La centrale solaire de Ouarzazate au Maroc : le triomphe du capitalisme « vert » et la privatisation de la nature

30 mars par Hamza Hamouchene

Near Seville, in Andalusia, Spain (CC - Wikimedia)

Ouarzazate est une belle ville du Sud du Maroc, qui vaut la visite. C’est une destination touristique importante et elle a été surnommée la « porte du désert ». Elle est aussi un lieu prisé pour les tournages cinematographiques, tels les films Lawrence d’Arabie (1962), La momie (1999), Gladiateur (2000), Le royaume des cieux (2005) et une partie de la série télévisée Game of Thrones. Ouarzazate a encore d’autres choses à offrir et son nom a été récemment associé au megaprojet solaire qui est supposé mettre fin à la dépendance du Maroc vis à vis des importations d’énergie, de fournir de l’électricité à plus d’un million de Marocains et mettre le pays sur une « voie verte ».

À en croire le discours du makhzen (terme qui renvoie au roi et à l’élite qui l’entoure), repris sans nuance ni réflexion critique par la plupart des media de la région et du monde occidental, ce projet serait une excellente nouvelle et un grand pas vers la réduction des émissions de carbone et la lutte contre le réchauffement climatique. Il y a pourtant place pour un certain scepticisme. Les annonces officielles d’un accord « historique » lors de la COP 21 à Paris sont un exemple de ce genre de propos trompeurs.

Ma récente visite à Ouarzazate m’a vite poussé à déconstruire le discours dominant sur ce projet. Et en particulier d’aller gratter sous la surface de termes tels que « propreté », « excellence », « réduction des émissions de carbone » afin d’observer et d’examiner la matérialité de l’énergie solaire. Le projet est étudié ici sous l’angle de la création d’une nouvelle filière, dont les effets se révèlent peu différents des activités minières déprédatrices existantes dans le Sud du Maroc. Comme l’explique Timothy Mitchell, l’analyse de matérialité d’un tel projet peut aider à identifier les dispositifs économiques et politiques que cette forme particulière d’énergie engendre ou entrave |1|.

L’an dernier, j’ai écrit une note critique sur le projet solaire Desertec et développé des arguments sur les raisons de son échec, montrant comment il était vicié dès le départ. Une approche similaire est nécessaire pour comprendre les implications politiques et socio-environnementales d’un projet considéré comme la plus grande centrale solaire du monde. La plupart des arguments développés sur le projet Desertec sont toujours valables. Le propos ici n’est pas d`être sévère ou cynique par principe, mais de mettre l’accent sur quelques questions et quelques points afin de contribuer à donner une perspective différente de celle donnée actuellement par les media.

Ce qui semble être le point commun de tous les reportages et articles écrits sur la centrale solaire est l’affirmation profondément erronée que toute avancée vers une énergie renouvelable doit être considérée comme bienvenue. Et que toute diminution de l’usage des combustibles fossiles, indépendamment de la façon dont elle est effectuée, permettra d’éviter la crise climatique. Il faut le dire clairement et d’entrée de jeu : la crise climatique à laquelle nous sommes confrontés n’est pas attribuable aux combustibles fossiles en soi, mais plutôt à leur utilisation non durable et nuisible pour alimenter la machine capitaliste. En d’autres termes, c’est le capitalisme qui est la cause et si nous voulons être sérieux dans notre lutte contre la crise climatique (qui n’est que l’un des aspects de la crise du capitalisme), nous ne pouvons pas éluder la question d’un changement radical dans nos façons de produire et de distribuer les choses, ainsi que dans nos modes de consommation. Et nous ne pouvons pas ignorer les questions fondamentales de l’équité et de la justice. Il ressort de tout cela qu’un simple passage de l’énergie fossile à l’énergie renouvelable, tout en restant dans le cadre capitaliste de marchandisation et privatisation de la nature au profit de quelques uns, ne résoudra pas le problème. De fait, si nous continuons dans la même voie, nous finirons par exacerber les problèmes ou en créer tout une série d’autres, autour des questions de propriété de la terre et des ressources naturelles.


