La dette publique augmente à 91,7 % /PIB : rembourser la dette en priorité accroit la dette !

11 juillet 2013 par Gérard Filoche


François Hollande l’a rappelé la semaine dernière : il faut « tenir la dépense publique ». Autrement dit, poursuivre la politique d’austérité. Une méthode absolument contre-productive à l’heure où notre dette publique dépasse les 90% de notre PIB, estiment Gérard Filoche et Jean-Jacques Chavigné, auteurs de « Dette indigne ! » (Ed. Gawsewitch, 240 p. 14,9 euros)

La dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique de la France atteignait 91,7 % du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
à la fin du premier trimestre 2013, selon l’INSEE. Elle s’élevait à 85,9 % fin 2011 et à 90,2 % fin 2012. Comment cela se fait-il ? Est-ce cela le sérieux budgétaire tant vanté par notre gouvernement ? Quelle est cette politique qui aboutit à ce résultat, le contraire de ce qui est escompté et annoncé ?

Lutter contre le déficit public est alors peine perdue

A quoi ça sert que le déficit baisse de 5,3 % en 2011 à 4,8 % en 2012 ? En 2013, le déficit public pourrait atteindre plus de 3,9 % du PIB contre les 3% initialement prévus. Mais la dette publique augmentera alors, de nouveau, de plusieurs dizaines de milliards d’euros. Pourquoi ? Parce que la prévision de croissance de l’économie a été revue à la baisse et que les recettes fiscales et sociales sont moins importantes que prévues.

Les causes de cette baisse de la croissance et de la récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres. dans laquelle est aujourd’hui plongée l’économie française n’ont rien de mystérieuses. La politique d’austérité budgétaire imposée par le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG TSCG Le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (ou « Pacte Budgétaire » européen) est un traité qui impose une discipline budgétaire toute particulière aux États membres de l’Union européenne qui l’ont signé (à l’exception de la Croatie, la République tchèque et le Royaume-Uni) et qui est entré en vigueur pour les pays qui l’avaient déjà ratifié au 01 janvier 2013.
Son article 3 concerne la fameuse « règle d’or » - que les États doivent introduire de manière contraignante et permanente dans leurs droits nationaux - imposant un déficit structurel de 0,5% (et non plus de 3%). De même, le pacte autorise un endettement public de maximum 60% du PIB qui doit être réduit d’1/20e par an le cas échéant.
Enfin, l’assistance financière prévue par le Mécanisme européen de stabilité (le MES) est conditionnée à la ratification de ce TSCG (rebaptisé « Tous Saignés Comme des Grecs » ou encore Traité de l’austérité).
) pressure l’investissement public. La stagnation des salaires et des prestations sociales infligées par le Medef et la Commission européenne écrase la demande solvable des salariés.

C’est comme un commerçant dont la banque exige de payer des traites à marche forcée au détriment de l’approvisionnement de ses stocks. Son chiffre d’affaire baisse et sa dette augmente au fur et à mesure qu’il la rembourse. Il faut desserrer l’étau usurier des banques privés contre les dettes publiques de l’état, et investir tout de suite, de façon urgente, dans la relance, en un mot, il faut dépenser « plus » (et non pas « moins ») pour nous en sortir.

Pourquoi la gauche s’entête-t-elle dans cette voie ?

Pourtant quels sont les remèdes proposés par notre gouvernement de gauche ? « Tenir les dépenses publiques » c’est-à-dire réduire de 9 milliards d’euros les investissements de l’Etat et des collectivités territoriales en 2014. Tout ça pour répondre à la « commission » de Bruxelles et aux marchés… (nous l’avons maintes fois expliqué, c’est comme jeter des steaks aux requins, ça ne les éloigne pas, ils suivent le navire et alors on en arrive a enlever ces steaks de la bouche des passagers…)

L’annonce est de 20 milliards « d’effort structurel » en 2014 : dont 70 % (14 milliards) censés provenir d’économies en dépenses et 30 % d’augmentations de recettes (6 milliards). Le volet dépenses du projet de loi de finances permet de documenter 9 de ces 14 milliards, notamment grâce à une baisse de 1,5 milliard des dépenses de l’Etat, hors charge de la dette et pensions, selon le premier ministre, Jean-Marc Ayrault. On nous explique même que c’est un effort « sans précédent historique » : mais pourquoi s’entêter dans pareille voie si cela nous éloigne des objectifs fixés officiellement ?

Laminer toujours plus la demande solvable en refusant tout coup de pouce au Smic, en gelant la valeur du point dans la fonction publique, en augmentant la TVA le 1er janvier 2014, en n’opposant aucune défense sérieuse aux attaques du Medef contre nos retraites et notre protection sociale nourrit une spirale dégradée…

Réduction des déficits = augmentation de la dette = accroissement de la fracture sociale

Tout le monde sonne le tocsin, mais personne ne semble l’entendre au gouvernement, muré dans une politique d’austérité de plus en plus prononcée, de plus en plus voyante et de plus en plus vaine. La priorité donnée au remboursement de la dette accroît non seulement la dette, mais aussi la fracture sociale. Avec son cortège de conséquences politiques, électorales… qui elles mêmes dégradent les rapports de force, lesquels étaient pourtant plus qu’excellents pour la gauche après la victoire complète de 2012.

Le résultat est couru d’avance : le chômage réel (hors stages-parking, emplois provisoires aidés, expulsions des listes) fera un bon en avant, la récession perdurera, les recettes fiscales et sociales diminueront, le déficit public et la dette publique augmenteront. Une nouvelle politique d’austérité sera alors mise en place…

Pourtant tout cela, on le savait, a été dit et redit. On a vu les tristes effets de ce genre de politique en Europe du sud. Il faudrait savoir arrêter ici une stratégie qui perd avec une telle frénésie.



Jean-Jacques Chavigné et Gérard Filoche (auteurs de « Dette indigne » Ed. Gawsewitch 240 p. 14,9 euros). Édité par Hélène Decommer