Honduras. La grande farce électorale

30 novembre 2009 par Jérôme Duval


« La charte de ce tribunal est une mise en garde pour l’avenir, je le dis bien, une mise en garde adressée aux dictateurs et aux tyrans de demain qui usurperaient le pouvoir, et qui, […] s’ils salissaient le caractère sacré de l’homme dans leur propre pays, le feraient à leur risques et périls, car ils s’exposeraient au glaive de la loi internationale des hommes. »
Sir Hartley Shawcross, chef de l’accusation britannique à Nuremberg, 1949. Cité dans John Dinges, Les Années Condor, La Découverte, 2008, p.35.

Près de cinq mois de dictature au Honduras, des putschistes déterminés à garder le pouvoir, un président légitime retenu prisonnier par l’armée dans l’ambassade du Brésil depuis le 21 septembre et une résistance qui ne faiblit pas. Force est de constater que les événements survenus au Honduras, deuxième pays le plus pauvre d’Amérique centrale après Haïti, marqueront le pays ne serait-ce par la longévité de la lutte. C’est en effet le mouvement de protestation pacifique le plus long de l’histoire du Honduras, allant jusqu’à dépasser l’énorme grève de 1954. Cette année 1954, entre le premier mai et le 10 juillet, un mouvement social sans précédent surgit dans les plantations de bananes, en premier lieu, celle au main de la United Fruit Company (aujourd’hui Chiquita Brands). Ces milliers de travailleurs luttaient pour définir un nouveau code du travail, un système de sécurité sociale et une réforme agraire, revendications qui seront obtenues plus tard sous le mandat du président Ramón Villeda Morales (1957-1963). Le projet politique porté par le mouvement historique actuel est encore plus ambitieux : il s’agit, au-delà du retour du président Manuel Zelaya au pouvoir, d’appeler à l’élection d’une Assemblée constituante, autrement dit à une refonte structurelle de l’Etat par les citoyens, comme cela a été obtenu au Venezuela, en Equateur et en Bolivie avec plus ou moins de difficultés. Ce n’est donc pas une mince affaire… Comme le souligne Rafael Alegria, du mouvement Via Campesina, alors que l’on écrivait l’histoire du Honduras avant et après la grève des travailleurs de 1954, on devra désormais compter avec une nouvelle nation hondurienne après le 28 juin 2009, date à laquelle fut capturé et jeté hors du pays par un coup d’Etat militaire le président Zelaya.

Alors que le peuple hondurien en est à plus de cinq mois de résistance, les violations du droit tant national qu’international se multiplient. Lors d’une manifestation de solidarité devant le Parlement Européen de Bruxelles, Luis Guillermo Perez, secrétaire général de la FIDH, affirmait que le Honduras commettait un crime de persécution politique perpétré par les différents responsables du coup d’Etat (dont la Cour Suprême de Justice et le Procureur général), qui relève de la Cour Pénale Internationale [1] Mais cela ne semble pas troubler outre mesure le gouvernement dictatorial de Micheletti qui semble déterminé à ne rien céder de son projet machiavélique : faire en sorte, si possible sous l’organisation d’élections reconnues, que le projet politique de Manuel Zelaya soit écarté définitivement. Ce projet, centré autour de la question de l’élection d’une assemblée constituante est devenu le mot d’ordre prioritaire d’une résistance héroïque qui, malgré la répression continue, reste déterminée.


