L’avenir de l’alimentation mondiale sous l’emprise des multinationales aux Nations unies

Communiqué de presse de La Via Campesina, ETC et GRAIN

19 février par La Via Campesina , GRAIN , ETC

CC - Flickr - Presidencia de la República Mexicana

L’avenir de l’alimentation mondiale sous l’emprise des multinationales aux Nations unies : Plus de 100 organisations de la société civile tirent la sonnette d’alarme à l’ouverture de la réunion de la FAO sur les biotechnologies

(Rome, lundi 15 février 2016) Juste au moment où les entreprises de biotechnologie qui fabriquent les semences transgéniques renforcent leur contrôle du commerce mondial, la FAO leur offre une tribune pour appuyer leur vision. A l’ouverture aujourd’hui du symposium international de trois jours sur les biotechnologies agricoles organisé par la FAO (organisations des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) à Rome, plus de 100 organisations de la société civile et du mouvement social de quatre continents ont publié une déclaration qui dénonce à la fois la substance et la structure de la réunion, qui semble être une nouvelle tentative des multinationales agroalimentaires de diriger les politiques de l’agence des Nations unies vers le soutien aux cultures et au bétail génétiquement modifiés.

La déclaration et la liste des signataires peuvent être téléchargés ici.

Le mouvement paysan international La Via Campesina a invité les organisations de la société civile à signer cette déclaration en réaction au programme du symposium. Deux des principaux orateurs de FAO sont des partisans connus des OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
. L’agenda et les événements parallèles de ces trois jours intègrent des orateurs de l’Organisation de l’industrie des biotechnologies (un groupe commercial de biotechnologie des Etats-Unis), Crop Life International (l’association commerciale d’agrochimie mondiale), Dupont (l’une des plus grandes entreprises transnationales de semences biotechnologiques) et CEVA (une grande entreprise de produits vétérinaires) entre autres. Parmi le 80 orateurs invités par la FAO un seul est ouvertement critique des OGM. Pire, l’un des deux orateurs à la session d’ouverture est un ancien assistant du directeur général de la FAO qui a milité pour ce qu’on appelle semences Terminator (les semences OGM programmées pour mourir au moment de la récolte obligeant les agriculteurs à acheter de nouvelles semences à chaque saison), en opposition avec les déclarations publiques de FAO. Le discours du second orateur est intitulé « Vers la fin du débat international déplacé sur la biotechnologie », laissant entendre que le symposium de la FAO doit être le moment pour taire la critique sur la biotechnologie.

En convoquant ce symposium biaisé, la FAO cède à la pression de l’industrie qui s’est intensifiée à la suite des réunions internationales sur l’agro-écologie organisées par la FAO en 2014 et 2015. Les réunions sur l’agro-écologie ont été un modèle d’ouverture à tous les points de vue, des paysans jusqu’à l’industrie. Mais l’industrie de la biotechnologie préfère maintenant avoir une réunion qu’elle peut contrôler entièrement. Ce n’est pas la première fois que la FAO est noyée dans ce jeu. En 2010, la FAO a organisé une conférence sur la biotechnologie à Guadalajara, au Mexique, qui a interdit aux agriculteurs de participer à son comité d’organisation, puis a essayé d’empêcher leur participation à la conférence elle-même.

« Nous sommes alarmés par le fait que la FAO, une fois de plus, sert de couverture aux entreprises, au moment même où ces entreprises parlent de fusions entre elles afin de concentrer le secteur commercial des semences dans peu de mains », dénoncent la société civile.

Il est clair, d’après la déclaration de la société civile, que l’industrie veut utiliser la FAO pour relancer son faux message selon lequel les cultures modifiées peuvent nourrir le monde et refroidir la planète, alors que la réalité est que rien n’a changé du côté de la biotechnologie. Les OGM ne nourrissent pas le monde, ils sont utilisés dans une poignée de pays sur les plantations industrielles pour les agro-carburants et les aliments pour animaux, ils augmentent l’utilisation des pesticides et ils privent les agriculteurs de leurs terres. Les entreprises transnationales de biotechnologie cherchent à breveter toute la biodiversité de la planète, ce qui montre que l’intérêt principal est de faire des profits énormes et non de garantir la sécurité et la souveraineté alimentaires. Le système alimentaire industriel que ces entreprises promeuvent est également l’un des principaux moteurs du changement climatique. Face au rejet des OGM par de nombreux consommateurs et producteurs, l’industrie invente maintenant de nouvelles et dangereuses techniques de modification génétique des plantes, sans les appeler OGM. En faisant cela, elle tente de contourner les réglementations actuelles sur les OGM pour tromper les consommateurs et les agriculteurs.

D’après la déclaration de la société civile, les activités de l’agro-écologie sont très proches de la manière dont FAO devrait agir, c’est-à-dire « comme un centre d’échange de connaissances, sans un agenda caché de la part de certains ». Pourquoi la FAO se limite-t-elle encore à la biotechnologie des multinationales et nie l’existence des technologies paysannes ? La FAO doit soutenir les technologies paysannes, qui offrent les solutions les plus innovantes, libres et efficaces pour mettre fin à la famine et à la malnutrition. Il est temps de cesser de soutenir un programme d’entreprise restrictif, affirme la société civile. « La grande majorité des agriculteurs du monde sont paysannes et paysans, et ce sont ces derniers qui nourrissent le monde. Nous avons besoin de technologies émanant des paysans, et non des biotechnologies des multinationales. »

Selon Guy Kastler de La Via Campesina, « Il est temps que la FAO mette un terme immédiat à la bio-piraterie et à tout soutien aux technologies de modification génétique dont la seule finalité est de permettre à une poignée de multinationales de breveter et de s’approprier la totalité de la biodiversité cultivée existante. LA FAO doit au contraire appuyer les organisations paysannes et les chercheurs qui s’impliquent dans les programmes de sélections paysannes collaboratives au service de la souveraineté alimentaire et l’agro-écologie paysanne. »


Contact à Rome :

Guy Kastler et d’autres leaders de Via Campesina
Numéro de téléphone : + 39 329 665 53 44 et + 39 331 188 64 35
E-mail : lvcweb@viacampesina.org


Source : GRAIN