La finance contre les peuples africains

L’Afrique trahie

15 juin 2008 par Damien Millet

Les dirigeants des pays d’Afrique, quand bien même ils ont été élus, sont avant tout les « poulains » des multinationales et de la finance mondialisée. Ces pays sont ainsi dirigés par ceux qui ont su s’allier telle grande puissance, tel réseau mafieux, telle grande entreprise stratégique. La Françafrique, analysée au scalpel par François-Xavier Verschave et l’association Survie |1|, a ses bons élèves qui multiplient les décennies au pouvoir et servent les intérêts de ceux qui leur ont permis d’être aussi haut placés : Blaise Compaoré au Burkina Faso (le tombeur de Thomas Sankara), Paul Biya au Cameroun, Denis Sassou Nguesso au Congo (le tombeur de Marien Ngouabi), Eyadema Gnassingbé au Togo |2| (le tombeur de Sylvanus Olympio), Omar Bongo au Gabon, Idriss Déby au Tchad ou encore Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie. Ce réseau d’intérêts peu avouables se renforce avec quelques nouveaux venus, par exemple François Bozizé en République centrafricaine, Joseph Kabila en RDC ou Mohammed VI au Maroc. D’autres dirigeants sont sous contrôle des États-Unis, comme Paul Kagamé au Rwanda, Yoweri Museveni en Ouganda, Olusegun Obasanjo au Nigeria ou encore Marc Ravalomanana à Madagascar. Parfois ils savent se parer d’habits démocratiques mais des élections régulières et le multipartisme peuvent tout à fait être de simples alibis. Ce sont toujours les intérêts financiers qui pilotent derrière Abdoulaye Wade au Sénégal, Amadou Toumani Touré au Mali, Mamadou Tandja au Niger, John Kufuor au Ghana ou Thabo Mbeki en Afrique du Sud. Certains d’entre eux, comme Mwai Kibaki au Kenya ou Levy Mwanawasa en Zambie, parviennent à susciter un temps l’espoir d’une démarche nouvelle. Seules quelques voix discordantes, sans être pour autant des modèles, loin de là, se font vraiment entendre, comme Robert Mugabe au Zimbabwe, mis au ban des nations pour avoir cautionné l’expropriation forcée des vastes propriétés agricoles des Blancs. D’une manière générale, nombreux sont ceux parmi les puissants qui déclarent aimer l’Afrique, la soutenir, l’aider, c’est très à la mode. Mais ne nous y fions pas, car au fond, les peuples africains ont été trahis : par les grandes puissances du Nord qui imposent toujours des mesures qui servent leurs intérêts géopolitiques et commerciaux ; par des classes dirigeantes africaines qui ont fait le choix de piétiner le développement humain des populations pour favoriser leur propre pouvoir et la volonté de leurs mentors. Financière, commerciale, environnementale, humaine, détaillons cette trahison aux multiples facettes.

Un discours officiel mensonger
Le citoyen peu curieux, qui n’a accès qu’aux informations superficielles des médias contrôlés par de puissants groupes de presse, est persuadé que la santé économique des pays du Sud s’améliore. A en croire la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
, la pauvreté décroît à toute allure. A en croire les gouvernements des pays industrialisés, la générosité inonde le monde et l’aide offerte aux pays pauvres est remarquable et salutaire. A en croire le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, la croissance mondiale est illimitée et les pays du Sud vont exporter de plus en plus de produits tropicaux à des prix de plus en plus intéressants. Mensonges ! Sous cette partie émergée et biaisée, l’iceberg de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
et de la pauvreté demeure, massif. La trahison médiatique est bien résumée par un article de Michael Holman dans le très libéral Financial Times : « L’égoïsme et l’autosatisfaction des gouvernements occidentaux, des dispensateurs d’aide et des âmes charitables cachent à la fois la gravité de la crise et l’inefficacité des politiques mises en œuvre pour arrêter le déclin du continent. [...] Quel crédit accorder aux chiffres de la Banque mondiale concernant le Mali, le Malawi ou le Mozambique, qu’il s’agisse du nombre de postes de radio pour 1 000 habitants ou du taux d’alphabétisation ? Ils reposent souvent sur des extrapolations vieilles de plusieurs décennies ! [...] La situation de l’Afrique s’est, j’en suis convaincu, détériorée, mais les conditions dans lesquelles travaillent les journalistes, les diplomates et les bailleurs de fonds se sont sans nul doute améliorées. Les avions sont plus confortables, les ordinateurs et les téléphones satellitaires facilitent les communications, les véhicules à quatre roues motrices sont plus fiables et les hôtels plus attentifs à nos besoins. Mais ce confort accru, justement, est trompeur. Si vous observez l’Afrique à partir de ce cocon, vous pouvez très bien avoir l’impression que les choses vont mieux |3|. »

Les gouvernants de cette Afrique dominée et mutilée ne font ainsi qu’exécuter les ordres de la finance internationale. Ils sont implicitement chargés de faire marcher droit leur peuple pour l’insérer dans la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
néolibérale qui règne sans partage sur le monde depuis la chute du mur de Berlin à l’aube des années 1990. Les présidents élus démocratiquement n’échappent pas à la règle. Au Mali, par exemple, où les élections d’Alpha Oumar Konaré en 1992 puis d’Amadou Toumani Touré en 2002 ont été données en modèle à tout le continent, le constat dressé par l’ancienne ministre de la Culture de Konaré, Aminata Traoré, est limpide : « Si le droit de regard et de contrôle que les membres des sociétés civiles africaines voudraient exercer sur leurs dirigeants leur est contesté d’abord par les deux puissantes institutions de Bretton Woods, le torpillage au niveau local est laissé au soin des gouvernants |4|. »

