Interview de Ghazi Hidouci sur la situation économique algérienne

26 juillet 2008 par Ghazi Hidouci


Interview accordée par Ghazi Hidouci, ministre de l’économie du gouvernement algérien de 1989 à 1991, à Le Matin, Algérie.

1- Quel est votre bilan de la situation économique algérienne de ces dernières années. Diffère-t-elle de celle du temps où vous occupiez le poste de ministre de l’économie. Quels sont ses points forts et ses lacunes ? Comment caractériser la situation économique présente ?

- Ce qui s’impose immédiatement à l’observation, c’est l’absence de pensée d’une politique économique quelconque ; même la rhétorique du bréviaire court-termiste de l’Ajustement Structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
de la fin des années 90 a disparu. En lieu et place, on gribouille. Le discours, rare, mais surtout l’agitation de terrain, se manifestent par un mélange hétéroclite de recettes toutes faites sans idées directrices et sans cohérence, autoritarisme sénile et capricieux bloquant tout débat, toute perspective de mouvement et ruinant la confiance des acteurs économiques nécessaire à la production et au fonctionnement des marchés. - Grands travaux coûteux manifestant la nostalgie hors contexte des années 70, sans planification, sans hiérarchie, sans capacités d’administration et de réalisation publique et sans mobilisation du potentiel d’activité domestique.

- Ajustements macroéconomiques par le bas comprimant les salaires et détruisant la protection du travail, alignant le comportement budgétaire et monétaire automatiquement sur les normes des marchés spéculatifs, détruisant l’efficacité des mécanismes fiscaux et de protection sociale.

Résultats : aucune lisibilité, donc absence de crédibilité interne et externe et perte de confiance des acteurs économiques ; c’est ce que les Algériens traduisent par économie en panne : une industrie publique et privée moribonde, des activités agricoles contrariées par un environnement commercial et financier hostile, le pouvoir d’achat des revenus fixes détruit par des prix alignés sur l’importation et une monnaie anormalement dévaluée, tout cela se traduisant par l’affairisme nocif, le creusement des inégalités et la multiplication des drames sociaux ....l’accumulation de mauvaises réserves.....

Vous me demandez de comparer avec ce que j’ai connu dans les années 90. La question est intéressante, même si l’exercice me semble difficile. Je commencerai par ce qui différencie très nettement les deux périodes :

Le contexte politique de la gestion économique d’abord :

A l’époque, les gens vivaient un moment d’ouverture et d’espoir d’émancipation, souvent confusément et naïvement, mais toujours avec intensité. Ils avaient envie de faire face aux défis, de réaliser et de se réaliser et croyaient que c’était possible. Cela se passait certes dans la douleur et de graves tensions permanentes, cela s’accompagnait d’excessives manipulations et discours démagogiques, d’une faible gestion étatique, mais la vague de fond était là, imprégnant tout, dans la jeunesse, parmi les salariés, dans l’activité privée agricole, industrielle et même informelle, dans le secteur public. Le gouvernement était redevenu dans la transition un acteur parmi d’autres avec bientôt l’espoir qu’il devienne l’acteur de l’expression démocratique des autres.. Tout cela a été brutalement remis en cause par effraction, de façon injuste et illégitime par aveuglement. Nous y reviendrons peut-être, sinon à une autre occasion, car ce n’est pas l’objet de votre question.

Aujourd’hui, le champ politique est fermé et l’Etat livré à la ruse improductive des clans, à l’ambition sénile, à la déchéance sous toutes ses formes. Les gens, pour le moins qu’on puisse dire, sont absents, découragés, hésitant entre l’émeute et la jacquerie incontrôlables et la souffrance patiente dans le silence.