Accaparement vert et économie de la réparation

Le fait que le projet d’énergie solaire concentrée (ESC) de Ouarzazate implique l’acquisition de 3000 hectares de terres collectives pour produire de l’énergie, dont une partie sera exportée vers l’Europe, conduit directement à la notion d’accaparement vert (green grabbing) comme cadre d’analyse |2|. L’accaparement vert se définit comme l’apropriation de la terre et des ressources à des fins prétenduement environnementales. Il implique le tranfert de propriété, des droits d’utilisation et du contrôle des ressources qui étaient auparavant de propriété publique ou privée –ou pour lesquelles la question de la propriété ne se posait même pas- des pauvres ou de tous, pauvres inclus, aux mains des puissants. Cette question de l’appropriation est au cœur des deux processus, qui sont liés, de l’accumulation et de la dépossession |3|.

L’élément « vert » est devenu partie intégrante du business et de l’économie de la croissance dominante. Cette mutation est en partie liée au tournant néolibéral et à la neólibéralisation des espaces de gouvernance de l’environnement ainsi qu’à la privatisation et la marchandisation de la nature |4|. L’accaparement vert a d’abord été le reflet de ce que Fairhead et al. ont appelé l’ « économie de la réparation ». Le plan solaire marocain fait partie de cette économie qui « a été introduite subrepticement sous la rubrique « durabilité », mais dont la logique est claire : les pratiques non durables ici peuvent être réparées par des pratiques durables ailleurs, chacune des natures étant subordonnée à l’autre ». Cela apparaît clairement dans les discours gouvernementaux visant à promouvoir un programme vert mondial reposant sur l’exploitation des ressources nationales. Mais ils s’appuient aussi sur un autre discours environnemental qui qualifie les terres rurales du Sud de marginales et sous-utilisées et par conséquent disponibles pour l’investissement dans l’énergie verte |5|. Cette création à usage productiviste de la marginalité et de la dégradation a une longue histoire qui remonte à l’époque coloniale française. C’est à ce moment là que le discours sur la dégradation a été construit pour justifier tout à la fois la dépossession pure et simple de la terre et la mise en place de dispositions institutionnelles sur la base du principe que l’élevage extensif était au mieux improductif, et au pire destructeur |6|.

Ces discours continuent de façonner l’économie politique des terres de parcours au Maroc. Ils contribuent aussi à éliminer les propriétaires de petits troupeaux du secteur et à permettre la concentration des richesses dans quelques mains, tandis que le marché du bétail se marchandise et que les sécheresses deviennent chroniques.

C’est exactement ce qui s’est passé sur le plateau choisi pour accueillir la centrale de Ouarzazate, que le cadre discursif a rendu « marginal » et ouvert à de nouveaux usages du marché « vert » : production d’énergie solaire dans ce cas au détriment d’un autre usage de la terre -le pastoralisme- considéré comme improductif par les décideurs. Cela s’est traduit par une vente du terrain realisée à très bas prix.


Les modalités de l’accaparement des terres

Il est important de commencer par un examen chronologique de l’accaparement des terres et du dialogue communautaire |7|. L’Office National de l’Électricité (ONE) a d’abord visité le site près de Ouarzazate en 2007. Cela a abouti à l’annonce du plan solaire en 2009. Les représentants des terres collectives, trois pour la communauté d’Aït Oukrour, ont donné leur accord formel pour la vente en janvier 2010. La vente a été réalisée en octobre 2010, juste avant la visite royale un peu plus tard dans le mois pour donner le coup d’envoi officiel du projet de Ouarzazate |8|.

Les habitants des communautés environnantes n’ont jamais été informés du processus de sélection du site et il n’a pas été prévu dans les conditions de vente qu’ils soient consultés. Cela est dû à l’existence de diverses lois trompeuses d’origine coloniale ayant servi à concentrer la propriété des terres collectives aux mains d’un seul représentant des terres, qui est en général sous l’influence de puissants notables régionaux. De ce fait, les citoyens ordinaires n’étaient pas au courant de ce qui était en train de se passer lorsque le topographe est arrivé. C’est pourquoi ils ont commencé à poser des questions qui sont restées pour la plupart sans réponse.

La première réunion publique concernant l’implantation de la centrale solaire a eu lieu en novembre 2010, un mois après l’annonce par le roi du projet de Ouarzazate. La réunion a consisté en une présentation formelle de l’étude d’impact environnemental dans l’hôtel 5 étoiles, le plus luxueux de Ouarzazate, devant un public constitué de fonctionnaires gouvernementaux, représentants d’ONGs, associations de développement villageoises et représentants de la population locale. Les habitants eux-mêmes, en revanche, ont été empêchés de faire entendre leurs points de vue. De telles réunions, véritables mascarades de « consultation populaire » n’ont servi qu’à informer les communautés locales d’un fait accompli et non pas à rechercher leur accord |9|.

