La dette et les bouleversements climatiques

14 décembre 2008 par Nicolas Sersiron


Le changement climatique est directement lié à la surconsommation des ressources fossiles, gaz, pétrole et minerais, et à l’agriculture intensive énergivore : labours, engrais, pesticides, monocultures et élevages intensifs. [1] Commerce et exportation permettent à 20% des habitants de la planète de consommer-consumer 80% des richesses de la terre et sont ainsi responsables de son réchauffement dans les mêmes proportions.

Une très grande part des minerais, du pétrole et des cultures d’exportations sont situés dans les PED
La dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
et la corruption, trop souvent liées, sont comme les 2 pattes avant du cheval de Troie qui va permettre aux pays riches de pénétrer les pays bien pourvus en ressources naturelles et humaines. Pour continuer l’image on pourrait dire que les 2 pattes arrières sont les transnationales et les bourgeoisies locales qui profitent de la dette et de la corruption. La queue, le détail dans ce système, étant un mélange de guerre, de pauvreté-sous-alimentation des populations et de désastre environnemental. La dette a ainsi permis au système en trois temps - production-exportation-profit - de se développer dans des proportions considérables au mépris du désir des peuples de ces pays.
Pourquoi la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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ont-ils systématiquement fait des prêts aux dictateurs et rarement aux dirigeants démocrates ? Au-delà des causes géopolitiques liées à une recherche de domination américano-occidentale sur l’ennemi soviétique, la raison principale a été, et est encore, l’obtention des matières premières de ces pays au plus bas prix. Les transnationales du pays corrupteur-préteur, aidées par une classe de dirigeants locaux complices, pourront se servir dans les richesses naturelles du pays, sans avoir à rendre de comptes à la population. On retrouve là une autre trilogie : dette-corruption-pillage qui fait écho à la précédente, et fait croire à l’idée d’une croissance infinie, dans laquelle les problèmes environnementaux et sociaux n’existeraient pas.

Si le réchauffement d’aujourd’hui a pour origine essentielle, plus d’un siècle de rejets de CO2 des pays riches, la plus importante montée de la température, avec ses conséquence désastreuses, se fera dans les décennies qui viennent. Les franchissements de seuil irréversibles étant devenus plus que probables. Pourtant, dès à présent, ce sont bien les pays en développement qui en souffrent alors qu’ils n’en sont pas les responsables. Exemple à Madagascar, en mars 2007 et 2008, la saison des pluies au nord s’est transformée en cyclones d’eaux qui ont ravagé les rizières et compromis l’alimentation des populations. Les désastres dus aux cyclones à répétition dans les caraïbes, conséquence du réchauffement, sont 1.000 fois plus importants sur l’île d’Haïti surendettée et appauvrie que sur la proche Floride. L’instauration des politiques ultralibérales, par les conditionnalités liées à la dette, permet aujourd’hui cette prédation sans limites, par les transnationales du nord, à la source du dérèglement climatique.

La disparition des barrières douanières et l’affaiblissement de la démocratie dans les PED, imposés par la BM et le FMI, ont pour nom Consensus de Washington. Ce sont les conditionnalités des PAS, ou dit plus crument, le libre-échange imposé par le fort au faible. Sans ces actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
de guerre économique - le rapt des matières premières fossiles – jamais, ni le Nord, ni aujourd’hui la Chine, n’auraient pu produire autant d’objets de consommation, industriels ou alimentaires, émetteurs de gaz à effet de serre par leur fabrication et leur utilisation.

Les banques du nord, la BM, la BEI, [2] les gouvernements des pays riches, l’aide publique au développement ont volontairement enfoncé les PED dans les dettes (lire les confessions d’un assassin financier de J.Perkins). Une part des emprunts sont détournés par les dirigeants. Pour faire fonctionner le pays, ils sont obligés de réemprunter. Pour rembourser des sommes qui n’ont pas été investies, une plus grande production exportable est nécessaire quel qu’en soit le prix environnemental et humain. Les transnationales sont gagnantes dans tous les cas. Les pays, pris à la gorge par le surendettement, sont contraints d’accepter des contrats léonins. Le système libéral une fois en place, les remboursements et les matières premières coulent à flot comme le sang d’un très grave blessé. Une irrigation colossale pour les finances du Nord, un gâchis de richesses inouïes et des dégâts humains relevant du génocide au Sud. N’oublions pas que la disparition de biens publics inestimables pour les générations futures est faite sans autre justification que le profit de quelques uns.

