Historique de la mise en route du barrage d’Inga

21 décembre 2006 par José Mukadi


Nous présentons dans ce document les grandes étapes qui ont conduit à la mise en route du barrage d’Inga. Cette démarche a pour objectif de mettre en lumière la magouille perpétrée d’une part par la communauté internationale et d’autre part par les financiers et industriels occidentaux.

Ce projet dont les retombés économiques n’ont pu être démontrés avant sa mise en œuvre a permis de livrer le Congo entre les mains des prédateurs internationaux.

Cette situation a plongé le pays dans une crise financière sans précédent qui risque d’asservir pour longtemps le peuple congolais au profit de ses prédateurs. Il y a donc lieu que les voix s’élèvent pour dénoncer cette situation, dégager les responsabilités et réclamer la réparation.

1re étape :les études

En mai 1957, il a été crée un comité international composé d’universitaires belges et d’ingénieurs conseils étrangers et chargé d’étudier les conclusions remises par les bureaux d’études en vue de faire des propositions concrètes sur le projet d’Inga au gouvernement belge.

Les conclusions de ce comité ne s’est limitée qu’à démontrer la faisabilité du projet dans sa dimension technique.
Quant à la question de l’utilisation de cette énorme quantité d’énergie qui serait produite, le comité n’a pas fait d’études sur les consommateurs potentiels.
Il s’est contenté d’avancer quelque possibilités et en particuliers le couplage de la centrale avec les usines aluminiers.

En décembre 1957, l’Institut d’Inga fût crée par arrêté royal :il avait pour mission « d’étudier, en faisant éventuellement appel à des organismes publics ou privés spécialisés, l’ensemble de l’équipement hydro-électrique du site d’Inga, le mode de financement des travaux, les possibilités économiques d’utilisation du courant électrique ».

En 1959, l’Etablissement Public d’Inga fût crée en qualité de maître d’œuvre, qui allait être chargé de construire et d’exploiter les centrales.
Les contradictions entre les deux instituts ont conduit à la perte de l’Institut d’Inga.

Après l’indépendance du Congo en 1960, la Belgique s’est vue débarquer du projet au profit des italiens.

En 1963, fût crée la société italo congolaise de développement industriel (SICAI). Il est constitué de l’IRI(institut pour la reconstruction industrielle), holding para-étatique qui contrôlait les participations de l’état italien dans l’activité industrielle. L’IRI et l’une de ses filiales Italstrade, détenaient 60% des participations dans SICAI, ASTALDI détenant le reste.


En 1963, signature d’un protocole d’accord entre SICAI et le gouvernement congolais représenté par le haut commissaire de l’Etablissement Public d’Inga.
Le protocole réaffirmait « le désir du gouvernement congolais de passer dans un bref délai à la première phase de la mise en valeur d’Inga » et confirmait à SICAI la mission d’étudier les conditions économiques requises pour la réalisation de la centrale d’une puissance de 300 MW.

Le rapport d’une mission commandée par SICAI en1964, présente les conclusions suivantes « en analysant( le problème du couplage d’Inga avec une usine d’électrolyse de l’alumine)sous l’angle de l’économie générale du pays, il ressort clairement que les bénéfices prévisibles directs et indirects ne sont pas proportionnels aux investissements nécessaires et qu’il serait beaucoup plus intéressant pour le Congo d’affecter le montant de ces investissements à des installations industrielles produisant pour le marché intérieur ».

Le rapport SICAI vient ainsi à substituer à l’installation d’industries fortement consommatrices d’énergie, l’implantation d’une usine sidérurgique. Il a tablé sur l’existence de minerai de fer au Katanga. Il a évoqué aussi le problème d’approvisionnement de l’usine en matière première vue les coûts de transport élevés et liés à la grande distance qui sépare le Katanga de l’usine.