Le prix de vente des terres collectives à l’État a été d’un dirham le m2 (environ 10 centimes d’euros, partant du fait de la « marginalité » et la « non-productivité » de ces terres). À titre de comparaison, le prix de vente ou de loyer des terres collectives à Ouarzazate était à ce moment-là de 10 à 12 dirhams le m2. Les gens n’étaient pas contents de cette vente et pensaient que le prix était très bas. L’un d’entre eux a fait remarquer que « les gens du projet parlent de désert non utilisé, mais pour les gens d’ici, ce n’est pas un désert, ce sont des pâturages. C’est leur territoire et leur avenir est dans cette terre. Si tu prends ma terre, tu prends mon oxygène » |10|.

La terre avait pris de la valeur dans toute la région, du fait de la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
et d’une demande croissante de terre pour l’agrobusiness et les marchés commerciaux de bétail. La terre, vendue pour à peine un dirham marocain le m2 valait nettement plus. Et comme si les choses n’allaient déjà pas assez mal, la population locale, dupée, a été suprise de découvrir que l’argent de la vente ne leur serait pas remis mais serait déposé dans un fond des tribus au Ministère de l’intérieur. De surcroît, cet argent serait utilisé pour financer des projets de développement pour toute la zone. Ils ont donc découvert que la vente de leurs terres n’était pas une vente du tout mais un simple transfert de fonds d’un organisme gouvernemental à un autre.

Le makhzen non content d’acquérir la terre au bénéfice de l’Etat marocain (les lignes de partage entre l’Etat et les holdings de la famille royale sont souvent floues), l’a de surcroît revendue à l’Agence marocaine pour l’énergie solaire (MASEN), société privée créée avec des fonds publics en octobre 2010 dans le but spécifique de mener à bien les programmes solaires marocains. Ce genre de privatisations dans le secteur de l’énergie renouvelable n’est pas nouveau, puisqu’en 2005, la société royale NAREVA a été créée pour prendre le monopole des marchés de l’énergie et du secteur environnemental et a fini par se tailler la part du lion dans la production d’énergie éolienne dans le pays |11|.

En substance, la loi a été détournée pour permettre la vente de la terre à une entité privée par le biais d’organismes d’État. Par ce biais, le gouvernement a effectivement privatisé et confisqué la souveraineté populaire historique sur la terre et transformé les gens en simples bénéficiaires du développement ; développement qu’ils sont littéralement en train de payer, si tant est qu’il se concrétise, bien sûr.

Cette aliénation systématique de terres en faveur de prestataires déjà en lice affichant leurs références « vertes » reflète comment le néolibéralisme restructure les interactions homme-nature et les relations socio-économiques agraires, les droits et l’autorité. Elle constitue également l’un des aspect de « l’accumulation par dépossession », qui consiste à clôturer les biens publics au profit d’intérêts privés à but lucratif, ce qui entraîne une plus grande injustice sociale |12|.

Cependant, la situation a soulevé des contestations. Encouragés par la dynamique du Mouvement du 20 Février pour un changement radical qui a émergé en même temps que les révoltes arabes en 2011, les gens ont résisté de diverses manières (plaintes, sit-in, lettres ...). Ils se sont mobilisés autour d’anciennes doléances concernant la terre, l’eau et leurs droits à bénéficier de projets économiquement rentables, comme le solaire et les mines qui parsèment le sud du pays.


La privatisation de l’énergie solaire : le rôle des Institutions financières internationales (IFIs)

Environ neuf milliards de dollars ont été investis dans le complexe d’énergie solaire Noor à Ouarzazate, une grande partie provenant de capitaux privés des institutions internationales telles que la Banque européenne d’investissement, la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
, la Banque africaine de développement, l’Agence Française de Développement, le groupe bancaire KfW, adossés à des garanties Garanties Acte procurant à un créancier une sûreté en complément de l’engagement du débiteur. On distingue les garanties réelles (droit de rétention, nantissement, gage, hypothèque, privilège) et les garanties personnelles (cautionnement, aval, lettre d’intention, garantie autonome). publiques marocaines (au cas où MASEN ne pourrait pas rembourser).

