Interview de Pascal Franchet (CADTM)

« La crise financière puise ses racines dans les inégalités »

8 juin 2010 par Benito Pérez


Annuler la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
des Etats, refaire de la monnaie une valeur d’échange... le syndicaliste Pascal Franchet ne manque pas d’idées pour vaincre la crise. Mais la principale déplaira à certains : mieux répartir les richesses !

Quand une crise des crédits immobiliers aux Etats-Unis provoque une récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres. mondiale ou que des financiers renfloués par les Etats forcent ses derniers à des cures d’austérité, le commun des mortels y perd son latin. Difficile de comprendre ce qui relie ces fléaux bien peu divins qui s’abattent sur nous. Contrôleur des impôts, syndiqué CGT, Pascal Franchet tente depuis des années de rendre intelligible l’univers des financiers, leurs fonds spéculatifs comme leur fonds de commerce, leurs stratégies comme leurs aveuglements. Animateur du nouveau groupe « Nord » fondé il y a un an au sein du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM), le Français était la semaine dernière en Suisse pour une série de conférences. Séance de rattrapage.

On a l’image d’une crise financière qui a contaminé l’économie réelle. Pour vous, c’est l’inverse qui s’est produit. Expliquez-vous.

Pascal Franchet : La crise économique que nous vivons date en réalité des années 1970. Elle résulte du choix des entreprises de faire baisser la part de la valeur ajoutée allant aux salaires. Les bénéfices supplémentaires captés depuis lors par les entreprises – de 9% à 13% du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
selon les pays – représentent des sommes considérables. Pour la France, on parle de 200milliards d’euros par an. Cet argent soustrait aux travailleurs n’a pas non plus été réinvesti dans la production, ce qui aurait pu élever la productivité, mais placé dans la finance, dans la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
.

Vous parlez des entreprises, mais ces transferts n’auraient pas été possibles sans décisions politiques...

Bien sûr, ces comportements se sont appuyés sur les déréglementations et sur la libéralisation du secteur financier décidées dans le sillage des économistes néolibéraux, de Reagan et de Thatcher. Pour attirer des investissements, on prônait une meilleure rentabilité moyenne du capital, allant jusqu’à 20% ou même 30%, alors qu’un retour sur investissement classique est de 5%-6%. Cela a complètement déstabilisé l’économie réelle et entraîné l’endettement des ménages et des Etats. Depuis ces réformes, on est allé de crises en crises financières. On en compte une trentaine, de l’Asie à la Russie, en passant par l’Argentine, etc. Jusqu’à la crise des subprimes Subprimes Crédits hypothécaires spéciaux développés à partir du milieu des années 2000, principalement aux États-Unis. Spéciaux car, à l’inverse des crédits « primes », ils sont destinés à des ménages à faibles revenus déjà fortement endettés et étaient donc plus risqués ; ils étaient ainsi également potentiellement plus (« sub ») rentables, avec des taux d’intérêts variables augmentant avec le temps ; la seule garantie reposant généralement sur l’hypothèque, le prêteur se remboursant alors par la vente de la maison en cas de non-remboursement. Ces crédits ont été titrisés - leurs risques ont été « dispersés » dans des produits financiers - et achetés en masse par les grandes banques, qui se sont retrouvées avec une quantité énorme de titres qui ne valaient plus rien lorsque la bulle spéculative immobilière a éclaté fin 2007.
Voir l’outil pédagogique « Le puzzle des subprimes »
. Comme les gens n’avaient plus de pouvoir d’achat, on les a poussés à s’endetter, pas seulement pour leur maison, mais pour tout, la santé, l’éducation, etc. Alors que le PIB des USA reposait à 70% sur la consommation, les ménages américains se retrouvaient endettés à hauteur de 120% de leur revenu annuel.
Ces créances Créances Créances : Somme d’argent qu’une personne (le créancier) a le droit d’exiger d’une autre personne (le débiteur). à taux variables ont ensuite été « titrisées » et se sont ainsi retrouvées mélangées à d’autres valeurs dans le monde entier. L’explosion de cette bulle a montré que la croissance économique de toutes ces années était basée sur du vent. N’en déplaise à certains, l’accroissement des inégalités est un poison mortel pour l’économie.

Les Etats ont quand même réagi, sauvé les banques et relancé la machine. Etait-ce la bonne solution ?

