Impact de la crise et de l’austérité sur les femmes : des raisons de s’indigner et se mobiliser

27 novembre 2011 par Christiane Marty


La crise financière, économique et sociale a des effets très négatifs sur l’ensemble des sociétés, mais elle a des répercussions particulièrement préjudiciables sur les femmes, dans le marché du travail comme dans la vie privée. Partout en effet, on le verra dans ce qui suit, les femmes sont davantage exposées à la précarité de l’emploi, au licenciement, à la pauvreté et moins couvertes par les systèmes de protection sociale. Dans les périodes de récession, les personnes déjà menacées de pauvreté, en majorité des femmes, sont encore plus vulnérables, notamment celles qui sont confrontées à des discriminations multiples : mères célibataires, jeunes, seniors, immigré-es, minorités ethniques,...

Les politiques d’austérité mises en place en Europe font payer la crise aux salarié-es, retraité-es, chômeurs et chômeuses, etc. en épargnant les responsables que sont les grandes banques et la finance. Injustice supplémentaire : ces politiques, en ignorant toute analyse des effets différenciés de la crise sur les hommes et les femmes, non seulement ne font rien pour les corriger, mais les aggravent. Les coupes dans les budgets publics auront pour effet d’accroître les inégalités, le chômage des femmes, la féminisation de la pauvreté, la précarisation de l’emploi, en particulier de celui des femmes, leur travail invisible dans la sphère domestique. À l’inefficacité des mesures gouvernementales, s’ajoute donc leur caractère doublement injuste.

Ce texte se propose d’expliciter les éléments qui précèdent, en particulier pour les pays européens et avec un éclairage particulier sur la France. C’est un premier travail de cadrage, qui ne prétend pas à l’exhaustivité et demande à être approfondi. Les effets de l’austérité dans certains domaines sont traités de manière plus élaborée, d’autres ne sont décrits que de manière générique, par manque de données sexuées. Il est indispensable de faire connaître ce constat, non pas pour poser les femmes comme victimes, mais parce qu’il montre très fortement l’injustice de politiques qui frappent plus durement les populations déjà en situation inégalitaire. Le potentiel de mobilisation des femmes, mais aussi celui des hommes, sera d’autant plus fort que l’analyse des plans d’austérité et leurs effets sexués seront connus de tous. Les femmes sont des actrices incontournables dans les mouvements sociaux et dans la construction d’alternatives aux politiques actuelles. Elles doivent prendre toute leur place pour faire entendre leurs points de vue et leurs propositions.

Dire que les femmes doivent faire entendre leurs points de vue et leurs propositions, loin de renvoyer à une position essentialiste, ne fait qu’acter une réalité : le fait d’assumer les fonctions de responsabilité familiale, prise en charge des enfants et personnes dépendantes, et plus généralement de l’économie des soins, amène à mesurer directement les carences ou les régressions dans le domaine des services publics, de la protection sociale et de la satisfaction des besoins sociaux fondamentaux. Si, pour reprendre une maxime connue, l’existence détermine la conscience, les femmes peuvent avoir un angle de vue et des priorités différentes dans les réponses à apporter à la situation actuelle, dans les choix du contenu de la production, la manière d’organiser les soins (le care), la sécurité sociale, le bien-être collectif, et la participation démocratique des citoyens aux décisions.

Face à l’ampleur et la persistance des inégalités entre les sexes, face à l’impact très négatif de la crise, à ses effets sur les inégalités, et compte tenu de l’inefficacité des politiques menées,
les alternatives à construire visent à garantir la justice économique et sociale et l’égalité entre les sexes... qui est une des meilleures mesures du niveau de progrès atteint par une société.

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Impact austerité sur les femmes