Il n’y a là rien de suprenant en ce qui concerne l’appui sans faille des institutions financières internationales (IFIs) à ce projet au coût élevé et à forte intensité de capital, car le Maroc se targue d’avoir l’une des économies les plus libéral(isé)es de la région. Il est très ouvert aux capitaux étrangers au détriment des droits du travail, et très avancé dans son ambition d’être pleinement intégré dans le marché mondial (en position de subordination, bien sûr). En fait, le Maroc a été le premier pays nord-africain à signer un programme d’ajustement structurel Ajustement structurel Politique économique imposée par le FMI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts. (PAS) avec le Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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(FMI) en 1983. Une abondante littérature a montré que les PAS ont causé des ravages économiques et sociaux dans les pays du Sud.

Les prêts mentionnés ci-dessus sont partie intégrante de la stratégie de la Banque mondiale et d’autres institutions financières internationales pour le pays, où elles continuent de renforcer et justifier l’orientation néolibérale et l’approfondissement des politiques pro-marché. La Banque mondiale a un important programme de financement au Maroc qui couvre trois domaines spécifiques liés au développement du capitalisme « vert » au Maroc. Le premier de ces domaines est le soutien au Plan Maroc Vert 2008 (PMV) du gouvernement, qui définit le plan agricole du pays pour la période 2008-2020. Le PMV vise à quintupler la valeur des cultures orientées vers l’exportation et prévoit l’abandon des cultures céréalières de base, la promotion de l’investissement privé dans l’agriculture et la levée des restrictions aux droits de propriété privée. Le deuxième grand domaine de financement de la Banque mondiale au Maroc est à l’appui à l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) qui, selon certains militants et chercheurs marocains, a créé une société civile artificielle et non-indépendante qui contribue à approfondir la marchandisation et la privatisation du social |13|. Le projet d’énergie solaire figure dans le troisième axe de la Banque mondiale, qui englobe une série de nouvelles mesures et de prêts pour des projets spécifiques. Les niveaux de décaissement de la Banque mondiale au Maroc ont atteint des niveaux record en 2011 et 2012, l’accent étant mis sur la promotion par ces prêts des partenariats public-privé (PPP) dans des secteurs clés.

Comme cela a été abondamment analysé, les PPP ne sont qu’un euphémisme pour des privatisations pures et simples, tout en s’appuyant sur des fonds et des garanties publics. Il s’agit essentiellement de privatiser les profits et de nationaliser les pertes. Le complexe Noor-Ouarzazate est construit et sera exploité, en tant que PPP avec un partenaire privé, ACWA Power International, une société saoudienne. Il est étrange que le mot « public » soit accolé à un tel partenariat alors que les autorités publiques n’ont aucun contrôle ou ni aucune action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
dans le projet. C’est une entreprise entièrement privée tant au niveau de la propriété que de la gestion, le makhzen transfèrant des fonds publics à une société privée et donnant des garanties pour payer les prêts MASEN au cas où celui-ci ne pourrait pas payer, au risque d’endetter davantage le pays et de le conduire à la faillite.

Le partenaire privé est responsable de la construction de l’infrastructure, de la production d’énergie et de sa vente à l’Office National de l’Electricité (ONE), ce dernier s’engageant à acheter l’électricité pour une période de vingt à trente ans. Les PPP ont été extrêmement coûteux pour les Marocains, y compris dans le secteur de l’énergie, où les entreprises privées (produisant plus de cinquante pour cent de l’électricité du pays) ont bénéficié de généreux contrats avec l’ONE depuis les années 1990. Le mécontentement populaire vis-à-vis de ces entreprises et ces partenariats a refait surface récemment. En octobre 2015, par exemple, d’énormes mobilisations ont eu lieu contre la société Amendis dans le Nord du Maroc contre les factures élevées de l’électricité. Il ne semble pas que la production de l’énergie solaire aille dans un autre sens : elle sera contrôlée par des multinationales uniquement intéressées à faire d’énormes profits au détriment de la souveraineté et d’une vie décente pour les Marocains.