Promesse tenue d’un retour tant attendu

Lundi 21 septembre 2009, le président légitime du Honduras Manuel Zelaya, en exil depuis le coup d’État perpétré le 28 juin dernier par l’oligarchie, entre, au péril de sa vie, dans la capitale de son pays, militarisé par la sanglante dictature. Dans un premier temps Micheletti dément l’information affirmant qu’il s’agit d’une « guerre médiatique menée par un canal de télévision et une radio donnant quotidiennement de fausses informations visant à intimider et perturber la population ». (Il fait ici clairement référence à Canal 36 et Radio Globo, rares médias à informer en direct de la résistance populaire depuis la rue). La nouvelle est pourtant aussitôt confirmée par Patricia Rodas, ministre des affaires extérieures en exil, Álvaro Colom, président du Guatemala et l’ambassade du Brésil. L’arrivée surprise du président réjouit le peuple en lutte, l’information se propage très vite et la population en résistance, si elle n’y était pas déjà, descend dans la rue. Après s’être dirigée vers le siège des Nations Unies de Tegucigalpa où elle pensait trouver Manuel Zelaya, la foule s’oriente très vite vers l’ambassade du Brésil où il s’était finalement réfugié. Manuel Zelaya salue devant l’ambassade la résistance qui dure alors depuis 86 jours et remercie chaleureusement les quelques 5000 personnes présentes. « Je suis ici pour répondre a l´exigence du peuple, et en fonction des résolutions internationales, de l´OEA, du SICA, de l´ALBA, de CARICOM, UNASUR, etc.. pour rétablir la démocratie » déclare t-il à Telesur [2]. Alors qu’un hélicoptère survole la zone où continue d’affluer la population, le gouvernement putschiste de Micheletti, ne pouvant pas masquer la vérité plus longtemps décrète immédiatement un couvre feu dès seize heure jusqu’à sept heure le lendemain (celui-ci sera reconduit jour après jour [3]). Suite à l’annonce de l’Organisation des États Américains (OEA) d’envoyer une délégation à Tegucigalpa, Micheletti annonce la fermeture des aéroports dès le lendemain mardi et le secrétaire général de l’OEA, José Miguel Insulza, ne pourra voyager le 22 septembre au Honduras comme il l’avait prévu. Les frontières terrestres, sont, elles aussi fermées. Pendant ce temps, l’OEA décide d’une réunion extraordinaire à Washington. Celle ci révèle une divergence d’opinion sur les accords dit de San José impliquant une négociation avec les putschistes, leur impunité au sein d’un gouvernement de transition et l’interdiction de tout projet visant une assemblée nationale constituante. De son côté, Micheletti fait une déclaration surréaliste afin de réitérer la supposée illégalité de Zelaya à gouverner. Le dictateur affirme vouloir le juger pour ses violations constitutionnelles et demande au Brésil de respecter l’ordre d’arrestation émis par la Cour Suprême et de le livrer à la « justice ». [4]

Les coupures d’électricité empêchent Canal 36, connu sous le nom de Cholusat Sur, d’émettre. Radio Globo parvient à émettre depuis un autre lieu, puis uniquement sur internet : son local n’a plus d’énergie. Le secteur de l’ambassade du Brésil où se trouve Manuel Zelaya n’a pas non plus d’électricité. L’ambassade est encerclée par l’armée, le gouvernement illégal lui coupe l’accès à l’eau, l’approvisionnement en vivres est rendu quasi impossible et les communications téléphoniques sont filtrées ou coupées. Il n’aura pas suffit au gouvernement putschiste de violer la constitution nationale en vigueur depuis 1982, il viole dorénavant clairement la Convention de Vienne [5] et le droit international. Manuel Zelaya est toujours en exil mais cette fois dans son propre pays, au sein de l’ambassade du Brésil.


Violente répression au 87e jour de résistance

Les militaires et forces de police sont intervenues dès l’aube ce mardi 22 septembre au son de l’hymne national suivi de sons stridents d’une violence insoutenable diffusés par des canons sonores [6], avec des grenades lacrymogène, gaz au poivre, matraques et armes à feux sur la foule qui, bravant le couvre feu a passé la nuit aux alentours de l’ambassade du Brésil pour protéger leur président légitime. Le siège du Comité des Familles de Détenus et Disparus au Honduras (COFADEH) où s’étaient réfugiés des manifestants a été attaqué par des policiers qui ont lancés des gaz lacrymogènes à l’intérieur du bâtiment. On dénombrait ce jour, environ 18 blessés graves à l’Hospital Escuela, quelques 300 détenus et un nombre inconnu de morts. Le couvre feux a été prolongé pour toute la journée jusqu’à 18h, puis dans la soirée, a de nouveau été reconduit pour la troisième fois jusqu’à 6h mercredi matin. Ce qui fait du 21 septembre 16h jusqu’au 23 septembre, 6h, 38 heures de couvre feu sans interruption, ce qui a provoqué entre autre difficultés, l’impossibilité pour les familles de s’approvisionner en nourriture. Pourtant la résistance se poursuit et paraît s’amplifier malgré la répression dans de nombreux quartiers de la capitale ainsi que dans beaucoup de localités du pays. Pour faire face à une situation de pénurie, le couvre feu est levé dans la journée du mercredi 23 septembre de 10h du matin à 17h et une nouvelle manifestation se retrouve à 8h devant l’université pédagogique. La manifestation est énorme et se termine par une violente répression. Le sol est jonché de carcasses de bombes de gaz lacrymogène de fabrication étatsunienne. On emporte 3 blessés graves à l’Hospital Escuela où la police militaire les enlève vers des lieux de détention inconnus. Le stade Chochi Sosa, sert de lieu de détention arbitraire rappelant les heures sombres de la dictature chilienne.