Le contexte économique ensuite :

- Sur le front intérieur, rappelons seulement que le débat sur les choix était ouvert au début des années 90 et beaucoup de choses, peut-être peu visibles vingt ans après, ont été réalisées ; Les gens avaient confiance dans leur avenir et le gouvernement dont j’ai fait partie avait une politique économique lisible, affichée, débattue et combattue, mais explicite. Les dynamiques internes d’activités et d’échanges reprenaient avec force, l’impôt rentrait plus équitablement, les salaires étaient augmentés pour compenser la dévaluation Dévaluation Modification à la baisse du taux de change d’une monnaie par rapport aux autres. , les agriculteurs s’émancipaient graduellement des tutelles... La capacité sociale de ce peuple se construisait effectivement au dedans comme au dehors. Sans le sou, dans une situation de cessation de paiement de fait, les Algériennes et les Algériens existaient. Aujourd’hui, avec des moyens financiers considérables, la machine, comme nous l’avons déjà caractérisée, est en panne et les algériens manquent de tout.

- Sur le front extérieur, les situations sont totalement différentes ;

Aujourd’hui nous vivons une situation inverse de celle des crises financières qui ont marqué les années 80. Le haut niveau des réserves de change accumulées par des pays comme le nôtre les protège mais la situation peut vite changer, la bulle du crédit et l’instabilité des changes se déplacent vers nos économies sous la forme d’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donné. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. des prix et de capitaux spéculatifs. Conjoncturellement, nous avons bien plus de marges de manœuvres pour nous défendre et mieux préparer l’avenir mais nous ne le faisons pas.

En 1982, la crise de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique externe avait éclaté sous l’effet conjugué de la hausse des taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
imposée par les marchés et de la baisse des prix du pétrole. Nous étions tenus de rembourser des sommes énormes alors que notre économie était improductive et fortement dépendante des échanges externes. Le dispositif budgétaire, financier et monétaire public était touché de plein fouet. Les capitaux financiers que nous avions inconsidérément empruntés auparavant se tarissaient alors même que les fortunes accumulées fuyaient abondamment.

D’autres éléments de la situation mondiale différencient les situations. La tendance historique était à la baisse des prix des matières premières et à une dégradation des termes de l’échange entre les économies puissantes et fragiles, mais les Algériens réagissaient comme on l’a signalé. Depuis 2005, les prix des matières premières sont repartis fortement à la hausse. Les réserves de change étaient nulles lors du pic de 1991, elles n’arrêtent pas d’augmenter aujourd’hui. A contrario, le prix des aliments explose aujourd’hui, ce qui n’était pas le cas alors. De façon plus préoccupante, la dette privée et la dette publique interne des Etats augmentent très fortement dans les pays capitalistes mais aussi chez nous, l’instabilité des changes est une épée de Damoclès sur nos têtes. Tous ces phénomènes menacent de faire s’effondrer comme un château de cartes des systèmes financiers fortement connectés, nous mettant dans une situation économique et sociale catastrophique.

2- L’Algérie amorce une ouverture sur le monde, marquée par un changement de son modèle économique. De l’Etat protectionniste on glisse doucement vers une économie de libre marché régie par un capitalisme offensif. Est-ce que les pays est assez solide pour se permettre un changement de cap, d’autant que cette tendance a enfanté, en Russie, d’une oligarchie et d’un déséquilibre social inquiétant ? Quel regard portent aujourd’hui les pays étrangers sur l’Algérie en ce qui concerne les affaires ?

Comme je l’ai indiqué auparavant, je ne perçois l’existence ni d’un modèle économique libéral ni dirigiste, ni par conséquent des signes de changement. J’ai dit qu’on faisait n’importe quoi dans le désordre et qu’il est difficile d’y discerner du sens. J’ai plutôt le sentiment que nous nous éloignons ce faisant de plus en plus du monde en mouvement, ces pays émergents Pays émergents Les pays émergents désignent la vingtaine de pays en développement ayant accès aux marchés financiers et parmi lesquels se trouvent les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Ils se caractérisent par un « accroissement significatif de leur revenu par habitant et, de ce fait, leur part dans le revenu mondial est en forte progression ». qui se mettent à compter aujourd’hui et dont nous aurions pu faire partie. Quand au monde dominateur en crise, nous nous y amarrons, plutôt comme une colonie docile, fournissant du pétrole et sous-traitant sa gestion économique, mais aucunement comme partenaire. On est donc loin du risque que cela puisse nous faire du mal comme dans la Russie d’Eltsine. Le mal de ce type est déjà fait, et à l’inverse de la Russie de Poutine, qui s’en sort plutôt bien, nous continuons de nous enfoncer dans la régression.