Dettes et financiarisation de la Nature

Le coût de la production d’énergie avec la technologie du Solaire thermique à concentration (CSP selon son abréviation en anglais) est très élevé. Il est de 1,62 dirhams par kWh (kilowatt-heure), contre environ 0,8 dirham pour le photovoltaïque (PV). La MASEN achètera l’énergie du consortium ACWA au prix fixé de 1,62 dirhams marocains et le revendra au prix inférieur de la grille de tarification à l’ONE, fonctionnant donc à perte. Selon le président de la MASEN, Mustapha Bakkoury (également ancien secrétaire général de l’un des partis politiques les plus royalistes le Parti authenticité et modernité, PAM), l’Agence sera à perte pendant les dix prochaines années au moins jusqu’à ce que l’écart entre le prix d’achat et le prix de vente disparaisse en raison de l’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donné. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. (noter que ceci est seulement une spéculation). Pour couvrir cette perte pour les cinq prochaines années, elle a obtenu un prêt de la Banque mondiale de 200 millions de dollars, renforçant donc la dépendance vis-à-vis des prêts multilatéraux et de l’aide étrangère. Plusieurs articles ont signalé l’existence de certaines subventions à l’énergie non divulguées par le Roi Mohammed VI, afin d’éviter que le coût soit transféré aux consommateurs d’énergie. Un article de la Banque mondiale a estimé ces subventions à 31 millions de dollars par an. Mais il y a une certaine ambiguïté quant à la raison pour laquelle ces fonds sont nécessaires si l’ONE achète à la MASEN au prix de la grille de tarification.

La monarchie marocaine a conçu son plan d’énergie renouvelable non seulement comme une initiative de développement économique, mais aussi comme une politique potentiellement orientée vers l’exportation ce qui libéralisera davantage son économie. Elle en attend aussi un rapprochement du pays avec l’Union européenne (UE) en aidant à augmenter le pourcentage des énergies renouvelables dans le panier énergétique de l’UE. Ce n’est pas par hasard que « le gouvernement marocain a conçu une nouvelle stratégie énergétique en 2009 essentiellement alignée sur la trilogie énergétique de l’Union européenne, à savoir la sécurité énergétique, la compétitivité et la durabilité environnementale » |14|. Le Maroc a adhéré à un certain nombre d’institutions et de programmes d’énergies renouvelables mondiaux et régionaux, parmi lesquels l’Agence internationale de l’énergie renouvelable et le plan solaire pour la Méditerranée. Il a également fait part de son intérêt à se joindre au projet Desertec de la région MENA, et enregistré son projet d’énergie renouvelable dans le cadre du Mécanisme pour un développement propre (MDP) de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Le MDP fait partie de ce que l’on appelle le commerce du carbone et est l’une des fausses solutions proposées pour lutter contre le changement climatique. Les MDPs ont été créés pour permettre aux pays plus riches classés comme « industrialisés » de participer à des initiatives de réductions d’émissions dans les pays à bas revenus ou à revenus intermédiaires, ce qui est un moyen d’éviter des réductions directes d’émissions. Ce mécanisme, ainsi que d’autres tels que la REDD (réduction des émissions résultant du déboisement et de la dégradation des forêts dans les pays en développement) et différents mécanismes compensatoires participent à donner un prix à la nature, à la marchandiser sous le label de « capitalisme vert ». McAfee a décrit ce processus comme une tentative de vendre la nature afin de le sauver |15|.

Actuellement, on ne sait pas combien le projet va rapporter en termes de MDP, mais il faut faire attention à la façon dont ce commerce « vert » repose sur et reproduit la notion économique classique des coûts d’opportunité différentiels. En d’autres termes, les contributions à l’amélioration de l’environnement mondial devraient être recherchées lorsque cela revient moins cher. Pourtant, comme McAfee le souligne, cela dépend essentiellement des inégalités entre les propriétaires terriens les plus pauvres et les plus riches, entre les zones urbaines et rurales et entre le Sud et le Nord. Cette dependance renforce les inégalités en fin du compte.

L’idée que le Maroc emprunte des milliards de dollars pour produire de l’énergie, dont une part sera exportée vers l’Europe alors que la viabilité économique de l’initiative est à peine assurée, soulève des questions sur l’externalisation des risques de la stratégie européene de l’énergie renouvelable vers le Maroc et d’autres économies en difficulté de la région. Cela revient à ignorer ce que l’on appelle la « dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
climatique » ou la « dette écologique Dette écologique La dette écologique est la dette contractée par les pays industrialisés envers les autres pays à cause des spoliations passées et présentes de leurs ressources naturelles, auxquelles s’ajoutent la délocalisation des dégradations et la libre disposition de la planète afin d’y déposer les déchets de l’industrialisation.