Ingérence de l’Eglise ?

Le 25 septembre, l’archevêque, Juan José Pineda, traverse le cordon militaire qui maintient isolée l’ambassade du Brésil pour s’entretenir avec Zelaya [7]. L’Église, fortement décriée pour avoir soutenu le coup d’Etat, profite de cette opportunité de négociation pour se racheter une conduite. Rappelons que le cardinal archevêque de Tegucigalpa, Oscar Andrés Rodríguez Madariaga, lié à l’Opus Dei, avait nié qu’il s agissait d’un coup d’État militaire provoquant la colère. Il a même dit quelques jours après le coup d’Etat qu’« un retour au pays [de Manuel Zelaya] en ce moment pourrait provoquer un bain de sang » [8]. Ce même cardinal devait recevoir avec l’ancien directeur général du Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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(FMI), Michel Camdessus, à Paris le 24 novembre les insignes de docteur honoris causa de l’Institut catholique de Paris, en compagnie de Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
(BCE). [9] Mais devant la colère et l’indignation suscitées, la cérémonie fut supprimée et le voyage du cardinal annulé.

Pour mémoire, l’Opus Dei est une société secrète catholique fondée en 1928 par un curé fasciste espagnol, Jose Maria Escriva, canonisé plus tard par le pape Jean Paul II. Jose Maria Escriva a été reçu par Pinochet en 1974, peu de temps après le coup d’Etat (1973). Pendant les 36 ans de la dictature franquiste, l’Opus Dei s’est chargé de l’éducation de la jeunesse espagnole. Carlos López Contreras, ministre des affaires extérieures (canciller), Marta Lorena Alvarado, (vicecancillera), Ricardo Alvarez, maire de Tegucigalpa, et les puissants membres de la famille Villeda, appartiennent à l’Opus Dei. Marcia Facussé Andonie de Villeda, députée du Parti Libéral et nièce du magnat de l’agro industrie Miguel Facussé, est une des plus proches collaboratrices de Micheletti.


La grande farce électorale légitimerait-elle le coup d’Etat ? 

Voudrait-on nous faire croire à un retour à la démocratie via des élections organisées dans un pays en état de siège par des dictateurs assassins ?
Après que Juan Barahona, représentant du front de résistance, se soit retiré des négociations, Thomas Shannon, sous-secrétaire d’Etat américain pour l’hémisphère occidental, joue de la diplomatie et obtient non sans pression la signature d’un accord pour « un gouvernement d’unité et de réconciliation nationale » le 30 octobre. Cet accord stipule qu’après consultation du Congrès, Manuel Zelaya sera reconduit dans ses fonctions. Or, il se trouve qu’à la veille des élections le Congrès ne s’est pas réuni, Manuel Zelaya reste toujours prisonnier dans l’ambassade du Brésil et pour couronner le tout, Micheletti a nommé son gouvernement « d’unité et de réconciliation » sans représentant de Zelaya. Situation bien sûr inacceptable et rejetée le 15 novembre par Manuel Zelaya qui dénonce le piège et durcit le ton en rappelant que son mandat se termine le 27 janvier 2010 et qu’il ne renonce donc toujours pas à son retour à la présidence d’où on l’a chassé de force. « Je renonce à continuer à accepter ce faux dialogue, menteur, qui a uniquement servi à renforcer le régime [de Micheletti]… » dira t-il a Telesur [10]. Manuel Zelaya annonce dans une lettre envoyée au président étatsunien Barack Obama : « Je n’accepte aucun accord de retour à la présidence pour dissimuler un coup d’Etat » [11]. Alors que le Panama vient juste de confirmer son soutien aux élections, il ajoute : « Lorsque les choses changent au Panama, c’est sur leurs propres instructions (celle des Etats-Unis) ». Il est tout à fait clair qu’une reconnaissance des élections et du vainqueur sorti des urnes reviendrait à légitimer le coup d’Etat et les usurpateurs putschistes. Tel est le désir de Washington qui après le concept de « guerre préventive » s’essaie à celui de « coup d’Etat préventif » pour ensuite l’utiliser sur d’autres pays gênant la poursuite du Consensus de Washington, les pays membres de l’ALBA en premier lieu. Il s’agit pourtant bien d’un scrutin illégal et dont les résultats ne peuvent être reconnus puisque la campagne électorale s’est déroulée sous une dictature qui a sérieusement restreint les garanties Garanties Acte procurant à un créancier une sûreté en complément de l’engagement du débiteur. On distingue les garanties réelles (droit de rétention, nantissement, gage, hypothèque, privilège) et les garanties personnelles (cautionnement, aval, lettre d’intention, garantie autonome). constitutionnelles, a fermé à de nombreuses reprises les moyens de communication et a violemment réprimé l’opposition.

