Le contexte international des indignations mondiales (2/5)

La crise mondiale précède le printemps arabe, les Indigné-ées et Occupy Wall Street

2 janvier 2012 par Eric Toussaint


À partir de 2007, le ciel capitaliste s’assombrit. Commence alors la plus grande crise capitaliste depuis les années 1930. Il y a interconnexion de différentes crises : dans les pays les plus industrialisés, crise bancaire et financière, crise immobilière, crise économique ; dans les pays du Sud, en particulier en Afrique et certains pays d’Asie, crise alimentaire (l’Amérique latine est moins touchée) causée principalement par deux causes générées par la politique des gouvernements des pays les plus industrialisés :
1. le déplacement de la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
immobilière (suite à l’éclatement de la bulle) vers le marché à terme des céréales (grains) ;
2. le soutien à la production d’agro-combustibles. La crise alimentaire provoque en 2008 des émeutes de la faim dans plus de 15 pays, le nombre d’affamés passe de 850 millions à plus d’un milliard [1]. La santé économique de la Chine, l’atelier du monde, finit par provoquer dans l’ancien empire du milieu des grèves ouvrières qui aboutissent à des augmentations de salaire (en partant d’un niveau très bas). La crise de gouvernance est patente à l’échelle de la planète.

Trois exemples de cela.
1. le processus d’accentuation de la déréglementation des échanges défini à Doha en novembre 2001 est bloqué, l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
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fait du sur place.
2. le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, entre 2002 et 2008, passe par une crise radicale : deux directeurs généraux se succèdent sans terminer leur mandat ; les pays émergents Pays émergents Les pays émergents désignent la vingtaine de pays en développement ayant accès aux marchés financiers et parmi lesquels se trouvent les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Ils se caractérisent par un « accroissement significatif de leur revenu par habitant et, de ce fait, leur part dans le revenu mondial est en forte progression ». remboursent leurs dettes au FMI de manière anticipée afin de se défaire de sa tutelle directe et de suivre des politiques partiellement hétérodoxes.
3. le G7 G7 Groupe réunissant les pays les plus puissants de la planète : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon. Leurs chefs d’État se réunissent chaque année généralement fin juin, début juillet. Le G7 s’est réuni la première fois en 1975 à l’initiative du président français, Valéry Giscard d’Estaing. (Etats-Unis, Allemagne, Royaume Uni, Japon, France, Italie, Canada), d’où la crise financière et économique est partie, ne peut pas prétendre une fois encore trouver et imposer des solutions alors que les économies émergentes connaissent une bonne santé économique, regorgent de réserves de changes et se sont désendettées (en terme de dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
extérieure). Les capitales des pays les plus industrialisés convoquent le G20 G20 G20 : Le Groupe des vingt (G20) est un groupe composé de dix-neuf pays et de l’Union européenne dont les ministres, les chefs de banques centrales et les chefs d’État se réunissent régulièrement. Il a été créé en 1999, après la succession de crises financières dans les années 1990. Il vise à favoriser la concertation internationale, en intégrant le principe d’un dialogue élargi compte tenu du poids économique croissant pris par un certain nombre de pays. Sont membres : Allemagne, Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie, l’Union européenne (représentée par le Président du conseil et celui de la Banque centrale européenne). en 2009 et demandent aux pays émergents de les aider à se sortir du bourbier dans lequel elles se trouvent. Les effets d’annonce se multiplient : on va réformer le système capitaliste, voire le refonder, on va remettre de l’ordre dans la finance internationale en tirant l’oreille aux paradis fiscaux Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
, on va réduire les extravagances des banquiers et de leurs traders Trader
Traders
Le terme « trader » est d’origine anglo-saxonne. Il signifie littéralement « opérateur de marché ». C’est un opérateur spécialisé qui achète et vend des valeurs mobilières (actions, obligations, produits dérivés, options…), des devises, pour le compte d’un tiers (OPCVM, entreprise, personne, institutionnels…), ou pour l’établissement qu’il représente en tentant de dégager des profits.
, on va contenir la spéculation sur les aliments, on va réformer les grandes institutions comme le FMI et la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
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pour donner un peu de place aux pays émergents, on trouvera des solutions pour le changement climatique… Au bout du compte, aucune de ces promesses n’est mise en pratique. De son côté, le FMI peut revenir sur le devant de la scène. Alors qu’il a dû desserrer l’étau sur les pays émergents et qu’il est au bord de l’asphyxie financière (au point qu’il licencie du personnel), il revient à l’attaque dans les pays du Nord : en 2008-2009, il dicte ses prescriptions néolibérales à l’Islande et à plusieurs pays de l’Europe centrale et de l’Est (anciens membres du glacis soviétique devenus membre de l’Union européenne ou candidats pour y entrer) [2]. En 2010, c’est au tour de la Grèce et de l’Irlande. En 2011, le Portugal repasse sous ses fourches caudines. Le G20 décide de renflouer les caisses du FMI même si le processus est compliqué à appliquer tant les grandes puissances rechignent à donner la place qui revient aux puissances émergentes à qui pourtant elles demandent des sous [3]. Lors d’un sommet européen de décembre 2011, l’UE sans le Royaume Uni décide d’apporter 150 milliards d’euros au FMI.

