La Banque mondiale et le FMI n’ont pas leur place au Zimbabwe !

13 juillet 2009 par Laeticia Somé


En juin 2009, pour la troisième fois depuis le début de l’année, une équipe du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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s’est rendue au Zimbabwe pour évaluer les politiques économiques du gouvernement. Or, ce rôle d’évaluateur est illégitime vu les dommages causés par les Institutions financières internationales (IFI) à la population zimbabwéenne. En effet, l’appauvrissement du Zimbabwe est dû non seulement à la gestion désastreuse du régime de Mugabe mais aussi à la pression exercée par les IFI. En 2005, Mugabe sacrifiait les besoins humains fondamentaux de la population au profit du remboursement de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
 : 295 millions de dollars d’arriérés au FMI et 1 milliard de dollars aux autres bailleurs pour les attirer à nouveau après leur départ du Zimbabwe en 2000. A cela s’ajoute la crise alimentaire qui frappe le Zimbabwe depuis 2002
 [1].

L’échec des deux réformes agraires

La réforme agraire qui est considérée comme un élément clé d’une politique de lutte contre la pauvreté s’est révélée un échec au Zimbabwe, aussi bien celle menée après son indépendance que celle de 2000. En cause, les accords de Lancaster House signés avec l’ancienne puissance coloniale, le Royaume-Uni, au moment de l’indépendance du Zimbabwe en 1980, qui ont imposé un moratoire Moratoire Situation dans laquelle une dette est gelée par le créancier, qui renonce à en exiger le paiement dans les délais convenus. Cependant, durant la période de moratoire, les intérêts continuent de courir. Un moratoire peut également être décidé par le débiteur, comme ce fut le cas de la Russie en 1998 et de l’Équateur en 1999. de dix ans sur le règlement de la réforme agraire, bloquant ainsi une redistribution juste des terres accaparées par les fermiers blancs. En 1990, lorsque le régime de Mugabe put entreprendre cette réforme, il dû emprunter et signer un Plan d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
(PAS) imposé par les IFI. Les salaires furent alors dérégulés, les entreprises publiques privatisées et leur personnel licencié, le budget de l’Etat raboté, la gratuité des soins de santé et de l’accès à l’enseignement abolie [2]. La seconde reforme agraire de 2000 fut aussi un échec car la redistribution de la quasi-totalité des fermes commerciales, soit 8,3 millions d’hectares sur un total de 11 millions, ne s’est malheureusement pas accompagnée d’une réduction des inégalités sociales. En effet, les bénéficiaires ne sont pas des cultivateurs en manque de terres cultivables mais des vétérans de la guerre de libération, ou supposés tels, qui apparaissent plutôt comme des commandos téléguidés par le régime.

La descente aux enfers 

La mauvaise orientation de cette réforme agraire, l’importation minime des denrées essentielles et la flambée des prix plongent alors le Zimbabwe dans une crise alimentaire sans précédent entraînant par la même occasion une épidémie de choléra. Cette crise a connu un point critique en 2008 avec près de 7 millions de la population zimbabwéenne survivant avec l’aide humanitaire (soit 60% de la population). Le choléra, quant à lui, a fait 4000 décès entre août 2008 et mars 2009 et 90 000 personnes infectées.

Toutes ces souffrances subies par la population zimbabwéenne témoignent de la précarité de la situation et de l’impossibilité pour le Zimbabwe de subvenir aux besoins de sa population. Malgré les aides en nature (assistance technique, aide humanitaire), le Zimbabwe a surtout besoin d’aide financière pour satisfaire les besoins humains fondamentaux de sa population. Or, cette aide financière cruciale pour le Zimbabwe est actuellement conditionnée par la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et le FMI au paiement des arriérés de dettes. Ce qui est inacceptable quand on sait que ces dettes, contractées par le dictateur Mugabe avec la complicité des bailleurs de fonds comme la Banque mondiale et le FMI, n’ont pas profité à la population qui doit se saigner aux quatre veines pour les rembourser ! Comment peut-on exiger d’un pays déjà à genoux de payer les arriérés [3] de sa dette, si ce n’est en opprimant davantage sa population par le biais des ajustements structurels ? Les programmes d’ajustement structurel imposent la privatisation d’entreprises publiques et la réduction des budgets de l’Etat dans les domaines vitaux comme la santé, l’éducation ; interdisent les subventions pour les produits de première nécessité, gèlent les salaires des fonctionnaires. Or, dans le passé, ces mesures impopulaires ont déjà largement témoigné de leur échec.