Torpillage récompensé
La corruption est la récompense de ce torpillage. Les puissants tolèrent les détournements à cette fin. Ils les encouragent même, puisque les multinationales installées au Nord ont longtemps pu bénéficier de déductions d’impôts pour les sommes distribuées en dessous de table à des responsables étrangers |5|. La Convention sur la lutte contre la corruption d’agents publics étrangers dans les transactions commerciales internationales n’existe que depuis novembre 1997, et n’est entrée en vigueur en France qu’en septembre 2000 |6|. Il fait guère de doute que le même mécanisme, devenu plus discret, existe toujours, continuant d’alimenter les campagnes électorales au Nord et les comptes secrets dans les paradis fiscaux Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
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Quel président d’un pays industrialisé ignorait que Mobutu était un dictateur corrompu ? Comment penser que le président de la Banque mondiale ou que le directeur général du FMI puisse ignorer que les peuples africains ne profitent en rien des richesses de leur pays ? Pourquoi les chefs d’État africains, dans leur grande majorité, perpétuent-ils le système actuel ? La corruption est-elle le facteur déterminant ? Pourquoi ne refusent-ils pas de rembourser la dette extérieure ? Comment un chef d’État digne de ce nom peut-il accepter de sacrifier à ce point le développement humain dans son pays si ce n’est justement parce qu’il y trouve son compte ?

A l’analyse, force est de constater que tout cela fait système. La dette, la pauvreté et la corruption sont imbriquées. La corruption n’est pas juste un délit commis par quelques brebis égarées dont il suffirait de se débarrasser. Elle est inhérente au système tel qu’il est devenu, qui conduit naturellement à l’accumulation de capitaux par les classes dirigeantes des pays du Sud, puis à leur évaporation en direction du Nord grâce à l’ingénierie des experts financiers et des banques privées. L’argent de la dette est un des principaux moteurs de cette pompe à finances si discrète, mais si efficace. Les dirigeants africains remboursent la dette parce qu’ils ont un intérêt personnel à ce que leur pays continue de rembourser. La corruption est l’huile qui permet au mécanisme de domination actuel de ne pas se gripper. La pauvreté en découle.

L’argument selon lequel l’annulation de la dette profiterait forcément aux dictateurs et aux corrompus en place ne sert qu’à protéger les corrompus : cette annulation couplée à des mesures drastiques de redistribution de la richesse permettrait de financer le développement sans recourir à l’endettement et, sous le strict contrôle des populations locales, de leurs organisations et de leurs parlements, permettrait enfin de lutter efficacement contre la corruption puisqu’elle en couperait le moteur principal. Et, en arrêtant l’hémorragie de capitaux, on lutterait beaucoup plus efficacement contre la pauvreté qu’en instituant des programmes d’aide qui sont juste palliatifs puisqu’ils ne remettent pas en cause les mécanismes qui génèrent la pauvreté.

Corruption, avantage comparatif nigérian…
Quelques chiffres et quelques exemples permettent de mieux appréhender le phénomène. Selon l’ONG Transparency International dans un rapport publié en juillet 2003, « pour le seul continent africain, l’étendue de la corruption se traduit par une ponction de 148 milliards de dollars par an sur l’ensemble de l’économie |7| ». C’est ainsi qu’un tiers du revenu moyen des Kenyans passe dans des dépenses liées à la corruption.

Le cas du Nigeria est emblématique. Premier producteur de pétrole africain, il a été dirigé entre 1993 et 1998 par un dictateur nommé Sani Abacha. Quand il était au pouvoir, Abacha exigeait notamment, lors de la passation des marchés publics, des commissions qui étaient versées sur les comptes d’hommes d’affaires complices à qui il demandait ensuite des versements ou des achats en sa faveur. La lumière se fait peu à peu. La société allemande Ferrostaal est suspectée d’avoir participé au système organisé par Abacha, tout comme la française Dumez, devenue filiale de la multinationale Vinci, qui aurait versé environ 8 millions de dollars. La multinationale états-unienne Halliburton, anciennement dirigée par Dick Cheney (vice-président de George W. Bush) et impliquée dans la reconstruction de l’Irak en 2004, est également soupçonnée de pots-de-vin au profit d’Abacha. Le montant des détournements d’Abacha pendant son passage au pouvoir est estimé à 5 milliards de dollars. Depuis son décès en 1998, des enquêtes ont été diligentées à la demande des autorités nigérianes. En septembre 2000, les autorités suisses ont miraculeusement retrouvé la trace d’environ 700 millions de dollars appartenant à Abacha, qu’elles ont accepté de rendre au Nigeria en plusieurs fois. En même temps, elles ont reconnu un « comportement défaillant » pour 12 banques dont le Crédit suisse et le Crédit Agricole Indosuez |8|. Les autorités britanniques, qui ont reconnu que leurs banques abritaient au moins 1,3 milliard de dollars, refusent pour l’instant de rendre l’argent à son véritable propriétaire : le peuple nigérian. Les sommes effectivement rendues pour le moment par le Royaume-Uni sont dérisoires.

Selon la Commission nigériane de lutte contre les crimes économiques et financiers, l’argent public détourné au Nigeria (y compris les rétro-commissions |9|) et placé à l’étranger est estimé à 170 milliards de dollars |10|. Mais il ne faut pas croire que ceci fut l’apanage du temps d’Abacha. Par exemple, la justice nigériane suspecte la multinationale française Sagem d’avoir versé près d’un million de dollars à sept hauts responsables nigérians en 2001 pour obtenir le marché des cartes d’identité infalsifiables, estimé à 214 millions de dollars.