Tandis que les médias du Honduras et internationaux font jouer les pronostics électoraux afin de faire monter les enchères sur les deux principaux candidats pro-putschistes et ultra libéraux en lice, à savoir Porfirio Lobo (Parti National) et Elvin Santos (Parti Libéral), on observe une désaffection des candidats qui se retirent d’un scrutin frauduleux avant l’heure. Carlos Reyes, candidat indépendant de gauche à la présidence, ne veut pas légitimer le coup d’Etat et annonce le dimanche 8 novembre qu’il se retire du scrutin [12] entrainant une centaine de désistements dont cinquante-cinq candidats députés, le maire de San Pedro Sula (deuxième ville du pays) et la postulante à la vice-présidence, Mme Margarita Elvir [13]. Une intégrité et un sens logique que n’auront pas César Ham, candidat de l’UD (gauche), qui restera dans la course à la présidence malgré la défection de quelques candidats de son parti ou bien Eduardo Maldonado, journaliste à Radio Globo et fervent défenseur de la résistance converti au candidat Elvin Santos.

Rappelons que le jour de l’élection trois urnes seront placées respectivement pour le président, les maires et les députés. On ne parlera évidement plus de la fameuse quatrième urne dont il était question le jour du coup d’Etat et qui devait initialement servir à l’élection d’une assemblée constituante. Le but de l’opération putschiste étant de faire l’impasse une bonne fois pour toute sur cette implication citoyenne dans les affaires du pays afin que l’oligarchie liée aux Etats-Unis puisse poursuivre son règne sans heurts. Les Etats-Unis avaient d’ailleurs choisi ouvertement leurs camps par la voix du sous secrétaire d’Etat adjoint pour la région, Craig Kelly, qui, omettant le contexte, affirmait le 18 novembre : « personne n’a le droit d’enlever au peuple hondurien le droit de voter, de choisir ses leaders. » [14]. Ainsi le prix Nobel de la Paix, M. Obama, déjà malmené dans la région par la réaction à ses bases militaires en Colombie affirme de manière claire son soutien au régime putschiste. Le Pérou, fidèle allié des Etats Unis, vient lui aussi d’affirmer qu’il reconnaitrait les élections malgré la ferme opposition du syndicat Confederacion General de Trabajadores del Peru (CGTP) [15]. Le président du Costa Rica, Oscar Arias, qu’on aurait pu croire impartial vu son rôle de négociateur, lance sans aucune gêne un appel à la communauté internationale pour qu’elle reconnaisse les élections [16]. En somme les Etats-Unis, le Panama, le Costa Rica, le Pérou et la Colombie reconnaitraient le résultat de ce processus électoral illégal organisé par la dictature en place. De leur côté, les Nations Unies, considérant qu’il n’existe pas de conditions favorables pour un scrutin crédible, ont suspendu dès le 23 septembre leur assistance technique au processus électoral au Honduras [17]. L’Unasur, tout comme les pays de l’ALBA ne reconnaissent pas les élections et dénoncent fermement l’illégalité du scrutin. L’OEA n’envoie pas d’observateurs malgré la demande du gouvernement de facto. L’Argentine, le Brésil et le Guatemala se refusent à reconnaitre le processus électoral. Le Guatemala a averti qu’il ne reconnaitrait aucune représentation d’observateurs au nom de son pays. Marco Aurelio García, conseiller aux Affaires extérieures de Lula, affirme que les Etats-Unis font pression pour que les pays de la région reconnaissent les élections et perçoit la décision étatsunienne comme étant un cadeau aux putschistes [18].

