s’est tenue à Cologne en 1999. Des effets d’annonce à la pelle : Gleneagles, 2005, « Annulation inconditionnelle de 100% de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
multilatérale de 18 pays parmi les plus pauvres
 » A Cologne, on annonçait 90% d’annulation pour 42 pays pauvres très endettés PPTE
Pays pauvres très endettés
(En anglais : HIPC).
L’initiative PPTE, mise en place en 1996 et renforcée en septembre 1999, est destinée à alléger la dette des pays très pauvres et très endettés, avec le modeste objectif de la rendre juste soutenable.

Elle se déroule en 4 étapes particulièrement exigeantes et complexes.
Tout d’abord, le pays qui sollicite une aide au titre de cette initiative doit mener docilement, en général pendant 3 ans, des politiques économiques approuvées par le FMI et la Banque mondiale, sous forme de programmes d’ajustement. Il continue alors à recevoir l’aide classique de tous les bailleurs de fonds concernés. Pendant ce temps, il doit adopter un document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), parfois juste sous une forme intérimaire, et avoir obtenu des résultats dans l’application de cette stratégie pendant au moins un an.

À la fin de ces 3 années, arrive le point de décision : le FMI analyse le caractère soutenable ou non de l’endettement du pays candidat. Si la valeur nette du ratio stock de la dette extérieure / exportations est supérieure à 150 % après application des mécanismes traditionnels d’allègement de la dette, le pays peut être déclaré éligible. Cependant, les pays à niveau d’exportations élevé (ratio exportations/PIB supérieur à 30 %) sont pénalisés par le choix de ce critère, et on privilégie alors leurs recettes budgétaires plutôt que leurs exportations. Donc si leur endettement est manifestement très élevé malgré un bon recouvrement de l’impôt (recettes budgétaires supérieures à 15 % du PIB, afin d’éviter tout laxisme dans ce domaine), l’objectif retenu est un ratio valeur nette du stock de la dette / recettes budgétaires supérieur à 250 %.
Troisième temps, si le pays est déclaré admissible, il bénéficie de premiers allègements de la part des États créanciers et des banques privées, et doit poursuivre avec les politiques agréées par le FMI et la Banque mondiale. La durée de cette période est déterminée par la mise en œuvre satisfaisante des réformes clés convenues au point de décision, dans un souci de maintien de la stabilité macroéconomique.

A l’issue, arrive le point d’achèvement. Le reste de allègement est alors fourni, pour permettre au pays de revenir à des critères de soutenabilité (exposés ci-dessus) jugés satisfaisants.
Le coût de cette initiative est estimé à 54 milliards de dollars, soit environ 2,6% de la dette extérieure du Tiers Monde.
Les PPTE sont au nombre de 42 seulement, dont 34 en Afrique subsaharienne, auxquels il convient d’ajouter le Honduras, le Nicaragua, la Bolivie, la Guyana, le Laos, le Vietnam et Myanmar.
Au 30 septembre 2003, 27 pays ont atteint le point de décision, et seulement 8 sont parvenus au point d’achèvement : l’Ouganda, la Bolivie, le Mozambique, la Tanzanie, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Mali et le Bénin.
. Bizarre que, chaque année, depuis 1996 (G8 de Lyon, initiative PPTE - Pays Pauvres Très Endettés), on annule de façon régulière quelque chose qui ne devrait même plus exister... Là se trouve déjà un élément d’explication : il n’y a jamais eu d’annulation de dettes suffisamment importantes pour changer la donne des pays endettés. Bizarre également que le nombre de pays concernés soit de plus en plus restreint (faisant croire au grand public que les autres pays sont sortis de l’ornière) : en fait, les 18 pays éligibles pour cette « annulation » sont les bons élèves du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
 : c’est-à-dire, ceux qui ont rempli toutes les conditionnalités des plans d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
. Cela autorise à desserrer quelque peu l’étau. Rien n’est réglé pour les autres Pays Pauvres Très Endettés (PPTE), encore moins pour les autres pays du Tiers Monde (165 en tout) qui n’ont eux jamais fait l’objet d’une quelconque mesure d’annulation, vraie ou fausse.