Ailleurs les exemples ne sont pas vraiment différents… Dans le petit État du Swaziland, où la situation alimentaire est très précaire, le roi Mswati III a dépensé 1,2 million d’euros pour les cérémonies liées à son anniversaire ; il s’est offert la voiture la plus chère du monde, construite par DaimlerChrysler et vendue 500 000 dollars sans compter les accessoires, et a offert une BMW à dix de ses épouses. Cette seule dépense a représenté l’équivalent du salaire journalier de l’ensemble de la population active |11|. De Frederick Chiluba, ancien syndicaliste et ancien président zambien poursuivi par la justice de son pays pour des détournements, à Teodoro Nguema Obiang, fils du président de Guinée équatoriale et ministre d’État chargé des Infrastructures et des Forêts, qui s’est offert la première Rolls Royce du pays, les proches du pouvoir n’hésitent pas à profiter de leur situation pour s’accaparer les richesses de leur pays.

Hémorragie
On pourrait croire que la misère régnant en Afrique peut s’expliquer par le fait qu’elle ne produit pas suffisamment de richesses. Ce n’est absolument pas le cas. Ces richesses existent, mais elles ne restent pas sur le continent noir, elles le quittent sans lui profiter. On estime qu’en 1999, 70 % de la fortune privée nigériane était investie à l’étranger |12|. Selon l’UNECA, la fuite des capitaux est équivalente au PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
de l’Afrique subsaharienne et directement liée à la dette : « D’après des données récentes pour 30 pays, la fuite des capitaux au cours des 27 dernières années [1970-1996] a été d’environ 187 milliards de dollars. La fuite cumulée des capitaux, y compris les intérêts imputés, représentait à la fin de 1996 près de 274 milliards de dollars. L’Angola, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Nigeria et la République démocratique du Congo ont enregistré les fuites de capitaux les plus élevées. [...] D’après les données disponibles, pour chaque dollar emprunté par l’Afrique, près de 80 cents rejoignent la même année les capitaux en fuite, ce qui donne à penser que la dette alimente la fuite des capitaux. De plus, cette fuite augmente chaque année d’environ trois cents pour chaque dollar qui vient s’ajouter au montant de la dette extérieure. On peut en conclure que les pays africains ne bénéficieront à long terme des stratégies d’allégement de la dette, que si celles-ci sont accompagnées de mesures visant à éviter un nouveau cycle d’emprunts à l’étranger et de fuite des capitaux |13|. » Le montant total des capitaux d’origine africaine placés à l’étranger est donc supérieur à la dette extérieure de l’Afrique, estimée par la Banque mondiale à 220 milliards de dollars en 2003 |14|. Cela signifie d’un point de vue global que l’Afrique est créancière vis-à-vis du reste du monde ! C’est un comble pour le continent le plus pauvre, mais finalement l’aboutissement de la logique du capitalisme auquel on a laissé la bride sur le cou…

La fortune privée africaine est colossale à l’échelle du continent. Selon le Rapport sur la richesse dans le monde 2004 |15| des sociétés financières Merrill Lynch et Cap Gemini, sur les 7,7 millions de millionnaires en dollars que comptait le monde en 2003, 100 000 sont de riches Africains et le montant total de leurs actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
financiers est estimé à 600 milliards de dollars. C’est le triple de la dette extérieure publique africaine. Un impôt exceptionnel sur cette fortune serait parfaitement complémentaire de l’annulation totale de la dette extérieure publique…

Le schéma est donc en réalité le suivant : par l’exploitation de leurs compatriotes et des ressources naturelles du continent, une faible minorité d’Africains s’enrichit et place son argent au Nord. Les économistes du monde entier ont alors beau jeu de déplorer l’épargne insuffisante sur le continent, ce qui empêche tout développement financé par l’Afrique elle-même. Le recours qu’ils proposent est alors l’endettement extérieur, qu’ils érigent en mécanisme central de financement pour l’Afrique. Bien sûr, le remboursement de cette dette extérieure devient ensuite une priorité pour les créanciers dont les intérêts sont défendus par le FMI et la Banque mondiale. Quand un pays est sous contrôle du FMI, les investisseurs internationaux (parmi lesquels les riches Africains) acceptent alors de lui prêter. Par leur travail de chaque jour, les populations permettent à l’État de rembourser, participant alors à l’enrichissement des créanciers et à l’accélération de la paupérisation sur place. Pour lutter contre la pauvreté, les experts autoproclamés, Banque mondiale et FMI en tête, font donc totalement fausse route, puisqu’ils cherchent à financer le développement en Afrique avec des capitaux étrangers, parmi lesquels ceux captés par les élites africaines et placés à l’étranger. La seule solution juste pour le développement de l’Afrique est une véritable redistribution des richesses produites sur le continent. L’hémorragie de capitaux actuelle constitue bien une trahison financière de l’Afrique par les riches Africains.

Une baisse irrégulière des cours
La trahison commerciale, quant à elle, s’illustre par des règles commerciales inégales et des cours des matières premières très bas. La tendance à la baisse a été accentuée par les programmes d’ajustement structurel Ajustement structurel Politique économique imposée par le FMI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts. , qui ont accru la vulnérabilité économique, notamment en démantelant les systèmes de protection de l’économie locale et de régulation des cours. Selon la Cnuced Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement
CNUCED
Elle a été créée en 1964, sous la pression des pays en voie de développement pour faire contrepoids au GATT (prédécesseur de l’OMC).
Site web : http://www.unctad.org
 : « Le libre-jeu des forces du marché associé à la libéralisation et à la déréglementation des prix a été promu en tant que mécanisme garantissant la répartition la plus efficace des ressources et des gains socioéconomiques. Le concept de stabilisation internationale des prix des produits de base a ainsi été sévèrement battu en brèche |16|. »