La dette écologique trouve son origine à l’époque coloniale et n’a cessé d’augmenter à travers diverses activités :


- La « dette du carbone ». C’est la dette accumulée en raison de la pollution atmosphérique disproportionnée due aux grandes émissions de gaz de certains pays industriels, avec, à la clé, la détérioration de la couche d’ozone et l’augmentation de l’effet de serre.

- La « biopiraterie ». C’est l’appropriation intellectuelle des connaissances ancestrales sur les semences et sur l’utilisation des plantes médicinales et d’autres végétaux par l’agro-industrie moderne et les laboratoires des pays industrialisés qui, comble de l’usurpation, perçoivent des royalties sur ces connaissances.

- Les « passifs environnementaux ». C’est la dette due au titre de l’exploitation sous-rémunérée des ressources naturelles, grevant de surcroît les possibilités de développement des peuples lésés : pétrole, minéraux, ressources forestières, marines et génétiques.

- L’exportation vers les pays les plus pauvres de produits dangereux fabriqués dans les pays industriels.

Dette écologique et dette extérieure sont indissociables. L’obligation de payer la dette extérieure et ses intérêts impose aux pays débiteurs de réaliser un excédent monétaire. Cet excédent provient pour une part d’une amélioration effective de la productivité et, pour une autre part, de l’appauvrissement des populations de ces pays et de l’abus de la nature. La détérioration des termes de l’échange accentue le processus : les pays les plus endettés exportent de plus en plus pour obtenir les mêmes maigres recettes tout en aggravant mécaniquement la pression sur les ressources naturelles.
 » qui est due par les pays industrialisés du Nord aux pays du Sud de la planète, compte tenu de la responsabilité historique de l’Occident dans le changement climatique. Au lieu de cela, la dette n’est considérée comme légitime que dans l’autre sens et joue un rôle de contrôle impérialiste et desubordination. Comme le fait remarquer David Harvey, des décennies de prêts faciles et d’accroissement de l’endettement sont souvent rapidement suivies par une économie politique de dépossession.


Le projet est-il véritablement vert ? La question de l’eau

La technologie choisie pour la centrale solaire de Ouarzazate est l’énergie solaire thermique à concentration (ESC) avec des collecteurs cylindro-paraboliques. Cette technologie concentre le rayonnement dans des miroirs et sur un point focal où un liquide visqueux est chauffé. La chaleur collectée produit de la vapeur, qui est ensuite convertie en électricité par un générateur à turbine.

L’étude d’impact social et environnemental réalisée par la MASEN en 2011 concluait que la technologie ESC avec collecteurs cyindro-paraboliques était celle qui avait le plus d’impact sociaux et environnementaux sur les régions étudiées. Il semblerait que la capacité de stockage thermique de cette option a primé sur toutes autres considérations relatives à cette technologie. Cette capacité permet la meilleure adaptation de la production d’énergie aux pics de demande, à savoir la fin de l’après-midi. Le concept est simple : on utilise l’énergie pour chauffer un produit (par exemple des sels fondus) pendant la journée, et ensuite on récupère l’énergie thermique pour continuer à faire fonctionner les générateurs après le coucher du soleil.

Le plus gros problème posé par cette technologie est l’utilisation extensive de l’eau lors de la phase de refroidissement par voie humide. Contrairement à la technologie photovoltaïque (PV), l’ESC a besoin de refroidissement. Cela se fait soit par condenseurs refroidis par l’air (refroidissement à sec) ou par une consommation élevée d’eau (refroidissement par voie humide). La phase I du projet utilisera l’option humide de refroidissement et la consommation d’eau est estimée à deux à trois millions de mètres cubes d’eau par an |16|. La consommation d’eau sera bien moindre avec le refroidissement à sec (prévu pour la phase II) : entre 0,73 et 0,88 millions de mètres cubes. Les technologies photovoltaïques n’ont besoin d’eau que pour le nettoyage des panneaux solaires. Ils consomment environ 200 fois moins d’eau que la technologie ESC avec refroidissement par voie humide et quarante fois moins d’eau que ESC avec refroidissement à sec.