Rappel de Cologne également car une très forte mobilisation avait obligé le G8 à se prononcer sur ces problématiques. Le rendez-vous de Cologne avait été précédé en 1998, lors du l’avant-dernier G7 G7 Groupe réunissant les pays les plus puissants de la planète : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon. Leurs chefs d’État se réunissent chaque année généralement fin juin, début juillet. Le G7 s’est réuni la première fois en 1975 à l’initiative du président français, Valéry Giscard d’Estaing. en Grande-Bretagne, d’une manifestation de la campagne Jubilé 2000 (70.000 personnes) à Birmingham et le lieu de réunion de réunion du G7 à Cologne, dans la même ligne, avait été entouré d’une chaîne de 50.000 manifestants de part et d’autre du Rhin quand 17 millions de signatures pour l’annulation avaient été déposées. En juillet 2001, pour le G7 à Gênes, plus de 250.000 personnes exigeaient l’annulation immédiate de la dette.
Les mobilisations obligent les hommes politiques à prendre position : c’est ainsi que les effets d’annonce se multiplient. Effets d’annonce réduits systématiquement à la portion congrue quand les représentants du G8 réunis discrètement à Washington avec le FMI et la Banque mondiale, font leurs comptes et appliquent alors les politiques qui les intéressent réellement.

Fin septembre 2005, à la réunion d’automne du FMI et de la Banque mondiale, on mesurera la « générosité » des pays les plus riches. D’ores et déjà, on peut prédire, grâce à notre expérience et à des informations diverses, que le programme d’annonces sera sérieusement raboté. En effet, Willy Kieckens, représentant de la Belgique au FMI, et en accord avec les représentants des Pays Bas, de la Norvège et de la Suisse, a déjà fait savoir qu’en aucun cas, une annulation ne pourrait être inconditionnelle : autrement dit, ces 18 pays, déjà exsangues d’ajustement, continueront à devoir appliquer des politiques néo-libérales en faveur des transnationales, du commerce mondial. A Edimbourg, à Gleneagles et même lors des concerts Live 8 de Bob Geldof, on a demandé au G8 d’être great (grand), de make poverty history (reléguez la pauvreté à l’histoire) et même de make history (faites l’Histoire) : ils n’auront été capables en finale que de comptes d’apothicaire.

Une marée blanche

Car la mobilisation au Royaume Uni a été grandiose. La première chose qui frappait lorsqu’on débarquait à Edimbourg en ce début juillet 2005, c’était le nombre d’édifices - publics et religieux - mais aussi le nombre de commerces, le nombre de maisons qui affichaient la banderole ou l’affiche « Make Poverty History ». Dans son fascicule, la campagne annonce qu’elle est la plus grande coalition rassemblée au Royaume Uni avec plus de 400 composantes. Toute la ville, toute la région, tout le pays semblaient bien s’être ralliés à la bannière blanche de l’interpellation du G8 sur les questions de la dette et de l’aide au développement. Ce slogan, on le retrouvera partout, sous toutes les formes, même sur les ceintures de slips...

Confirmation dès le samedi 2 juillet : déjà à 10h (deux heures avant le départ prévu de la manifestation), le parc de Meadows, lieu immense du rassemblement, était tapissé de blanc : pratiquement tous les manifestants avaient de fait observé la consigne de s’habiller de blanc. Stands des campagnes, des associations, podiums de concert, baraques à fish and chips, transformaient le parc en joyeuse foire de solidarité. On voit tout de suite l’ambiance : c’est familial, les enfants même bébés sont de la partie, les grands-parents aussi. De nombreuses personnes handicapées ont elles aussi voulu être au rendez-vous.

Dès midi, les manifestants, canalisés par moult barrières et policiers, commencent à sortir du parc par le seul passage autorisé. Goulot d’étranglement, longues heures d’attente, piétinement sous le soleil tapant : la foule patiente, encouragée, stimulée par les groupes de musique, les sketches de clowns... Des manifestants superbement maquillés, en costumes plus étonnants et bigarrés les uns que les autres (la créativité est omniprésente) enfourchent de drôles de vélos peints, gonflés de voiles, munis d’animaux en peluche, de fleurs en papier, de radios cassettes... Beaucoup de pancartes avec le « slogan-maison » dira-t-on, mais aussi avec l’exigence du retrait des troupes d’Iraq, d’un commerce juste, Drop the debt, Stop Bush’s reign of terror, Bush terroriste mondial n°1, Reclaim the medias,les masques ridicules de Bush et Blair ont la cote... Les t-shirts foisonnent (Macdonald devient Macshit), les ventres et les dos nus sont peinturlurés de slogans, de fleurs : c’est un mélange de style engagé et de style psychédélique. Beaucoup de femmes arborent une paire d’ailes de papillons. Des drapeaux peace, palestiniens, vénézuéliens, cubains... Il y a ceux qui ont créé leur propre pancarte mais il y a aussi les centaines de pancartes produites par les ONG et les journaux quotidiens qui font ainsi leur propre pub également.

