Forum Social Africain

L’Afrique des peuples en marche contre la mondialisation néolibérale

26 novembre 2008 par CADTM International


Forum Social Africain
Du 25 au 28 novembre à Niamey (Niger)

Après Bamako (2002), Addis abeba (2003), Lusaka (2004) et Conakry (2005), la 5e édition du Forum Social Africain (FSA) vient de débuter par une marche d’ouverture dans les rues de Niamey ce 25 novembre [1]. Cette manifestation a rassemblé entre 3000 et 5000 personnes selon différentes estimations. Ce chiffre est en peu en dessous de celui qui était espéré (6000) mais reste satisfaisant. Le cortège CADTM International était quant à lui constitué d’une soixantaine de personnes, arborant tous et toutes les nouveaux T-shirts (RNDD, CADTM International, Pour une Afrique sans dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
).

Avec une vingtaine de pays africains présents, ce FSA prend tout de suite une dimension continentale. Certains pays sont fortement représentés tel que le Niger, le Bénin, le Togo, la Côte d’ivoire ou encore le Nigeria. Notons ici que cette forte présence est due à une initiative, souvent tentée mais rarement réussie, à savoir l’organisation de plusieurs « caravanes » itinérantes. Les autres pays africains présents sont notamment : le Mali, le Sénégal, le Maroc, l’Algérie, le Burkina, la Zambie, l’Afrique du Sud, le Kenya. De leur côté, les organisations du Nord semblent être assez peu présentes. Notons également la participation de pays tels que l’Inde et le Venezuela.

A la fin de la manifestation, un Meeting d’ouverture s’est tenu avec comme intervenants : Moussa Tchangari (Comité organisateur nigérien), Taoufik Ben Abdallah (Secrétariat FSA), Aminata Traoré (Coordinatrice Caravane), Mohau Pheko (Voix des Femmes), Ibrahim Diori (Coordinateur Campement Jeunes). Les discours, globalement anti-impérialistes et pan africanistes, restent trop souvent optimistes sur l’élection d’Obama (« le monde a changé ! »), et beaucoup trop peu anticapitalistes. La soirée s’est terminée par une série de concerts d’artistes locaux.

Demain, les choses sérieuses débuteront. Le matin, une plénière sur la crise : « L’Afrique dans l’arc des crises », où crise financière, crise énergétique, crise environnementale et crise alimentaire seront analysées puis débattues. Ensuite, 65 ateliers et deux autres plénières se tiendront sur les 3 jours. Bien sûr, les grandes questions habituelles seront traitées : dette, APE, souveraineté alimentaire, femmes, climat, santé, éducation, … La souveraineté alimentaire prendra une place particulière en faisant l’objet d’un forum parallèle : «  le forum sur la souveraineté alimentaire et le droit à l’alimentation au Sahel  ».

Au niveau du CADTM International, le RNDD Niger a réussi à mobiliser autour de cet événement majeur. Sont présents pour le réseau : RNDD Niger (50 pers.), CAD Mali (6 pers.), FNDP Côte d’Ivoire (10 pers.), ATTAC Togo (8 pers.), CADD Bénin ( 69 pers.), CADTM Sénégal (1 pers.), ATTAC Burkina Faso (1 pers.), CADTM France (2 pers.), CADTM Belgique (1 pers.). Le CERIDA Guinée-Conakry (5 pers.) et APASH Brazzaville (1 pers.) sont attendus présentement.

Au niveau des ateliers, le réseau CADTM a inscrit 3 activités :
- « Dette et réforme des institutions financières internationales » (27 novembre)
- « OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
et souveraineté alimentaire » (28 novembre)
- « la crise financière et ses enjeux pour l’Afrique » (28 novembre)

Plus globalement, ce Forum Social Africain se réalise à un moment où le système capitaliste connaît une crise globale. On ne peut pas s’en réjouir car elle touche déjà, contrairement à ce que le discours dominant laisse entendre, les conditions de vie de millions d’Africains. Cependant, cette crise capitaliste constitue dans le même temps une opportunité pour les mouvements sociaux de pousser à la mise en place d’alternatives radicales visant la satisfaction des droits humains fondamentaux. Une chose est sûre, ces alternatives existent et l’Afrique a les armes pour imposer la paix et la justice sociale. La souveraineté alimentaire, l’abolition de la dette et la reprise de contrôle des ressources naturelles par les peuples africains sont trois armes essentielles à utiliser pour mener ce combat.

Espérons que les débats des jours à venir aideront les organisations présentes à avancer dans ce sens et établir des stratégies communes de lutte. Le CADTM international a, pour sa part, proposé de rédiger une lettre à l’Union Africaine sur le thème : « Réponses des mouvements sociaux africains à la crise globale. »

Le Réseau CADTM International



Notes

[1Pour plus d’infos sur le FSA : http://www.fsaniamey2008.org/

cadtm.org