La Lega déjà premier parti italien… L’ombre menaçante de Salvini sur l’Italie et l’Europe !

21 juin par Yorgos Mitralias


(CC - Wikimedia)

Quelques jours au ministère de l’intérieur ont suffi à Matteo Salvini pour mettre sens dessus dessous l’Europe et confirmer amplement nos prévisions les plus pessimistes : Le vrai triomphateur des élections italiennes qu’a été Salvini, allait sûrement exploiter son avantage pour plumer non seulement Berlusconi mais aussi et surtout son partenaire gouvernemental, le Mouvement Cinq Étoiles ! Et sur sa lancée, il allait inévitablement profiter des circonstances pour changer la donne au profit de l’extrême droite raciste et nostalgique d’autres temps non seulement en Italie, mais aussi en Europe !

Commençons par les “exploits” de Salvini et de sa Lega en Italie même. Tous les derniers sondages – et aussi, les résultats de quelques élections partielles – concordent pour affirmer que la Lega monte en flèche en un temps record tandis que les Cinq Étoiles ne font que reculer, à tel point que les derniers de ces sondages donnent pour la première fois la Lega devançant le Mouvement Cinq Étoiles, et être en tête des préférences des Italiens ! L’exploit est de taille et mérite qu’on s’y arrête un peu car passer à un peu plus de trois mois, du déjà triomphal 17,4% sorti des urnes au 29% ou au 30% des derniers sondages, constitue un événement d’importance historique annonciateur des chambardements ultérieurs du paysage politique italien !...

En effet, le presque doublement de l’influence de la Lega de Salvini après les élections, s’ajoutant d’ailleurs au presque... quadruplement de son score (!) obtenu à ces élections, est typique d’une société en pleine ébullition caractérisée par d’énormes déplacements des populations d’un extrême à l’autre de la carte politique. Et dans le cas présent de la Lega de Salvini, toutes les enquêtes concordent pour indiquer que ce parti attire désormais des soutiens provenant non seulement de son ex-allié de Forza Italia (de Berlusconi), mais pratiquement de partout et aussi du Mouvement Cinq Étoiles ! C’est un vrai raz-de-marée et, malheureusement, tout indique qu’il va continuer et même s’amplifier, provoquant un vrai séisme politique non seulement en Italie mais aussi en Europe !

Les mêmes enquêtes sont d’accord pour attribuer les triomphes de la Lega à son chef Matteo Salvini et ses explosions racistes à répétition. La dernière en date est d’ailleurs très instructive sur les vraies intentions de Salvini que personne ne pourrait accuser qu’il avance masqué. Se prononçant en faveur du recensement (et donc, du fichage) des Roms, ce qui à juste titre est dénoncé comme menant à la résurgence des lois racistes du régime fasciste en 1938 , Salvini sait d’avance qu’il fait mouche. Pourquoi ? Parce qu’il oblige tout le monde, et d’abord ses partenaires gouvernementaux à jouer sur son propre terrain. Et aussi, parce que ça fait des années que Salvini fait impunément carrière en répétant les provocations racistes contre les Roms, qu’il aime comparer aux “rats”, ce qui a abouti à la banalisation de ce racisme lequel acquiert désormais les dimensions d’un phénomène de masse. Conclusion : Salvini a le vent en poupe et, pour l’instant, il n’y a personne qui puisse arrêter son irrésistible ascension vers le sommet du pouvoir…

Mais, il y a plus et pire que ça : Salvini est désormais en train de dicter sa loi non seulement à l’Italie, mais pratiquement à toute l’Europe . Preuve en sont les désastreuses réactions en cascade qu’a provoqué d’un bout à l’autre de notre continent son refus d’accepter les 630 migrants du bateau Aquarius. En effet, profitant du climat général créé par la montée de l’extrême droite européenne et par l’existence d’un nombre toujours grandissant de gouvernements racistes et ultra-réactionnaires en Europe, Salvini peut déjà se targuer d’avoir imposé de fait son ordre du jour à tous les gouvernements européens, et même d’avoir mis en difficulté la chancelière allemande elle-même ! Le bilan est déjà impressionnant mais la suite sera encore pire vu que Salvini a tous les atouts pour devenir bientôt la référence sinon le chef indiscutable de tout ce qu’il y a de raciste dur, d’anticommuniste, de pogromiste, d’obscurantiste et de néofasciste en Europe !