Dans le système économique actuel, il n’y a pas de solution. Car celle-ci impliquerait de toucher à la cause structurelle de la crise : la répartition des richesses. Et cela, les acteurs dominants n’en veulent pas. Même la relance de type keynésien par des grands travaux n’a pas été explorée. Les quelques plans de soutien à la consommation – relativement modestes, environ 2% du PIB – qui ont permis d’atténuer les effet sociaux de la crise sont déjà en voie de disparition. C’est là une demande pressante du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

Cliquez pour plus.
et de l’OCDE OCDE
Organisation de coopération et de développement économiques
Créée en 1960 et basée au Château de la Muette à Paris, l’OCDE regroupe les quinze membres de l’Union européenne auxquels s’ajoutent la Suisse, la Norvège, l’Islande ; en Amérique du Nord, les États-Unis et le Canada ; en Asie-Pacifique, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Entre 1994 et 1996, trois pays du Tiers-Monde ont fait leur entrée : la Turquie, candidate à entrer également dans l’Union européenne ; le Mexique qui forme l’ALENA avec ses deux voisins du Nord ; la Corée du Sud. Depuis 1995, se sont ajoutés trois pays de l’ex-bloc soviétique : la République tchèque, la Pologne et la Hongrie. En 2000, la République slovaque est devenue le trentième membre.

Liste des pays membres de l’OCDE par ordre alphabétique : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Corée du Sud, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie.
Site :
.

Car la croissance est de retour...

C’est une donnée purement statistique, comptable. Cette croissance traduit le retour des profits pour une petite minorité qui capte cette valeur ajoutée. La réalité du plus grand nombre, c’est le chômage de masse, la baisse des salaires directs et indirects. Et bientôt de nouvelles crises.

Que propose le CADTM pour sortir de cette spirale ?

Il faut un moratoire Moratoire Situation dans laquelle une dette est gelée par le créancier, qui renonce à en exiger le paiement dans les délais convenus. Cependant, durant la période de moratoire, les intérêts continuent de courir. Un moratoire peut également être décidé par le débiteur, comme ce fut le cas de la Russie en 1998 et de l’Équateur en 1999. sur le remboursement des dettes publiques, le temps de les auditer, et d’abolir les créances néfastes et illégitimes.

Dans ce cas, les privés ne prêteraient plus aux Etats...

C’est pourquoi, il faut aussi placer le système bancaire sous contrôle public. Il est anormal que les économies nationales dépendent entièrement des marchés et de la spéculation. Voyez : on a sauvé des banques qui aujourd’hui attaquent les dettes des Etats... Il est temps mettre un terme à ce système qui nous mène dans le mur ! Et développer un service public de la banque.

Un Etat seul peut-il refuser le remboursement de sa dette.

L’Equateur l’a fait et a pu investir les fonds préservés dans le social et l’éducation.

L’Argentine aussi a suspendu ses remboursements, mais aujourd’hui elle emprunte à des taux usuraires...

L’Argentine n’a pas été jusqu’au bout de son action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
. Elle aurait dû dénoncer publiquement et politiquement sa dette, car celle-ci puise ses racines dans la dictature Videla et n’a jamais profité à ses habitants. Aujourd’hui, ce pays demeure dépendant des marchés, et il le paie.

Faut-il revenir à un contrôle des changes comme le fait le Venezuela ?

Oui, et interdire les produits financiers Produits financiers Produits acquis au cours de l’exercice par une entreprise qui se rapportent à des éléments financiers (titres, comptes bancaires, devises, placements). qui permettent de spéculer sur la monnaie. La monnaie a été totalement privatisée. On a développé à l’infini des produits dérivés Produits dérivés
Produit dérivé
Famille de produits financiers qui regroupe principalement les options, les futures, les swaps et leurs combinaisons, qui sont tous liés à d’autres actifs (actions, obligations, matières premières, taux d’intérêt, indices...) dont ils sont par construction inséparables : option sur une action, contrat à terme sur un indice, etc. Leur valeur dépend et dérive de celle de ces autres actifs. Il existe des produits dérivés d’engagement ferme (change à terme, swap de taux ou de change) et des produits dérivés d’engagement conditionnel (options, warrants…).
qui reposent sur du sable et qui ne servent en fait qu’à spéculer, comme les Credit Default Swap CDS
Credit Default Swap
Le CDS est un produit financier dérivé qui n’est soumis à aucun contrôle public. Il a été créé par la banque JPMorgan dans la première moitié des années 1990 en pleine période de déréglementation. Le Credit Default Swap signifie littéralement “permutation de l’impayé”. Normalement, il devrait permettre au détenteur d’une créance de se faire indemniser par le vendeur du CDS au cas où l’émetteur d’une obligation (l’emprunteur) fait défaut, que ce soit un pouvoir public ou une entreprise privée. Le conditionnel est de rigueur pour deux raisons principales. Premièrement, l’acheteur peut utiliser un CDS pour se protéger d’un risque de non remboursement d’une obligation qu’il n’a pas. Cela revient à prendre une assurance contre le risque d’incendie de la maison d’un voisin en espérant que celle-ci parte en flammes afin de pouvoir toucher la prime. Deuxièmement, les vendeurs de CDS n’ont pas réuni préalablement des moyens financiers suffisants pour indemniser les sociétés affectées par le non remboursement de dettes. En cas de faillite en chaîne d’entreprises privées ayant émis des obligations ou du non remboursement de la part d’un Etat débiteur important, il est très probable que les vendeurs de CDS seront dans l’incapacité de procéder aux indemnisations qu’ils ont promises. Le désastre de la compagnie nord-américaine d’assurance AIG en août 2008, la plus grosse société d’assurance internationale (nationalisée par le président George W. Bush afin d’éviter qu’elle ne s’effondre) et la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 sont directement liés au marché des CDS. AIG et Lehman s’étaient fortement développées dans ce secteur.