L’Indonésie a brulé une grande partie du 3e massif forestier mondial. Depuis quelques années, elle est le 3e émetteur de CO2 du fait de ces incendies volontaires. Ces forêts primaires, patrimoine naturel de l’humanité, ont été remplacées par des cultures intensives de palmiers à huile. Pourquoi ? Ce pays a été dirigé par le dictateur sanguinaire Suharto pendant une trentaine d’années. Sa dette est une des plus importantes des PED. L’exportation d’agro-carburant et autres produits dérivés Produits dérivés
Produit dérivé
Famille de produits financiers qui regroupe principalement les options, les futures, les swaps et leurs combinaisons, qui sont tous liés à d’autres actifs (actions, obligations, matières premières, taux d’intérêt, indices...) dont ils sont par construction inséparables : option sur une action, contrat à terme sur un indice, etc. Leur valeur dépend et dérive de celle de ces autres actifs. Il existe des produits dérivés d’engagement ferme (change à terme, swap de taux ou de change) et des produits dérivés d’engagement conditionnel (options, warrants…).
de la palme enrichit les capitalistes locaux et la finance internationale à travers ses remboursements. Au Congo RDC, la guerre sans fin et ses 5 millions de morts, n’a pas d’autres raisons que la prédation des richesses fossiles par des capitalistes locaux associés à des capitalistes occidentaux.

La civilisation occidentalo-chrétienne a conquis le monde grâce à ses inventions thermodynamiques. Le consumérisme toujours croissant de biens matériels en est la partie visible. Confort et luxe au Nord sont responsables du réchauffement : la partie cachée de cet iceberg est en train de fondre. Sans l’endettement des PED le prix des matières premières exportées aurait été beaucoup plus élevé. Sans l’endettement des européens et surtout celui des ménages américains (subprime) il y aurait eu beaucoup moins de consommation-gâchis au Nord. Brûler trop de pétrole ou de charbon, surmanger des protéines d’origine animale provoquent l’émission de gaz à effet de serre en quantité insoutenable. Le réchauffement est le résultat d’un système d’organisation maintenant planétaire : la croissance de la trilogie dette-surconsommation-profits, sans limites de température et avec catastrophes garanties Garanties Acte procurant à un créancier une sûreté en complément de l’engagement du débiteur. On distingue les garanties réelles (droit de rétention, nantissement, gage, hypothèque, privilège) et les garanties personnelles (cautionnement, aval, lettre d’intention, garantie autonome). .



Notes

[1L’achat ou la location de dizaines de millions d’hectares de terres arables par les transnationales des pays riches dans les PED, voués à la production d’aliments pour les animaux et d’agro-carburant, ne pourra qu’augmenter les émission de GES (gaz à effet de serre). Les labours provoquent l’émission de CO2 stocké dans la terre, 5% des engrais azotés se transforment en oxyde nitreux qui, comme le méthane émis par les ruminants, est 300 fois plus réchauffant que le CO2.

[2Aujourd’hui la BM et la BEI sont les plus gros financeurs publics pour les industries extractives d’énergies fossiles.

Nicolas Sersiron

Ex-président du CADTM France, auteur du livre « Dette et extractivisme »
Après des études de droit et de sciences politiques, il a été agriculteur-éleveur de montagne pendant dix ans. Dans les années 1990, il s’est investi dans l’association Survie aux côtés de François-Xavier Verschave (Françafrique) puis a créé Échanges non marchands avec Madagascar au début des années 2000. Il a écrit pour ’Le Sarkophage, Les Z’indignés, les Amis de la Terre, CQFD.
Il donne régulièrement des conférences sur la dette.

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