Comment peut-on préparer une insertion utile dans l’actuelle globalisation Globalisation (voir aussi Mondialisation) (extrait de Chesnais, 1997a)

Origine et sens de ce terme anglo-saxon. En anglais, le mot « global » se réfère aussi bien à des phénomènes intéressant la (ou les) société(s) humaine(s) au niveau du globe comme tel (c’est le cas de l’expression global warming désignant l’effet de serre) qu’à des processus dont le propre est d’être « global » uniquement dans la perspective stratégique d’un « agent économique » ou d’un « acteur social » précis. En l’occurrence, le terme « globalisation » est né dans les Business Schools américaines et a revêtu le second sens. Il se réfère aux paramètres pertinents de l’action stratégique du très grand groupe industriel. Il en va de même dans la sphère financière. A la capacité stratégique du grand groupe d’adopter une approche et conduite « globales » portant sur les marchés à demande solvable, ses sources d’approvisionnement, les stratégies des principaux rivaux oligopolistiques, font pièce ici les opérations effectuées par les investisseurs financiers, ainsi que la composition de leurs portefeuilles. C’est en raison du sens que le terme global a pour le grand groupe industriel ou le grand investisseur financier que le terme « mondialisation du capital » plutôt que « mondialisation de l’économie » m’a toujours paru - indépendamment de la filiation théorique française de l’internationalisation dont je reconnais toujours l’héritage - la traduction la plus fidèle du terme anglo-saxon. C’est l’équivalence la plus proche de l’expression « globalisation » dans la seule acceptation tant soit peu scientifique que ce terme peut avoir.
Dans un débat public, le patron d’un des plus grands groupes européens a expliqué en substance que la « globalisation » représentait « la liberté pour son groupe de s’implanter où il le veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales »
 ? La question demeure entière en dépit de près de quinze ans maintenant d’encadrement macroéconomique par les recettes du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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. Nous nous dirigeons sans savoir comment ni dans quels délais vers un monde économique multipolaire dans lequel la logique économique présente sera remise à plat : l’hégémonie du dollar sera de plus en plus contestée, les conflits sur tous les sujets traités à l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
s’accroîtront. La Banque Mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et le FMI changeront de vocation. Nos débats sur les politiques à mettre en place par rapport aux régulations financières et commerciales internationales ne peuvent éviter ces nouvelles réalités.

De nombreux pays d’Asie connaissent une croissance très rapide depuis les années 60 pour les premiers, les années 70 pour les autres. Aujourd’hui, cette réalité vaut largement pour la Chine et l’Inde. Ces pays ont satisfait aux critères concernant la discipline budgétaire et monétaire et obtenu de forts taux d’épargne intérieure bien rémunérée (autour de 30% du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
dans certains pays). Ils se sont au contraire peu souciés, à juste titre, d’excédent a priori de balance commerciale Balance commerciale
Balance des biens et services
La balance commerciale d’un pays mesure la différence entre ses ventes de marchandises (exportations) et ses achats (importations). Le résultat est le solde commercial (déficitaire ou excédentaire). Si l’on tient compte également des opérations sur les services, comme les frais de transports, les commissions bancaires, les frais d’assurances, les achats et vente de brevets ou les versements de redevances, on obtient alors la balance des biens et services. Elle inclut aussi les dépenses des touristes, et les paiements de salaires, d’intérêt et de dividendes à des étrangers ou de la part d’étrangers.
, mais ont offert des marges appréciables de rendement aux investissements directs. S’ils ont choisi des stratégies de croissance tirées par les exportations, c’est en prenant bien soin de protéger leurs marchés intérieurs là où ils avaient des industries naissantes et surtout de créer des débouchés attractifs en ville pour les cultures vivrières Vivrières Vivrières (cultures)

