Haïti Chérie : Nou la épi-w !

18 juillet par Robert Sae


Émeutes en Haïti

Une fois encore, les troubles politiques secouent Haïti. Une fois encore, les médias affichent les images de la misère que subit son peuple. Une fois de plus, sont rabâchés les commentaires insanes imputant les difficultés qu’endure le pays à une malédiction qu’il se serait attirée.

Dans les reportages servis par les médias occidentaux, on a pu entendre les manifestants dénoncer la mauvaise politique du gouvernement et les micro-trottoirs ont tous reflété « la désillusion de la population ». Par contre, et cela ne relève pas du hasard, aucun d’eux n’a rapporté les analyses et les déclarations faites par les organisations de la société civile, les partis politiques alternatifs, les organisations régionales de la Caraïbe et du continent Américain à propos des événements de la mi-juillet. Pourtant, ces réactions ont été très nombreuses et elles portent des explications essentielles pour la compréhension de la situation qui prévaut actuellement en Haïti*.

Ne braquer les projecteurs que sur des scènes de pillage, ou sur l’instabilité gouvernementale permet d’alimenter la vision caricaturale qu’ils veulent donner d’Haïti. Tous les mois précédents, des luttes exemplaires ont été menées pour l’augmentation des salaires, la défense des droits des paysans, contre la corruption, pour que l’ONU indemnise les victimes de l’épidémie de choléra dont elle est responsable. Combien de secondes ont été consacrées à ces mobilisations par ces mêmes médias ?

Pour revenir aux récents événements, nous partageons pleinement l’analyse du Parti Haïtien « Rasin Kan Pèp-la », pour qui cette explosion sociale « que tout le monde attendait », est due au fait que la politique menée par le Président Jovenel Moïse sert principalement l’intérêt des impérialistes et des grandes familles bourgeoises d’Haïti.
« Rasin Kan Pèp-la » relève que la situation s’est dégradée depuis que les droits des ouvriers ont été remis en cause par le vote de la loi 3/8 et que le gouvernement a fait détruire des maisons dans certains quartiers populaires. Cela, dans un contexte où persistent le gaspillage des fonds publics et la corruption.

C’est la décision d’augmenter brutalement le prix des produits pétroliers qui a mis le feu aux poudres. Mais celle-ci a été prise sous recommandation du Fonds Monétaire International FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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(FMI) qui pousse le gouvernement Haïtien à dégager des finances afin d’être en mesure d’augmenter la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du pays. Le problème à résoudre est, donc, celui de la dépendance vis-à-vis des pays impérialistes. Il s’agit, pour « Rasin Kan Pèp-la » de reconstruire un état qui s’appuie sur une vision nationale claire en matière de gestion du territoire et des richesses du territoire, un Etat qui renforce la démocratie, la participation effective de la population et met en œuvre un processus de consultation.

En tout cas, la mobilisation du peuple Haïtien a contraint le gouvernement à annuler la décision d’augmenter le prix des produits pétroliers et a conduit à la chute du gouvernement. Mais la lutte n’est pas finie. Ceux qui connaissent l’histoire du glorieux peuple Haïtien, qui savent l’acharnement dont les impérialistes font preuve pour le maintenir sous tutelle, doivent, plus que jamais, manifester leur solidarité.

Pou nou menm, Pèp Aysien, nou ka di-w : Nou la épi-w !



Robert Sae

Responsable aux affaires extérieures CNCP (Conseil National des Comités Populaires)- Martinique