On ne peut que remettre en question la rationalité d’un tel choix dans une région semi-aride comme le Maroc qui souffre de stress hydrique aigu et dont les ressources en eau pourraient se tarir en 2040. Compte tenu de cette situation, qui est exacerbée par la grave sécheresse qui sévit actuellement (qui sera combattue par un plan gouvernemental de relance massif et onéreux), la question qui doit être posée est : où va-t-on trouver l’eau et cette utilisation de l’eau est-elle soutenable à moyen et long terme ? La réponse est que la centrale utilise déjà l’eau d’un barrage situé à proximité, appelé Al Mansour Eddahbi. Selon les autorités, moins d’un pour cent de la capacité moyenne du barrage sera utilisée.

Les apports d’eau au barrage varient entre 54 et 1300 millions de mètres cubes, avec une moyenne de 384 millions de mètres cubes (sur la base des vingt-cinq dernières années). Cette eau est habituellement utilisée pour l’irrigation, à raison de 180 millions de mètres cubes par an, l’eau potable à raison de quatre millions de mètres cubes par an, tandis que l’évaporation consomme une soixantaine de millions de mètres cubes par an.

Même si l’installation solaire n’utilise qu’un pour cent de la capacité moyenne du barrage, la consommation d’eau reste importante et peut devenir un problème épineux en période de sécheresse extrême lorsque le barrage ne contient que 54 millions de mètres cube d’eau. Dans ces moments, les eaux du barrage ne sont pas suffisantes pour couvrir les besoins de l’irrigation et en eau potable, ce qui rend l’utilisation de l’eau pour la centrale solaire largement problématique et controversée. Ce problème est encore plus important si l’on prend en compte les besoins en eau de la ville de Ouarzazate, qui atteindront 840 millions de mètres cubes d’ici 2020, dont808 seront alloués à l’agriculture et trente-deux à la fourniture d’eau potable.

Au cours de l’enquête sur cette question de l’eau, nous n’avons trouvé aucun document mentionnant la vente ou l’achat d’eau par la MASEN. De toutes façons, dans une région aride comme celle de Ouarzazate, cette appropriation de l’eau pour un programme prétendument vert constitue un autre accaparement « vert », qui va contribuer à l’intensification des dynamiques agraires en cours et des luttes pour la subsistance dans la région.


Les Contradictions du modèle de développement « durable » au Maroc

Le Maroc va accueillir les négociations sur le climat (COP22) au mois de novembre de cette année et sa réputation internationale repose sur son plan d’énergie renouvelable. A cet effet, le complexe solaire de Ouarzazate sera utilisé comme un projet phare pour embellir la façade « verte » du makhzen et améliorer sa réputation internationale afin d’en tirer des retombées politiques et stratégiques au détriment d’un changement démocratique radical.

Cependant, gratter légèrement sous la surface nous permet de voir ce qu’il y a derrière ce discours trompeur. Si l’État marocain était vraiment sérieux au sujet de ses qualités écologiques, pourquoi est-il en train de construire une centrale électrique au charbon, ce qui représente un écocide attendu pour la ville déjà polluée de Safi ? Pourquoi ignore-t-il également les effets dévastateurs, environnementaux et sociaux de l’industrie minière dans le pays ? Un exemple notable est celui de la longue lutte de la communauté d’Imider (à 140 kilomètres à l’est de Ouarzazate) contre une mine d’argent, fleuron du holding royal SNI (la mine d’argent la plus productive d’Afrique), qui pollue son environnement, accapare son eau et pille ses richesses.


Conclusion

Malgré l’attrait du méga-projet solaire, il incombe à la gauche radicale et au mouvement environnementaliste pour la justice climatique de développer une approche critique de la propagande du makhzen et du discours international dominant autour de la gouvernance environnementale auquel elle est liée. Les militants doivent se poser les questions pertinentes, qui permettent de mettre l’accent sur la réalité de l’énergie solaire : qui possède quoi ? Qui fait quoi ? Qui obtient quoi ? Qui gagne et qui perd ? Et quel bien public collectif est desservi ? Répondre à ces questions dans une optique de justice distributive, tout en tenant compte de l’héritage colonial et néocolonial et des questions de race, classe et genre, fera apparaître de nombreux parallèles entre la centrale solaire ESC et les industries extractives, qui sont plus évidemment destructrices. Comme ces industries, l’occupation de l’espace par la centrale solaire est problématique, car elle remet en cause la souveraineté des populations sur leurs terres et les prive de leurs ressources dans le but de concentrer la valeur créée aux mains des cercles prédateurs du makhzen et des entreprises privées, marocaines et non-marocaines.