Cultures destinées à l’alimentation des populations locales (mil, manioc, etc.), à l’opposé des cultures destinées à l’exportation (café, cacao, thé, arachide, sucre, etc.).
produites par leurs agriculteurs. Ils ont ainsi pris soin, par des politiques internes appropriées, de faire progresser les revenus de tous avec le souci d’une relative réduction des inégalités. Plus que tout, ils ont veillé à doter l’Etat d’une capacité effective d’exercice de sa souveraineté et de son autonomie.

Nous voyons s’opérer là, efficacement, les choix d’un développement hors du chemin tracé par l’ajustement structurel, d’abord à partir de la transformation de l’Etat. Cette région renoue avec la croissance et expérimente des instruments de construction d’un marché régional et de mécanismes de financement moins dépendants du dollar et de la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
à court terme sur les monnaies. Elle fait le choix de s’éloigner de la pratique de l’endettement international et engage partout des politiques publiques destinées à lutter contre les inégalités et pour le développement d’infrastructures urbaines permettant aux pauvres un meilleur accès à la ville.

L’étude approfondie des enseignements de ces pratiques et de leurs conséquences sur les négociations internationales aiderait beaucoup notre gestion économique pour progresser vers de bonnes propositions en matière de développement. Dans le cas de l’Asie puis graduellement de l’Amérique, trois grands thèmes d’analyse apparaissent a priori décisifs :

- la capacité de discernement et d’apprentissage qui fait émerger le « capital social collectif », clef de voûte pour sortir des « trappes de pauvreté », pour mettre en place de stratégies spécifiques efficaces et pour déployer des capacités productives ;

- la nécessité d’intensification des échanges multiformes internes et externes maîtrisés et de construction d’une politique budgétaire, financière et monétaire contrôlée. A l’endettement se substituent les flux d’investissements durables complétant l’épargne nationale bien rémunérée, faisant de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
, en dépit de ses injustices, un facteur favorable, soutenant les facteurs structurels internes ;

- la construction de configurations étatiques solides et bien souvent interventionnistes, basées sur des alliances politiques et sociales d’intérêts et une relative égalité sociale interne.

3- Pour vous c’est une erreur stratégique que le gouvernement algérien ait décidé de rembourser par anticipation ses dettes extérieures. Pourquoi ? C’était peut-être le prix à payer pour que l’Algérie puisse s’affranchir de l’influence de ses anciens créanciers ?

A chaque période particulière, il faut décrire et mesurer correctement l’état de l’endettement du pays. Les tendances susceptibles de conduire à des difficultés économiques, sociales ou politiques se modifient en fonction de la conjoncture à court et moyen terme. Seule la situation de référence est significative : c’est celle qui évite le contrôle de la politique monétaire et financière par les marchés dominants et le détournement par ces marchés des profits et des rentes au détriment de l’économie nationale. Les indicateurs pertinents de l’endettement sont en définitive ceux qui mesurent l’efficience des politiques publiques financières et monétaires : nous devons répondre avec les moyens du moment aux soucis de souveraineté et de stabilité financière et monétaire. Quels en sont les indicateurs, qu’en était-il en 90 et qu’en est-il aujourd’hui ? Sans rentrer ici dans les aspects techniques, disons qu’un indicateur de qualité de la politique financière et monétaire doit être immédiatement et politiquement compris par les acteurs économiques et sociaux. Il doit simultanément pouvoir être évalué et audité sans perdre sa signification dans le temps. Il doit enfin se prêter aisément aux comparaisons internationales.