En 2008-2009, la crise des pays les plus industrialisés affecte la bonne santé de l’économie chinoise, les autorités réagissent par un vaste plan de relance financé par l’Etat (ce que le FMI a toujours refusé aux pays du sud confrontés à une crise).

En 2007-2008, les classes dominantes et les gouvernements en place dans les pays les plus industrialisés ont eu très peur : le mirage capitaliste était en train de s’évaporer, le capitalisme était mis à nu par ses propres contradictions, il commençait à apparaître comme la cause de la crise. Pour éviter des mobilisations massives qui pourraient prendre une dynamique radicale, voire anticapitaliste, à la fin 2008 et en 2009, Washington (où est arrivé Barack Obama en janvier 2009), la Commission européenne et les capitales du Vieux continent mettent en place des amortisseurs sociaux (sauf dans des pays de la périphérie européenne comme les républiques baltes, la Hongrie, l’Ukraine...). Le démarrage de la stratégie du choc a véritablement lieu à partir de 2010.

En 2011, elle s’est approfondie. Les attaques contre ce qui reste des acquis des luttes des travailleurs de l’après seconde guerre mondiale sont brutales, en particulier dans les pays périphériques, au sein ou en dehors de l’Union européenne.

Entre temps, en 2008-2009, l’épicentre de la crise dans les pays les plus industrialisés s’est déplacé des Etats-Unis vers l’Union européenne pour trois raisons :
1. la structure de l’Union européenne accentue la crise car les mécanismes d’aide et de transfert vers les pays les plus fragiles sont réduits comme peau de chagrin ;
2. les banques privées européennes menacent de s’effondrer et de provoquer un nouveau cataclysme financier du type de celui créé par la faillite de Lehman Brothers. Sauvées par les Etats, elles continuent de prendre d’énormes risques en utilisant les fonds mis presque gratuitement à leur disposition par la Fed, la BCE BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
, la Banque d’Angleterre, la Banque de Suisse ; 
3. au lieu d’adopter une politique de relance économique et d’imposer des règles strictes aux banques, la commission européenne et les gouvernements imposent une cure d’austérité qui comprime la demande et déprime l’activité économique. En conséquence, la dette publique, qui est bien inférieure à la dette des entreprises privées, explose. Dans plusieurs pays européens (Espagne, Irlande, Royaume Uni, Hongrie…), l’éclatement de la bulle immobilière produit une situation dramatique pour des centaines de milliers de familles lourdement endettées forcées de quitter leur logement. Des centaines de milliers d’emplois ont été supprimés dans la construction.

En 2010-2011, la crise de la gouvernance européenne prend des proportions considérables. Les sommets de crise se succèdent afin d’adopter des plans de sauvetage qui se révèlent chaque fois insuffisants. Les banques sont de nouveau au bord de l’abîme et si elles n’y dégringolent pas, c’est uniquement grâce au soutien des Etats.



Éric Toussaint, docteur en sciences politiques, président du CADTM Belgique, membre du Conseil international du Forum social mondial depuis sa création et du Conseil scientifique d’ATTAC France. A dirigé avec Damien Millet le livre collectif La Dette ou la Vie, Aden-CADTM, 2011. A participé au livre d’ATTAC : Le piège de la dette publique. Comment s’en sortir, édition Les liens qui libèrent, Paris, 2011.

Notes

[1Voir Jean Ziegler, Destruction massive : géopolitique de la faim, Le Seuil, Paris, 2011 et Damien Millet et Eric Toussaint, La Crise, quelles crises ? Aden-CADTM-Cetim, Bruxelles-Liège-Genève, 2010, chapitre 6.

[2Voir Damien Millet et Eric Toussaint (sous la direction de ), La dette ou la vie, Aden-CADTM, 2011

[3Lors du G20 tenu à Cannes en novembre 2011, les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) n’ont pas été d’accord pour apporter des fonds tant qu’on ne leur faisait pas nettement plus de place dans les instances internationales.

cadtm.org
Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation,Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.

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