Italie : 15 ans après le contre-G8, à nouveau un front uni contre la dette illégitime

22 juillet par Chiara Filoni

Exactement 15 ans après le G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. de Gênes qui rassemblait les huit plus grandes puissances mondiales dictant l’agenda économique du monde entier, et le contre G8 qui l’accompagnait, le CADTM, le Comité Place Carlo Giuliani et le Palais Ducal (qui hébergeait l’événement) ont organisé une conférence nationale sur la dette.

A l’époque du contre-G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. en 2001, le CADTM avait déjà commencé son travail sur les crises de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du Tiers Monde et il s’était rassemblé à Gênes avec un réseau international dont Jubilé Sud pour revendiquer, entre autres, l’annulation des dettes des pays du Sud.

Le contre-G8 de 2001 a été un des plus réprimés de l’histoire des grands rassemblements des puissants du monde (certainEs y référent comme les 3 jours de « suspension des droits humains ») : Carlo Giuliani, activiste et manifestant, y a laissé la vie le 20 juillet, tandis que des centaines de manifestantEs furent violemment frappéEs par la police, sans oublier les tortures perpétrées par la police italienne sur les manifestantEs venant de quatre coins de l’Europe dans l’école Diaz et dans la caserne de Bolzaneto pendant tous les 3 jours de mobilisation. En 2015, cette violence inouïe de la police a débouché – bien trop tardivement – sur une condamnation de l’Italie par la Cour européenne pour les droits de l’homme de Strasbourg.

15 années plus tard, dans les rues de Gênes, il n’y a plus de blindés, de carabiniers, de lacrymogènes, de cellules spéciales anti-émeute, on peut y marcher librement, mais la mémoire de ces jours terribles du G8 et des violences policières sont encore vives dans nos esprits, et la réalité des injustices sociales, aujourd’hui encore plus exacerbées qu’à l’époque, nous rappellent que notre lutte doit continuer.

«  Un autre monde est possible  », « Abolition de la dette du Tiers Monde » : tels étaient les slogans de l’époque. La problématique de la dette aujourd’hui n’est plus l’apanage des pays du Sud comme il y a 15 ans, mais concerne aujourd’hui tous les peuples du monde.

La rencontre du 19 juillet 2016 a eu lieu dans les salles du Palais Ducal, un des principaux bâtiments historiques de la ville, et s’intitulait : « Du G8 de Gênes à la Laudato si. Le « Jubilee » de la dette ». Le Pape François, dans son Encyclique Laudato si de mai 2015, définit la dette comme un outil de contrôle des populations et des pays le plus pauvres et lance un appel pour l’annulation ou la gestion soutenable de la dette. Le débat sur la dette est donc à nouveau au centre de la discussion pour l’Église catholique, comme ce fût le cas pour le Jubilé 2000.

Deux cultures différentes se confrontent sur ces thématiques : l’une, catholique, qui s’appuie sur les enseignements bibliques et du Pape, et qui revendique l’annulation des dettes tant privées que publiques pour les pays et les populations les plus pauvres, la nécessité d’une moralisation de la finance et la lutte contre le néolibéralisme effréné. L’autre, laïque, s’oppose plus fermement à l’accumulation sans fin du système capitaliste, au système dette qui en découle et qui étrangle nos vies au Sud comme au Nord de la planète. La position laïque revendique une justice sociale immédiate contre le chantage du système dette.
Nonobstant, les deux se rejoignent sur la nécessité de mettre en place un audit de la dette publique italienne, au niveau local comme national, qui puisse identifier la partie illégitime de celle-ci afin de l’annuler.

La journée de conférence du 19 juillet 2016 a commencé avec un discours de bienvenue prononcé par Antonio de Lellis, coordinateur du livre collectif « Le Jubilé de la dette » publié en 2015, qui anticipait ce travail nécessaire de tissage de liens entre les cultures laïque et religieuse à travers la lutte contre la dette illégitime Dette illégitime Comment on détermine une dette illégitime ?