Une première remarque s’impose à ce niveau : les indicateurs de la Banque mondiale, ont une pertinence statistique certaine ; ils sont néanmoins destinés à mesurer la capacité des pays à fondamentalement respecter les exigences des créanciers que sont les marchés internationaux ; ils ne disent rien de la capacité des finances et de la monnaie à se conformer aux exigences économiques et sociales du développement durable national et local.

Pour cette raison, il nous apparaît nécessaire de produire des indicateurs dont la vocation sera de juger de la portée économique et sociale des politiques financières et monétaires et de mettre à jour la charge effective que représentent ces politiques sur le développement durable dans notre pays.

Pour cela, il est d’abord nécessaire d’identifier en quoi la charge financière effective du service de la dette Service de la dette Somme des intérêts et de l’amortissement du capital emprunté. interne et externe, des dégrèvements fiscaux, des subventions déguisées ou visibles aux marchés..., dans ses composantes financières et aussi monétaires, capte inutilement des fonds pouvant être disponibles pour des utilisations socialement et économiquement plus bénéfiques dans le cadre d’une politique financière et monétaire souveraine.

Le débat politique utile revient ainsi à évaluer et apprécier les politiques publiques en comparant ces charges aux rentrées fiscales de l’Etat, aux budgets de la santé, de l’éducation et des autres services publics de base, à la masse salariale de la fonction publique et au montant de l’investissement dans l’alimentation de base et l’urbanisation.

A partir du moment où les prix de l’énergie exportée sont partis durablement à la hausse, nous avons abondamment entendu vanter des mérites qui n’ont aucun lien avec les politiques publiques nationales :

- Le remboursement anticipé des dettes aux IFI a été présenté comme une grande manifestation d’indépendance. On en a fait l’apologie comme on a osé faire l’apologie de l’apurement en catimini de dettes privées et publiques internes crapuleuses. La bonne politique et la véritable innovation aurait consisté à utiliser la marge de manœuvre créée par les nouvelles ressources pour faire un audit sérieux des dettes internes et externe et exiger une restructuration de la dette à des conditions favorables pour la société. Ces dettes, en grande partie illégitimes, ont été payées déjà plusieurs fois. L’apologie des remboursements anticipés et des apurements internes est la manifestation d’une grande ignorance des responsabilités. Elle fait diversion et évite une nouvelle fois de poser la question de fond des malheurs de l’endettement et des conditions pour s’en sortir courageusement.

- On ne cesse également de se féliciter de l’accumulation d’actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
à l’étranger, constitués fondamentalement par des réserves internationales. Pour être objectif, il faut comparer le mouvement des réserves à celui de la dette interne à fort taux d’intérêt et dont il faudra bien assurer le service, qu’il faut alors déduire des réserves et aussi comparer aux dépenses utiles citées antérieurement. Le Trésor rembourse la dette interne à des taux élevés alors qu’il reçoit des intérêts de plus en plus bas pour ses placements à l’étranger, négatifs en dollars constants.

Heureusement, au passage, que la libre circulation des capitaux n’est pas encore à l’ordre du jour ; de telles mentalités, associées au laxisme fiscal et aux taux d’intérêt élevés, produiraient les conditions de la ruine explosive du pays par les spéculateurs. Mais cette évolution n’est-elle pas annoncée ? Il faut regarder de près l’endettement interne des compagnies qui investissent dans l’énergie et ailleurs et se couvrent pour l’amortissement de leurs dettes. Il faut voir ce que peut leur rapporter comme profits spéculatifs sur une année l’évolution comparée du dinar et du dollar sans qu’ils ristournent au fisc ces bénéfices....