Les avancées du gouvernement inclusif

Le nouveau gouvernement inclusif mis en place depuis février 2009 avec à sa tête Morgan Tsvangirai [4], a accompli quelques avancées. L’épidémie de choléra a été contenue et la suspension de la monnaie nationale dans les transactions a permis de maîtriser une hyperinflation devenue incalculable avec un point culminant de 500 milliards % en septembre 2008 [5] ! Les rayons des supermarchés ne sont plus aussi vides qu’avant même si l’essentiel des denrées alimentaires proposées restent inaccessibles pour la majorité des Zimbabwéens. Enfin, les écoles et les hôpitaux ont rouvert.

Tournée internationale de Morgan Tsvangirai et baratin des bailleurs de fonds 

La tournée internationale du chef de gouvernement zimbabwéen au mois de juin 2009 s’est soldée une fois de plus par des conditionnalités à une éventuelle aide directe au Zimbabwe. En effet, à Paris, Morgan Tsvangirai a écouté la même musique qu’à Washington, Berlin, Bruxelles ou Londres : « Effectuez les réformes promises de l’appareil sécuritaire, rétablissez l’Etat de droit, mettez un terme aux violations des droits de l’Homme et nous reprendrons l’aide directe  » [6]. Certains Etats comme les USA et le Royaume-Uni ont annoncé l’octroi d’aide indirecte (via les ONG) pour se donner une bonne image. La France, quant à elle a annoncé une renégociation de la dette dans le cadre du Club de Paris Club de Paris Créé en 1956, il s’agit du groupement d’Etats créanciers (20) spécialisés dans la normalisation des défauts de paiement des PED. Depuis sa création, la présidence est traditionnellement assurée par un Français - en 2016, c’est le directeur du Trésor français, Bruno BEZARD, qui en assure la présidence. Les États membres du Club de Paris ont rééchelonné la dette de près de 80 pays en développement. Les membres du Club de Paris détiennent près de 30% du stock de la dette du Tiers Monde.
Les liens entre le Club de Paris et le FMI sont extrêmement étroits ; ils se matérialisent par le statut d’observateur dont jouit le FMI dans les réunions - confidentielles - du Club de Paris. Le FMI joue un rôle clé dans la stratégie de la dette mise en œuvre par le Club de Paris qui s’en remet à son expertise et son jugement macro-économiques pour mettre en pratique l’un des principes essentiels du Club de Paris : la conditionnalité. Réciproquement, l’action du Club de Paris préserve le statut de créancier privilégié du FMI et la conduite de ses stratégies d’ajustement dans les pays en voie de développement.
Site web :
. Ces conditionnalités de démocratie et ces « aides » servent simplement à faire distraction sur leur politique rapace qui est de pousser les Etats africains à rembourser leurs dettes. En mai 2009, le gouvernement Zimbabwéen a cédé à la pression de ses créanciers en s’engageant à payer les arriérés de sa dette envers le FMI à hauteur de 100 000 dollars par trimestre. Or, cette solution n’est absolument pas durable pour le Zimbabwe pris dans la spirale infernale de la dette.

Dès lors, une étape indispensable pour sortir de cette crise serait pour le gouvernement du Zimbabwe de mener un audit de la dette pour fonder le non-remboursement de toutes les dettes odieuses et illégitimes. Rappelons que l’obligation Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
de respecter les droits humains de sa population prime sur les obligations financières des Etats [7].



Notes

[1En 1999, du fait de pluies excessives et de pénuries d’intrants, le Zimbabwe a eu une récolte céréalière inférieure à la moyenne, de l’ordre de 2 millions de tonnes ; ce qui était loin de correspondre aux besoins de consommation.

[2Colette Braeckman, « Bataille pour la terre au Zimbabwe », archives Monde Diplomatique Mai 2002. http://www.monde-diplomatique.fr/2002/05/BRAECKMAN/16432

[3Au 31 avril, le Zimbabwe devait 438 millions de dollar à la BAD. Au 31 mai il devait respectivement 138 millions et 675 millions de dollar au FMI et à la BM selon l’article du Sénateur Obert GUTU sur africa.com « Economy in transition dialogue Conference : Towards a subtainable public Debt for Zimbabwe  ».

[4Actuel Premier Ministre du Zimbabwe et fondateur du parti politique « Mouvement pour le Changement Démocratique (MDC) »

[6Extrait de l’article « Morgan Tsvangirai à Paris » publié par RFI le 23 juin 2009, http://www.rfi.fr/actufr/articles/114/article_82120.asp