C’est ainsi qu’entre 1997, année de la grave crise économique survenue en Asie du Sud-Est, et 2001, les cours ont chuté en moyenne « de 53 % en valeur réelle [...]. Cela signifie que les produits de base ont perdu plus de la moitié de leur pouvoir d’achat par rapport aux articles manufacturés |17| ». Les chiffres de la Cnuced permettent d’ailleurs d’affirmer que l’Afrique subsaharienne est particulièrement dépendante de ces produits de base, fournissant 4,5 % des exportations mondiales de biens primaires, mais seulement 0,6 % de celles de biens manufacturés. L’instabilité des économies s’en trouve multipliée car les cours sur le marché mondial peuvent varier brutalement : « Pour l’Afrique plus que pour aucune autre région en développement, le fait de dépendre très largement des produits de base pour ses recettes d’exportation signifie que le continent demeure vulnérable aux aléas du marché et aux conditions météorologiques. L’instabilité des prix, principalement due à des variations brutales de la production et de l’offre, la baisse séculaire des prix réels des produits de base et son corollaire, la dégradation des termes de l’échange, ont été lourds de conséquences en termes de manque à gagner, d’endettement, d’investissement, de pauvreté et de développement |18|. » Les risques sont encore plus grands avec la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
financière qui s’est récemment déchaînée sur les marchés des matières premières : en effet, « en deux ans le poids des fonds communs de placement américains qui investissent sur les index des matières premières a été multiplié par vingt |19| »…

Un arabica très noir

Prenons l’exemple du café, production très importante en Afrique de l’Est. L’analyse dressée par Radio France Internationale (RFI) est éclairante sur l’abandon des producteurs de café suite à la libéralisation économique exigée par les institutions internationales et les dirigeants des pays les plus industrialisés : « Les prix du café à leur plus haut niveau depuis trois ans au mois de juin dernier. C’est le constat du Directeur exécutif de l’Organisation internationale du café Nestor Osorio dans son rapport mensuel. Les producteurs pourraient crier victoire et sabrer le champagne si les prix ne venaient pas de si bas. Il y a trois ans, les cours mondiaux du café étaient en effet à leur plus bas niveau historique et semaient la désolation dans les plantations en Afrique comme en Asie ou en Amérique latine. Depuis, le redressement est certain. Mais il est insuffisant pour garantir à tous les planteurs un revenu décent. Les seuls à s’en tirer correctement sont les grands torréfacteurs dont la part du gâteau n’a cessé de grossir. Depuis 1989 et la fin des accords internationaux qui limitaient les quantités exportables et stabilisaient les cours, la part du prix du café qui revient aux planteurs n’a cessé de décroître au profit des mammouths de la torréfaction, les Nestlé, Kraft, Sara Lee. Depuis quinze ans, il y a donc un transfert de richesses des pays producteurs, des pays du tiers monde vers les pays industrialisés. Pourtant, les mesures proposées par la communauté internationale pour y remédier sont homéopathiques. On essaie ici ou là d’apprendre à des paysans analphabètes comment spéculer sur le marché mondial. Ailleurs, on les pousse à abandonner le café pour des cultures aux débouchés des plus incertains. Il est admis que rien ne peut être fait qui aurait un impact immédiat et permettrait un redressement des cours. C’est la résignation générale. Les politiques ont oublié le mot volonté |20|. »

What ? Ouate…
En plus du cours des matières premières dérisoirement bas, des règles injustes sont imposées par les grandes puissances commerciales. Certaines sont dues à l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
de l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site : http://www.wto.org/indexfr.htm
, créée en 1995, qui impose partout où elle le peut des politiques de dérégulation économique forcenée, privant les pays en développement des quelques outils de protection de leur économie (comme par exemple les caisses de stabilisation des prix de certaines matières premières) qu’ils étaient parvenus à mettre en place. Les autres découlent de décisions unilatérales prises par les pays riches, qui subventionnent massivement leur agriculture (environ 300 milliards de dollars par an) et qui interdisent aux pays pauvres de faire de même. Toutes ces règles iniques ont été d’ailleurs dénoncées avec force lors du sommet de Cancun (Mexique) en septembre 2003, provoquant son échec.

Regardons l’exemple du coton, qui, pour plus de 10 millions de personnes en Afrique de l’Ouest, est la principale ressource de subsistance. Quatre pays africains dépendants de leur production de coton (Mali, Burkina Faso, Tchad, Bénin) ont décidé de prendre l’offensive dans ce secteur en dénonçant auprès de l’OMC les subventions des États-Unis et de l’Union européenne à leurs producteurs.

Le coton africain coûte moins cher à produire que le coton des États-Unis. A priori, on pourrait penser que le coton africain s’impose sur le marché mondial libéralisé et que le secteur du coton états-unien souffre… Mais près de quatre milliards de dollars de subventions annuelles de la part du gouvernement des États-Unis à ses producteurs (sans compter les subventions européennes aux planteurs espagnols et grecs, de l’ordre d’un milliard de dollars) ont maintenu les cours du coton artificiellement bas, et le coton africain, de haute qualité, doit être bradé... En 2002, le Brésil a porté plainte contre les États-Unis devant l’Organe de règlement des différends (ORD), sorte de tribunal de l’OMC. Le 18 juin 2004, l’ORD a jugé les subventions états-uniennes au coton illégales, et les États-Unis ont encore perdu en appel en mars 2005. Le risque est grand que la solution qui en sortira soit négociée entre le Brésil et les États-Unis, sans que les pays africains ne puissent peser dessus puisqu’ils ne sont que participants tiers dans le cadre de cette plainte.

