L’ingérence sournoise du FMI et de la Banque mondiale en République démocratique du Congo

7 octobre 2009 par Renaud Vivien , José Mukadi , Victor Nzuzi , Luc Mukendi , Dani Ndombele , Yvonne Ngoyi


Le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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a remporté une nouvelle victoire au terme de sa dernière mission en République démocratique du Congo (RDC) en obtenant la révision du fameux contrat chinois conclu en 2007. La suppression dans ce contrat de la garantie de l’Etat congolais ramène ainsi le prêt controversé de la Chine de 9 à 6 milliards de dollars. Cette convention qualifiée à tort de « contrat du siècle » prévoyait au départ 6 milliards d’investissements dans le développement d’infrastructures et 3 milliards de dollars pour le secteur minier. Le FMI a donc gagné le bras de fer contre la Chine mais surtout gardé la mainmise sur la politique économique de la RDC.

Cette nouvelle ingérence du FMI dans les affaires internes de la RDC démontre une fois de plus toute l’hypocrisie des puissances occidentales qui utilisent les institutions financières internationales (IFI) pour piller les ressources naturelles appartenant aux Congolais. En effet, au moment des négociations pour la révision du contrat chinois, la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, épaulée par l’ambassadrice du Canada et Hillary Clinton lors de leur passage à Kinshasa, faisait pression sur le gouvernement congolais pour qu’il revienne sur sa décision de résilier le « partenariat » KMT (Kingamyambo Musonoi Tailings) conclu illégalement entre l’entreprise canadienne First Quantum, l’Etat congolais, l’entreprise publique congolaise Gécamines, la sud-africaine Industrial Development Corporation et la SFI (Société financière internationale) qui n’est autre que la filiale de la Banque mondiale chargée d’appuyer le secteur privé1… Force est donc de constater que les contrats léonins ne posent plus de problème aux IFI lorsque les intérêts des puissances occidentales sont en jeu !

Il ne fait aucun doute que le contrat chinois est une nouvelle offensive du géant asiatique pour s’accaparer les ressources minières du continent noir et qu’il va générer une nouvelle dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
pour la RDC. Officiellement, c’est ce risque de surendettement qui a poussé le FMI à intervenir dans cette convention bilatérale. En pratiquant un chantage inacceptable, il est finalement parvenu à ses fins, maintenant ainsi sa tutelle sur la RDC. Le chantage était double : sans révision du contrat, la RDC aurait pu faire une croix sur un nouvel accord triennal avec le FMI ainsi que sur un allègement de sa dette…attendu depuis 2003 !

Or, cette dette que l’Etat congolais continue de rembourser malgré la crise économique mondiale est une dette « odieuse », puisqu’une très large partie a été contractée par le dictateur Mobutu avec la complicité des créanciers occidentaux, notamment du FMI et de la Banque mondiale. Pour fonder la nullité de cette dette qui n’a aucune valeur légale, les pouvoirs publics devraient procéder immédiatement à l’audit de cette dette afin d’en révéler la part illégitime : celle qui n’a pas profité à la population. Chaque année, le service de la dette Service de la dette Somme des intérêts et de l’amortissement du capital emprunté.  accapare environ 500 millions de dollars, soit presque trois fois l’aide d’urgence accordée par le FMI en mars dernier.

La RDC n’est pas un cas isolé. Dans l’ensemble des pays en développement, le remboursement des dettes illégitimes assorti des conditionnalités dictées par les bailleurs de fonds internationaux constituent un obstacle à la satisfaction des besoins humains fondamentaux ainsi qu’une violation manifeste du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et notamment de leurs ressources naturelles. Dès lors, l’émancipation des populations du Sud passera nécessairement par l’annulation inconditionnelle de la dette du tiers-monde et la rupture nette des accords avec les IFI. En effet, les pays en développement n’ont rien à attendre de ces deux institutions incapables de s’affranchir du credo néo-libéral responsable de la paupérisation de milliards d’individus depuis la crise de la dette de 1982. Rappelons également que ces institutions se sont rendues complices de graves violations de droit humains en soutenant financièrement des dictatures comme celles de Mobutu et l’apartheid en Afrique du Sud. La Banque mondiale et le FMI doivent donc impérativement rendre des comptes devant la justice et être remplacées par de nouvelles organisations internationales démocratiques et respectueuses des droits humains fondamentaux.



Cet article a été publié comme opinion dans le quotidien belge « La Libre Belgique »

Renaud Vivien

membre du CADTM Belgique, juriste en droit international. Il est membre de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015.

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