Le résultat de tout ceci est la mise en place graduelle et sournoise d’un nouveau mécanisme de spoliation plus grave et plus pernicieux que celui de l’endettement des années 70 et 80 portant de graves préjudices pour la souveraineté financière, monétaire et politique d’une part et pour l’écrasante majorité des pauvres à revenus fixes dans ce pays d’autre part, au bénéfice des acteurs des marchés internationaux et de leurs intermédiaires sur le territoire national.

4- Les privatisations sont actuellement le chantier en cours en Algérie, notamment dans le secteur bancaire avec l’ouverture du capital de la CPA. Le moment n’est-il pas mal choisi pour privatiser les banques, étant donné l’incertitude qui règne dans le milieu financier mondial suite à la crise des subprimes Subprimes Crédits hypothécaires spéciaux développés à partir du milieu des années 2000, principalement aux États-Unis. Spéciaux car, à l’inverse des crédits « primes », ils sont destinés à des ménages à faibles revenus déjà fortement endettés et étaient donc plus risqués ; ils étaient ainsi également potentiellement plus (« sub ») rentables, avec des taux d’intérêts variables augmentant avec le temps ; la seule garantie reposant généralement sur l’hypothèque, le prêteur se remboursant alors par la vente de la maison en cas de non-remboursement. Ces crédits ont été titrisés - leurs risques ont été « dispersés » dans des produits financiers - et achetés en masse par les grandes banques, qui se sont retrouvées avec une quantité énorme de titres qui ne valaient plus rien lorsque la bulle spéculative immobilière a éclaté fin 2007.
Voir l’outil pédagogique « Le puzzle des subprimes »
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Lorsque certains cercles algériens parlent de privatisation aujourd’hui, ils donnent le sentiment de considérer qu’il n’existe d’appropriation que sous la forme de la société anonyme ou personnelle. Cette hypothèse résulte peut-être de la pratique décourageante des sociétés nationales des années 70. Il en résulte une compréhension erronée des enjeux et du processus de ce qui est appelé les mécanismes de marché dans la transition. Elle a entraîné en particulier la guerre à toute forme de propriété publique, et hâtivement dans l’élan, la guerre à la régulation étatique (ou sous d’autres formes collectives de coordination) des activités productives à moyen et long terme.

Les « combinats » (pour parler comme de notre temps) ne sont pas des entreprises au sens donné à ce mot dans les capitalismes. C’étaient des morceaux d’Etat inscrits dans une rationalité non « économique » : objectifs productifs, sociaux, rentes politiques étaient inextricablement liés. On ne passe pas d’une forme à l’autre en empruntant brusquement et sans discernement aux évaluations dites de marché, surtout lorsque ces marchés n’existent pas par ailleurs. Il faut d’abord séparer dans les fonctions des anciennes sociétés nationales. Il faut mettre en évidence séparément les fonctions productives évaluables en termes de marchés (en faisant attention à ce que la production ne s’effondre pas au passage, ce qui n’est nullement garanti). Il faut traiter à part la question du coût réel final de la force de travail et non uniquement celui de la rémunération monétaire immédiate. Tout ceci doit être fait avant d’aboutir à une valeur d’échange permettant de vendre.

Nous avions en d’autres temps proposé des mécanismes de « transition » tenant compte de ces réalités (fonds de participation, travailleurs organisés dans les conseils d’administration, administrateurs de biens dialoguant avec la planification...). D’autres formules peuvent, comme dans le cas de La Chine, être développées. Mais l’absence de formule de régulation et la précipitation pseudo-libérale n’aboutissent qu’à des impasses. Le lieu de l’impasse est bien l’impossibilité de la privatisation des banques et d’autres grandes sociétés nationales. On a tenté d’en vendre à des entreprises étrangères, très généralement sans succès ; c’est pour cela que le serpent se mord la queue depuis si longtemps.