L’Union Européenne, quand à elle, joue sur un terrain plus ambigu puisqu’elle n’a jamais vraiment stoppé les négociations commerciales. Le groupe conservateur du Parlement européen, le Parti Populaire Européen (PPE), a annoncé qu’il enverrait une mission d’observation aux élections tout en critiquant l’Espagne de ne pas en faire autant. Cependant, la presse hondurienne parle de plusieurs milliers d’observateurs dont quelques anciens présidents de la région sur invitation du Parti National : Jorge Quiroga (Bolivie) ; Armando Calderón et Alfredo Cristiani (Salvador) ; Vinicio Cerezo (Guatemala), Vicente Fox (Mexique) y Alejandro Toledo (Perou). L’ex ambassadeur des Etats-Unis au Honduras, James Creagan, arrivé à Tegucigalpa, lui aussi comme observateur, va à l’encontre du boycott lancé par la résistance et appelle les honduriens à sortir pour voter. Il déclare : “Moi, plus que quiconque ai vu à quel point sont importantes les élections pour le développement des pays et c’est réellement un devoir et un honneur d’être ici pour appuyer ce processus. » [19]. Michael Ascoli représentant les industriels et l’élite patronale du Guatemala (Cámara de Industria), ainsi que Raúl López Pérez, représentant de la Chambre de Commerce Latine des Etats-Unis, (Camacol) font aussi partie des observateurs et sont censés valider la transparence démocratique des élections.

Le dictateur Roberto Micheletti s’est temporairement éloigné de son poste du 25 novembre au 2 décembre, (on aurait souhaité que ce soit pour toujours) pour soit disant laisser les honduriens se concentrer sur les élections. En réalité, l’armée se déploie : on parle de 5000 réservistes mobilisés et on apprend l’achat aux Etats-Unis d’un camion blindé anti émeute ultramoderne équipé de caméras de captation, d’un dispositif pour lancer de l’encre indélébile et de lances à eau avec produits irritants pour disperser d’éventuels manifestants. [20] Le Front de résistance appelle la population à rester chez elle de 6h à 18h afin de ne pas soutenir cette grande farce électorale et se protéger de l’impressionnant déploiement de quelque 30.000 militaires et policiers. Les chefs de file de la contestation comme Juan Barahona et Rafael Alegria parlent de « couvre feux populaire ».



Notes

[3Le couvre-feu a été rétabli dans la nuit de vendredi 25 à samedi 26 septembre, de 20h à 5h du matin, pour la cinquième journée consécutive.

[5La convention de Vienne sur les relations diplomatiques établie en avril 1961 régit les relations diplomatiques entre Etats afin de « favoriser les relations d’amitié entre les pays, quelle que soit la diversité de leurs régimes constitutionnels et sociaux ». Elle stipule dans son article 22 : « L’Etat accréditaire a l’obligation spéciale de prendre toutes mesures appropriées afin d’empêcher que les locaux de la mission ne soient envahis ou endommagés, la paix de la mission troublée ou sa dignité amoindrie. »

[6Ces canons sonores LRAD 1000X, nouvelle trouvaille militaire, ont été testés en Irak puis contre les manifestants de Pittsburg lors du sommet du G20 et causeraient des dommages dont on ne connait pas encore les conséquences. Lire : http://www.lefigaro.fr/international/2009/09/28/01003-20090928ARTFIG00669-le-canon-a-son-nouvelle-arme-contre-les-manifestants-.php

[8« Un regreso al país en este momento podría desatar un baño de sangre.” Voir : http://www.youtube.com/watch?v=DIJ8QprN8-Q http://www.youtube.com/watch?v=KVlA6sO1TS8&feature=related

[9Lire Bernard Cassen, Le sabre, le goupillon et la salle de marchés, http://www.m-pep.org/spip.php?article1514

[12« Para nosotros el tiempo se acabó y nos retiramos del proceso electoral. Definitivamente, nos retiramos y mañana lo vamos a comunicar al Tribunal » Superior Electoral, declaró.
http://www.telesurtv.net/noticias/secciones/nota/61299-NN/candidato-carlos-reyes--se-retira-del-proceso-electoral-en-honduras/

[13Mascarade électorale au Honduras, Maurice Lemoine : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2009-11-27-Honduras

[18El País, jeudi 26 novembre 2009

[19« Yo, más que nadie he visto cómo son de importantes las elecciones para el desarrollo de los países y realmente es un deber y un honor estar aquí apoyando este proceso ». http://www.elheraldo.hn/Ediciones/2009/11/28/Noticias/Ya-esta-en-el-pais-75-por-ciento-de-observadores-internacionales

Jérôme Duval

est membre du CADTM, Comité pour l’abolition des dettes illégitimes et de la PACD, la Plateforme d’audit citoyen de la dette en Espagne. Il est l’auteur avec Fátima Martín du livre Construcción europea al servicio de los mercados financieros, (Icaria editorial, 2016) et est également coauteur de l’ouvrage La Dette ou la Vie, (Aden-CADTM, 2011), livre collectif coordonné par Damien Millet et Eric Toussaint qui a reçu le Prix du livre politique à Liège en 2011.

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