Hommage à Denise Comanne, membre co-fondatrice du CADTM

22 décembre 2010 par Gustave Massiah


A l’occasion de ses vingt ans, le 27 novembre 2010, le CADTM (Comité pour l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du Tiers monde) a rendu hommage à Denise Comanne qui nous a quittés le 28 mai 2010. Avec son compagnon, Eric Toussaint, elle avait fondé le CADTM, à la suite des manifestations de Paris, contre le G7 G7 Groupe réunissant les pays les plus puissants de la planète : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon. Leurs chefs d’État se réunissent chaque année généralement fin juin, début juillet. Le G7 s’est réuni la première fois en 1975 à l’initiative du président français, Valéry Giscard d’Estaing. , autour du mot d’ordre « Dette, apartheid, colonies, ça suffat comme ci ! ». Ils avaient joué un rôle déterminant dans le lancement et l’élargissement de la campagne internationale pour l’abolition de la dette et pour toutes les mobilisations qui ont suivi contre la dette, les programmes d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
, le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, la Banque Mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
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Le réseau du CADTM s’est construit avec des membres très actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
dans quatre continents, l’Europe, l’Afrique, l’Amérique Latine et l’Asie. Ce réseau a soutenu et accompagné le réseau des Attac dès que celui-ci est apparu. Il a aussi participé activement au processus des forums sociaux mondiaux, à son Conseil international et à ses différentes déclinaisons, notamment à l’Assemblée des mouvements sociaux. Le CADTM a développé une expertise citoyenne particulièrement approfondie sur la dette, produisant des connaissances et les mettant au service des mouvements sociaux, définissant de nouvelles approches avec l’audit public de la dette qui a joué un rôle dans l’évolution des positions de plusieurs gouvernements en Amérique Latine. Aujourd’hui encore, le CADTM s’est investi sur la dette publique en Europe et son rôle dans la crise globale. Il retrouve ainsi l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
que Denise et Eric avaient menée en 1984 dans les mobilisations syndicales contre l’explosion prémonitoire de la dette publique de la ville de Liège.

Denise était une grande dame, disponible et souriante, à l’écoute de chacun et de tous. Elle tirait sa sérénité et sa confiance de l’engagement et de la lutte. Elle a apporté au CADTM les trois qualités qui caractérisent ce réseau : son internationalisme, sa ténacité dans la construction d’une présence mondiale, sa capacité de transmission à de nouvelles générations.

Denise a joué dans cette saga un premier rôle. Militante politique, ancienne déléguée syndicale, engagée dans les luttes de la solidarité internationale, dans les mouvements sociaux et le mouvement altermondialiste. Elle était toujours là, disponible, prête à s’enflammer, écorchée, prête à bondir contre l’injustice, toutes les injustices. Elle avait beau ne pas chercher à se mettre en avant, il était difficile de ne pas la voir, présente et active dans toutes les luttes sociales, féministes, écologiques, démocratiques. Internationaliste toute d’une pièce, elle savait que la décolonisation, encore inachevée, est une étape pour la libération de tous les peuples y compris les peuples du Nord qui doivent encore surmonter leur statut de colonisateur. Féministe engagée dans les luttes locales, nationales et internationales, elle était une militante active de la Marche mondiale des femmes. Elle définissait sa lutte sur trois fronts : contre le capitalisme, le racisme et le patriarcat. Elle était sensible à la prise en compte de l’oppression patriarcale au sein d’une organisation, y compris de la sienne, considérant qu’elle devait être le point de départ d’une conscience féministe Quelques jours avant sa mort, elle avait été à l’initiative, à partir de la dette grecque, d’un appel : Femmes d’Europe, levez-vous, soulevez vous !