S’agissant des banques, le schéma se complique du fait du mauvais exemple donné par la gouvernance des banques étrangères dans le développement de la crise de crédit actuelle. Est-ce le moment d’ouvrir notre système d’intermédiation à la spéculation incontrôlée dont elles sont les principaux vecteurs ? Faut-il le faire au moment où certaines se font re-nationaliser ou racheter à vil prix ? Il faut être prudent à ne pas privatiser les bénéfices quand tout va bien et socialiser les pertes quand tout va mal. Il me semble que les banques ne sont pas des entreprises comme les autres. Il faut aborder la question de leur appropriation dans le cadre de la politique financière et monétaire choisie, et définir préalablement celle-ci. Elles sont à l’épicentre du fonctionnement de l’économie. Nous ne pouvons faire l’impasse sur ces choix.

5- que vous inspirent ces quelques chiffres : 110 dollars le baril de pétrole, le smic à 12 000 DA, 900 DA le prix d’un bidon de cinq litre d’huile de table, 40 % de jeunes actifs au chômage ?

Ce qui frappe pour nous, c’est la déshérence de l’Etat et des politiques publiques. C’est de là que découlent, tant les graves tensions internes que l’absence d’autonomie face aux commandements arbitraires et spoliateurs des marchés. Au delà, expliquant également la prégnance des rapports de subordination aux marchés, les rentes énergétiques, accaparées pour l’essentiel par les clientèle du régime et les compagnies, ne se sont que très peu transformées en investissements productifs et encore moins en dépense publique. L’augmentation récente des prix mondiaux, qui a amélioré la balance des paiements Balance des transactions courantes
Balance des paiements
La balance des transactions courantes d’un pays ajoute à la balance des biens et services la balance des transferts unilatéraux, concernant des biens ou services importés ou exportés sans rétribution apparente : dons, subventions, envois d’argent à l’étranger par des travailleurs immigrés, etc. Le solde, appelé solde des paiements courants, traduit la position financière d’un pays par rapport au reste du monde.

Un pays disposant d’un excédent de ses paiements courants est un pays prêteur vis-à-vis du reste du monde. Inversement, si la balance d’un pays est déficitaire, ce pays devra se tourner vers les prêteurs internationaux afin d’emprunter pour ses besoins de financement. La balance des opérations en capital, dont le solde est l’opposé du solde des paiements courants, vient boucler la balance des paiements, qui est donc, par définition, équilibrée.
ne s’est encore nulle part traduite par une manifestation d’autonomisation de la décision économique. Le gouvernement continue de compter sur l’amélioration des conditions d’endettement pour se maintenir à flot. Les politiques pour l’avenir sont sacrifiées, laissant la voie libre à l’exode rural, la ruine des agricultures vivrières et la privatisation sauvage des services publics de réseaux. Pour en sortir, l’Etat doit être profondément transformé, d’où également l’importance stratégique du développement territorial.

6- Que pensez-vous de la manière dont sont gérés les réserves de changes avec un dollar en chute libre ? L’onde de choc de la crise des subprimes a tendance à s’élargir. L’Algérie est-elle à l’abri d’éventuelles répercussions sur son économie ? Par ailleurs, depuis 2004, nous vivons une conjoncture d’augmentation des recettes d’exportation et d’accumulation d’importantes réserves de change. Comment les utilisons-nous ?

La gestion des réserves est guidée par un automatisme pervers. Les banques d’investissement Banques d’investissement
Banque d’investissement
Société financière dont l’activité consiste à effectuer trois types d’opérations : du conseil (notamment en fusion-acquisition), de la gestion de haut de bilan pour le compte d’entreprises (augmentations de capital, introductions en bourse, émissions d’emprunts obligataires) et des placements sur les marchés avec des prises de risque souvent excessives et mal contrôlées. Une banque d’affaires ne collecte pas de fonds auprès du public, mais se finance en empruntant aux banques ou sur les marchés financiers.
dont la politique est établie par les spéculateurs en dollar, poussent les gestionnaires centraux par des moyens non affichés et non contrôlés, à accepter des risques inconsidérés. Dans une telle situation, les déperditions et les détournements de toutes sortes peuvent se développer. Dans cette absence d’encadrement responsable, personne ne répond à long terme pour les pertes sur les comptes d’investissement, alors qu’elles sont punissables de peines de prison par la loi. Les gérants de portefeuille sur les marchés attirent les nôtres par des numéraires ridicules à court terme pour les mener à l’abattoir ensuite. Les Algériens et d’autres ressortissants de pays mal gérés ayant des excédents verront peut-être leurs banques centrales afficher, dans les prochaines années, des milliards de dollars de pertes à cause de la crise des emprunts immobiliers aux Etats-Unis, mais on ne pourra rien y faire, étant donné le manque général de responsabilité politique. C’est une grande prédation que les citoyens subissent sans contrôle.