Le CDS donne l’illusion à la banque qui en achète qu’elle est protégée contre des risques ce qui l’encourage à réaliser des actions de plus en plus aventureuses. De plus, le CDS est un outil de spéculation. Par exemple en 2010-2011, des banques et d’autres sociétés financières ont acheté des CDS pour se protéger du risque d’une suspension de paiement de la dette qui aurait pu être décrétée par la Grèce. Elles souhaitaient que la Grèce fasse effectivement défaut afin d’être indemnisées. Qu’elles soient ou non en possession de titres grecs, les banques et les sociétés financières détentrices de CDS sur la dette grecque avaient intérêt à ce que la crise s’aggrave. Des banques allemandes et françaises (les banques de ces pays étaient les principales détentrices de titres grecs en 2010-2011) revendaient des titres grecs (ce qui alimentait un climat de méfiance à l’égard de la Grèce) tout en achetant des CDS en espérant pouvoir être indemnisées au cas de défaut grec.1

Le 1er novembre 2012, les autorités de l’Union européenne ont fini par interdire la vente ou l’achat de CDS concernant des dettes des États de l’UE qui ne sont pas en possession du candidat acheteur du CDS.2 Mais cette interdiction ne concerne qu’une fraction minime du marché des CDS (le segment des CDS sur les dettes souveraines*) : environ 5 à 7 %. Il faut également noter que cette mesure limitée mais importante (c’est d’ailleurs à peu près la seule mesure sérieuse qui soit entrée en vigueur depuis l’éclatement de la crise) a entraîné une réduction très importante du volume des ventes des CDS concernés, preuve que ce marché est tout à fait spéculatif.

Enfin, rappelons que le marché des CDS est dominé par une quinzaine de grandes banques internationales. Les hedge funds et les autres acteurs des marchés financiers n’y jouent qu’un rôle marginal. D’ailleurs la Commission européenne a menacé en juillet 2013 de poursuivre 13 grandes banques internationales pour collusion afin de maintenir leur domination sur le marché de gré à gré* (OTC) des CDS.3
(CDS, produit financier utilisé pour spéculer contre la Grèce et l’euro, ndlr). Les Etats et les Banques centrales doivent coopérer pour reprendre le contrôle sur cet élément essentiel qu’est la monnaie, qui pourra ainsi retrouver sa valeur d’usage, d’échange.

Comment imaginez-vous parvenir à ces réformes. Malgré de grosses mobilisations, ni les Grecs ni les Portugais ne parviennent à faire reculer leurs gouvernements.

Le mouvement social commence à peine à prendre conscience de l’importance de la dette sur la situation économique des personnes. Mais sa réponse n’est pas encore à la hauteur. Les mouvements sont divisés, notamment en Grèce, et parfois très liés au pouvoir en place. Le CADTM a lancé, le 24 mai, un appel à une mobilisation unitaire européenne contre les plans d’austérité et la dette publique. La crise, qui est mondiale, ne trouvera pas de solution dans un seul pays. Si chacun continue sa lutte dans son coin, tout le monde sera défait. La riposte doit être menée au moins au niveau européen. Ce sera l’un des enjeux du Forum social européen qui se tiendra à Istanbul dans un mois.

 La fausse solidarité avec la Grèce

Mais les marchés ne jouent-ils pas un
rôle de garde-fou ? Prenons le cas grec :
Athènes a triché en trafiquant ses
comptes et creusé son déficit, et
aujourd’hui, rappelés à l’ordre par
les marchés, les Grecs se serrent la
ceinture. Moral, non ?

Personne ne nie que la Grèce a triché
pour pouvoir entrer dans la zone
euro. Elle l’a fait avec l’aide de la
Banque Goldmann Sachs, qui, elle,
n’est pas punie... Cela dit, la tricherie
était modeste, 2 à 3 milliards d’euros.
Dans le milieu financier, c’était un
secret de polichinelle. Il y a une belle
hypocrisie, notamment des autres
pays comme la France et l’Italie, qui
maquillent aussi leurs comptes.

