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Laeticia Somé
13 juillet 2009 par Laeticia Somé
En juin 2009, pour la troisième fois depuis le début de l’année, une équipe du FMI s’est rendue au Zimbabwe pour évaluer les politiques économiques du gouvernement. Or, ce rôle d’évaluateur est illégitime vu les dommages causés par les Institutions financières internationales (IFI) à la population zimbabwéenne. En effet, l’appauvrissement du Zimbabwe est dû non seulement à la gestion désastreuse du régime de Mugabe mais aussi à la pression exercée par les IFI. En 2005, Mugabe sacrifiait les besoins humains fondamentaux de la population au profit du remboursement de la dette : 295 millions de dollars d’arriérés au FMI et 1 milliard de dollars aux autres bailleurs pour les attirer à nouveau après leur départ du Zimbabwe en 2000. A cela s’ajoute la crise alimentaire qui frappe le Zimbabwe depuis 2002 |1|.
L’échec des deux réformes agraires
La réforme agraire qui est considérée comme un élément clé d’une politique de lutte contre la pauvreté s’est révélée un échec au Zimbabwe, aussi bien celle menée après son indépendance que celle de 2000. En cause, les accords de Lancaster House signés avec l’ancienne puissance coloniale, le Royaume-Uni, au moment de l’indépendance du Zimbabwe en 1980, qui ont imposé un moratoire de dix ans sur le règlement de la réforme agraire, bloquant ainsi une redistribution juste des terres accaparées par les fermiers blancs. En 1990, lorsque le régime de Mugabe put entreprendre cette réforme, il dû emprunter et signer un Plan d’ajustement structurel (PAS) imposé par les IFI. Les salaires furent alors dérégulés, les entreprises publiques privatisées et leur personnel licencié, le budget de l’Etat raboté, la gratuité des soins de santé et de l’accès à l’enseignement abolie |2|. La seconde reforme agraire de 2000 fut aussi un échec car la redistribution de la quasi-totalité des fermes commerciales, soit 8,3 millions d’hectares sur un total de 11 millions, ne s’est malheureusement pas accompagnée d’une réduction des inégalités sociales. En effet, les bénéficiaires ne sont pas des cultivateurs en manque de terres cultivables mais des vétérans de la guerre de libération, ou supposés tels, qui apparaissent plutôt comme des commandos téléguidés par le régime.
La descente aux enfers
La mauvaise orientation de cette réforme agraire, l’importation minime des denrées essentielles et la flambée des prix plongent alors le Zimbabwe dans une crise alimentaire sans précédent entraînant par la même occasion une épidémie de choléra. Cette crise a connu un point critique en 2008 avec près de 7 millions de la population zimbabwéenne survivant avec l’aide humanitaire (soit 60% de la population). Le choléra, quant à lui, a fait 4000 décès entre août 2008 et mars 2009 et 90 000 personnes infectées.
Toutes ces souffrances subies par la population zimbabwéenne témoignent de la précarité de la situation et de l’impossibilité pour le Zimbabwe de subvenir aux besoins de sa population. Malgré les aides en nature (assistance technique, aide humanitaire), le Zimbabwe a surtout besoin d’aide financière pour satisfaire les besoins humains fondamentaux de sa population. Or, cette aide financière cruciale pour le Zimbabwe est actuellement conditionnée par la Banque mondiale et le FMI au paiement des arriérés de dettes. Ce qui est inacceptable quand on sait que ces dettes, contractées par le dictateur Mugabe avec la complicité des bailleurs de fonds comme la Banque mondiale et le FMI, n’ont pas profité à la population qui doit se saigner aux quatre veines pour les rembourser ! Comment peut-on exiger d’un pays déjà à genoux de payer les arriérés |3| de sa dette, si ce n’est en opprimant davantage sa population par le biais des ajustements structurels ? Les programmes d’ajustement structurel imposent la privatisation d’entreprises publiques et la réduction des budgets de l’Etat dans les domaines vitaux comme la santé, l’éducation ; interdisent les subventions pour les produits de première nécessité, gèlent les salaires des fonctionnaires. Or, dans le passé, ces mesures impopulaires ont déjà largement témoigné de leur échec.
Les avancées du gouvernement inclusif
Le nouveau gouvernement inclusif mis en place depuis février 2009 avec à sa tête Morgan Tsvangirai |4|, a accompli quelques avancées. L’épidémie de choléra a été contenue et la suspension de la monnaie nationale dans les transactions a permis de maîtriser une hyperinflation devenue incalculable avec un point culminant de 500 milliards % en septembre 2008 |5| ! Les rayons des supermarchés ne sont plus aussi vides qu’avant même si l’essentiel des denrées alimentaires proposées restent inaccessibles pour la majorité des Zimbabwéens. Enfin, les écoles et les hôpitaux ont rouvert.
Tournée internationale de Morgan Tsvangirai et baratin des bailleurs de fonds
La tournée internationale du chef de gouvernement zimbabwéen au mois de juin 2009 s’est soldée une fois de plus par des conditionnalités à une éventuelle aide directe au Zimbabwe. En effet, à Paris, Morgan Tsvangirai a écouté la même musique qu’à Washington, Berlin, Bruxelles ou Londres : « Effectuez les réformes promises de l’appareil sécuritaire, rétablissez l’Etat de droit, mettez un terme aux violations des droits de l’Homme et nous reprendrons l’aide directe » |6|. Certains Etats comme les USA et le Royaume-Uni ont annoncé l’octroi d’aide indirecte (via les ONG) pour se donner une bonne image. La France, quant à elle a annoncé une renégociation de la dette dans le cadre du Club de Paris. Ces conditionnalités de démocratie et ces « aides » servent simplement à faire distraction sur leur politique rapace qui est de pousser les Etats africains à rembourser leurs dettes. En mai 2009, le gouvernement Zimbabwéen a cédé à la pression de ses créanciers en s’engageant à payer les arriérés de sa dette envers le FMI à hauteur de 100 000 dollars par trimestre. Or, cette solution n’est absolument pas durable pour le Zimbabwe pris dans la spirale infernale de la dette.
Dès lors, une étape indispensable pour sortir de cette crise serait pour le gouvernement du Zimbabwe de mener un audit de la dette pour fonder le non-remboursement de toutes les dettes odieuses et illégitimes. Rappelons que l’obligation de respecter les droits humains de sa population prime sur les obligations financières des Etats |7|.
|1| En 1999, du fait de pluies excessives et de pénuries d’intrants, le Zimbabwe a eu une récolte céréalière inférieure à la moyenne, de l’ordre de 2 millions de tonnes ; ce qui était loin de correspondre aux besoins de consommation.
|2| Colette Braeckman, « Bataille pour la terre au Zimbabwe », archives Monde Diplomatique Mai 2002. http://www.monde-diplomatique.fr/2002/05/BRAECKMAN/16432
|3| Au 31 avril, le Zimbabwe devait 438 millions de dollar à la BAD. Au 31 mai il devait respectivement 138 millions et 675 millions de dollar au FMI et à la BM selon l’article du Sénateur Obert GUTU sur africa.com « Economy in transition dialogue Conference : Towards a subtainable public Debt for Zimbabwe ».
|4| Actuel Premier Ministre du Zimbabwe et fondateur du parti politique « Mouvement pour le Changement Démocratique (MDC) »
|5| http://web.worldbank.org/WBSITE/EXT...
|6| Extrait de l’article « Morgan Tsvangirai à Paris » publié par RFI le 23 juin 2009, http://www.rfi.fr/actufr/articles/1...