7- Avez-vous des idées ou des recommandations à suggérer à l’actuel ministre de l’économie algérien ?

Pour en finir avec la question précédente, nous avons effectivement remboursé de manière anticipée des dettes au FMI, à la Banque mondiale, au Club de Paris Club de Paris Créé en 1956, il s’agit du groupement d’États créanciers (22) spécialisés dans la normalisation des défauts de paiement des PED. Depuis sa création, la présidence est traditionnellement assurée par un Français - en 2019, c’est la directrice du Trésor français, Odile RENAUD BASSO, qui en assure la présidence. Les États membres du Club de Paris ont rééchelonné la dette de près de 90 pays en développement. En 2019, les membres du Club de Paris détiennent plus de 10 % du stock de la dette du Tiers Monde.

Les liens entre le Club de Paris et le FMI sont extrêmement étroits ; ils se matérialisent par le statut d’observateur dont jouit le FMI dans les réunions - confidentielles - du Club de Paris. Le FMI joue un rôle clé dans la stratégie de la dette mise en œuvre par le Club de Paris qui s’en remet à son expertise et son jugement macro-économiques pour mettre en pratique l’un des principes essentiels du Club de Paris : la conditionnalité.

Réciproquement, l’action du Club de Paris préserve le statut de créancier privilégié du FMI et la conduite de ses stratégies d’ajustement dans les pays en voie de développement.

Site web :
et aux banquiers privés.

Je n’ai jamais déclaré à ce propos qu’il ne fallait pas se débarrasser de ces titres. J’ai défendu l’idée d’une stratégie alternative à deux volets :

- plutôt que de rembourser des dettes accumulées quelquefois de façon illégitime et souvent pour des raisons inavouables, il vaut mieux d’abord les auditer, ce qui est valable aussi pour la dette interne, puis négocier une restructuration des dettes qui partagerait les coûts de façon moins inéquitable pour les finances publiques et les citoyens. C’était déjà ce que j’avais tenté en 90 sans pratiquement de marges alors qu’aujourd’hui nous en avons les moyens.

- ne pas laisser passer une opportunité historique pour réduire les stocks volatiles en laissant flotter le dinar vis-à-vis d’un dollar en chute libre, construire une politique budgétaire, financière et monétaire propre pour investir sur le marché intérieur plutôt que sur un marché financier Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
défaillant. Absolument rien, sauf l’aveuglement et le manque du sens des responsabilités, ne nous empêche de mettre les investissements à notre portée au service d’un projet alternatif aux marchés instables. Ces investissements pourraient constituer de puissants leviers pour la mise en place de politiques de renforcement du secteur public et privé productif et développer la solidarité économique et sociale, en en appliquant le principe de la justice et de l’égalité dans la distribution de la rente et de la richesse produite. Ces exercices sont d’abord politiques ; ils ne relèvent pas de la technique hors contexte ; le ministre de l’économie du moment pourrait en proposer le débat et les choix sur la scène appropriée : le champ politique.

Encore faut-il que ce champ existe...

21 mars 2008.



Interview accordée par Ghazi Hidouci à Le Matin, Algérie, publié sur www.lematindz.net

Source : Cedetim