Le plan d’austérité
n’est-il pas une nécessité...

Non, car il va aggraver la récession.
Revenons à l’origine du problème :
comme ailleurs, la Grèce a connu des
réformes fiscales qui ont favorisé les
ménages aisés et les entreprises, asséchant
du même coup les finances publiques.
Problème aggravant en Grèce :
la fraude fiscale des entreprises y
est faramineuse. Tous les armateurs
grecs ont, par exemple, leur siège
dans le paradis fiscal Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
chypriote.

Le budget de l’Etat est aussi victime
des deux vaches sacrées du pays
que sont l’armée et l’Eglise. La Grèce
importe pour 3% à 4% de son PIB en
matériel militaire. Cela en fait le plus
dépensier de l’Union européenne.
Devinez qui sont ses principaux
fournisseurs : l’Allemagne et la France !
L’Allemagne, qui donne des
leçons de morale aux Grecs, ne
rechigne pas à leur vendre des
sous-marins...

L’autre gouffre financier est
causé par l’Eglise, qui est exonérée
d’impôt quand bien même elle
possède un patrimoine immobilier
fantastique.

Au final, la Grèce a quand même pu
compter sur la solidarité de l’Europe...

Le plan de l’Union européenne et du
FMI ne va pas au secours des Grecs,
il est destiné à sauver les banques et
les fonds de pension Fonds de pension Fonds d’investissement, appelé aussi fonds de retraite, qui a pour vocation de gérer un régime de retraite par capitalisation. Un fonds de pension est alimenté par l’épargne des salariés d’une ou plusieurs entreprises, épargne souvent complétée par l’entreprise ; il a pour mission de verser des pensions aux salariés adhérents du fonds. Les fonds de pension gèrent des capitaux très importants, qui sont généralement investis sur les marchés boursiers et financiers. , qui détiennent
la part principale de la dette
grecque. Des créanciers qui risquent
gros si ce pays ne peut plus
rembourser. Le cynisme européen
va encore plus loin : alors que le
peuple grec payera chèrement ce
plan UE-FMI, les Européens risquent,
eux, de faire du bénéfice,
comme l’a avoué la ministre
française Christine Lagarde, car ces
pays empruntent en dessous du
taux garanti aux Grecs...

 « La bulle est loin d’être résorbée »

Comment fonctionnent ces fameux
« marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
 » ? Qui décide
des stratégies ?

Je ne crois pas à la théorie du complot,
au gouvernement de l’ombre.
Derrière les mécanismes de « marché
 », il y a des donneurs d’ordre, des
détenteurs de capitaux, des entreprises
qui cherchent le profit à très
court terme et trouvent dans la spéculation
un instrument idéal. Leur
unité vient du fait qu’ils partagent un
certain nombre d’intérêts. Pour ce
qui est de la stratégie, les rapports du
FMI, de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
ou de
l’OCDE font largement l’affaire.

Aujourd’hui s’ils s’attaquent aux
dettes souveraines des Etats, c’est
qu’ils entendent faire payer à la population
les effet de la crise à travers des
plans d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
et réaffirmer
du même coup leur pouvoir
sur les Etats. Quand vous avez les
banques centrales qui alimentent en
argent les banques privées à des taux
très bas (1% en Europe), et que ces
mêmes banques privées prêtent aux
Etats à des taux très élevés (4-5% en
moyenne,8%-10% pour la Grèce,ndlr),
il y a quelque chose qui ne fonctionne
pas. Or la question est politique,
puisque le Traité constitutionnel interdit
à la Banque centrale européenne BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.

de prêter directement aux Etats.

D’un point de vue cynique, peut-on dire
que la crise est finie... pour les banques ?

Même pas. Le FMI lui-même reconnaît
que les banques européennes
ont toujours pour 700 milliards d’euros
de crédits pourris dans leurs
comptes. C’est une bombe à retardement
constituée de produits toxiques
développés durant vingt à vingt-cinq
ans... La bulle est loin d’être résorbée.
Si l’on devait réaliser aujourd’hui
l’ensemble des produits dérivés Dérivés
Dérivé
Dérivé de crédit : Produit financier dont le sous-jacent est une créance* ou un titre représentatif d’une créance (obligation). Le but du dérivé de crédit est de transférer les risques relatifs au crédit, sans transférer l’actif lui-même, dans un but de couverture. Une des formes les plus courantes de dérivé de crédit est le Credit Default Swap.
existant
sur la planète, il faudrait dix fois
la richesse produite sur la planète.


Voir en ligne : Le courrier