En 1963, avant que SICAI dépose son rapport, un autre rapport du CEE est publié :il conclut que la mise en route d’Inga au cours de prochaines années ne pouvait se justifier que si l’on avait la certitude que la puissance disponible serait absorbée par des industries grosses consommatrices d’électricité à installer dans le Bas-Congo. Si ceci ne pouvait être envisagé pour l’instant, c’étaient la réalisation de l’extension de la centrale de Zongo I qui devait être entreprise sans tarder.

Les coûts de la construction de la centrale de Zongo II était estimé à 27 millions $ par le rapport de CEE.

Le rapport CEE n’a pas été pris en considération, c’est la thèse de SICAI qui a eu gain de cause auprès des institutions internationales notamment la Commission Economique pour l’Afrique des Nations Unies (CEA) et le Fonds Spécial de Nations Unies.

Initialement prévu à 300 MW, le plan financier de la centrale a du subir une restriction. Le centrale devait démarrer avec 3 groupes de 50 MW chacun, avec la possibilité d’augmenter le nombre des groupes en fonctions des besoins réels.

Après la première visite de Mr. MOBUTU aux U.S.A. il remit en question les dernières hypothèses, il décida de démarrer la centrale avec 6 groupes et non avec 3 comme prévu sans aucune justification.
En outre, il commanda la construction d’une ligne électrique à haute tension d’Inga jusqu’à Moanda en prévision de l’implantation d’un port en eau profonde dans cette localité.

Mr. MOBUTU est allé très loin en demandant le début des travaux de la centrale Inga II et de la ligne à très haute tension à courant continu longue de 1700 Km alors qu’aucun besoin ne l’exigeait.
Quant à la ligne de 1700 Km, elle fut construite pour des raisons politiques : le pouvoir autoritaire de Mr. Mobutu voulait garder le contrôle sur la province du Katanga suite à ses ambitions séparatistes.

Constat : S’il est vrai que sur le plan technique, le site d’Inga réunissait des conditions exceptionnelles, mais sur le plan économique, les avantages étaient moins évidents.
Malgré la multiplicité des études réalisées pendant plusieurs années par des grands bureaux études du monde sur, aucune d’elles n’a pu démontrer la viabilité économique qui pouvait motiver la mise en route du barrage d’Inga.

2e étape :Exécution des travaux

SICAI et EDF ont été retenus comme ingénieurs conseils, respectivement pour Inga I et Inga II afin de suivre les travaux pour le compte de la RDC.

Pendant l’exécution du projet le rôle de l’ingénieur conseil a consisté entre autre à veiller à la bonne exécution des travaux, veiller au respect des normes et des clauses repris dans le cahier de charge.
A la fin des travaux de faire procéder aux essais de mise en service, d’émettre des réserves sur toutes les anomalies constatées à la réception provisoire et de faire lever toute ces réserves à la réception définitive.

Constat : Les ingénieurs conseils n’ont pas bien accompli leurs rôles car ils ont laissé passer plusieurs malfaçons qui sont à l’origine de l’indisponibilité précoce de deux centrales et de leurs ouvrages connexes.

Conséquence : La remise en état des ces équipements nécessite des gros travaux dont les coûts risque de peser lourd au peuple Congolais.

3e étape :La rentabilité

Depuis la mise en service des installations d’Inga, la consommation de l’énergie au niveau national n’a jamais dépassé 25% de sa puissance totale installée.

L’usine sidérurgique qui a justifié la construction d’Inga I, était un fiasco. Quant à l’électrification du pays, malgré ce potentiel énorme, le taux de desserte nationale en électricité est un de plus bas du monde : soit 6% en zone urbaine et 1% en zone rurale. Selon la Société Nationale d’Electricité (SNEL), l’entreprise qui a en charge la production, le transport et la distribution(commercialisation) de l’électricité au Congo, seulement 250.000 foyers de Kinshasa, ville de plus de 10 millions d’habitants, ont accès à l’électricité et le taux de recouvrement mensuel des factures d’électricité ne dépasse pas 50%.