Selon la Cnuced, « la perte de parts de marché pour le coton et le sucre est largement due au niveau élevé des subventions et du soutien interne accordés à des producteurs moins concurrentiels aux États-Unis et en Europe. Les États-Unis sont le premier exportateur mondial de coton du fait de l’ampleur considérable des subventions versées, qui s’élevaient à 3,9 milliards de dollars en 2001-2002, soit un montant qui était le double de celui atteint en 1992 et qui dépassait de 1 milliard de dollars la valeur de la production totale de coton des États-Unis pour la campagne considérée sur la base des prix mondiaux. Toutefois, selon les estimations du Comité consultatif international du coton (CCIC), le coût de production d’une livre de coton est de 0,21 dollar au Burkina Faso contre 0,73 dollar aux États-Unis. Il s’ensuit que les prix sur le marché auraient pu être supérieurs de 70 % environ en l’absence de soutien public de l’industrie du coton en 2001-2002. […] La Banque mondiale estime qu’en 2002 le prix du coton sur le marché mondial aurait été de plus de 25 % supérieur sans les aides directes versées par les États-Unis à leurs producteurs nationaux. En outre, de nombreuses estimations indiquent qu’en 2002 les subventions versées par les États-Unis et l’UE à leurs producteurs de coton ont causé un manque à gagner d’environ 300 millions de dollars pour l’Afrique dans son ensemble, soit davantage que l’allégement total de la dette (230 millions de dollars) de neuf pays exportateurs de coton très endettés d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, approuvé cette même année par la Banque mondiale et le FMI |21|. » Le coton des 25 000 gros planteurs des États-Unis est donc subventionné à plus de 100 %, pendant que les pays africains producteurs d’or blanc s’enfoncent dans la misère…

Des marchés inaccessibles
Toujours dans son rapport 2003 sur Le développement économique en Afrique, la Cnuced évoque le problème de l’accès des produits africains aux marchés du Nord. Elle note que le système en place favorise l’exportation par le Sud de produits bruts, non transformés, le privant ainsi de la majeure partie de la valeur ajoutée. Là aussi, les règles élaborées profitent aux grandes entités commerciales du Nord : « L’accès aux marchés demeure problématique [...]. Pour ce qui est du cacao, les droits de douane frappant les produits bruts, intermédiaires et [finis] sont, respectivement, de 0,5 %, 9,7 % et 30,6 % dans l’UE, et de 0 %, 0,2 % et 15,3 % aux États-Unis. [...] Le prix payé par le consommateur final est « déconnecté » du prix perçu par le producteur du fait de l’ampleur des marges de profit des intermédiaires aux étapes supérieures de la chaîne de valeur. [...] Tandis que les producteurs africains voyaient leurs revenus diminuer, les entreprises et les négociants situés aux maillons supérieurs de la chaîne de valeur engrangeaient d’appréciables bénéfices. Selon l’Organisation internationale du café (COI), par exemple, au début des années 90, les recettes des pays producteurs de café étaient comprises entre 10 et 12 milliards de dollars, tandis que la valeur des ventes au détail était d’environ 30 milliards de dollars. Aujourd’hui, cette valeur est de 70 milliards de dollars, dont les producteurs ne perçoivent que 5,5 milliards. [...] Une analyse de la chaîne de valeur du marché du café révèle que, depuis 1985, les agents économiques situés dans les pays importateurs accaparent une proportion croissante des revenus totaux de la chaîne. La répartition asymétrique du pouvoir dans cette chaîne de valeur explique l’inégalité de la répartition de ces revenus |22|. »

Le caractère systémique du problème est alors identifié : « En ce qui concerne les pays africains, pour lesquels les exportations de produits de base représentent bien au-delà de 70 % de leurs recettes en devises, le problème est devenu essentiellement un problème de développement. [...] La persistance des problèmes posés par la dépendance à l’égard des produits de base au cours des trois dernières décennies montre que les marchés n’ont pas été capables de résoudre ces problèmes et qu’il ne faut pas compter qu’ils le puissent. On pourrait aussi avancer que l’appui limité de la communauté internationale aux systèmes traditionnels de soutien et de stabilisation des prix a été pour beaucoup dans cet échec. Il est donc grand temps que la communauté internationale s’attaque clairement au problème des produits de base dans tous ses aspects en explorant méthodiquement tous les moyens susceptibles d’être mis en œuvre pour le résoudre |23|. » Par exemple, en remettant en cause l’interdiction de toute forme de protectionnisme et en refusant la logique de dérégulation forcée de l’OMC…

Dans cette optique, il faut se méfier des demandes d’ouverture des marchés du Nord aux produits du Sud, qui finalement ne font qu’exiger encore plus de dérégulation pour l’économie mondiale. Le sommet de l’OMC à Cancun en septembre 2003 a échoué car des pays émergents Pays émergents Les pays émergents désignent la vingtaine de pays en développement ayant accès aux marchés financiers. (Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud, etc.), regroupés au sein du fameux G20 G20 G20 : Le Groupe des vingt (G20) est un groupe composé de dix-neuf pays et de l’Union européenne dont les ministres, les chefs de banques centrales et les chefs d’État se réunissent régulièrement. Il a été créé en 1999, après la succession de crises financières dans les années 1990. Il vise à favoriser la concertation internationale, en intégrant le principe d’un dialogue élargi compte tenu du poids économique croissant pris par un certain nombre de pays. Sont membres : Allemagne, Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie, l’Union européenne (représentée par le Président du conseil et celui de la Banque centrale européenne). , ont exigé une ouverture commerciale pour leurs produits qu’ils n’ont pas obtenue. Mais cette revendication du G20 va dans le sens d’une plus grande libéralisation ! Au contraire, exiger la possibilité pour les pays du Sud de protéger leurs producteurs, notamment pour leur permettre d’approvisionner le marché national, ainsi que le marché régional dans le cadre d’accords économiques régionaux |24|, enclenche un processus inverse qui permet d’éviter l’impasse actuelle. Il est essentiel de faire valoir les complémentarités possibles entre les pays du continent d’une part, entre eux et les autres régions du monde d’autre part. Pourquoi ne pas imaginer des prix préférentiels pour des pays proches sur des produits particuliers, et des tarifs plus élevés envers les grandes puissances ?

OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
 : Officiels garantis manipulables…
Un autre angle d’attaque des multinationales du Nord concerne les organismes génétiquement modifiés (OGM) |25|. Depuis plusieurs années, le secteur des biotechnologies tente de promouvoir ses produits sur le continent africain. On connaît l’enjeu colossal des OGM, qui permettent à la société détentrice du brevet de revendre chaque année aux paysans les semences de la plante ainsi que les pesticides et herbicides chimiques auxquels elle résiste. La plante devient alors une éponge à produits chimiques nocifs, et le paysan n’a pas le droit de replanter des graines issues de la récolte précédente, seule la société qui a fait breveter l’OGM en question peut les lui fournir. Les agriculteurs et les consommateurs ne sont pas favorables à ce procédé qui soumet les uns à la rapacité des multinationales et expose les autres à des risques sanitaires qui ont été très insuffisamment étudiés. Mais les profits espérés sont tels pour le secteur des biotechnologies, la multinationale états-unienne Monsanto en tête, qu’il cherche à les introduire dans toutes les régions possibles. Une fois plantés, les OGM peuvent se répandre à des dizaines de kilomètres alentour et contaminer des plantes saines, empêchant par exemple toute agriculture biologique dans les environs. Une vraie traînée de poudre… En 2004, le soja, le maïs, le coton sont les plantes les plus concernées par les manipulations génétiques, et des pays comme les États-Unis, le Canada, l’Argentine, la Chine (à un degré moindre le Brésil et l’Afrique du Sud) en sont devenus de grands producteurs. L’Union européenne a résisté, mais est sur le point de plier prochainement. L’offensive a eu lieu également en Afrique.

En 2002, suite à une période de famine en Afrique australe, les États-Unis ont proposé, via le Programme alimentaire mondial (PAM), une aide à six pays sous forme de maïs génétiquement modifié. Ils ont délibérément choisi un moment où ces pays étaient en position de faiblesse pour frapper fort. Le Swaziland, le Lesotho et le Malawi ont accepté ; le Mozambique et le Zimbabwe ont demandé de recevoir le maïs sous forme de farine pour qu’il soit impossible de le planter. Un seul pays a eu le courage de dire absolument non : la Zambie. Son président, Levy Mwanawasa, a choisi d’affirmer : « Nous préférons mourir de faim que de consommer quelque chose de toxique |26| ». Sa fermeté a payé puisqu’il a pu recevoir du maïs non-OGM ! Derrière l’argument sanitaire, il y avait aussi la volonté pour lui de rester présent sur le marché européen où un moratoire Moratoire Situation dans laquelle une dette est gelée par le créancier, qui renonce à en exiger le paiement dans les délais convenus. Cependant, durant la période de moratoire, les intérêts continuent de courir. Un moratoire peut également être décidé par le débiteur, comme ce fut le cas de la Russie en 1998 et de l’Équateur en 1999. sur les OGM existait. Cette année-là également, le Bénin a décidé un moratoire de 5 ans sur les OGM. Pendant ce temps, Monsanto se permettait de financer des juristes africains pour qu’ils préparent des lois favorables aux OGM… Chacun fourbit ses armes pour le combat qui s’annonce.

En avril 2004, le Soudan, à son tour, a refusé l’aide alimentaire des États-Unis à cause de la présence d’OGM, et l’Angola a posé comme condition que les céréales soient moulues avant leur entrée, suscitant la colère des responsables du PAM. Le mois suivant, la Zambie réitérait son refus, arguant que les promoteurs des OGM devaient démontrer leur innocuité, ce qu’ils n’avaient pas fait. Mais le Nigeria a accepté de se lancer dans un projet biotechnologique, avec l’aide d’un prêt de 2,1 millions de dollars de la part des États-Unis |27|.

Les États-Unis ont alors repris leur offensive avec un nouvel allié sur le continent africain : le Burkina Faso |28|. Depuis 2003, Monsanto et la firme suisse Syngenta mènent des expériences de coton transgénique dans le pays dirigé par Blaise Compaoré. En juin 2004, les États-Unis ont organisé à Ouagadougou une « Conférence ministérielle inter-africaine sur l’exploitation de la science et de la technologie pour accroître la productivité agricole en Afrique », regroupant quinze pays d’Afrique de l’Ouest afin de les convaincre. Même s’ils se sont montrés prudents, les chefs d’États malien, ghanéen et nigérien se sont déclarés favorables aux OGM. Malgré des oppositions résolues au sein des mouvements sociaux, le ministre burkinabè de l’Agriculture, Salif Diallo, a même lancé : « Si nous devons manger les OGM et mourir dans 20 ans, on le fera |29| ». Le choix ainsi proposé entre famine et OGM est vicieux : il est tout à fait possible de lutter contre la faim en remédiant à l’inégalité de répartition de la production et en augmentant la productivité agricole en Afrique sans en passer par les biotechnologies. Le point fondamental est en fait celui de la souveraineté alimentaire. Au contraire, les OGM annoncent une nouvelle dépendance pour l’Afrique de l’Ouest, puisque les paysans ne peuvent pas utiliser librement les semences d’une récolte sur l’autre, et deviennent de ce fait totalement soumis à la firme qui les leur vend.