En conclusion, si la montée en flèche post-électorale de Salvini et de son parti ne nous a pas du tout surpris, car prévue dans notre article écrit au lendemain des élections italiennes, nous admettons que le presque doublement de son influence dans un si bref laps de temps a dépassé toutes nos craintes. Et penser que cet article a eu une diffusion presque nulle parce que considéré par certains trop alarmiste sinon détaché de la réalité car il osait prétendre non seulement que “ la Lega de Salvini était la (vraie) triomphatrice des élections italiennes”, mais aussi que Salvini allait faire un malheur bien au-delà des frontières italiennes. Nous le proposons donc de nouveau ci-dessous parce que nous n’y avons rien à ajouter sur le pourquoi et le comment des horribles “exploits” de ce cauchemardesque Matteo Salvini…

Athènes, le 20 juin 2018



Une tragédie italienne à l’ancienne : La Lega pogromiste de Salvini
triomphatrice des élections italiennes !

Par Yorgos Mitralias

Jours de 1922 ? Pas encore mais l’Italie est sur la bonne voie pour “fêter” dans quatre ans le centenaire de la montée de Mussolini et de son mouvement fasciste au pouvoir avec un régime qui lui ressemblera - presque - comme deux gouttes d’eau !

Pourquoi cette introduction plutôt atypique quand tout le monde ne parle que de la victoire des “populistes”, du triomphe des “eurosceptiques”, de la défaite du “centre-gauche” et évidemment, du chaos post-électorale et de la probable “ingouvernabilité” de l’Italie ? Tout simplement parce que nous préférons regarder un peu plus loin que le bout de notre nez, pour voir non pas les épiphénomènes mais l’essence des choses au moment où en Italie sont en gestation des développements qui vont marquer notre vie ici aussi en Grèce !

Alors, qui a gagné les élections italiennes ? Manifestement, la Lega de Salvini . Non pas la “Lega du Nord” qui n’existe plus, mais la Lega tout court de toute l’Italie, qui lui a succédé. Et pas parce qu’elle a augmenté de façon spectaculaire son résultat électoral ou parce qu’elle a dépassé son allié et partenaire Silvio Berlusconi, mais surtout pour les raisons suivantes bien plus substantielles et ...redoutables :

- Parce que la Lega de Salvini est bien plus qu’un parti puisqu’elle possède toutes les caractéristiques (influence de masse et une base bien organisée) qui font qu’elle soit peut être le plus important mouvement organisé de masse de petits-bourgeois racistes et enragés et autres éléments plébéiens désespérés dans l’Europe d’aujourd’hui .

- Parce qu’elle est la force politique italienne qui monte en flèche car elle va bénéficier en toute priorité de l’inexorable déclin de son allié Forza Italia de Berlusconi , mais aussi parce qu’elle va profiter des faiblesses criantes du - pour l’instant triomphant - Mouvement 5 Étoiles, surtout si celui-ci va se trouver au gouvernement contraint de gérer la profonde crise économique et sociale italienne.

- Parce que la Lega sait plus que tout autre ce qu’elle veut et n’a le moindre scrupule (moral ou démocratique) pour réaliser ses projets en usant les plus répugnants des moyens immoraux et inhumains.

- Parce que l’état actuel de la société italienne ainsi que l’effondrement de la gauche, du centre-gauche et plus généralement, du mouvement ouvrier italien poussent les masses des travailleurs et des gens de gauche désespérés, déboussolés et désormais politiquement “orphelins”, à la recherche de nouvelle représentation politique... laquelle leur est offerte en toute priorité par cette Lega démagogique et “anti-système”. Et ce n’est pas un hasard si dans ses premières déclarations après les élections, Salvini s’est adressé exactement à ces “orphelins” de gauche qui ne sont pas allés voter, pour les inviter à rejoindre son parti...

- Parce que le Mouvement 5 Étoiles qui pourrait concurrencer la Lega de Salvini, est en train d’abandonner son radicalisme “anti-systémique” afin de devenir au plus tôt acceptable par les centres de décision italiens et internationaux. Comme s’empresse de déclarer si éloquemment, seulement trois jours après les élections, son fondateur et - toujours - homme fort Beppe Grillo  : “Nous sommes un peu chrétiens démocrates, un peu de droite, un peu de gauche, un peu centristes… nous pouvons nous adapter a n’importe quelle chose” ! …

- Enfin, parce que la Lega de Salvini est favorisée en tout priorité par la montée en flèche de l’extrême droite presque partout en Europe et même au-delà.

