L’ensauvagement du monde

19 octobre 2013 par Aminata Dramane Traoré


Préface au livre « Procès d’un homme exemplaire »

L’ensauvagement du monde poursuit son cours avec son cortège de souffrances humaines, de larmes et de sang. Les peuples appauvris et affamés qui prennent d’assaut la rue, parviennent parfois à évincer des dictatures militaires et civiles internes sans pour autant changer les causes structurelles des inégalités, des injustices et de la corruption. Ils sont impuissants face au « coup d’État permanent » que dénonce, inlassablement, Éric Toussaint en démontant les rouages du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.

Le « Procès d’un homme exemplaire » ajoute une nouvelle dimension à sa contribution et à celle, tout aussi précieuse, du Comité pour l’Annulation de la Dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du Tiers-Monde (CADTM) à la démystification des institutions de Bretton Woods. Les potions du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
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ne sont pas seulement amères, elles sont souvent mortelles.

Le Mali en guerre ne souffre pas, comme le discours dominant le prétend, d’une crise sécuritaire au nord et d’une crise institutionnelle au sud. Il est l’un des meilleurs élèves de ces institutions à qui il doit largement le délitement de l’État, la porosité des frontières et le désespoir des jeunes sans emplois, prêts à se battre sur tous les fronts.

Comble de l’horreur, le Mali est à la veille d’un nouveau cycle de surendettement au nom de sa reconstruction selon le même paradigme sous la tutelle des mêmes institutions financières internationales.

Des histoires de vies comme celle de Jacques de Groote, anciennement directeur exécutif de ces deux institutions, aujourd’hui accusé par la justice suisse « d’escroquerie », de « blanchiment d’argent aggravé » et de « faux dans les titres », illustre, au-delà du parcours de l’homme, la crise morale dont souffre l’ordre dominant.

Les peuples se battraient ensemble et mieux si le traitement de l’information leur permettait de situer les responsabilités de tous les acteurs. Ce livre d’Éric Toussaint, contribue, valablement, à l’éducation citoyenne au Nord et au Sud.



Aminata Dramane Traoré

Aminata Dramane Traoré est une femme politique et écrivain malienne. Parmi ses livres : L’Etau, Actes Sud, 1999 ; Le Viol de l’imaginaire, Editions Fayard, 2002 ; L’Afrique mutilée, Taama Éditions, 2012.