L’instrument pour obtenir cette dépendance supplémentaire est tout trouvé. Selon le sous-secrétaire d’État des États-Unis chargé de l’Agriculture à l’étranger, John Penn (qui était présent à Ouagadougou), « tout rejet de produits issus de la biotechnologie est une violation des règles de l’OMC |30| ». On voit d’autant mieux l’intérêt de mettre l’OMC hors d’état de nuire…

Migrer, pour échapper à la misère
Par ailleurs, l’horreur économique vécue par l’Afrique depuis les années 1980 a constitué pour les populations du Sud une profonde incitation à fuir : par nécessité, pour la survie même de familles entières. La preuve de la motivation économique de ces migrations est donnée par un chiffre de la Banque mondiale : celui des sommes envoyées chaque année par les migrants africains vers leur pays d’origine. En 2003, il s’élevait à 4,1 milliards de dollars, montant colossal pour tous ces travailleurs économisant patiemment chaque sou. Encore ce montant n’inclut-il que les transferts officiels via une entreprise de transfert de fonds, les transferts informels étant estimés supérieurs à ceux-ci. Selon la Banque mondiale en avril 2004, tous ces transferts des migrants sont devenus « une source majeure de financement externe du développement pour beaucoup de pays en développement |31| ». Contrairement à l’aide publique au développement (APD APD On appelle aide publique au développement les dons ou les prêts consentis à des conditions financières privilégiées accordés par des organismes publics de pays industrialisés. Il suffit donc qu’un prêt soit consenti à un taux inférieur à celui du marché (prêt concessionnel) pour qu’il soit considéré comme une aide, même s’il est ensuite remboursé jusqu’au dernier centime par le pays bénéficiaire. Les prêts bilatéraux liés (qui obligent le pays bénéficiaire à acheter des produits ou des services au pays prêteur) et les annulations de dette font aussi partie de l’APD.

Outre l’aide alimentaire, on peut distinguer trois grands types d’utilisation des fonds ainsi dégagés :le développement rural, les infrastructures, l’aide hors projet (financement des déficits budgétaires ou de la balance des paiements). C’est ce dernier poste qui augmente le plus. Cette aide est « conditionnée » par la réduction du déficit public, la privatisation, la bonne conduite écologique, l’attention aux plus pauvres, la démocratisation, etc. Toutes ces conditions sont définies par les principaux gouvernements du Nord et le couple Banque mondiale/FMI. Cette aide passe par trois canaux : l’aide multilatérale, l’aide bilatérale et les ONG.
) qui inclut aussi bien les salaires des coopérants du Nord que les voyages et missions des experts, cette somme arrive intégralement sur place (si l’on soustrait tout de même les frais de transfert prélevés par des organismes comme Western Union, de l’ordre de 20 % du total pour de petites sommes et environ 8 % pour un montant de l’ordre de 400 euros).

Loin de favoriser la liberté de circulation et d’installation de ces migrants qui joue un rôle essentiel dans l’économie des pays du Sud, les pays du Nord, et en tout premier lieu ceux de l’Union européenne, ont mis en place des politiques d’immigration à la fois restrictives (contrôles aux frontières, répression) et utilitaristes. Il convenait en effet de choisir les « bons » étrangers : schématiquement, on favorise la venue au Nord des médecins, des ingénieurs et des informaticiens, on accepte même de financer une partie de leurs études supérieures si nécessaire (qu’on compte alors dans l’aide publique au développement, comme le font la France, l’Allemagne, l’Autriche et le Canada), mais on refuse fermement ceux qui n’ont que leurs bras et leur détresse à faire valoir. C’est ainsi que sur les 600 médecins formés en Zambie depuis l’indépendance en 1964, 50 seulement ont continué à exercer dans le pays. Dans le même ordre d’idées, il y a davantage de médecins malawites qui exercent dans la ville anglaise de Manchester qu’au Malawi même |32|. Seuls les cerveaux du Sud ont le droit de fuir.

Un rapport de l’Unesco publié en 2004 fut consacré à la fuite des compétences en Afrique : « d’une part les pays en développement, avec des ressources de plus en plus réduites forment des cadres qui vont aller travailler dans les pays développés, d’autre part les diplômés nationaux restés sur place sont confrontés au chômage alors que des projets, financés par des partenaires au développement, recrutent, à grands frais, des expatriés pour ces projets ! A titre d’exemple on peut évoquer la situation décrite, par le Programme des Nations Unies pour le développement PNUD
Programme des Nations unies pour le développement
Créé en 1965 et basé à New York, le PNUD est le principal organe d’assistance technique de l’ONU. Il aide - sans restriction politique - les pays en développement à se doter de services administratifs et techniques de base, forme des cadres, cherche à répondre à certains besoins essentiels des populations, prend l’initiative de programmes de coopération régionale, et coordonne, en principe, les activités sur place de l’ensemble des programmes opérationnels des Nations unies. Le PNUD s’appuie généralement sur un savoir-faire et des techniques occidentales, mais parmi son contingent d’experts, un tiers est originaire du Tiers-Monde. Le PNUD publie annuellement un Rapport sur le développement humain qui classe notamment les pays selon l’Indicateur de développement humain (IDH).
Site : http://www.undp.org
(PNUD) au Burkina Faso, où 800 experts internationaux travaillent alors qu’un nombre plus élevé de nationaux diplômés sont au chômage |33|
. »