Constat : Inga n’a jamais été rentable pour le Congo ni un moyen de développement du pays. Il n’a servi qu’à endetter lourdement le pays au profit des politiciens, bailleurs de fonds internationaux et les industries occidentales.

4e étape :La réhabilitation

La centrale d’Inga I a été mis en service en 1972, tandis que Inga II a démarré son premier groupe en 1982.

Inga I est équipé de 6 groupes de 50 MW chacun et Inga II dispose de 8 groupes de 174.5MW.

En 1982, Inga I a connu sa première réhabilitation. Ces travaux qui ont concerné les groupes 2 et 3 sont intervenus dix ans seulement après leurs mis en service.
Ces deux groupes qui n’ont jamais connu des révisions ont été mis hors service et démontées par la SNEL en 1982 en prévision des travaux de réhabilitation qui devait être réalisés par ENEL (entreprise d’électricité de l’Italie).

La SNEL a contracté une dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
auprès du gouvernement Italien pour la réalisation de ces travaux.
L’argent était disponible depuis 1982, tous les matériels ont été fournis par les entreprises italiennes cette même année mais les travaux proprement dits n’ont débuté que dix ans après par l’entreprise Electrobéton.

La même situation se reproduit à Inga II où les groupes 1,2 et 3 ont été mis hors service après moins de dix ans suite aux disfonctionnements et aux nombreuses pannes enregistrées sur les équipements et les ouvrages.

Constat :Dix ans après la mis en service d’Inga I la SNEL devait rallonger la dette d’Inga pour palier aux malfaçons dues à la mauvaise exécution des travaux de montage de cette centrale.
Quant à Inga II, des nombreux prédateurs rodent (transnationales) autour de cette ouvrage pour financer sa réhabilitation, mais leur véritable visé c’est d’obtenir la privatisation d’Inga.

5e étape :La privatisation d’Inga

Depuis l’arrivé au pouvoir de Joseph Kabila en 2001, la banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
a accordé plusieurs crédits à la RDC, notamment pour la réhabilitation de son électrique.

En novembre 2003 a consenti un prêt de 178.6 millions de dollars pour la fourniture d’électricité d’Inga au Southern African Power Pool(SAPP) qui regroupe 13 compagnies d’électricité d’Afrique australe, par l’accroissement de la capacité d’Inga et la construction de nouvelles lignes.

La banque mondiale en a profité pour imposer à l’état congolais la rédaction d’une nouvelle loi régissant le secteur de l’énergie et la restructuration de la SNEL en vue de sa privatisation.

A ce jour, Inga représente plus de la moitié de la dette du Congo. Quand, on parle de sa privation, on évoque pas la question de la dette. On veut récupérer les ouvrages et laisser au peuple la charge d’apurer les dettes d’Inga.

La solution au problème de la SNEL ne passe pas par la privatisation d’Inga.
Le problème de la SNEL est lié à sa mauvaise gestion et à la main mise du sur ses recette. On doit rendre à cette entreprise son autonomie de gestion et renforcer les mécanismes de gestion. La gestion de la SNEL échappe au contrôle des ministères de tutelle, notamment le ministère du portefeuille qui est censé définir les critères de performance des entreprises publiques et le ministère de l’énergie quia en charge la politique énergétique du pays. C’est inacceptable qu’une entreprise de la SNEL ne puisse présenter de résultats à la fin de chaque exercice. Chaque PDG qui passe à la tête de entreprise n’a de compte à rendre qu’à ses parrains.

Au Congo l’électricité est considérée comme une action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
sociale, le prix du kwh vendu à la population ne représente sa valeur réelle. Avec la privatisation la population risque de la payer à sa juste valeur, ce qui risque de créer des problèmes sociaux.

Les responsabilités

Les préjudices subis par le peuple congolais à cause de ce projet machiavélique ne peut laisser indifférent toute personne qui tient à la dignité humaine. C’est pourquoi nous demandons que soit traduite en justice toute institution, toute transnationale et toute personne impliquées de près ou de loin dans cette escroquerie du siècle.



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