Haïti : le CADTM réclame l’annulation d’une dette « illégitime et odieuse »

31 décembre 2003 par Agence France Presse


PARIS, 31 déc (AFP) - Le Comité pour l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du Tiers Monde (CADTM) a réclamé mercredi l’annulation de la dette « illégitime et odieuse » de Haïti, à la veille du bicentenaire de l’indépendance de la République caraïbe.

« Nous réclamons une annulation de la dette extérieure totale et publique d’Haïti », a indiqué à l’AFP Damien Millet, secrétaire général du CADTM France, l’évaluant à 1,2 milliard de dollars, sur la foi des chiffres de la
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La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
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Cette dette haïtienne « largement illégitime et odieuse » est à la source de la « situation catastrophique » du pays, selon un communiqué du CADTM diffusé mercredi.

« L’indépendance d’Haïti, proclamée voici exactement 200 ans, s’est accompagnée d’une dette de l’indépendance absolument colossale, qui fut exigée par la France », rappelle le communiqué.

Ce dossier de la dette dite de l’indépendance entre Haïti et son ancienne puissance coloniale a resurgi à l’occasion du bicentenaire du pays le 1er janvier 2004, avec une demande haïtienne à Paris de quelque 21,7 milliards de dollars.

Le 17 avril 1825, le roi Charles X avait concédé « l’indépendance pleine et entière » à l’ex-colonie française moyennant une somme de 150 millions de francs-or (réduite ensuite à 90 M) « destinée à dédommager les anciens colons qui réclameront une indemnité ».

Le 7 avril dernier, le président Jean Bertrand Aristide, a réclamé officiellement à la France près de 21,7 milliards de dollars en « restitution et réparation » de la dette.

« On soutient, dans l’idée, la demande de réparation faite à la France », a plaidé M. Millet, même si le « gouvernement haïtien n’est pas démocratique et n’a plus le soutien de la population ».

La dette extérieure totale actuelle de 1,2 md USD « s’est construite sur la dette de l’indépendance », notamment sous « la dictature des Duvallier entre 1957 et 1986, (qui) a ravagé et fortement endetté le pays », indique encore le CADTM.

L’association estime que le régime des Duvallier est responsable à lui seul de 550 millions de dollars de la dette extérieure du pays.