L’accaparement

4 novembre 2011 par Sékou Diarra , Gautier Demouveaux


Entretien. Sékou Diarra est président de la CAD-Mali (la coalition des alternatives africaines, dette et développement), à l’initiative du « Forum des peuples » qui s’est tenu du 31 octobre au 3 novembre à Niono. Un contre-G20 africain où la question de l’accaparement des terres était centrale.

Beaucoup d’investisseurs étrangers s’intéressent aux terres agricoles du Mali depuis 2004. La tendance s’est-elle poursuivie ?

Oui. De plus en plus de paysans sont victimes d’une véritable dépossession de leurs terres. La situation n’est pas propre au Mali, mais concerne tout le continent africain. Selon la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, 60 millions d’hectares sont en train d’être cédés à des investisseurs étrangers, des États ou des multinationales, par la voie de baux d’une durée pouvant atteindre jusqu’à 99 ans.

Vous dénoncez « ce qui se cache derrière les contrats ». De quoi s’agit-il ?

Malheureusement, ces contrats sont très rarement négociés de façon transparente avec les ruraux, qui sont les premières victimes. Ils sont très flous et ne comprennent pas les prix de location, les contreparties (construction de routes, d’écoles, d’hôpitaux, etc.) ou les compensations. C’est inacceptable. Car ici, sans terre, un paysan n’est rien !

Quelles solutions proposer ?

La réponse ne doit pas être entre les mains des industries agroalimentaires ou de ceux qui investissent dans les agrocarburants. Pour sortir de l’insécurité alimentaire, il faut mettre le paysan dans son rôle, car c’est à lui que revient la tâche de nous nourrir. Pour cela, il faut sortir de la logique du désinvestissement des agricultures paysannes et les revaloriser. Avec des politiques publiques de soutien fortes comme fers de lance.

Gautier Demouveaux, au Mali




Sékou Diarra

ex-président de la CAD Mali (la Coalition des Alternatives africaines « Dette et Développement » - membre du réseau CADTM).
Sekou Diarra est diplômé en politique économique et sociale, Membre du Collectif de Soutien de l’Association malienne des expulsés (AME).