4 moyens d’analyse

* La destination des fonds :
l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.
* Les circonstances du contrat :
rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.
* Les termes du contrat :
termes abusifs, taux usuraires...
* La conduite des créanciers :
connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt.
. L’urgence de combattre cet ennemi commun ne nous laisse pas le temps pour réfléchir sur ce qui nous divise, il faut s’unir maintenant pour que l’offensive soit efficace !
Différents intervenants d’ONG italiennes et activistes internationaux
sont intervenus dans la journée à coté de représentants de l’Église catholique (un archevêque, un évêque, des prêtres et missionnaires) pour affirmer la nécessité de cette offensive.

La dette italienne atteint aujourd’hui 133 % du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
nous a rappelé Marco Bersani, président d’Attac Italie (qui a adhéré au réseau international du CADTM en avril 2016), soit plus de 2 220 milliards d’euros. L’Union européenne nous impose des coupes budgétaires pour une valeur de 13,6 milliards d’euros en 2016 afin de tenter de ramener le fameux rapport dette/PIB en dessous de 60 % dans les prochaines années. Un objectif chimérique : c’est clair. Ce qui n’est pas clair pour tout le monde, c’est l’injustice de ce projet, visant à faire payer cette décision au peuple d’Italie à coups d’augmentation de taxes, de coupes dans l’État social et de privatisation des biens communs.

En ce qui concerne les municipalités, leur « contribution » à la dette nationale est de seulement 2,7 % sur la totalité de la dette tandis que toutes les mesures prévues par le Pacte de stabilité (équilibre budgétaire, privatisations, austérité) sont directement déversées sur les communes. Face à ces aberrations, il s’agit de désobéir à ce Pacte !

De plus, comme l’explique Francesco Gesualdi, membre du Centre pour un nouveau modèle de développement (CNMS), plus de 100 % de la dette italienne est représentée par les intérêts cumulés dans le passé (soit presque 90 milliards d’euros par an) ; trop nombreux sont les cas de corruption et de cadeaux fiscaux aux plus riches : voilà quelques éléments d’illégitimité parmi d’autres de cette dette.

Quelle est donc la solution ?
Les groupes de travail qui portaient sur la méthodologie des audits citoyens de la dette ont souligné la nécessité et l’urgence de tirer au clair le processus de formation de la dette publique italienne. Il s’agit également d’aller à l’encontre des mensonges construits autour de son accumulation ainsi que sur l’obligation Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
de paiement.
Plusieurs participants ont manifesté leur volonté de continuer le travail d’audit au niveau local (dans les municipalités de Parme, Rome, Naples, Milan, Venise), déjà démarré avec la création du Forum pour une nouvelle finance publique et sociale, d’autres se sont proposées pour initier un travail dans leur ville (comme à Gênes et Albenga).
D’autres encore ont émis le souhait de se concentrer au niveau national sur un cas ou un secteur particulier, par exemple celui de la santé ou des grands projets inutiles et imposés, dont la gestion de la part de l’État est fortement critiquée par les activistes à cause du gaspillage des ressources, de sa mauvaise gestion et de la nocivité desdits projets.
L’idée est de créer une « Commission pour la Vérité sur la dette italienne », avec un objectif plus modeste que celui de la Commission du même nom créée en Grèce en 2015, mais chargé d’identifier les sources d’illégitimité d’un secteur clé et stratégique pour la péninsule. Pour que cette campagne soit efficace, il est indispensable d’établir une méthode de travail, une coordination par « en bas » et un plan de communication, ainsi que l’engagement d’experts et éventuellement des institutions locales, ont conclu les groupes de travail.

Tout cela sera discuté en automne : un prochain rendez-vous sera bientôt fixé. Entre temps, il y aura l’inauguration officielle du CADTM en Italie, prévue pour le 15 septembre à l’université de La Sapienza à Rome, où la réflexion sur ce travail continuera de plus belle !


Auteur.e

Chiara Filoni

Permanente au CADTM Belgique