Si le grand vainqueur des élections italiennes est donc la Lega de Mateo Salvini, le grand perdant est sans doute le centre-gauche du Parti Démocrate (PD) de Mateo Renzi . Ce n’est pas seulement que son effondrement électoral ait dépassé même les prévisions les plus pessimistes, ni qu’il n’atteint même pas 19% des voix ou que la Lega, jusqu’à hier parti régional, le talonne désormais et n’est plus qu’a 1% de lui. C’est surtout que le PD est en train d’éclater puisqu’une partie de ses députés s’oriente vers le soutien à un éventuel gouvernement Di Maio du Mouvement 5 Étoiles, tandis que se multiplient les départs de ses cadres et ses membres déçus et désorientes semblent vouloir se replier sur eux-mêmes. Et tout ça pendant que Renzi déclare démissionner et “geler” sa démission plusieurs fois par jour (!) et donne l’impression d’avoir divorcé avec la réalité quand il fait preuve d’une arrogance sans limite en faisant sans cesse l’éloge ...de lui-même !

Pourtant, ce Renzi post-électoral devenu la risée même de ceux qu’hier encore faisaient ses louanges, est le même Renzi qui, des années durant, était présenté par les ponces des médias internationaux comme le plus talentueux jeune dirigeant Européen et celui qui incarnait le mieux la nouvelle gauche européenne. Malheureusement pour eux ainsi que pour les partisans de la gauche dite “réaliste”, leur extase pour le “phénomène” Renzi n’a pu empêcher la révélation de l’impitoyable réalité : Leur favori n’était qu’un fanfaron égocentrique totalement insignifiant dont l’exploit majeur a été qu’il a contribué comme nul autre à l’effondrement et peur être à la disparition de la transcroissance centriste et néolibérale des restes de ce qui a été jadis le si puissant parti Communiste italien !

“Quelle fin tragique de la gauche italienne et de son leader de gauche !” se lamentent maintenant en chœur les médias internationaux suivis par tous les états-majors politiques qui ont n’ont cessé de faire l’éloge du “réalisme” et de l’avenir radieux de la nouvelle gauche italienne. Mais, de quel leader de gauche parlent-ils quand Renzi lui-même n’a jamais été membre d’un parti ayant même un rapport lointain avec la gauche, vu qu’il a toujours été... démocrate chrétien ? Comme d’ailleurs ont été des démocrates chrétiens au passé riche en postes gouvernementaux, tant d’autres dirigeants de ce PD dit de “centre-gauche”. Un parti devant lequel d’anciens dirigeants de la vieille Démocratie Chrétienne italienne (DCI) comme, par exemple feu Aldo Moro, feraient figure de... bolcheviques. Triste conclusion : Même après coup, tous ceux (journalistes et autres politiciens) qui ont fait nom et carrière en nous faisant prendre des vessies pour des lanternes de gauche devraient maintenant avoir la décence de demander pardon pour leur incroyable escroquerie…

Finalement, seuls des naïfs impénitents pourraient qualifier le résultat des élections italiennes et ses conséquences tragiques d’“énorme surprise” et de coup de tonnerre dans un ciel bleu. En réalité, ce résultat constitue l’aboutissement logique de la longue période de décomposition méthodique - sinon planifiée - de la gauche italienne, qui a ouvert la voie d’abord à l’apparition et ensuite au développement fulgurant de l’extrême droite. Dans ce cadre général, le tournant d’importance historique a été la participation du parti de Rifondazione Comunista, alors en pleine ascension, au gouvernement néolibérale de Romano Prodi (2007) . Cette participation a scellé non seulement le déclin irrémédiable de cette formation de la gauche radicale, mais aussi le début de la fin des puissants mouvements sociaux italiens, lesquels il y a seulement 13-14 ans, étaient la locomotive d’un mouvement radical européen en plein épanouissement.

La conclusion n’est pas du tout optimiste : L’extrême droite pogromiste de la Lega de Salvini, mais aussi les plus petites organisations néofascistes, semblent s’enraciner dans une société italienne défaite et déboussolée, depuis longtemps rongée par le “berlusconisme”, et qui devient la proie facile des populistes sans scrupules et autres racistes d’extrême droite qui se revendiquent souvent du passé fasciste ! Une raison de plus qui fait que la solidarité active aux mouvements sociaux italiens et à la refondation de la gauche radicale italienne soit d’importance vitale non seulement pour le pays voisin mais aussi pour toute l’Europe...

Athènes, le 7 Mars 2018



Yorgos Mitralias

Journaliste, Giorgos Mitralias est l’un des fondateurs et animateurs du Comité grec contre la dette, membre du réseau international CADTM et de la Campagne Grecque pour l’Audit de la Dette. Membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque et initiateur de l’appel de soutien à cette Commission.