Depuis 1992, les accords de coopération intègrent des clauses de contrôle des migrations par le pays du Sud lui-même, comme sa participation à la gestion des flux migratoires, des contrôles renforcés aux frontières, ou le principe de réadmission sur son territoire des citoyens de ce pays qui seraient tout de même parvenus en Europe. Une des portes de sortie d’Afrique vers l’Europe est la Libye. Depuis le revirement pro-occidental du colonel Kadhafi, l’Italie a incité l’Europe à lever son embargo sur les armes à destination de la Libye, ce qu’elle a obtenu le 11 octobre 2004, afin de pouvoir coopérer militairement |34|. L’Italie, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont ensuite émis le souhait de créer en Libye des camps qui serviraient sans doute à sélectionner les Africains candidats à l’exil et à en bloquer le plus grand nombre avant leur traversée de la Méditerranée. Pour sa part, en 2004 toujours, la Libye a accepté de contrôler sévèrement ses frontières et de procéder au retour des migrants d’Afrique subsaharienne dans leur pays d’origine. Des charters vers l’Afrique subsaharienne ont été affrétés, rapatriant environ 40 000 clandestins en quelques mois |35|. L’Europe fait donc faire maintenant le travail de gardiennage à des pays africains. L’aide et la dette autorisent toutes les dérives. La dette, par l’hémorragie de capitaux qu’elle induit, constitue l’obstacle principal à la satisfaction des besoins humains fondamentaux, et explique donc les flux migratoires de « réfugiés économiques » des pays en développement vers les pays les plus industrialisés.

Afin de remédier à ces profonds dysfonctionnements, les Nations unies ont rédigé une Convention sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille |36|. Entrée en vigueur le 1er juillet 2003, elle a fait l’objet, en avril 2005, de 28 ratifications. Mais parmi ces 28 pays engagés pour la protection des migrants, ne figure aucun pays parmi les plus industrialisés |37|.

Trahison financière des riches Africains qui détournent des sommes considérables et les placent loin du continent, trahison commerciale des grandes puissances qui manipulent les cours des matières premières et qui imposent via l’OMC une dérégulation forcenée, trahison environnementale pour un Sud transformé en poubelle et désormais au coeur de la bataille des OGM promus avec vigueur par les multinationales de l’agro-business, trahison humaine à travers le sort réservé à des migrants qui tentent juste d’échapper à la misère, la liste est bien longue. Cette trahison multiforme des peuples africains est absolument constitutive de la situation actuelle du continent noir. Il est essentiel de mettre hors d’état de nuire ceux qui en portent la responsabilité.


Notes

|1| Voir www.survie-france.org

|2| Lors de la mascarade électorale de juin 2003, Jacques Chirac avait d’ailleurs félicité Eyadema pour sa réélection avant même la proclamation officielle des résultats…

|3| Cité par Jeune Afrique/L’Intelligent, 1er février 2004.

|4| Traoré Aminata, Le Viol de l’imaginaire, Actes Sud/Fayard, 2002.

|5| Voir Abramovici Pierre, « Les jeux dispendieux de la corruption mondiale », Le Monde diplomatique, novembre 2000.

|6| Voir le site de l’OCDE : www.oecd.org

|7| Cité par Libération, 4 juillet 2003.

|8| Le Monde, 6 septembre 2000.

|9| Commissions qui reviennent dans le pays où la société qui verse cette commission a son siège.

|10| Libération, 3 août 2004.

|11| Jeune Afrique/L’Intelligent, 17 avril 2005.

|12| Jeune Afrique/L’Intelligent, 25 juillet 2004.

|13| UNECA, Rapport économique sur l’Afrique 2003. Voir aussi : Boyce James K., Ndikumana Léonce, Is Africa a Net Creditor ? : New Estimates of Capital Flight from Severely Indebted Sub-Saharan African Countries, 1970-1996, Working Papers from Political Economy Research Institute, University of Massachusetts, 2000, www.umass.edu

|14| Banque mondiale, Global Development Finance 2004.

|15| www.ml.com

|16| Cnuced, Le développement économique en Afrique. Résultats commerciaux et dépendance à l’égard des produits de base, 2003.

|17| Cnuced, op. cit.

|18| Cnuced, op. cit.

|19| Chiffre donné par la banque Barclays à Londres et cité par RFI, 12 janvier 2005.

|20| RFI, Chronique des matières premières, 19 juillet 2004.

|21| Cnuced, op. cit.

|22| Cnuced, op. cit.

|23| Cnuced, op. cit.

|24| Comme l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), etc.

|25| Voir www.infogm.org

|26| Libération, 22 août 2002.

|27| Voir www.ictsd.org

|28| Voir www.ictsd.org

|29| Dépêche AFP, « Conférence sur les OGM à Ouagadougou : le gouvernement américain « satisfait » », 24 juin 2004, voir www.agripress.be

|30| Dépêche AFP, ibid.

|31| Banque mondiale, Global Development Finance 2004.

|32| Le Gri-gri international, 9 décembre 2004.

|33| Unesco, La fuite des compétences en Afrique francophone. État des lieux, problèmes et approches de solutions, 2004.

|34| RFI, 12 octobre 2004, www.rfi.fr

|35| Jeune Afrique/L’Intelligent, 24 octobre 2004.

|36| Voir www.unhchr.ch

|37| Voir www.december18.net

Auteur.e

Damien Millet

professeur de mathématiques en classes préparatoires scientifiques à Orléans, porte-parole du CADTM France (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde), auteur de L’Afrique sans dette (CADTM-Syllepse, 2005), co-auteur avec Frédéric Chauvreau des bandes dessinées Dette odieuse (CADTM-Syllepse, 2006) et Le système Dette (CADTM-Syllepse, 2009), co-auteur avec Eric Toussaint du livre Les tsunamis de la dette (CADTM-Syllepse, 2005), co-auteur avec François Mauger de La Jamaïque dans l’étau du FMI (L’esprit frappeur, 2004).


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