Si nous voulons concevoir et mettre en œuvre des projets réellement verts et équitables, nous devons arracher la nature des griffes des mécanismes du marché et reformuler le débat autour des questions de justice, de reddition de comptes et de biens communs loin des logiques du marché qui compatimentent, marchandisent et privatisent la nature et nos moyens de subsistence. Mais la question centrale, c’est celle des formes d’engagement local véritable et de consultations appropriées où les communautés et les populations sont libres de donner ou de refuser leur consentement préalable et informé.

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Traduit de l’anglais par Lucile Dau (ATTAC/CADTM Maroc)

Notes

|1| Mitchell, Timothy, Carbon Democracy : Political Power in the Age of Oil, London : Verso, 2012.

|2| Rignall. Karen, Theorizing Sovereighty in Empty Land : the Land Tenure Implications of Concentrated Solar Power in pre-Saharan Morocco, Land Deal Politics Initiative, 2012.

|3| Fairhead, James, Melissa Leach, and Ian Scoones, « Green Grabbing : A New Appropriation of Nature ? », Journal of Peasant Studies 39(2), 2013, pp. 237-261.

|4| Castree. N., « Neoliberalising nature I and II : the logics of de- and re-regulation ». Environment and Planning A, 40(1), 2008, pp. 131–73.

|5| Nalepa, Rachel A. et Dana Marie Bauer, « Marginal Lands : The Role of Remote Sensing in Constructing Landscapes for Agrofuel Development », Journal of Peasant Studies 39(2), 2012, pp.403-422.

|6| Voir Rigall, Karen, op.cit ainsi que l’ouvrage de Diana Davis « Resurrecting the Granary of Rome : Environmental History and French Colonial Expansion in North Africa ».

|7| Voir détails dans Rignall, Karen, op. cit.

|8| MASEN, 2011, pp. 18-20.

|9| Voir Rignall, Karen, op. cit.

|10| Cité par Rignall, Karen, ibid.

|11| Jawad. M. Projets de développement durable au Maroc : protéger l’environnement ou protéger les profits ?, 2015. http://www.ritimo.org/Projets-de-de....

|12| Fairhead et al., op. cit.

|13| Hanieh. Adam. « Shifting Priorities or Business as Usual ? Continuity and Change in the post-2011 : IMF and World Bank Engagement with Tunisia, Morocco and Egypt », Journal of Middle Eastern Studies, 42:1, 2014, pp. 119-134.

|14| Beard. Jennifer, Green Rentier State : A Case Study of the Renewable Energy Sector in Morocco, 2013. http://aladinrc.wrlc.org/bitstream/...

|15| McAfee, K., « Selling nature to save it ? Biodiversity and the rise of green developmentalism » Environment and Planning, D : Society and Space 17(2), 1999, pp. 133–54.
-2011 Selling nature to finance development ? The contradictory logic of « global » environmental-services markets… », Environmental Policy and Conservation, Institute of Social Studies, The Hague, 30 June–2 July 2011.

|16| Kouz, Khadija, et al. Etude d’Impact Environnementale et Sociale Cadre du Projet de Complexe Solaire d’Ouarzazate. Rabat : MASEN, 2011.

Auteur.e

Hamza Hamouchene

est docteur en carcinogénèse environnementale de l’’Institute of Cancer Research, université de Londres. Il est membre fondateur d’’Algeria Solidarity Campaign (ASC) et d’’ Environmental Justice North Africa (EJNA), deux organisations londoniennes faisant campagne respectivement pour un changement démocratique pacifique en Algérie et pour la justice environnementale et climatique au Maghreb.

Il travaille aussi pour Platform, où il suit le dossier des intérêts britanniques dans le domaine de l’’énergie en Algérie. Il a publié deux rapports pour Platform : “Le renforcement des dictatures : Accaparement du gaz par le Royaume-Uni et les violations des droits humains en Algérie” et “La Prochaine revolution en Afrique du Nord : La lutte pour la Justice Climatique”.

Il travaillait auparavant pour Global Justice Now sur les questions liées au climat, à l’’alimentation et à la justice commerciale.

Il a publié des articles dans The Guardian, Counterpunch, New Internationalist, Red Pepper, Jadaliyya, openDemocracy, Pambazuka, El Watan, Maghreb Emergent et Huffington Post. Il a été interviewé entre autres par BBC Arabic, Al Jazeera, France 24 et RFI.


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