Il était prévu qu’à 15H, tous les manifestants seraient revenus dans le parc de départ. A cette heure-là, des dizaines de milliers n’avaient pas encore pu approcher la sortie du parc. 15H, heure donc prévue pour le retour final de la manifestation, les organisateurs avaient programmé une minute de silence. Traditionnel, c’est vrai, mais terriblement impressionnant quand une marée humaine marque ainsi le pas : silence assourdissant qui veut atteindre les oreilles de ces huit hommes qui, veut-on croire dans la manifestation, vont « faire l’Histoire ».
La manifestation a entouré le centre de la cille durant 7 heures et non 3 heures.

Le sens des mobilisations

Penchons-nous un moment sur l’état d’esprit, les revendications de cette mobilisation. On l’a dit : monsieur et madame tout le monde étaient là ; il ne s’agissait pas d’une manifestation radicale. Au niveau de la dette, Make poverty history appelait le G8 à : - assurer que les dettes impayables des pays les plus pauvres du monde soient annulées totalement, sans que cela n’affecte les budgets d’aide au développement ; - arrêter d’obliger les pays pauvres à suivre des politiques particulières en contre partie de l’annulation de la dette ; - se mettre d’accord sur un système juste et transparent de traitement des problèmes de la dette tenant compte des besoins et points de vue des pays pauvres et non de ceux des créanciers.

La campagne Make poverty history, à certains points de vue, conserve les points minimalistes de la campagne Jubilé 2000 : il s’agit de la dette impayable (qu’est-ce que c’est ?) des pays les plus pauvres (c’est lesquels ?) mais s’est radicalisée sur un point : l’abandon des conditionnalités liées à l’annulation. Le programme global des revendications, assez élastique, a permis évidemment de rassembler les milieux les plus divers, c’est-à-dire également les plus modérés.

Mais ne boudons pas notre plaisir : il est rare de voir 250.000 personnes dans la rue sur ce thème : la sensibilisation, la prise de conscience était bien présente. Et la grande presse ne s’y est d’ailleurs pas trompée qui a relayé au Royaume Uni, mais aussi dans d’autres pays, beaucoup plus d’articles d’analyses et de comptes-rendus sur l’événement du G8, sans qu’il soit nécessaire pour s’intéresser à l’affaire, comme à Gênes en 2001, d’avoir un mort (la mère de Carlo, Haidi Giuliani était présente dans les meetings importants pour rappeler que son fils avait rempli son devoir de désobéissance civile face à un monde barbare) et une répression sauvage des manifestants.

Ni Live 8, ni G8

A partir de là, peut-on faire l’amalgame entre la campagne Make poverty history et les concerts Live 8 de Bob Geldorf (Tokyo, Berlin, Paris, Londres...) ? Non, certainement pas. Car là, le message du Live 8 était encore plus minimaliste : les vedettes de tout poil, les organisateurs, Bono et Cie n’ont pas arrêté de chanter les louanges du G8, ont proclamé la victoire de l’annulation sans rien connaître au problème, ont mis en avant l’image d’une Afrique misérabiliste quand les ONG s’efforcent de mettre en exergue les courageux combats des peuples en résistance.

De plus, le message était complètement faussé par l’intrusion de l’argent (38 millions d’euros !), du show-business, de l’omnipotente culture anglo-saxonne, par la sollicitation des multinationales lesquelles font quotidiennement pression pour imposer la libéralisation économique, l’ouverture des marchés et les privatisations qui laminent littéralement le développement potentiel su Sud. Live 8 a légitimé l’existence du G8, ce club informel de puissants. A quoi cela sert-il que des « milliards » de personnes soient persuadées que le G8 est généreux alors qu’il « danse sur les tombes des pauvres du monde » comme l’a dit un orateur au parc Meadows ? Comment cela fait-il progresser les consciences ? Où seront, que feront Sir Bob Geldof, Sir Paul Mc Cartney et Sir Elton Jones au moment de la réunion FMI/Banque mondiale ? Pour eux, la cause est entendue, la page est tournée. Bob Geldof à l’issue de la réunion de Gleaneagles a attribué un 10 sur10 aux dirigeants du G8 et a critiqué les organisateurs de Make poverty history quand ils ont manifesté leur insatisfaction face aux maigres résultats.

