La guerre (de classe) entre Bernie Sanders et l’établissement du Parti Démocrate vient d’éclater !

26 mai par Yorgos Mitralias

Et soudain s’est produit l’inévitable : Le 23 mai 2016, tous les grands medias nord-américains, suivis automatiquement par les medias internationaux, ont arrêté de tourner le dos a la campagne de Bernie Sanders et ont constaté avec effroi que le Sénateur de Vermont « avait déclaré la guerre au Parti Démocrate » ! Mais, il y avait plus. Ils ont commencé à nous avertir que les « partisans de Sanders ont un penchant pour la violence », qu’ils « sont des barbares », et qu’ils « vont mettre le feu a la Convention Démocrate en Philadelphie » censée choisir le candidat officiel du parti aux élections présidentielles de novembre prochain…

Pas de surprise. En réalité, la « guerre » de Bernie et des millions de ses partisans contre la direction du Parti Démocrate faisait rage depuis des mois et seule la conspiration du silence sans précédent des medias (néo)libéraux de par le monde les empêchaient de reconnaître publiquement la dure réalité. C’est-à-dire que non seulement Bernie n’était pas comme les autres candidats à la présidence qu’ils avaient connus, mais aussi qu’il représentait une menace mortelle pour le bipartisme traditionnel de l’établissement nord-américain et le pouvoir des milliardaires qui le financent. Evidemment, les historiens de demain diront que ce « réveil » soudain des grands medias est du au fait que, le 23 mai, Bernie a déclaré la guerre à la présidente même du Parti Démocrate en présentant contre elle son propre candidat à la circonscription de Floride où elle est élue.

Cependant, il faut reconnaître que même cette « provocation » de sa part ne constitue une vraie surprise car le mouvement des Berniecrats |1| qui le soutient, est en train de présenter, depuis 2-3 mois, plus de… 300 candidats « sanderistes » aux élections de toute espèce, souvent contre des sortants du Parti Démocrate ! Et parfois, même en finançant ouvertement leurs campagnes avec l’argent de la trésorerie officielle de la campagne de Bernie Sanders ! D’ailleurs, la première réaction de Bernie Sanders aux accusations de l’établissement Démocrate qu’il est en train de lui déclarer la guerre, a été d’annoncer le financement des campagnes de… huit candidats « sanderistes » supplémentaires !....

Il n’y a pas de doute que les adversaires de Bernie ont tout à fait raison quand ils assimilent la présentation des candidats « sanderistes » contre les candidats officiels du parti avec une déclaration de guerre au Parti Démocrate. Ou plutôt avec un énorme premier pas vers la création du fameux et tant désiré « Troisième » grand parti radical, de gauche et…ouvrier, qui rendrait de fait inopérant le bipartisme traditionnel nord-américain .

Pourtant, il ne s’agit ici que d’une des nombreuses manifestations quotidiennes de cette situation de « guerre » prolongée qui s’aggrave de jour en jour. Par exemple, les événements sans précédent qui ont émaillé le congrès du Parti Démocrate de l’État de Nevada à Las Vegas, qui ont vu la présidente locale de parti d’abord annuler l’élection de la majorité des délégués élus pro-Bernie Sanders et déclarer précipitamment clos le congrès, et ensuite faire appel à une douzaine de « shérifs » armés pour qu’ils vident la salle sous la menace des armes (!), ont eu une double conséquence. D’un coté, ils ont introduit brutalement et en un temps record dans la quintessence antidémocratique de la « démocratie » américaine les travailleurs et les autres plébéiens qui constituent la grande masse des partisans de Bernie Sanders. Et de l’autre, ils ont offert le prétexte pour que tous les grands medias du pays lancent une campagne hystérique de dénonciation des « brutes » et autres « barbares » de Sanders, qui soi disant ont été les protagonistes des actes de violence. Pourtant, un simple coup d’œil aux nombreux vidéos de ces événements postés sur le Facebook des « Greeks for Bernie’s mass movement » |2| est pourtant suffisante pour constater la falsification de la vérité par les medias (néo)conservateurs, et oh surprise, par ceux tenus pour « libéraux » qui se sont empressés de dénoncer un Bernie Sanders qu’ils trouvaient jusqu’à alors plutôt sympathique, et surtout ses…plébéiens traités de grossiers et ignorants. La lutte de classe et les haines de classe dans toute leur splendeur !...

Au-delà de tout cela, le fait est que l’instinct de classe très développé de l’établissement du Parti Démocrate et de ses bailleurs de fonds milliardaires, prend désormais le dessus au fur et à mesure que le paysage politique devienne plus clair, que la menace appelée Bernie Sanders se concrétise, et qu’on prenne conscience que l’enjeu est d’une importance historique et vitale. La conséquence principale est très didactique : Au moment où, selon les derniers sondages, le grand adversaire Donald Trump vient de rattraper et même de dépasser Hillary l’impopulaire, et pendant que Bernie continue à devancer largement ou même à écraser Trump, la direction du Parti Démocrate rejette catégoriquement l’éventualité …de gagner les élections présidentielles et aussi d’empêcher l’élection de Trump, en refusant de faire de Bernie Sanders son candidat. Par contre, elle persiste à présenter – contre vents et marées - Hillary, préférant ainsi sceller sa propre défaite et surtout faire élire l’innommable, mais finalement « chair de sa chair » Donald Trump plutôt que ce dangereux ennemi de classe qu’est Bernie Sanders et l’immense mouvement de ses partisans assoiffés de justice sociale !

La suite des événements s’annonce captivante…


Auteur.e

Yorgos Mitralias

Journaliste, Giorgos Mitralias est l’un des fondateurs et animateurs du Comité grec contre la dette, membre du réseau international CADTM et de la Campagne Grecque pour l’Audit de la Dette. Membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque et initiateur de l’appel de soutien à cette Commission.