La proposition du G8 : l’escroquerie en détails

Donc, qu’avons-nous en mains ? Une mesure d’annulation pour 18 pays seulement représentant 5% de la population des Pays en développement. Une annulation de 40 milliards de dollars alors que leur dette totale est en fait de 73 milliards : ce n’est donc pas une annulation 100%. Il est très possible que les milliards en question devront d’abord être remboursés par les pays débiteurs et puis, on leur en fera don en retirant ces sommes des montants de l’aide publique au développement : c’est ainsi que procède par exemple la France concernant la dette bilatérale (de pays à pays) qui lui est due. Vous voyez l’escroquerie ? Il n’y a pas un sou qui vient des pays riches. La seule chose est que, du fait de l’opération comptable dans les budgets, les 18 pays économiseront au total un milliard de dollars par an et encore, ce montant pourrait également retiré de l’aide publique au développement s’ils ne remplissent pas les critères de docilité imposés par les créanciers. Qu’est-ce que cela signifie un milliard de dollars par an quand le programme des Nations unies pour le Développement PNUD
Programme des Nations unies pour le développement
Créé en 1965 et basé à New York, le PNUD est le principal organe d’assistance technique de l’ONU. Il aide - sans restriction politique - les pays en développement à se doter de services administratifs et techniques de base, forme des cadres, cherche à répondre à certains besoins essentiels des populations, prend l’initiative de programmes de coopération régionale, et coordonne, en principe, les activités sur place de l’ensemble des programmes opérationnels des Nations unies. Le PNUD s’appuie généralement sur un savoir-faire et des techniques occidentales, mais parmi son contingent d’experts, un tiers est originaire du Tiers-Monde. Le PNUD publie annuellement un Rapport sur le développement humain qui classe notamment les pays selon l’Indicateur de développement humain (IDH).
Site :
calcule qu’il faudrait 80 milliards de dollars par an pendant 10 ans pour assurer la satisfaction des besoins fondamentaux des populations de la planète. Qu’est ce qu’un milliard de dollars quand tous les indicateurs concernant la réalisation des Objectifs du Millénaire passent au rouge ?

Aide publique au développement : on donne d’une main ce que l’on reprend de l’autre

Il est utile ici de rappeler qu’il y a déjà 35 ans (en 1970, que les pays riches se sont engagés à porter le niveau de l’Aide publique au Développement (APD APD On appelle aide publique au développement les dons ou les prêts consentis à des conditions financières privilégiées accordés par des organismes publics de pays industrialisés. Il suffit donc qu’un prêt soit consenti à un taux inférieur à celui du marché (prêt concessionnel) pour qu’il soit considéré comme une aide, même s’il est ensuite remboursé jusqu’au dernier centime par le pays bénéficiaire. Les prêts bilatéraux liés (qui obligent le pays bénéficiaire à acheter des produits ou des services au pays prêteur) et les annulations de dette font aussi partie de l’APD.

Outre l’aide alimentaire, on peut distinguer trois grands types d’utilisation des fonds ainsi dégagés :le développement rural, les infrastructures, l’aide hors projet (financement des déficits budgétaires ou de la balance des paiements). C’est ce dernier poste qui augmente le plus. Cette aide est « conditionnée » par la réduction du déficit public, la privatisation, la bonne conduite écologique, l’attention aux plus pauvres, la démocratisation, etc. Toutes ces conditions sont définies par les principaux gouvernements du Nord et le couple Banque mondiale/FMI. Cette aide passe par trois canaux : l’aide multilatérale, l’aide bilatérale et les ONG.
) à 0,7% de leur revenu national brut. Promesse qui n’a jamais été tenue sauf par quelques pays. Globalement, l’APD a même tendance à décroître : elle atteint péniblement 0,25% à l’heure actuelle. C’est donc un recul qui continuera à s’affirmer si l’on fait passer, dans les budgets des pays riches, des annulations de dettes dans la colonne « aide publique » car le chiffre de l’aide donnera l’impression que l’aide augmente alors que les sommes réellement attribuées à l’aide diminueront.

En conclusion : le G8 poursuit son histoire mais ne fait pas l’Histoire.



Denise Comanne

Féministe engagée dans les luttes locales et internationales contre le capitalisme, le racisme et le patriarcat, Denise Comanne avait créé le CADTM aux côtés d’Éric Toussaint et d’autres militant-e-s.
Révolutionnaire infatigable, Denise aura milité jusqu’au bout dans les mouvements sociaux.
Elle est décédée le 28 mai 2010, brutalement, peu après avoir participé activement à un Forum sur le cinquantenaire de l’indépendance de la RD Congo.